« Un étrange magma remplissait mon gosier… » C'est avec ces mots saisissants que débute le roman de Gildas Guyot, Le Goût de la Viande. Ces mots décrivent la sensation viscérale et inoubliable qui marque à jamais Hyacinthe Kergourlé, le protagoniste de cette histoire poignante.
Tranchées de Verdun pendant la Première Guerre mondiale.
Hyacinthe Kergourlé, fils de paysans bretons, connaît plus qu'un simple retour à la vie. C'est une seconde naissance qu'il expérimente lorsqu'il reprend conscience sous les cadavres de ses camarades, tombés au front à Verdun. Ce retour est marqué par le goût du sang et de la viande de rats, éléments de survie dans cet enfer. Un goût qui le hantera jusqu'à sa mort, près de soixante ans plus tard, le confrontant à la question de sa propre monstruosité.
Le Goût de la Viande est avant tout une œuvre d'écriture riche et imagée. Le regard de Hyacinthe, narrateur de sa propre histoire, oscille entre proximité et distance. L'auteur, Gildas Guyot, réussit à maintenir l'attention du lecteur grâce à un travail d'écriture minutieux, offrant une histoire à la fois riche et intense, mais jamais écœurante.
Derrière ce roman organique se révèle un fond particulièrement intéressant.
C'est une histoire d'un gars normal que les horreurs de la grande guerre, celle des tranchées, des boches et des balles sifflantes ont amoché. Car Hyacinthe, s'il s'en est sorti vivant, est revenu du front cabossé : il a perdu un bras et c'est fait une ennemie : la mort. La mort l'entoure au quotidien mais elle refuse de l'emporter lui aussi.
Le style de Gildas Guyot est riche en détails, imagé et particulier. Les mots et le récit peuvent provoquer un malaise. En 2019, avec le recul sur les traumatismes des soldats en temps de guerre, on ne peut s'empêcher de penser à tous ces hommes rentrés chez eux meurtris, sans aucun soutien à l'époque. Puis le roman prend une autre tournure, le style perd en détail, on découvre au fil des pages sans trop entrer dans les détails le retour à la vie du personnage, sa reconversion professionnelle, son mariage, la naissance de sa fille, les décès des parents, les héritages... comme s'il avait réussi à faire taire l'autre Hyacinthe, celui qui avait vécu l'enfer, qui se croyait devenu un monstre.
Ce livre commence par laisser un goût âcre en bouche. La scène d'ouverture est difficile à supporter, car on vit ce que vit le personnage, on imagine ce qu'il entend et ce qu'il sent. Les 40 premières pages peuvent provoquer la nausée. Il serait dommage d'arrêter la lecture trop tôt. Ce roman est original et drôlement bien troussé. Hyacinthe Kergoulé est dans les tranchées, il échappe à la mort mais n'échappera plus à ce qu'elle aura fait de lui. Et on la suit avec avidité.
La culpabilité de l'homme qui revient vivant de la guerre transpire dans tous les actes de cet homme. Gildas Guyot réussit le tour de force de parler d'un homme détruit qui tente de passer outre ses démons pour vivre, qui parfois n'y parvient pas, qui donc vit des choses violentes, sans jamais plomber son roman. C'est le ton adopté entre gravité et humour, toujours au détour d'une phrase un peu dure, un mot, une expression qui force le sourire et détend un peu l'ambiance.
Dans l'écriture de Gildas Guyot, tous les mots comptent et il est souvent utile de lire entre les lignes ou entre les mots pour saisir encore mieux les double-sens ou les appuis fins, des sortes d'images subliminales. C'est très bien vu et très maîtrisé, surtout pour un premier roman.
tags: #le #gout #de #la #viande #gildas
Vrac zéro déchet et Primeurs de saison au plus proche de chez vous à Thorigné-Fouillard près de rennes en Ille et Vilaine 32
© 2021 - Du bocal à l'assiette - Tous droits réservés / création web : 6cyic