L’expression “manger comme un porc” reflète un comportement qui suscite le dégoût. Pourquoi comparer à un cochon une personne qui mange salement ou de façon gloutonne ? Le suidé s’en met-il partout au moment des repas ? Se goinfre-t-il de nourriture? Et pour quelles raisons les locutions utilisant les mots “porc” ou “cochon” revêtent-elles quasiment toujours une connotation péjorative ? Le mammifère serait-il victime de préjugés ?
Manger gloutonnement, avec avidité ; se goinfrer ; dévorer. La genèse de l’expression “manger comme un porc” reste inconnue à ce jour. Les plus anciennes occurrences trouvées dans la littérature française datent toutes du XXe siècle ce qui laisse supposer une origine récente de la formule.
Exemples de l'utilisation de cette expression:
Le cochon ne disposant ni d’assiettes ni de couverts, il prend ses repas avec les moyens du bord ! C'est-à-dire avec ses pattes et son groin dont il se sert pour fouiller le sol et trouver sa pitance. De fait, il se barbouille la face de terre et se salit. Cette espèce fouisseuse, curieuse de nature, possède un odorat très développé mais une vision peu acérée.
Il est vrai que l’ongulé a la fâcheuse habitude de se vautrer dans la boue, conférant à sa jolie peau rose une couleur maronnasse peu ragoutante. Contrairement aux idées reçues, le suidé n’est pas animé par l’envie de se souiller, c’est même tout l’inverse. Il se roule dans la gadoue afin de se protéger des parasites et ses rayons du soleil. Et comme cette espèce animale ne transpire pas, elle profite d’un bain de boue pour faire descendre sa température corporelle. Il n’y a donc rien de sale dans son comportement.
D’autre part, le mammifère aime vivre dans un lieu propre. Dès ses premiers jours, le porcelet dort et fait ses besoins dans des endroits bien distincts. Avant de s’allonger quelque part, le cochon inspecte l’état de propreté de la couche et ne s’y installe pas si elle est souillée.
La gourmandise du porc, pour ne pas dire sa gloutonnerie, ne relève pas d’un mythe. Se nourrir représente son sport préféré ; une activité qu’il pratique beaucoup et vite ! Il est illusoire de penser que le suidé s’arrête de manger à satiété car tant qu’il a de la nourriture à disposition, il va s’en bâfrer. Que l’aliment soit gras, sucré ou salé (vivement déconseillé), il sera avalé et aimé. Mais prudence, le cochon de ferme ou de compagnie prend facilement du poids et sa goinfrerie peut conduire à des problèmes de santé, tels que l’obésité et les conséquences qui en découlent (cécité, arthrose…). Pour le garder le plus longtemps possible en pleine forme, il faut veiller à ne pas céder à son insatiabilité.
Un cochon en train de manger.
Remontant à la nuit des temps, l’image négative du porc se rencontre déjà dans les Écritures. L’Ancien Testament laisse en effet entendre que le cochon est un animal impur car il se nourrit d’immondices et se vautre dans la fange. La place du suidé dans le Nouveau Testament n’est guère plus valorisante, en témoigne la parabole du fils prodigue contraint de devenir gardien de cochons après avoir dilapidé tout son bien. Le porc est proscrit par des religions pour des préjugés le plus souvent liés à des questions d’hygiène.
Sous la chrétienté médiévale, le porc est perçu comme un attribut du diable qui grogne et se roule dans l’ordure. Il représente le démon de la gourmandise, de la volupté et des plaisirs immondes. En sus de la saleté et de la goinfrerie, le mot “porc“ ou ”cochon” est associé à d’autres défauts ou vices.
“Porc” et “cochon” sont deux termes qui désignent le même animal : un mammifère domestique omnivore proche du sanglier avec lequel il peut se croiser pour donner naissance à un sanglochon ou à un cochonglier. L’Académie française, institution en charge de définir l’usage de la langue française, consacre une page de son site Internet pour donner quelques informations sur ces deux mots. Le terme “cochon” n’a pas d’étymologie attestée. En revanche, le terme “porc” a son étymologie : il vient du latin porcus, qui désignait un porc domestique, quel que soit le sexe de l’animal. Mais l’emploi du mot et son histoire nous emmène ensuite plus loin. Le terme désignait aussi la vulve de la femelle cochon, puis, par comparaison, le sexe de la femme, et encore par comparaison, un coquillage nommé “porcelaine”. En italien, le terme porcellana signifie d’ailleurs “vulve de truie”.
Lorsque vous faites vos courses, vous achetez du porc et pas du cochon. C'est d’ailleurs la viande la plus consommée dans le monde, alors même que sa consommation est interdite dans des religions comme le judaïsme et l’islam. Elle est suivie de près par la viande de volaille. Cette situation conduit à la pratique d’élevages intensifs qui offrent des conditions de vie très difficiles aux cochons. Aussi, si vous avez le choix et la possibilité, choisissez le porc issu d’un élevage fermier de plein air : c’est certes plus cher au kilo mais les conditions d’élevage respectent davantage l’animal. Certains sont en plein air intégral : il n'y a aucun bâtiment.
Une exception ressort toutefois dans ce tableau d’usages : le cochon de lait. Il se mange volontiers toute entier doré à la broche. Le terme désigne un porcelet pesant moins de 15 kg et n’ayant reçu pour seule nourriture que le lait de sa mère. Certaines personnes font parfois une distinction d’un autre genre, le porc pouvant désigner davantage l’animal sauvage et le cochon l’animal domestique.
