Marc-Édouard Nabe: Biographie et analyse de son œuvre "Les Porcs"

Marc-Édouard Nabe, né Alain Marc Édouard Zannini le 27 décembre 1958 à Marseille, est un écrivain français controversé. Il est le fils de Marcel Zanini, musicien de jazz d'origine gréco-turco-italienne. En 1970, sa famille s'installe à Paris, au moment où son père devient célèbre grâce à la chanson "Tu veux ou tu veux pas". En 1973, encore adolescent, il adopte le pseudonyme « Nabe », qui est le diminutif du sobriquet « nabot » que lui donnaient ses camarades de lycée.

Nabe est connu pour son style pamphlétaire, ses prises de position radicales et ses critiques acerbes envers diverses personnalités et institutions. Il a publié des essais, des romans, des recueils de nouvelles, des poèmes et quatre tomes de son journal intime. Nabe apparaît à diverses reprises dans les romans-photos comiques de Choron. Il publie ses premiers textes dans les revues Sud et le Jazzophone. À la demande de son père, il étudie la musique et devient guitariste rythmique. Plus tard, il se produit occasionnellement en accompagnant son père.

Sa carrière littéraire a été marquée par des controverses, notamment en raison de ses opinions sur la religion, la politique et la société. Dans les années 2000, il fréquente la mouvance d'extrême droite antisémite d'Alain Soral et Dieudonné avant de se brouiller avec eux par opposition au complotisme. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, il fait l'apologie du terrorisme islamiste.

Marc-Édouard Nabe : 11 septembre 2001, une lueur d'espoir | INA Arditube

"Au régal des vermines": Un début controversé

Son premier ouvrage publié, "Au régal des vermines", sort le 25 janvier 1985 chez Bernard Barrault. Dans cet essai, Nabe fait part de son admiration pour des auteurs comme Louis-Ferdinand Céline, André Suarès, Lucien Rebatet, Sade ou encore Léon Bloy. Abordant de multiples thèmes, le livre tourne cependant avant tout autour de Nabe lui-même, qui dit vouloir « faire de son nombril le maelstrom du monde ».

La sortie de ce premier livre est accompagnée de polémiques publiques. L'ouvrage contient en effet de nombreux passages provocateurs et s'en prend violemment à diverses catégories de personnes (les femmes, les enfants, les vieillards, certains écrivains et musiciens, les socialistes…).

Le 15 février 1985, Nabe est invité par Bernard Pivot dans son émission Apostrophes dont le thème est ce jour-là « Les mauvais sentiments ». À l’antenne, l'écrivain revendique une « haine totale » de l'humanité, déclare que les livres des autres invités lui sont tombés des mains et qualifie la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) de « gens qui se servent du monceau de cadavres d'Auschwitz comme du fumier pour faire fructifier leur fortune ». Un échange très tendu l'oppose à l'un des invités, Morgan Sportès qui trouve le livre de Nabe « insensé de connerie » et se dit dérangé par son admiration pour des écrivains antisémites.

Après l'émission, le journaliste Georges-Marc Benamou s'introduit dans les studios et frappe Nabe au visage. La LICRA, quant à elle, assigne l'écrivain et son éditeur en justice, pour diffamation et provocation à la haine raciale. La défense de Nabe et Barrault est assurée par l'avocat Thierry Lévy.

Au régal des vermines reçoit un accueil critique contrasté, certains articles soulignant le talent d'écriture de l'auteur tandis que d'autres restent sceptiques, voire rebutés, devant sa personnalité. À la suite de ce premier livre, Nabe conserve durablement une réputation d'écrivain sulfureux.

Lui-même considère avoir fait une sorte de hara-kiri lors de son passage à Apostrophes et commente, dans Nabe's Dream, « C'est une expérience unique chez un écrivain : se tuer au moment de sa naissance ».

L'œuvre de Marc-Édouard Nabe dans les années 1990

De 1989 à 1990, Marc-Édouard Nabe contribue au journal L'Idiot international, dirigé par Jean-Edern Hallier. Il y attaque sur un ton pamphlétaire des personnalités comme Élisabeth Badinter, Serge Gainsbourg ou l'abbé Pierre. Ce dernier texte en particulier crée un tollé au sein de la rédaction de l’Idiot : Hallier soutient Nabe contre sa propre équipe et publie dans le numéro suivant un texte défendant l'article.

