Derrière l'imagerie terrifiante et sanguinaire du cannibale, que nous dit l'histoire de ces moments où l’homme a dévoré de la chair humaine ? L'anthropophagie, cette pratique qui consiste à consommer de la chair humaine, est plus connue grâce au cinéma et à la littérature qu'à travers la science.
Au cours d'une émission d'archives consacrée à la figure du cannibale, Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien s'entretiennent avec Angelica Montanari et Franck Lestringant, et à partir de lectures, passent en revue les différentes formes qu'a pu prendre l'anthropophagie comme les banquets macabres au Moyen Age ou encore les rituels de vengeance qui consistent à déshumaniser le corps de l'ennemi.
Franck Lestringant : Il semble que le terme ait été inventé par Christophe Colomb lors de son premier voyage en 1492. Mais une incertitude subsiste sur le sens qu'avait pour lui ce mot qu'il a forgé.
Quand il arrive à Haïti, Colomb a entendu parler des Karibs ou Caribes, des indiens aborigènes vivant dans les îles des Antilles et qu’on lui décrit comme des guerriers redoutables. Il a peut-être choisi le terme de cannibale parce qu'il les voit comme des hommes-chiens, des hommes à tête de chien (canis en latin). Ou alors pour désigner des hommes dont il pensait qu'ils étaient les sujets du Grand Khan de Tartarie, puisque souvenons-nous que Colomb pensait se diriger vers l’Asie, vers le royaume du Khan.
A partir du XVIe siècle, le cannibale va devenu la figure de l’Autre par excellence, le stéréotype de l’altérité, du sauvage.
Représentation de l'arrivée d'Amerigo Vespucci en Amérique, où des scènes de cannibalisme sont mises en avant.
Angelica Montanari : Pas du tout, dès le VIe siècle, l’historien byzantin Procope de Césarée évoque un cannibalisme féminin. On sait que l'anthropophagie a existé dans la Préhistoire, dans l’Antiquité. Et qu'à chaque famine, l’Europe connaissait des scènes d’anthropophagie.
Seulement, au Moyen Age, quand le terme cannibale n’existe pas encore, on utilise plutôt des expressions comme "se dévorer entre eux" ou "manger de la viande humaine" ce qui prouve bien le poids du tabou, l'indicible de cette pratique.
Deux types de cannibalisme ont été définis : l'exocannibalisme, où un étranger est tué pour être mangé, et l'endocannibalisme, pratique dans laquelle un membre de son clan est consommé après son décès.
Gravure représentant des Tupinambá pratiquant le cannibalisme rituel.
Les plus anciennes traces remontent à 800 000 ans, dans le nord de l'Espagne. Dans le gisement d'Atapuerca, des ossements humains ont été retrouvés parmi les restes d'animaux ; en outre, certains portent des marques de dépeçage et les os longs ont été brisés pour en extraire la moelle, preuves qu'Homo antecessor s'adonnait à des pratiques cannibales, probablement pour s'alimenter, puisque les restes humains découverts appartiennent principalement à des enfants et des adolescents.
Parfois, comme chez les Néanderthaliens et les Homo sapiens, ces pratiques peuvent avoir une autre signification. En effet, on retrouve peu de traces de violence sur les fossiles, ce qui laisse penser que le cannibalisme était une étape d'un rite funéraire. Une des explications consiste à dire qu'en se nourrissant de chair humaine, l'Homme préhistorique s'appropriait les qualités du défunt.
Dans certains cas, le cannibalisme peut avoir été purement pratique. C'est une question de survie quand il n'y a pas d'autres sources de nourriture, que des membres d'un groupe social sont morts et que les membres survivants consomment les corps de personnes déjà morts.
Cole reconnaît que nous ne pouvons pas tirer grand-chose de son analyse limitée de la valeur nutritionnelle humaine, qui n'était basée que sur quelques humains modernes. Et nos anciens ancêtres ne comptaient certainement pas les calories pour choisir ce qu'ils allaient dîner.
Peut-être, dit-il, le vrai message est que les peuples anciens avaient plus de motivations pour le cannibalisme que nous ne le pensions. Après tout, le cannibalisme humain des siècles derniers a de nombreuses origines, notamment la guerre, la survie, les croyances spirituelles ou des formes de psychose.
