Maladie de Crohn : Quels Aliments Privilégier et Quels Aliments Éviter ?

La maladie de Crohn est une affection inflammatoire chronique du tube digestif (MICI) qui touche des milliers de personnes à travers le monde. Elle peut provoquer des symptômes allant des douleurs abdominales aux diarrhées persistantes, en passant par la fatigue. Quand on souffre d’une inflammation chronique de l'intestin (MICI) comme la maladie de Crohn, ce que l’on met dans son assiette est bien sûr essentiel pour ne pas aggraver les symptômes. Ainsi, une alimentation adaptée peut influencer positivement la gestion des symptômes et améliorer la qualité de vie des patients en période de crise.

Comprendre la Maladie de Crohn

La maladie de Crohn est l’une des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) avec la rectocolite hémorragique. Elle est liée à une hyperactivité du système immunitaire digestif. La maladie de Crohn est une affection inflammatoire chronique du tube digestif (qui va de la bouche à l'anus) qui est caractérisée par une inflammation et un épaississement de la paroi intestinale pouvant évoluer vers des fistules et sténoses. Certains symptômes peuvent alerter comme des douleurs abdominales, des diarrhées persistantes, une grande fatigue, une perte d'appétit (anorexie) et une perte de poids.

« Cette maladie évolue en poussées inflammatoires douloureuses qui alternent avec des périodes de rémission, dont la durée est aléatoire. Aucune alimentation ne provoque, ne déclenche ou ne guérit une poussée inflammatoire, toutefois l'éviction de certains aliments et le comportement alimentaire peuvent aider à soulager les patients et réduire les symptômes » soulignent les spécialistes.

Alors que les causes de la maladie de Crohn ne sont pas entièrement connues aujourd’hui, il semble qu'une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux joue un rôle. Une prédisposition familiale est souvent observée, mais les déclencheurs environnementaux spécifiques restent non identifiés. Cependant, il y a un lien étroit entre mode de vie occidental et maladie de Crohn. La consommation des Aliments Ultra Transformés a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, plus particulièrement dans les pays industrialisés, ce qui est en lien direct avec l’augmentation constante de patients atteints de la maladie.

Il n’existe pas de traitement médical curatif de la maladie de Crohn. Sur le plan thérapeutique, cette MICI fait appel à des traitements spécifiques qui sortent du cadre de ce site. Pour la maladie de Crohn, il n’existe pas de stratégie nutritionnelle comme il en existe pour l’obésité ou le diabète. Les mesures diététiques doivent être adaptées à chaque patient.

L'Importance de l'Alimentation dans la Gestion de la Maladie de Crohn

Comme dans toute pathologie intestinale, un régime alimentaire par une alimentation adaptée accompagne le parcours de soins des patients atteints de la maladie de Crohn. Les mesures diététiques visent à maintenir une alimentation diversifiée selon la tolérance individuelle du patient et à prévenir la dénutrition et à restaurer l’état nutritionnel.

Il n'existe pas à ce jour de régime miracle pour guérir la maladie de Crohn. Toutefois, une alimentation adaptée peut influencer positivement la gestion des symptômes et améliorer la qualité de vie des patients en période de crise. Bien que l'alimentation ne puisse pas guérir la maladie de Crohn, elle joue un rôle crucial dans la gestion des symptômes et dans le maintien de la santé générale des patients. Adapter son alimentation en fonction des phases de la maladie peut significativement améliorer la qualité de vie des patients.

Une des idées reçues est que l'alimentation contribue à l'activité de la maladie ce qui conduit bien souvent les patients à des restrictions alimentaires au détriment de l'équilibre alimentaire. Il est essentiel et de conserver le plaisir de manger autant que possible et la convivialité des repas. Le but est de suivre un régime alimentaire suffisamment varié en vue d’assurer un apport nutritif adéquat et de ne pas perdre du poids par restrictions inutiles. Il y a déjà suffisamment de causes de dénutrition : la diminution de l’appétit par suite de l’état inflammatoire, les besoins accrus par la maladie, par le jeune âge et enfin par la malabsorption des aliments ingérés.

Toutefois, afin de faciliter votre digestion, améliorer votre confort digestif et atténuer certains symptômes (douleurs, gaz, fréquence et nombre de selles …), il est nécessaire d’adapter vos recettes quotidiennes grâce à des astuces culinaires et des conseils diététiques. Cela permet de conserver une certaine variété alimentaire et d’éviter d’écarter des aliments trop rapidement.