Le 31 décembre 1989, Marc-Édouard Nabe signe avec Jean-Paul Bertrand, propriétaire des Éditions du Rocher, en vue de publier son journal intime. Durant les années 1990, Nabe publie chez le Rocher, en quatre tomes, son journal rédigé pendant la décennie précédente. Les volumes - Nabe's Dream (1991), Tohu-Bohu (1993), Inch'Allah (1996) et Kamikaze (2000) - dont chacun tourne autour de mille pages, couvrent une période allant de 1983 à 1990. Le premier tome s'achève sur son passage à Apostrophes. La publication de ce journal, où il dépeint des personnalités avec férocité sans changer aucun nom, alimente sa réputation de provocateur et lui vaut de nombreuses inimitiés.

Parallèlement à la rédaction de son journal, Nabe publie en 1992 chez Gallimard Visage de Turc en pleurs, mise en roman de son voyage en Turquie. Ce livre fait l'objet de plusieurs critiques élogieuses : Le Monde parle ainsi de « deux cents pages d'une prose joueuse, iconoclaste et facétieuse » et Le Figaro Magazine d'un roman « remarquable par les éclats d'un langage fougueux ».

En 1995, Nabe publie chez Gallimard le roman Lucette, consacré à la veuve de Louis-Ferdinand Céline, Lucette Destouches. En 1998, Nabe publie chez Gallimard le roman Je suis mort qui commence par le suicide du narrateur. L'histoire du personnage, un comédien qui se donne la mort après avoir eu un trou sur scène, se veut une métaphore des déboires médiatiques de l'auteur, notamment à Apostrophes. L'écrivain connaît à l'époque une forme de « réhabilitation médiatique ».

"Les Porcs": Une fresque sur le conspirationnisme

"Les Porcs" est un pamphlet écrit par Marc-Édouard Nabe et publié le 8 mai 2017. Il s'agit du premier tome d'un pamphlet centré sur le conspirationnisme qui devrait en compter trois. Le premier tome (1000 pages) couvre les années 1999 à 2010, de la première rencontre Dieudonné-Nabe au clash Soral-Nabe. Il contient 319 courts chapitres.

Cette sorte de chronique pamphlétaire et autobiographique raconte la montée du conspirationnisme en France à travers le regard de Marc-Édouard Nabe sur les acteurs de ce mouvement qui l'ont fréquenté durant les années 2000. On y croise, entre autres, les figures d'Alain Soral, de Dieudonné, de Thierry Meyssan, de Robert Faurisson, de Paul-Éric Blanrue et de Salim Laïbi.

À travers leurs agissements, ces personnages des Porcs apportent chacun une voix au concert général du complotisme. Les évènements des années 2000, comme le 11-Septembre, la guerre en Irak, la capture de Saddam Hussein, son procès et son exécution, les émeutes en banlieue en France, le terrorisme post-Bush en Irak, le projet de bombe en Iran, l’affaire Siné, la liste antisioniste, etc. sont autant analysés que les spectacles de Dieudonné et l’activisme pro-FN d’Alain Soral.

Les Porcs obéissent au seul critère de l’absolue vérité des faits et de leur chronologie exacte. En ce sens, Nabe dira que Les Porcs, où tout est vrai et semble faux, sont le contraire de L’Homme qui arrêta d’écrire (2010) où tout était faux et semblait vrai.

Sur le plan de l’écriture, Les Porcs sont encore différents des derniers gros livres de Nabe (L’Homme qui arrêta d’écrire, Alain Zannini) : le langage, adapté au sujet, intègre une richesse informative ramassée à l’intérieur même d’une grammaire travaillée. C’est ce qui donne à la lecture en plus de la brièveté des chapitres la sensation d’une grande fluidité rhétorique.

L'œuvre est une fresque littéraire, politique et historique peinte au... K.-O. Après cinq ans de travail, voici LES PORCS, le fameux livre de Marc-Édouard Nabe, écrit et autoédité dans la plus stricte liberté.

