La Tapisserie de Bayeux est une œuvre d'art textile exceptionnelle, brodée à l'aiguille sur une toile de lin bis. Elle utilise quatre points différents de fils de laine déclinés en dix teintes naturelles. Cette tapisserie expose une richesse de détails impressionnante, comprenant 623 personnages, 994 animaux, 438 végétaux, 37 forteresses et bâtiments, 41 navires et petites embarcations, et d'innombrables objets divers.
Harold Godwinson prêtant serment à Guillaume le Conquérant.
Les péripéties-clés de la bataille d'Hastings, dont l'issue détermina la conquête normande de l'Angleterre, y sont détaillées. Près de la moitié des scènes relatent en fait des épisodes antérieurs à l'invasion elle-même. Bien que présentant les événements sous un jour très favorable à Guillaume le Conquérant, elle a une valeur documentaire inestimable pour la connaissance du XIe siècle normand et anglais.
Elle renseigne ainsi sur les vêtements, les châteaux, les navires et les conditions de vie de cette époque. Conservée jusqu'à la fin du XVIIIe siècle dans le trésor liturgique de la cathédrale de Bayeux, elle échappe de peu à la destruction lors de la Révolution française.
Le récit brodé sur la Tapisserie de Bayeux débute en 1064, lorsque le roi d’Angleterre, Édouard le Confesseur, vieillissant et sans héritier, confie à son beau-frère, le comte Harold Godwinson, la mission de se rendre en Normandie.
Représentation des navires sur la Tapisserie de Bayeux.
La traversée de la Manche par Harold et ses hommes est mouvementée ; leur navire subit une tempête et fait naufrage sur les terres du comte Guy de Ponthieu, qui les fait prisonniers à Beaurain dans l'espoir d'obtenir une rançon. Les deux hommes mènent ensuite une campagne militaire commune en Bretagne contre le duc Conan II. Suite à cette expédition, Guillaume adoube ou honore Harold pour les services qu'il a rendus. Le moment central de ce séjour en Normandie est le serment solennel prêté par Harold à Guillaume.
À la mort du roi Édouard, le 5 janvier 1066, Harold manque à sa parole. Poussé par les nobles anglais et reniant son serment, il accepte la couronne et est couronné roi d'Angleterre dès le lendemain, le 6 janvier 1066, à l'abbaye de Westminster. Apprenant la nouvelle de ce qu'il considère comme une trahison et un parjure, Guillaume le Conquérant, décide de revendiquer son dû par la force. Il rassemble une impressionnante flotte et une armée de plusieurs milliers d'hommes.
La confrontation décisive a lieu le 14 octobre 1066 lors de la célèbre bataille d'Hastings. La bataille culmine avec la mort d'Harold. La Tapisserie illustre la scène célèbre où il est mortellement atteint par une flèche dans l'œil, un châtiment symbolique pour son parjure.
La mort d'Harold à la bataille d'Hastings, frappé par une flèche.
On ne dispose d'aucun document probant ni sur sa conception, ni sur les trois cents premières années de son existence. Certains spécialistes pensent en avoir trouvé une trace dans l'œuvre d'un poète français, Baudry abbé de Bourgueil. Vers l'an 1100, celui-ci compose pour Adèle de Normandie, fille de Guillaume le Conquérant, un poème dans lequel il décrit une tapisserie faite de soie, d'or et d'argent et représentant la conquête de l'Angleterre.
La plus ancienne mention directe de la tapisserie est un inventaire du trésor de la cathédrale de Bayeux, dressé en 1476, qui en mentionne l'existence et précise qu'elle est suspendue autour de la nef, de pilier en pilier, pendant quelques jours chaque été, sans doute du 1er juillet (jour de la Fête des reliques) au 14 juillet (jour de la Dédicace). Il est possible que la tapisserie commandée par l'évêque Odon ait été remise et exposée pour la première fois dans la cathédrale lors de sa dédicace solennelle le 14 juillet 1077, en présence de l'archevêque de Canterbury, du roi Guillaume et de la reine Mathilde.
