La Pizza : Une Histoire de Goût et de Culture Populaire

Chaque culture développe ses propres formes de nourriture, et la pop culture a trouvé la sienne : la pizza. Un plat qui a accompagné son succès planétaire et auquel elle peut s’identifier avec une aisance confondante.

La pizza Margherita, un symbole de l'italianité.

Les Origines Floues de la Pizza et de la Pop

La pizza, comme la pop culture, n'a pas de point originel précis. Selon une formule consacrée, elle n’a « pas d’inventeurs, ni pères et ni patrons, mais elle est le fruit de l’ingéniosité du peuple napolitain ». Personne ne peut se l’accaparer ; c’est une création collective, holiste, qui, d’une simple spécialité de la Campanie née on ne sait trop comment, touche aujourd’hui à l’universel.

De même, si les historiens de la pop font souvent démarrer leurs frises chronologiques dans les années 1920, ça ne suffit pas pour dater l’extrait de naissance avec une certitude irréfutable. Il y a d’abord l’influence sous-jacente venue de l’Europe du XIXe siècle : on retrouve ainsi dans les pulps et les comics des codes, des références, des pratiques empruntés aux dime novels anglais, la science-fiction de Jules Verne et H.G. Wells ou encore aux romans-feuilletons.

La Pizza à la Conquête du Monde

Ah, les États-Unis … Un relais et un allié gargantuesque dont le rôle a, comme pour la pop, été essentiel dans la surprenante expansion de la pizza. Avant même d’être assimilée par le nord d’une Italie tout juste unifiée, la pizza s’implante à New York et à Chicago (ainsi qu’en Provence, d’ailleurs), suivant les migrations italiennes des années 1880-90. Là-bas, elle y est adaptée aux goûts et aux pratiques locales : la pizza gagne en épaisseur, sa garniture se fait plus variée - un véritable melting-pot. Ce faisant, la pizza s’ancre dans les habitudes, si bien qu’aux yeux de certains elle devient un fleuron typiquement ricain.

À partir de ce second foyer d’élection, la pizza se mondialise dans l’après-guerre - y compris dans la Botte, où tout est à reconstruire. C’est d’ailleurs en la voyant revenir sous une forme modifiée que les Italiens, et plus seulement les Napolitains, se l’approprient ; un mouvement de réintégration que le chercheur Agehananda Bharati, en 1970, nommera « effet pizza ».

La Pizza : Un Symbole National et Culturel

La pizza est alors brandie comme un étendard patrimonial imprégné de et par l’histoire transalpine. La légende de la pizza Margherita, synecdoque de l’italianité, sert de ciment à cette construction nationale : le vert du basilic, le blanc de la mozzarella, le rouge de la tomate, et l’Italie est là. Ce genre de fierté identitaire n’est pas rare dans la pop.

Locaux, nationaux, les oriflammes sont nombreux, en étiquettes (Neue Deutsche Welle, K-Pop, Bollywood, etc.), en symboles colorés (la cocarde RAF des mods, le drapeau du Négus accaparé par les rastas jamaïcains), voire en incarnations iconiques (Captain America). La pop est faite de toutes ces composantes, et aucune n’a en soi plus de légitimité qu’une autre.

La PIZZA 🍕 Origines et Histoire : de l’Italie aux États-Unis

La Pizza dans l'Univers Pop

Avec de tels points communs, il n’est pas franchement étonnant de retrouver la pizza un peu partout dans l’univers pop - surtout américain. Il y a bien sûr les Tortues Ninjas, qui dans leurs égouts new-yorkais se régalent de pizzas aux compositions qu’on qualifiera faute de mieux d’étranges. Des mots reçus, quoi qu’il en soit, cinq sur cinq par Homer Simpson qui en boulotte une part dès la couveuse, par Tony Manero qui l’imite avant d’enflammer Saturday Night Fever et, plus encore, par Macaulay Culkin, enfant-star des très pizzaphiles Home Alone 1 et 2, dont le groupe The Pizza Underground détournait les chansons du Velvet à la gloire de vous-savez-quoi.