Conseils pour l’alimentation

Voici quelques lignes directrices :

  • En période de poussée :
    • Réduire les aliments riches en fibres s’ils sont mal tolérés, pour réduire l'irritation intestinale et mettre au repos le tube digestif. Il s'agit, entre autres, des fruits et légumes, surtout la peau et les pépins, ainsi que les légumineuses et céréales complètes.
    • Fractionner les repas pour réduire les volumes des prises alimentaires et ainsi réduire l'intensité de la motricité digestive.
    • Adapter les textures peut modifier la tolérance des aliments et faciliter leur digestion (ex: cuit / mixé plus digeste que cru);
    • Avoir une mastication suffisante pour amorcer la digestion
    • Limiter les produits trop gras et les aliments transformés qui peuvent aggraver les symptômes inflammatoires. Se diriger vers des aliments plus bruts et une cuisine « maison ».
    • Dans certains cas il est nécessaire d'enrichir son alimentation en protéines pour lutter contre la dénutrition.
  • En période de rémission :
    • Réintroduire progressivement les fibres une fois les symptômes atténués, afin de retrouver une alimentation variée et équilibrée.
    • A noter que la consommation d'alcool et le tabac sont des facteurs de risque et aggravant de la maladie de Crohn.

Aliments à Privilégier et à Éviter

Certains aliments peuvent venir aggraver les symptômes (et non pas la maladie). Afin d'éviter les gaz et les ballonnements, il est conseillé d'éviter les produits suivants : oignon, ail, choux, pruneaux, légumineuses, crudités, boissons gazeuses... Récemment, des chercheurs de l'inserm, du CNRS et de Université de Paris ont également démontré que les émulsifiants alimentaires pouvaient avoir un impact délétère sur certaines bactéries spécifiques du microbiote intestinal, conduisant à une inflammation chronique. L'alcool, à éviter ? Toutefois, en cas de maladie de Crohn, il peut, au même titre que les sucres ou les graisses, venir irriter l'intestin.

En phase active de la maladie de Crohn, adopter une alimentation pauvre en fibres alimentaires et en lactose (appelée "sans résidus") est vivement recommandé. Cette diète permet d'améliorer la qualité de vie. Inclure, si possible, des apports suffisants en protéines, en vitamines, en sels minéraux et oligoéléments pour éviter les carences.

Voici un tableau résumant les aliments souvent recommandés et ceux à éviter :

Aliments à Privilégier Aliments à Éviter
Aliments cuits sans matières grasses (four, eau, vapeur) Gluten (blé, épeautre, avoine, seigle, orge...)
Protéines maigres (poisson, volaille) Oignon, ail, choux, pruneaux
Légumes cuits (carottes, courgettes) Légumineuses, crudités
Fruits cuits ou en compote Boissons gazeuses

Dénutrition et Maladie de Crohn

La dénutrition peut affecter l’évolution de la maladie en augmentant notamment la fréquence des infections. Chez l'adulte, du fait des conséquences nutritionnelles de la maladie de Crohn, un soutien nutritionnel orale sous forme d’une complémentation orale ou d’une nutrition entérale peut s’avérer nécessaire. Par ailleurs, assurer un apport calorique et protéique suffisant permet de maintenir ou restaurer l’état nutritionnel et évite l’aggravation de la dénutrition. Dans les cas de dénutrition et de malabsorption sévère, une nutrition entérale semi-élémentaire avec des Triglycérides à Chaînes Moyennes (TCM) peut être prescrite.

Les personnes souffrant de maladie de Crohn peuvent être carencées en vitamines (notamment en vitamine B12), en oligoéléments, ou être dénutris. En effet, les crises de la maladie (diarrhées, saignements...) entraînent des pertes en nutriments essentiels. Prendre conseil auprès de son médecin ou diététicien.

Le Rôle des Compléments Alimentaires

La prise de certains compléments alimentaires est parfois nécessaire pour compenser des déficits nutritionnels. En cas de carences spécifiques en vitamines, minéraux et oligoéléments, une supplémentation prolongée est nécessaire.

Nutrition Entérale et Régime d'Exclusion

Le traitement nutritionnel par nutrition entérale exclusive est une alternative en cas d’intolérance aux corticoïdes. La nutrition entérale pourra être réalisée avec une par nutrition polymérique spécifique. Concernant l’alimentation artificielle, la nutrition entérale est à privilégier par rapport à la nutrition parentérale. Une étude a montré que son efficacité était équivalente à la corticothérapie avec une rémission obtenue dans 85 % des cas. Au-delà de son effet dans les poussées de la maladie de Crohn, l’AEDC présente également un grand intérêt pour le traitement du retard staturo-pondéral et/ou pubertaire. Elle doit alors être débutée le plus précocement possible, au mieux avant que le développement pubertaire n’atteigne le stade III de Tanner. Elle peut être utilisée au long cours de façon intermittente (1 mois tous les 4 mois) et associée à une alimentation orale diurne. Elle permet une mise au repos complet du tube digestif. Toutefois, pour conserver le plaisir de manger et de partager la convivialité des repas, il est souvent proposé, en fonction de la tolérance digestive, un apport alimentaire de l’ordre de 400-500 kcal/jour.