Le reste de l'année, la tapisserie est roulée et conservée dans un coffre en bois du XVe siècle que l'on peut encore voir dans la salle du Trésor de la cathédrale. La tapisserie échappe aux incendies de 1105 et 1160. En 1562, des religieux, avertis de l'arrivée imminente d'une troupe de Huguenots, la mettent en sûreté.
La tapisserie est redécouverte par le monde savant au XVIIIe siècle. En 1721, à la mort de Nicolas Jean Foucault, ancien intendant de Normandie et érudit, on découvre dans sa succession un dessin dépourvu d'indications, qui attise la curiosité d'Antoine Lancelot (1675-1740) de l'Académie royale des inscriptions et belles lettres. Perplexe mais convaincu que le dessin n'est qu'une partie d'une œuvre de grande taille, il fait appel au moine bénédictin Dom Bernard de Montfaucon (1655-1741), qui, en octobre 1728, retrouve la trace de la tapisserie.
En 1729, il publie d'abord le dessin puis l'entièreté de la tapisserie dans ses Monuments de la monarchie française. Lorsqu'un voyageur anglais, Andrew Coltee Ducarel se présente à Bayeux en 1752 et demande aux prêtres à voir l'ouvrage qui relate la conquête de l'Angleterre, ces derniers semblent ignorer tout de son existence. Ce n'est que lorsqu'il leur parle de son exposition annuelle qu'ils comprennent de quel objet il retourne.
En 1792, quand la France de la Révolution entre en guerre contre l'Europe, des troupes sont levées. Au moment du départ du contingent de Bayeux, on s'avise qu'un des chariots chargés de l'approvisionnement n'a pas de bâche. Selon la tradition locale, un participant zélé propose de découper la tapisserie conservée à la cathédrale pour couvrir le chariot. Prévenu tardivement, l'avocat bayeusain Lambert Léonard Leforestier arrive cependant juste à temps pour empêcher cet usage. En 1794, selon une autre tradition locale, lors d'une fête civique, il s'en faut de peu qu'elle soit lacérée et transformée en bandes destinées à décorer un char.
À des fins de propagande contre l'Angleterre qu'il projette d'envahir, Napoléon la fait venir au musée du Louvre à Paris où elle est exposée à l'admiration des foules parisiennes de novembre 1803 à février 1804. À cette occasion, un catalogue illustré avec des scènes de la broderie est d'ailleurs imprimé en quatre cents exemplaires et distribué à l'armée, afin de motiver l’esprit conquérant des troupes et de les convaincre qu'un débarquement en Angleterre est possible.
En 1816, la Société des antiquaires de Londres charge le dessinateur d'antiquités Charles Stothard de réaliser un fac-similé de la tapisserie pour la série de documents Vetusta Monumenta. Pendant une quarantaine d'années, la tapisserie est conservée enroulée. Lors de chaque visite, on la déroule puis on la réenroule sur une machine formée de deux cylindres pour la montrer scène par scène. Ces manipulations répétées engendrent des frottements qui contribuent à l'user et risquent de la détruire.
En 1835, les autorités, ayant pris conscience de sa valeur, s'en émeuvent. À partir de 1842, la tapisserie devient accessible en permanence au public dans une salle de la bibliothèque de Bayeux, où elle est suspendue dans une vitrine.
Le 1er septembre 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, les autorités françaises, après avoir retiré la tapisserie de sa vitrine et l'avoir roulée, la mettent à l'abri dans un bunker situé dans les caves de l'hôtel du Doyen. Le 23 juin 1941, la tapisserie est transférée à l'abbaye de Mondaye. Elle y est étudiée par des scientifiques allemands dont Herbert Jankuhn et Karl Schlabow, archéologues membres de l'Ahnenerbe. C'est vraisemblablement à cette occasion que Karl Schlabow en dérobe un fragment. Le 20 août 1941, elle rejoint le château de Sourches dans la Sarthe, où elle demeure jusqu'au 26 juin 1944, date à laquelle elle est transférée au musée du Louvre sur ordre de l'occupant.
