Genre, Violence et Viande: Une Étude Approfondie des Stéréotypes Alimentaires

La nourriture a-t-elle un genre ? Pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans les kebabs ? Qui a décidé que les hommes n’aimaient pas le rosé ? Pourquoi le végétarisme est-il perçu comme un régime dévirilisant ? Les femmes jouissent-elles vraiment en mangeant un yaourt ? Rien n’échappe aux injonctions genrées, surtout pas la nourriture.

Nora Bouazzouni, journaliste, interroge les stéréotypes et injonctions de genre dans nos assiettes. En partant de la pensée du manger magique, le discours riche de clichés et de préjugés qui colonisent notre esprit quand il s'agit de la bouffe (les hommes ont besoin de plus de fer, manger du chocolat guérit de tous les maux, les huîtres sont aphrodisiaques et les produits allégés font maigrir), l'autrice analyse thème après thème ce que la société patriarcale fait à nos corps et à notre santé.

Dans nos sociétés contemporaines, la masculinité hégémonique valorise l'autorité, la domination des femmes, l'hétérosexualité, la compétition, la force physique, la réussite économique et professionnelle, l'autonomie ou encore la liberté. Celle de manger ce dont on a envie, par exemple, contrairement aux femmes, qui se contrôlent et se privent. Ce sont les traits typiques de la masculinité hégémonique que la publicité utilise pour inciter les hommes à consommer des aliments codés comme masculins, notamment la viande, afin d'en ingérer les propriétés viriles.

Les comportements écolos ou altruistes sont donc perçus comme dévirilisants, car les hommes craignent la dégringolade sociale ou l'humiliation d'être vus comme des sous-hommes, c'est-à-dire presque des femmes.

Stéréotype de Genre dans la Publicité Française - Vietnamienne

La Violence Liée à la Consommation de Viande

Manger de la viande suppose, en partie, de ne pas voir et savoir comme le rappelle la citation de Jonathan Safran Foer en exergue de ce récit-enquête : « Les barons de l’élevage industriel savent que leur modèle d’activité repose sur l’impossibilité pour les consommateurs de voir (ou d’apprendre) ce qu’ils font » (Faut-il manger les animaux ?). C’est cette omerta que refuse Geoffrey Le Guilcher.

L’enquête de Geoffrey Le Guilcher est donc double : la violence subie par les animaux, celle subie par les hommes, soit une double maltraitance comme l’illustre l’autre épigraphe du livre, un extrait de La Jungle d’Upton Sinclair - « La peau de leurs mains était un lacis inextricable de cicatrices. Ils avaient tellement écorché de bêtes qu’ils n’avaient plus d’ongles. Dès 1906, le journaliste et écrivain avait centré son étude sur ces hommes meurtris jusque dans leur chair, sur l’invention du travail à la chaîne dans les abattoirs de Chicago (et dont s’inspirera Ford pour ses usines automobiles).

L’univers de cette usine du Chicago français - 6000 bœufs et 8500 porcs à la journée - est ultra-masculin, les hommes sont usés par la cadence infernale, leurs corps rompus par les gestes mécanisés et les poids soulevés, sans compter la violence, celle de la mort donnée, celle des tensions dans l’usine. Beaucoup sont là moins par choix réel que par nécessité de trouver un travail, plutôt mieux payé que d’autres.

Les dérapages et cruautés sont souvent présentés comme des dérapages, ils sont constants, cette enquête le révèle. Les abattoirs ont été créés au XVIIIe siècle, pour des raisons sanitaires comme pour cacher le spectacle des mises à mort, selon un mouvement d’insivisibilisation dont Michel Foucault a par ailleurs analysé les mécanismes.

Le Végétarisme et le Féminisme: Une Convergence Inattendue

Trente-cinq ans après sa parution aux Etats-Unis, les éditions du Passager clandestin publient une édition augmentée du livre culte de Carol J. Adams, considéré à sa sortie comme un «classique underground» de la théorie féministe végane. Carol J. Adams en profite pour revenir sur son accueil à l’époque (enthousiaste dans les milieux alternatifs), rappelant qu’il avait aussitôt été catalogué en «classique underground». L’édition s’augmente aussi d’une préface de Nora Bouazzouni, journaliste connue, entre autres, pour ses travaux sur les liens étonnants entre végétarisme et féminisme.

L’autrice avance même qu’au regard des «corrélations de la violence, le végétarisme peut être perçu comme une contestation de la guerre».

Tableau Récapitulatif des Injonctions de Genre dans l'Alimentation

Genre Aliments Associés Comportements Alimentaires Perceptions Sociales
Masculin Viande rouge, bière, plats copieux Outremanger, peu de contrôle Force, virilité, liberté
Féminin Salades, yaourts, plats allégés Diètes, contrôle strict Maîtrise, minceur, culpabilité

Anticipation et Cannibalisme: Une Critique Sociale Acerbe

Dans un monde d'anticipation qui ressemble furieusement au nôtre, les animaux ont été décimés par une pandémie, la GGB ( Grande Guerre Bactériologique ), rendant la consommation de leur chair impossible. Les autorités du gouvernement de type totalitaire ont convaincu la population de manger de la viande humaine.

Le descriptif minutieux, clinique, du développement industriel de la consommation de chair humaine, de l'élevage à l'abattage, est insoutenable. Agustina Bazterrica décrypte avec pertinence les ressorts du totalitarisme comme la propension du quidam à croire un discours officiel et à accepter de faire des choses inimaginables sans se poser plus de questions de cela sur la propagande déversée qui présente cela comme une solution à la pauvreté ou la surpopulation.

Ce roman est une caricature géante de ce que l'homme, depuis des décennies fait subir aux autres animaux. Ce roman possède l'atmosphère d'une chambre froide.

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