Une des hypothèses environnementales de l’augmentation de la maladie de Crohn est l’occidentalisation de l’alimentation, pouvant induire l’altération du microbiote, de la fonction barrière de l’intestin et de l’immunité. Le régime d’exclusion pour la maladie de Crohn (CDED) est élaboré pour réduire l’exposition aux composants alimentaires pouvant avoir des effets délétères sur le microbiome, la barrière intestinale et l’immunité intestinale. Le CDED associé à Modulen IDB est une alternative efficace à la nutrition entérale exclusive. La plateforme Modulife est dédiée aux patients pour suivre le régime CDED avec un vaste choix de recettes et de menus, des conseils et des outils de suivis.

L'Importance de l'Hydratation

En cas de maladie de Crohn, il est primordial de s'hydrater abondamment. En effet, les MICI peuvent, quand la diarrhée est importante, causer une déshydratation.

Le Rôle du Diététicien-Nutritionniste

Les conseils d’un diététicien-nutritionniste pourront permettre d’adapter l’alimentation à la situation individuelle du patient. L’intervention du diététicien peut être indispensable pour vous aider à réguler votre transit en fonction de vos symptômes digestifs, en poussée comme en rémission. Pour cela, il vous orientera vers les aliments à privilégier ou à éviter le temps des symptômes ainsi que des techniques culinaires améliorant la tolérance digestive de certains aliments. Cette sélection temporaire sera personnalisée puisque reposant sur vos symptômes : volume et fréquence des diarrhées, des gaz et/ou ballonnements, des gargouillis, durée et intensité de votre constipation, siège et longueur des sténoses, présence de sang et/ou de glaires à l’émission des selles, localisation et intensité des douleurs… Le diététicien n’a donc pas pour mission de vous proposer systématiquement un régime sans résidu ; ce dernier ne sera préconisé que dans des cas très précis.

« Des suivis réguliers auprès d’un gastro-entérologue et d'autres professionnels de santé comme une diététicienne-nutritionniste sont indispensables pour adapter les traitements et les régimes alimentaires aux besoins évolutifs du patient » ajoutent les diététiciennes.

Programme d’Éducation Thérapeutique du Patient (ETP)

La Clinique de l’Atlantique propose depuis 2023 un programme d'Éducation Thérapeutique du Patient (ETP) pour aider les malades à devenir acteurs de leur prise en charge. Ce programme propose des ateliers pluridisciplinaires collectifs abordant divers aspects de la vie avec des maladies colorectales de type maladie de Crohn. Ces ateliers peuvent avoir pour thématiques la maladie et ses traitements, la fatigue et le sommeil, l’intimité et la sexualité, le vécu de la maladie, la douleur et l'hypnose, la vie sociale et professionnelle, l’activité physique adaptée ou encore l’alimentation et le transit. Ces ateliers offrent des moments d'échanges et de partages de témoignages, essentiels pour le soutien psychologique et l'apprentissage des bonnes pratiques pour gérer la maladie.

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Autres conseils :

  • Chaque individu a des déclencheurs alimentaires uniques qui peuvent aggraver les symptômes. Cela vous aidera à identifier les aliments à éviter et à ceux qui vous apportent du confort.
  • Fruits et légumes cuits : Les légumes cuits à la vapeur ou en purée sont plus faciles à digérer que les crus.
  • L’hydratation est essentielle, surtout si vous souffrez de diarrhées fréquentes. Assurez-vous de boire suffisamment d’eau tout au long de la journée.
  • Manger de petits repas fréquents plutôt que de grandes portions peut aider à réduire la charge sur votre système digestif.
  • Certaines catégories d’aliments peuvent exacerber les symptômes.
  • L’exercice joue un rôle clé dans le bien-être général.
  • Une routine régulière peut aider à stabiliser votre digestion. Essayez de manger à des heures fixes et de vous engager dans une activité physique régulière.
  • Le stress peut jouer un rôle dans l’aggravation des symptômes de la maladie de Crohn.
  • Soutien social : Entourez-vous de personnes compréhensives.
  • Enfin, assurez-vous de consulter régulièrement votre médecin pour un suivi de votre état de santé.

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