Les Cocottes en Scène : Histoire et Représentation

L'histoire du théâtre et de la littérature est une longue suite de réécriture de textes plus anciens : on pense à Antigone, à Don Juan, à Œdipe… Ce sont aussi ces transformations qui leur permettent de franchir les siècles. Mais à vouloir rendre des œuvres plus actuelles et plus accessibles, n’y a-t-il pas le risque d’en altérer le sens ?

Dans le monde du spectacle et de la culture, les figures féminines ont souvent été mises en avant, parfois idéalisées, parfois critiquées. Parmi ces figures, celle de la "cocotte" occupe une place particulière, oscillant entre fascination et réprobation. Cet article explore l'histoire et la représentation des cocottes sur scène, en mettant en lumière leur influence culturelle et leur évolution à travers le temps.

Émergence et Notoriété des Cocottes

C’est dans les deux dernières décennies du XIXe siècle que débuta l’essor de l’automobile. En 1873, l’apparition de la première automobile va bouleverser la relation des hommes au temps et à l’espace. Depuis la monarchie de Juillet, les « grands boulevards » sont le centre de la vie parisienne.

Si les chroniqueurs mondains influent considérablement sur la notoriété des « grandes horizontales », ce sont les photographes qui leur assurent un succès international : la diffusion des portraits photographiques, qui permet à des véritables artistes du spectacle, comme Sarah Bernhardt ou Réjane, de consolider leur renommée, est d’autant plus indispensable pour les demi-mondaines qui, à défaut d’un véritable talent, misent tout sur leur beauté.

Née Émilie André, à Paris, le 18 juillet 1869, fille d’une concierge de la rue des Martyrs, la future Émilienne d’Alençon reçoit son pseudonyme de la prostituée Laure de Chiffreville, qui lui prédit une brillante carrière. Lancée par l’« intrépide vide-bouteilles » Charles Desteuque, chroniqueur du Gil Blas, Émilienne se produit comme dresseuse de lapins au Cirque d’Été et fréquente les lieux favoris du demi-monde parisien : le bois de Boulogne, Chez Maxim’s, les théâtres.

Entre 1889 et 1892, la jeune femme devient une célébrité grâce à sa liaison avec le jeune duc Jacques d’Uzès qui veille à son instruction dans le vain espoir de l’épouser ; envoyé au Congo par sa famille qui s’oppose fermement à cette mésalliance, le jeune duc meurt en 1893. Émilienne d’Alençon consolide sa renommée de grande cocotte en séduisant le roi des Belges Léopold II, le prince de Galles et futur roi Édouard VII, et le Kaiser Guillaume II, et en rivalisant avec la Belle Otero, Cléo de Mérode et Liane de Pougy.

Réalisée par l’atelier Reutlinger vers 1900, cette photographie montre la jeune femme dans le costume qu’elle porte sur la scène des Folies-Bergère dans La Belle et la Bête : Émilienne, racontent les chroniques, « fait semblant de jouer de la mandoline pour accompagner des couplets égrillards, qu’elle détaille d’une voix innocente ».

Cette « innocence » est aussi la protagoniste de ce cliché, où « la Belle » penche la tête d’un air rêveur, les mains posées sur sa mandoline. Si le costume d’Émilienne est assez simple, les bijoux qu’elle porte révèlent sa coquetterie ; quant au charme du modèle, il est parfaitement décrit par un chroniqueur : « Son nez insolemment camard, et pourtant adorable dans son effronterie, est chevauché par les plus beaux yeux du monde, des yeux clairs, malins, qui peuvent être rangés dans la catégorie des agents provocateurs […] Sa bouche, tordue de moues d’enfant gâté, ou retroussée par des sourires de sainte-nitouche, appelle irrésistiblement le baiser, comme la rose invite l’abeille et comme le Nord attire l’aimant.