Marc-Édouard Nabe en 2011

Première rencontre avec Dieudonné

Tout cette histoire a commencé par une émission de télé. Au commencement était la Télé ? Il y avait Benoît Delépine, Plantu, Jean-François Kahn, quelques profs de philo inutiles et surtout Gérard Miller, Dieudonné et moi... C’était au mois de juin 1999... La Seine comme de l’encre bleue miroitait par les baies du studio flottant. Tout était bleu, je me souviens, on avait tous des pulls bleus, des chemises bleues, des costumes bleus... Et moi aussi, dans mon trois pièces bleu roi de dandy qui commençait tou doucement à se clochardiser... Je ne portais déjà plus de cravate, mais encore des lunettes rondes. C’était la première fois que je voyais Dieudonné en vrai.

Assis à côté de Delépine, il était face à moi qui étais assis pas loin de Miller, avec la carcasse de Kahn entre nous deux... Je me balançais sur ma chaise, comme ma mère m’avait toute ma vie interdit de le faire. Derrière moi, on voyait Hélène, encore ma femme à l’époque. Un sourire entre les lèvres comme un couteau, je regardais ce grand Noir lisse... Qu’est-ce qu’il était lisse en ce temps-là Dieudonné, et pas seulement dans ses propos ! Une expression de visage glabre, presque pâle, et un regard de poussin abruti, je dirais. Abruti par la conscience de ne pas être encore tout à fait né ! Il n’avait rien vécu du show-biz, ça se voyait. Il venait de se séparer d’Élie Semoun et voulait voler de ses propres ailes. Encore fallait-il en avoir, des ailes ! Bien sûr, le débat était débile, sur « les Humoristes et les Intellectuels ».

Quand la parole fut donnée à Dieudonné, il se présenta comme « fantaisiste comédien et citoyen »... Il venait pour son rôle de proctologue pédé dans Le Derrière, le dernier film de Valérie Lemercier... Déjà un avant-goût, pour ne pas dire un arrière, de quenelle... Il sortait d’un Vivement Dimanche prochain où le très bien accueilli « Dieudo », comme l’appelait Michel Drucker, s’était retrouvé en la « bonne compagnie » de Laurent Ruquier, Claude Sarraute et Raphaël Mezrahi...

Réception et critiques

Les Porcs était probablement le livre le plus attendu de la décennie, espéré par les lecteurs de Nabe, redouté par ses ennemis. À tel point qu’il a alimenté bon nombre de spéculations, malveillantes pour la plupart, sur le net. On (des forumeurs anonymes) a accusé Nabe de se détourner des sujets importants pour se consacrer, par simple désir de vengeance, à des personnalités insignifiantes médiatiquement, ou encore de vouloir réintégrer le Système en s’attaquant à ceux qui le combattent « vraiment ».

Il est évident que ces critiques sont totalement inappropriées. Premièrement, Nabe reste toujours extrêmement près de l’actualité internationale dans tout le livre. Aucun sujet important n’est laissé de côté. Le choix d’orienter l’ensemble du livre contre le complotisme rend compte du fait que Nabe a été le seul à se méfier de ce phénomène dès son apparition, d’abord mélodie de fond qui peu à peu a pris de l’ampleur jusqu’à recouvrir aujourd’hui de son bruit assourdissant l’ensemble des commentaires alternatifs.

Deuxièmement, à propos de la soi-disant volonté de Nabe de réintégrer le Système, disons clairement que cette accusation est ridicule. Nabe ne met pas d’eau dans son vin dans Les Porcs, dans l’espoir de se faire bien voir en attaquant la « dissidence ». C’est au contraire en surenchérissant dans la radicalité qu’il étrille ses cibles. La dynamite politiquement incorrecte est omniprésente dans le livre, ce qui le rendrait impubliable au sein de n’importe quel circuit classique d’édition.

En conclusion, "Les Porcs" est une œuvre complexe et provocatrice qui témoigne de l'engagement de Marc-Édouard Nabe contre le conspirationnisme et pour la vérité. Le livre est une fresque de son époque, un témoignage de son parcours et une critique acerbe de la société contemporaine.

Chronologie des œuvres principales de Marc-Édouard Nabe

Année Titre Type
1985 Au régal des vermines Essai
1991 Nabe's Dream Journal intime (Tome 1)
1993 Tohu-Bohu Journal intime (Tome 2)
1996 Inch'Allah Journal intime (Tome 3)
2000 Kamikaze Journal intime (Tome 4)
2017 Les Porcs Pamphlet

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