Il est très probable que nos ancêtres aient survécu par opportunisme et parfois cannibalisme. Ce qui nous différencie, ce sont les rituels, la culture, les tabous. Nous avons été amenés à croire que le cannibalisme était la pire chose que nous pouvions faire.
Bien que les exemples d’anthropophagie soient nombreux, les informations précises sur la saveur de la viande taboue ne courent ni les rues ni les articles scientifiques.
Lors d’une interview donnée en 2007, Armin Meiwes, condamné à la prison à vie, expliqua comment il avait préparé son steak d’ingénieur, qu’il l’avait trouvé un peu dur et que la viande “avait un goût de porc, en un peu plus amer, plus fort”. Evidemment, étant donné la personnalité très particulière du sujet, il est difficile de lui faire confiance à 100 %.
Le rapprochement avec la viande de porc prend un peu plus de consistance avec les histoires, tout aussi réelles et horribles, du Polonais Karl Denke et de l’Allemand Fritz Haarmann, deux personnages dignes du film Delicatessen. Ces deux hommes ont vécu dans les années 1920 et tué des dizaines de personnes, dont ils revendaient la viande au marché en la faisant passer pour du porc.
Il y aurait de bonnes raisons, scientifiquement parlant, pour que l’homme ait un goût de porc… Le cochon est en effet considéré comme un bon analogue, sur le plan physique et physiologique, d’Homo sapiens : un mammifère pas trop gros qui mange de tout. Les organes internes des deux espèces font à peu près la même taille.
Tout le monde n’est pas d’accord. A commencer par un autre assassin anthropophage, Nicolas Cocaign, surnommé le “Cannibale de Rouen”, condamné en juin 2010 à 30 ans de réclusion criminelle pour avoir tué un codétenu, dont il a ensuite mangé un morceau de poumon : “Ce qui est terrible, c’est que c’est bon. Ça a le goût de cerf. C’est tendre”, avait-il déclaré à un psychologue en 2007.
Autre témoignage discordant, celui de William Buehler Seabrook. Journaliste au New York Times après la Première Guerre mondiale, il voyagea de par le monde, et notamment en Afrique, où il s’interrogea sur le cannibalisme au point de vouloir tenter lui-même l’expérience. Il finit par rencontrer une tribu d’anthropophages qui mangeaient leurs ennemis tués au combat.
Si de la viande d'humains infectés pourrait transmettre diverses maladies, il n'empêche qu'une fois cuite, elle reste considérée comme comestible. Elle s'apparente alors à n'importe quelle viande rouge.
Manger un cerveau humain, que ce soit à la poêle, en gratin ou en carpaccio, peut provoquer le kuru, une maladie neurodégénérative semblable à celle de la vache folle. Ce type d'encéphalopathie spongiforme est provoquée par l'accumulation d'une protéine prion, un agent pathogène transmissible par ingestion d'organes contaminés.
Tableau des valeurs nutritionnelles et des risques associés à la consommation de viande humaine :
| Aspect | Détails |
|---|---|
| Valeur calorique | Environ 1 300 kcal par kg (muscle humain) |
| Goût | Varie selon les témoignages : porc (amer et fort), cerf, veau |
| Risques sanitaires | Transmission de maladies (si la viande est infectée), kuru (si consommation du cerveau) |
Image illustrant les effets du Kuru sur le cerveau.
Aujourd'hui, une chose est sûre: pratiquer le cannibalisme vous emmènera tout droit à la case prison. Si l'acte n'est pas associé à un meurtre ou à une intention de tuer, il faudra compter quinze ans derrière les barreaux pour torture et acte de barbarie. En cas d'homicide, l'anthropophagie est considérée comme une circonstance aggravante relevant de la dégradation du corps de la victime.
On confond souvent les mots anthropophage et cannibale mais il y a bien une différence entre les 2 termes. Le premier signifie "qui mange de la chair humaine" et le second "qui mange sa propre espèce". Certains animaux comme le requin sont anthropophages, et d'autres comme la mante religieuse sont cannibales.
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