Manger moins de viande : Quel impact écologique ?

La question de l'impact environnemental de notre alimentation est de plus en plus prégnante. Parmi les différents postes de consommation, la viande occupe une place centrale en raison de son lourd bilan carbone. Cet article explore en détail cet impact et propose des pistes pour une consommation plus responsable.

L'impact carbone de la viande

De fait, la viande est un aliment au très lourd bilan carbone. « Les études scientifiques montrent que les produits d’origine animale représentent la majeure partie de l’impact carbone de notre alimentation » explique Benoit Granier, Responsable Alimentation chez Réseau Action Climat. En France, la consommation de produits animaux représente 61 % de l’impact carbone de notre alimentation.

Le dernier rapport de la FAO, publié en 2013, estime que l’élevage de bétail dans le monde était responsable, en 2005, de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Cette activité émet environ sept milliards de tonnes de CO2 par an, soit plus que les États-Unis et la France réunis.

« L’élevage est un contributeur important aux émissions de gaz à effet de serre, directement de par les émissions de méthane rejetées par les ruminants et de protoxyde d’azote issues des déjections animales, et indirectement par l’intermédiaire de la production de l’alimentation des animaux qui nécessite l’utilisation d’engrais azotés et participe fortement au changement d’affectation des terres et à la déforestation », poursuit-il.

En France, entre 25 et 30% de notre empreinte carbone est liée à notre alimentation, avec une forte contribution du secteur de l'élevage. 33 % de la surface terrestre du monde sont consacrées à la culture ou à l’élevage (IPBES, 2019) et 80% de la déforestation est due à l'agriculture (FAO, 2015), principalement en raison du développement de la culture de soja destiné à nourrir le bétail.

La production de viande, en particulier le bœuf, est très émettrice de gaz à effet de serre. La production de 100 g de protéines de bœuf émet 50 kilos de CO2 équivalent, utilise 750 litres d’eau et mobilise 22 mètres carrés de terre.

Il faut savoir qu'un Français consomme en moyenne 60 kg de viande par an. Aujourd’hui, déjà, ce sont 65 milliards d’animaux qui sont tués chaque année, soit près de 2 000 animaux… par seconde, pour finir dans nos assiettes. Bien entendu, cette production massive n’est pas sans conséquence sur notre environnement.

L'eau et les terres

Gourmande en eau, la production de viande l’est aussi en terres. Selon notre Rapport Planète Vivante de 2018, 75% des espèces de plantes, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères ayant disparu depuis l’an 1500 après J.-C.

La FAO estime que 70 % des terres agricoles dans le monde sont utilisées pour les besoins de l’élevage, dont l’essentiel sur des espaces non cultivables (prairies, montagnes, steppes, savane). Au-delà du réchauffement climatique, l’élevage est une source d’émissions de polluants atmosphériques (ammoniac, particules) et de pollution de l’eau (nitrates issus des effluents).

Par ailleurs la production d’aliments pour les animaux mobilise non seulement des surfaces agricoles, mais aussi des ressources en eau. Elle peut également recourir aux pesticides, eux-mêmes à l’origine de pollutions de l’eau, du sol et de l’air.

Recommandations et réalités de la consommation de viande

En effet, la quantité de viande consommée par habitant en France représente deux fois la valeur de la moyenne mondiale. Et cette consommation est en légère hausse depuis une dizaine d’années. Elle a progressé d’un peu plus de 2 % entre 2013 et 2022, toujours selon l’étude.

Ces chiffres entrent en contradiction avec les enquêtes déclaratives sur le sujet. En effet en 2023, 57 % des Français affirmaient avoir réduit leur consommation de viande au cours des trois dernières années, selon une enquête Toluna Harris interactive pour Réseau Action Climat. L’explication se trouve dans la modification des habitudes de consommation alimentaire. Si l’achat des pièces de viande des ménages pour la consommation effective est effectivement en diminution, celui-ci a été compensé par la consommation de viande en restauration hors domicile, dans les plats préparés ou encore dans les plats livrés à domicile.