Surnommée « gavroche féminin » en raison de son origine parisienne populaire et de la spontanéité de ses répliques, Émilienne d’Alençon se passionne pour la littérature et écrit elle-même des poèmes, recueillis sous le très significatif titre de Sous le masque (1918), qui révèlent une âme sensible et mélancolique ; néanmoins, la belle demi-mondaine n’abjure pas sa coquetterie et, en 1919, publie un recueil de recettes de beauté.

Mais la Belle Époque est finie, et le triste déclin d’Émilienne d’Alençon a déjà commencé : l’opium fait des ravages sur son corps et sur son esprit ; elle dépense une fortune pour ses maîtresses, puis semble avoir trouvé le bonheur en épousant un jockey anglais beaucoup plus jeune qu’elle, Percy Woodland, dont elle divorce pour un autre jockey britannique, Alec Carter, qui meurt pendant la Grande Guerre.

Seule, malade et endettée, Émilienne finit ses jours à Nice ; Renée Vivien avait écrit pour elle ces vers prémonitoires : « Tu te flétriras un jour, ah, mon lys ! / Tes pas oublieront le rythme de l’onde, / ta chair sans désirs, tes membres perclus / ne frémiront plus dans l’ardeur profonde, / l’amour désenchanté ne te connaîtra plus.

Voici un aperçu des moments clés de la vie d'Émilienne d'Alençon :

PériodeÉvénement
1869Naissance à Paris
Fin XIXe siècleAscension comme cocotte célèbre
Vers 1900Prestation aux Folies-Bergère
Après la Belle ÉpoqueDéclin et fin de vie à Nice

Émilienne d'Alençon, une figure emblématique des cocottes de la Belle Époque.

Représentations Théâtrales Modernes

Pièce de théâtre « "Art" » de Yasmina REZA (1995)

"Je préfère qu'on reste ennemies" est une comédie délirante signée Les Cocottes Productions, portée par le duo explosif Lise Herbin et Nathalie Foucault. Après le succès de leur premier spectacle Talons Aiguilles et Poil aux Pattes, les deux comédiennes reviennent avec une nouvelle pièce où deux anciennes amies, Rose et Anna, se retrouvent dix ans après s'être perdues de vue.

Leur retrouvaille prend une tournure inattendue lorsqu'elles se retrouvent inculpées du meurtre d'un inconnu. Entre règlements de comptes, reconstitution approximative et humour noir, elles doivent s'unir pour prouver leur innocence et échapper à la prison. Lise Herbin et Nathalie Foucault sont les fondatrices de Les Cocottes Productions, une compagnie théâtrale qui s'est fait connaître par ses comédies originales et décalées.

Lise Herbin est une comédienne, autrice et metteuse en scène française, formée au Cours Florent et à l'EICAR. Elle est également active dans le doublage et la voix-off. En 2019, elle cofonde Les Cocottes Productions, une compagnie dédiée à la création de comédies féminines et décalées.

Nathalie Foucault est une comédienne, autrice et productrice française. Elle est cofondatrice de Les Cocottes Productions, où elle conjugue sa passion pour la scène avec une expertise dans la communication et la formation .

Affiche de la pièce "Je préfère qu'on reste ennemies" par Les Cocottes Productions.

Autres événements culturels et artistiques

Le Musée des Confluences de Lyon a accueilli en février dernier la 4 ème représentation du Festival culturel et artistique des Maisons des Familles, une manifestation itinérante qui prône la culture comme levier d’émancipation. La Maison des familles a souhaité présenter le spectacle de ce conte aux enfants des parents « acteurs ».

10 classes ont répondu présentes et assisté à cette représentation dans le grand auditorium du musée des Confluences. Cette représentation de grande qualité, très appréciée des 250 enfants et de leurs enseignants, a créé une immense fierté à la fois chez les parents et les enfants. Une fierté qui contribue à créer de la sécurité intérieure, mise à mal par les conditions de vie dans la précarité.

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