Rayon musique, même si l’illustre Lelo Jimmy Batista a défini le terme comme étant « LE mot interdit dans tous les noms de groupe à travers l’espace et le temps », ça n’a pas empêché les garageux de Druggy Pizza ou les Belges de Pizza Noise Mafia d’être hautement obnubilés par notre plat du jour, comme ont pu l’être à divers degrés The Fall (Don’t Take the Pizza), Flavien Berger (Pizza Yolo), Turbonegro (Age of Pamparius), Sunflowers (Hasta La Pizza / Rest in Pepperoni), Conner Youngblood (Pizza Body), Das Racist (Combination Pizza Hut and Taco Bell), Tom Waits (The Ghosts of Saturday Night (After Hours at Napoleone’s Pizza House)), Ween (Where’d the Cheese Go ?, à l’origine un jingle pub retoqué par Pizza Hut), Kim Giani (dont le backing band et l’émission sur Radio Rectangle se nomment La Pizza) et bien d’autres.

Dans cet empilement de mentions et de clins d’œil, n’oublions pas la dessinatrice Robin Eisenberg, dont la « Pizza Goddess » règne sur le cosmos ; la basket imprimé « pizza aux pepperonis » sortie par Nike en 2016 ; la boîte à pizza high-tech brevetée par Apple exclusivement pour ses employés ; ou le RubGrub, ce vibromasseur qui commande chez Domino’s juste après que vous ayez fini votre petite affaire. Dernier commensal de ce grand festin : l’éditeur de jeux Hasbro qui en ce début d’année 2019 a dégainé un Monopoly spécial pizza.

La Pizza : Un Effet Miroir de la Pop

La pizza a généralement la même forme et les mêmes dimensions qu’un bon vieux 33-tours. Elle peut être consommée en parts ou entières, comme on écouterait des singles ou des albums. Et on peut aussi envisager les cartons à pizza comme des artworks, dotés de la même fonction artistique et publicitaire.

Pour introduire son remarquable livre Pizza. Cultures et mondialisation, l’anthropologue Sylvie Sanchez détaille les qualités de son sujet d’étude. La pizza « est à la fois le sucré et le salé, se mange chaude ou froide : elle semble pouvoir se prêter à tout contexte de consommation et à même de répondre à des besoins opposés. Elle réunit grignotage capricieux de la part mangée à l’envi et casse-croûte roboratif et viril : elle n’est pas sérieuse et pourtant nourrit authentiquement. Mangée seule, elle isole sans stigmatiser […]. À l’inverse, elle est capable de réunir le groupe autour d’un partage […]. Elle fait feu de toutes les confessions. Il en est des végétariennes et des superlativement animales, des kasher et des halal, la pizza accordant encore ascètes et gourmands, diététiciens et adeptes de la surenchère. En clair, il n’y a pas un clivage que la pizza ne transcende, qu’il soit social, économique, géographique, gustatif ou religieux.

Un œcuménisme permis par son extrême polymorphie, que l’on retrouve dans la pop. Toutes deux savent se réinventer en permanence, au gré des fantaisies des uns, du savoir-faire des autres. Car le principe directeur de la pop, de la pizza, c’est la coexistence (plus ou moins pacifique) de toutes les propositions. Originale, traditionnelle, biscornue, mais ça fonctionne toujours. De même, la pop culture ouvre également sa porte à tous.

Même autosuffisance pour la pizza : « Ni mets, ni élément de repas, elle est repas » comme l’écrit Sylvie Sanchez. Et quand on parle d’un plat pour tous (la pizza) pouvant se partager de façon égalitaire, ou d’une culture (la pop) qui ne nécessite aucune formation pour la goûter ou y prendre part, le parallèle fonctionne nickel chrome.

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