« Le constat actuel est que nos sociétés occidentales, et surtout la France, consomment plus de viande qu'il n'est nécessaire », déclare Béatrice Morio. « 125g de viande par jour » (soit 875 g par semaine) pour être exact, selon la dernière enquête nationale sur les consommations alimentaires des français (INCA3). « Or, de nombreux scénarios et prospectives indiquent qu’une consommation de viande deux fois moins élevée pourrait contribuer à faciliter l’atteinte des objectifs climatiques et le respect des limites planétaires ».

Le Programme national nutrition santé 2019-2023 recommande au consommateur des régimes limitant la viande rouge (- de 500 g/semaine) , les produits laitiers (2/jour) et la charcuterie (- de 150g /semaine) et augmentant la part de légumineuses et légumes secs (au moins 2 fois par semaine) et de fruits et légumes (5 par jour), naturellement riches en fibres. Ces recommandations intègrent pour la première fois le développement durable et les modes de production en conseillant de privilégier des aliments de saison, provenant de producteurs locaux et si possible « bio ».

En ce qui concerne la viande, le programme recommande de « privilégier la volaille et limiter les autres viandes (porc, bœuf, veau, mouton, agneau, abats) à 500 g par semaine » et de « limiter la charcuterie à 150 g par semaine. » Cela n’inclut pas la volaille, pour laquelle aucune limitation n’est préconisée.

L’étude conjointe relève que « les recommandations du PNNS ont été élaborées en prenant en compte les enjeux de nutrition et de santé humaine, mais pas les enjeux environnementaux. » Selon la synthèse, ces recommandations « présentent un écart significatif avec la littérature scientifique sur les régimes alimentaires durables, en particulier en ce qui concerne la consommation de viande ».

L'étude incite donc le PNNS à mieux prendre en compte les enjeux environnementaux, comme le font déjà les programmes de recommandations alimentaires en Espagne, au Danemark ou aux Pays-Bas. « La plupart des autres pays européens, notamment ceux qui ont intégré les enjeux environnementaux dans leurs recommandations de consommation alimentaire, recommandent eux aussi de limiter la consommation de viande, mais indiquent des quantités maximales plus faibles », relate en ce Nicole Darmon.

Ainsi, selon les pays, les quantités maximales recommandées sont « de l’ordre de 300 à 630 grammes par semaine, et cette limitation inclut non seulement la charcuterie et les autres viandes transformées mais aussi souvent la volaille. » À titre d’exemple, les Pays-Bas recommandent un maximum de 500g par semaine toutes viandes confondues, l’Espagne 375g et le Danemark 350g. L’étude recommande quant à elle de ne pas dépasser les 450 g par semaine, toutes viandes confondues.

Les avantages de réduire sa consommation de viande

500 kg d’équivalent CO2 par personne et par an, voilà ce que l’on peut économiser si on mange moins de viande. Si ce « simple geste » a autant d’effet, c’est parce que la production de viande a un impact important sur le climat. Plus de 14% de toutes les émissions de gaz à effet de serre provient des productions animales et la moitié de celles-ci concernent le bœuf et l’agneau.

Le rapport indique ainsi que réduire de moitié notre consommation en viande conduirait à une réduction de l’impact carbone de l’alimentation comprise entre -20 % et -50 % selon le type de changements alimentaires associés à la réduction de la viande.

Nicole Darmon, directrice de recherche honoraire à l’INRAE, membre de la SFN et experte en nutrition santé, explique : « Les travaux menés par la Société Française de Nutrition (SFN) et le Réseaux Action Climat (RAC) montrent qu'il est possible de maintenir un apport optimal en nutriments en diminuant de moitié la consommation de viande et en complétant les apports protéiques par des sources végétales (céréales, légumineuses, oléagineux) qui sont également vectrices de nutriments favorables à une bonne santé (fibres, vitamines (dont B9 et béta-carotène), minéraux (fer, magnésium, zinc et potassium) et polyphénols) ».

Toutefois attention, « remplacer la viande par des pâtes ou des chips réduirait aussi l’impact environnemental et le coût de l’alimentation, mais dégraderait considérablement sa qualité nutritionnelle. C’est donc vers une végétalisation diversifiée et colorée qu’il faut aller pour concilier nutrition, environnement et budget », conclut la spécialiste.