S'il faut en croire le général von Choltitz, le 21 août 1944, pendant la libération de Paris, deux SS se présentent à lui et l'informent qu'ils sont chargés d’emporter la tapisserie en Allemagne. Lorsque le général leur dit que le Louvre est aux mains de la Résistance, ils repartent sans demander leur reste.
Présentation de la tapisserie au centre Guillaume-le-Conquérant : une bande de toile de lin non décorée mais numérotée double la bande de toile historiée dont l'étude de l'envers a fait apparaître qu'à divers endroits, la laine passe directement des scènes centrales aux tituli et aux bordures. Un nouvel aménagement muséographique mettant en valeur la broderie est inauguré le 6 juin 1948. La présentation laisse toutefois beaucoup à désirer : la tapisserie est clouée au fond en contreplaqué d'une vitrine non étanche éclairée par des tubes fluorescents.
Le principe d'un transfert dans un local plus approprié prend corps en 1977. Après une étude de la broderie et des moyens de la conserver, l'ancien grand séminaire de Bayeux accueille le chef-d’œuvre à partir de mars 1983. En mars 2025 est communiquée la découverte d'un fragment de la tapisserie retrouvé en Allemagne au siège des archives du land du Schleswig-Holstein à Schleswig, parmi les affaires de l'archéologue Karl Schlabow qui était venu étudier la tapisserie pendant l'Occupation en 1941.
Odon de Conteville (demi-frère de Guillaume le Conquérant et évêque de Bayeux de 1049 à 1097), est généralement identifié comme étant le commanditaire de la tapisserie de Bayeux. La supposition repose sur un faisceau d'indices. Tout d'abord, sur la tapisserie ne sont nommées, en dehors des figures historiques (Harold Godwinson, Édouard le Confesseur, Guillaume le Conquérant, etc.) et de la mystérieuse Ælfgyva, que trois personnes, Wadard, Vital et Turold. Celles-ci ne sont mentionnées dans aucune autre source contemporaine de la bataille d'Hastings. Or il apparaît que ces hommes sont tous des tenants d'Odon dans le Kent, signe qu'ils faisaient partie des hommes qu'Odon a amenés à la bataille.
Ensuite, la tapisserie montre Harold Godwinson jurant fidélité au duc Guillaume, sur de saintes reliques, et assistance pour son obtention du trône anglais, à Bayeux. Orderic Vital place l'événement à Rouen, et Guillaume de Poitiers à Bonneville-sur-Touques. De plus, le rôle d'Odon à Hastings est à peine mentionné dans les sources qui ne sont pas liées à Bayeux.
L'immense majorité des historiens concluent qu'Odon est le seul à avoir eu les moyens financiers de commanditer une œuvre aussi gigantesque, et qui mette en avant ses tenants et les reliques de Bayeux. Des thèses nouvelles au sujet du commanditaire voient parfois encore le jour. Selon l'une d'entre elles, la reine Édith, veuve d'Édouard le Confesseur et sœur de Harold serait la commanditaire : la tapisserie pourrait avoir été un moyen d'assurer Guillaume de sa loyauté, tout en ne montrant pas Harold sous un jour franchement défavorable. De son côté, Andrew Bridgeford penche pour un autre candidat, Eustache II, comte de Boulogne, qui avait également des choses à se faire pardonner par Guillaume.
Si une majorité d'historiens s'accorde à penser que c'est bien Odon, comte de Kent, qui commanda cette broderie pour légitimer l'accession de Guillaume le Conquérant au trône d'Angleterre, l'identité des brodeurs ou brodeuses en revanche, fait encore l'objet de débats. Selon une légende datant de sa redécouverte au XVIIIe siècle, elle aurait été confectionnée par la reine Mathilde, aidée de ses dames de compagnie. Au XIXe siècle commença à émerger l'idée que la tapisserie aurait été fabriquée dans un atelier de broderie anglais.