Ce n’est que tout récemment que le porc est devenu tête d’affiche avec le hashtag #balancetonporc lancé par Sandra Muller pour inviter les femmes à raconter un cas de harcèlement sexuel qu’elles auraient subi au travail.
Lorsque le mot “porc” est employé au sens figuré, c’est toujours pour faire référence à quelque chose de sale. La différence subtile apparaît dans les deux expressions “manger comme un cochon” et “manger comme un porc”. Le mot “porc” est finalement peu utilisé dans les expressions au profit du mot “cochon”. Dans l’expression “ne pas savoir si c’est du lard ou du cochon”, “lard” désigne le gras du cochon. L’expression signifie qu’il est difficile de distinguer une chose d’une autre qui lui est proche.
Le cochon vit à proximité de l’homme depuis que ce dernier s’est sédentarisé, il y a 6 000 ou 7000 ans avant notre ère. La chèvre et le mouton ont été domestiqués plus tôt car ils étaient capables de suivre les tribus nomades. Le cochon et l’être humain ont 98 % de gènes en commun.
Malgré la sélection pratiquée par l’homme, le cochon a conservé beaucoup de ses instincts sauvages. Il apprécie particulièrement privilégie les sous-bois où il peut laisser libre court à son tempérament de fouisseur. Grâce à un odorat très développé, il collecte, selon la saison, des végétaux (racines, glands, tubercules, baies, châtaignes) dont les champignons parmi lesquels les fameuses truffes. Il consomme aussi de temps en temps des vers de terre, des escargots, des insectes et même de petits rongeurs.
Contrairement aux humains ou aux chiens, ils ne mangent jamais plus que la quantité dont ils ont besoin. Ce sont des animaux vifs et curieux de nature. Ils sont plus intelligents que les chiens. Quant à leur légendaire saleté, elle est basée sur une méprise. Si les cochons se couvrent de boue, c’est pour protéger leur peau fragile des parasites et du soleil, et pour se rafraîchir. Ces animaux sont dépourvus de glandes sudoripares qui génèrent la transpiration. S'enduire de boue est leur façon de faire descendre leur température corporelle. Ce sont au contraire des animaux très propres capable de faire leurs besoins en dehors de leur lieu de repos dès l’âge de 5 jours.
Il existe de nombreuses expressions françaises utilisant le mot "cochon". En voici quelques exemples :
La mauvaise réputation du cochon remonte au Moyen Âge, où l'animal est symboliquement associé à l'ordure et à la goinfrerie. Il faut attendre le 16e siècle pour qu'il endosse le vice de la luxure. Aujourd'hui encore, les traces de ces préjugés tenaces se retrouvent dans nos expressions courantes..."Tu manges comme un porc !", "Non, mais on n’est pas dans une porcherie !", "Il est bête et têtu comme un cochon !" et "Arrête tes cochonneries !". Ces expressions en disent long sur le regard que nous portons sur le porc : l’animal serait sale, vorace, stupide et surtout lubrique.
Le hashtag #BalanceTonPorc, version française de #MeToo, lui a porté le coup de grâce en 2017. Le porc serait-il l’animal le plus méprisé ? "Si le mouvement qui se range derrière la bannière #BalanceTonPorc est parfaitement légitime, nécessaire même, le slogan lui-même est mal choisi", explique l’historien Michel Pastoureau. "Le porc n’est pas spécialement luxurieux, le mâle n’agresse pas les femelles et il ne les harcèle pas."
Force est de constater que, depuis le Moyen Âge, le porc a mauvaise réputation. Il est associé à l’ordure et à la goinfrerie. Il est considéré sale, probablement parce qu’avant d’être rose, sa peau était souvent sombre et tachetée. Ce n'est qu'au 18e siècle qu'il devient rose et clair.
Par ailleurs, le porc a du mal à transpirer : il recherche donc en permanence des endroits humides comme la boue pour se rafraîchir et, n’ayant pas une très bonne vue, il a tendance à marcher n’importe où, même dans ses propres excréments. Or au Moyen Âge, la vue est justement le plus valorisé des cinq sens. Le porc passe donc pour une créature brute et stupide, guidée uniquement par l’odorat et par le goût, deux sens considérés comme grossiers.
Quant à la goinfrerie, elle s’explique par le caractère omnivore du cochon, sa capacité à dévorer à peu près n’importe quoi, y compris des charognes.
Si le cochon est mal vu depuis longtemps, il n’est jamais associé à la lubricité, du moins pas avant le 16e siècle. En effet, depuis l’Antiquité, c’est surtout le chien dont le comportement sexuel est considéré comme répugnant et impur. Il faut attendre les 16e et 17e siècles pour que le porc endosse ce vice qu’est la luxure.
Entretemps, en Occident, le chien est devenu le meilleur ami de l’homme, le gardien du foyer, le partenaire de chasse et l’animal de compagnie de ces dames. Il n'est donc plus question d’associer le chien à la sexualité. Il faut le débarrasser à tout prix de sa mauvaise réputation et c’est le porc qui en fait les frais. On assiste donc à un transfert symbolique du chien vers le cochon. Dès lors, tous les hommes se livrant à des pratiques obscènes, tenant des propos salaces ou harcelant des femmes, sont qualifiés de "porcs" ou de "cochons" et certains se mettent à faire ce qu’on appelle des "cochonneries".
De plus, comme les croyances associent souvent la bêtise à la sexualité, le cochon est chez nous aussi considéré comme borné. Ce qui est là encore parfaitement injuste, car le porc est loin d’être bête. Des enquêtes sur l’intelligence animale soulignent même la grande mémoire du cochon, qui partage presqu’autant de patrimoine génétique avec l’homme que notre cousin le chimpanzé.
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