Faut-il arrêter complètement de manger de la viande ? Pas nécessairement mais on peut mieux équilibrer son assiette : diminuer les portions de viande, insérer des menus végétariens, varier les sources de protéines. C’est bénéfique pour l’environnement, pour la santé et pour le portefeuille. Et avec les économies réalisées, on peut s’offrir de la viande locale et de qualité.

Voici un tableau comparatif des émissions de gaz à effet de serre par type de viande :

Type de viandeÉmissions de CO2 équivalent par kg
Bœuf27 kg
Agneau24 kg
Porc12 kg
Volaille6 kg

Vers une agriculture plus durable

Tout n’est pas entre les mains du consommateur. Les producteurs doivent être aidés pour se reconvertir vers un système moins impactant pour le climat. Car une méthode de production n’est pas l’autre. Entre un élevage intensif et une ferme en agroécologique, il y a pas mal de différences, y compris sur l’impact climatique.

Tous les steaks de bœuf ne sont donc pas à mettre dans le même panier en matière de climat. Mais pour que le bilan soit positif, l’alimentation du bétail doit être produite dans la ferme et l’exploitation doit respecter les principes de l’agroécologie. Dans les fermes plus durables, on tend aussi à abandonner l’hyperspécialisation qui est la règle dans les élevages intensifs. Au contraire, on revient à une diversité de productions.

Le mode d’élevage pourrait être aussi davantage pris en compte. Ainsi, des bovins nourris au pâturage jouent un rôle favorable au maintien des prairies dont le rôle dans le stockage de carbone s’approche de celui des forêts, en plus de leur rôle important sur le maintien de la biodiversité.

Le Gouvernement wallon prévoit de rétablir une prime à l’herbe pour favoriser les élevages extensifs plutôt qu’intensifs.

Certains systèmes de production animale peuvent avoir des effets positifs. L’abandon des systèmes de production intensifs au profit de systèmes plus diversifiés et intégrés apparaît souhaitable.

Les alternatives à la viande

Les alternatives à la consommation de viande rouge et de viande transformée comprennent l’augmentation de la consommation d’autres aliments d’origine animale, d’aliments végétaux peu transformés ou de nouveaux substituts de viande (y compris les similis-carnés, la viande à base de cellules et les insectes).

La viande de synthèse pourrait bientôt faire son apparition sur nos étals. Une demande de commercialisation vient d'être déposée. Si aujourd’hui la recherche est faite en laboratoire, dans les prochaines décennies la viande de synthèse pourrait bien être produite de manière locale dans nos fermes et élevages.

L’idée séduit en tout cas la Fenaco, société coopérative suisse qui regroupe 23000 agricultrices et agriculteurs et qui a choisi de sponsoriser un projet néerlandais Respect Farm qui va dans ce sens.

Cette participation est loin de plaire à toute la branche. Le conseiller national UDC et paysan Pierre-André Page a d’ailleurs Le grand débat - Nourriture du futur: viande de synthèse dans nos assiettes? / Forum / 18 min. / le 11 août 2023 pour interdire la viande de synthèse, qu’il envisage comme une menace pour l’agriculture suisse.

Disponible à Singapour, cette viande de synthèse représente des milliards d’investissement, mais à ce jour elle n’est disponible que sur l’île de Singapour… chez un boucher suisse devenu célèbre dans le monde entier, Daniel Huber.

À l’autre bout de la chaîne, dans les restaurants, on constate que la viande occupe encore souvent une place centrale. Elle est parfois accompagnée d’un peu de salade, plus rarement de légumes. Les cartes évoluent mais les options végétariennes ou moins riches en viandes restent la portion congrue. Il y a du travail à faire pour rendre les alternatives plus attractives. Les restaurants d’entreprise ne sont pas en reste, prétextant souvent la maîtrise des coûts.

4 choses à savoir si on veut manger moins de viande

Modifier son alimentation ne va pas de soi. Beaucoup de Français manquent d’accès à une offre végétale variée, que ce soit en supermarché, au restaurant ou dans les restaurations collectives.

Dans sa nouvelle stratégie climatique, lancée le mardi 5 septembre, la Confédération appelle à manger moins de viande, avec un double objectif: rendre le système alimentaire plus durable et assurer la sécurité alimentaire d’ici 2050.

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