Après la publication en 1957 de l'essai de Francis Wormald qui entreprend d'établir un lien stylistique entre d'une part, la Tapisserie et d'autre part les miniatures du Psautier d'Utrecht et les manuscrits anglo-saxons qui en furent tirés au XIe siècle, la cause semble entendue : dans leur immense majorité, les chercheurs s'accordent dès lors à penser que la « Broderie de Hastings » a été faite en Angleterre. Ils soulignent d'emblée que les brodeuses anglaises jouissaient d'une réputation flatteuse au XIe siècle, comme en témoigne Guillaume de Poitiers, lui-même normand. À la suite de Francis Wormald, ils relèvent également les graphies anglo-saxonnes dans les inscriptions.
Pour ce qui est du lieu précis, le style de la tapisserie, proche du « style de Winchester » de la première moitié du XIe siècle, pourrait être inspiré de modèles produits dans le scriptorium du New Minster de Winchester, dans le Hampshire ou de celui de Canterbury, dans le Kent, plus précisément à l'abbaye de Saint-Augustin, tout de suite après la bataille elle-même, ce dernier lieu ayant la faveur de nombreux chercheurs. Outre le fait que le commanditaire présumé de la tapisserie, Odon, était un bienfaiteur de l'abbaye, d'autres arguments, d'ordre stylistique, militent en faveur de cette hypothèse : il existe des affinités entre la tapisserie et plusieurs manuscrits produits dans le scriptorium de Saint-Augustin.
L'historien de l'art Wolfgang Grape a repris la thèse « normande ». Il s'emploie d'abord à réfuter les arguments stylistiques puisés dans le Psautier d'Utrecht et les miniatures anglo-saxonnes en faveur de la thèse anglaise. La vivacité des personnages, proche de celle des manuscrits anglo-saxons ne le convainc pas : il estime que « la fièvre anglo-saxonne diffère de la fébrilité normande ». Il doute également que des moines de Cantorbéry, où régnait un climat anti-normand, se soient prêtés à la réalisation de l'œuvre. Il analyse enfin un chapiteau de la cathédrale de Bayeux, présentant des ressemblances stylistiques avec la tapisserie. Il en tire la conclusion que la tapisserie est une œuvre normande, et plus précisément, bayeusaine. Sa théorie est ouvertement en réaction contre l'ouvrage de David Bernstein sur le sujet.
Selon l'historien américain George T. Beech, plusieurs indices permettraient de penser que la tapisserie de Bayeux est à rapprocher de l'abbaye Saint-Florent de Saumur, atelier prestigieux de production textile depuis le début du XIe siècle. Plusieurs faits permettent, selon lui, d'étayer cette hypothèse. Avant d'être l'abbé de Saint-Florent, Guillaume Rivallon (fils de Riwallon de Dol) était seigneur de Dol en Bretagne. Or plusieurs scènes de la tapisserie s'attardent sur la campagne menée par les Normands en Bretagne, marquée notamment par le siège de Dol. Deuxièmement, dans les années 1070, l'abbaye acquiert de nombreux domaines, en Angleterre et en Normandie, dans lesquels le rôle du nouveau roi d'Angleterre, est déterminant. La générosité de Guillaume le Conquérant serait un moyen de récompenser le travail de l'atelier monastique. Enfin, quelques ressemblances artistiques ont été mises en évidence entre la tapisserie et les ouvrages de la France de l'ouest, dans la vallée de la Loire et en Poitou-Charentes. Cependant, cette hypothèse n'est valable que si l'abbaye de Saumur abritait en son sein des Normands et des Anglais, car les détails relatifs à la flotte et aux techniques navales ne pouvaient pas être connus d'une abbaye continentale, implantée dans un contexte ...
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