La Viande de Brousse: Définition, Enjeux et Risques

La viande d’animaux sauvages, communément appelée «viande de brousse» dans le contexte africain, reste une composante importante de l’alimentation, particulièrement en milieu rural. Bien que des espèces aquatiques soient aussi largement consommées, l’expression «viande de brousse» se réfère en général à des animaux terrestres, en particulier des mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens.

Marché de viande de brousse au Ghana

Importance Alimentaire et Nutritionnelle

La viande d’animaux sauvages fait partie du régime alimentaire des populations de forêt depuis des millénaires. On a estimé à 5 Mt/an la quantité prélevée actuellement et reste une source primaire de protéines animales, de sels minéraux et de matières grasses. Les consommateurs la considèrent souvent comme une viande saine, étant donné qu’elle provient du milieu naturel et ne contient aucun additif ou produit artificiel.

De nombreuses études sur le contenu nutritif de la viande de brousse concluent sur l’apport significatif de cette viande à la quantité et à la qualité des nutriments consommés par les communautés dans les zones rurales d’Afrique et d’Amérique latine, notamment en termes de protéines, en particulier d’acides aminés essentiels, et de sels minéraux (fer, potassium, magnésium, zinc…). Dans ces contextes, les familles qui consomment de la viande de brousse jouissent d’une meilleure nutrition, ce qui se traduit par un meilleur état de santé. De nombreuses études montrent aussi que la consommation de viande de brousse augmente significativement la diversité nutritionnelle du fait de la diversité des espèces consommées.

Dans certains milieux ruraux ou urbains où l’accès à d’autres sources carnées est impossible ou reste prohibitif, la viande de brousse représente un aliment primordial pour les familles pauvres.

Risques Sanitaires Associés à la Consommation de Viande de Brousse

Certains animaux fournissant de la viande de brousse peuvent cependant servir de réservoir à certaines maladies transmissibles de l’animal à l’homme (zoonoses). En effet, plusieurs pathogènes (virus, bactéries, protozoaires et parasites) trouvés dans les diverses espèces de viande de brousse sont transmissibles à l’homme. En Afrique, par exemple, vingt-cinq types de parasites (dont Trichuris sp., Ancylostoma sp., les ascaris, Toxoplasma gondii et Strongyloides fulleborni), neuf types principaux de virus (dont le SIV, le HTLV, le virus de Marburg, le virus de Lassa, le virus Ebola, le virus de Nipah et le virus de l’herpès) et huit types de bactéries (dont Escherichia coli, Salmonella spp.

En réalité, la plupart des zoonoses sont transmises aux humains par l’exposition aux fluides corporels et aux excréments lors de la manipulation et du découpage de la viande de brousse avant la cuisson. Les rongeurs, les chauves-souris, les singes et les petites antilopes (céphalophes et chevrotains) sont les espèces le plus souvent citées dans la transmission de zoonoses à l’homme. Bien que l’attention médiatique se porte le plus souvent sur les zoonoses virales à l’origine des grandes pandémies (VIH et Ebola), les infections bactériennes et parasitaires issues de la viande de brousse constituent néanmoins une cause importante de maladies graves parmi les populations des forêts tropicales et subtropicales.

Ces maladies courantes méritent une attention accrue. Elles sont souvent dues à de mauvaises conditions d’hygiène dans les lieux de dépeçage et de cuisson.

L'exemple du virus Ebola

L’émergence et la propagation de nouvelles maladies très infectieuses sont à juste titre préoccupantes et une grande attention a été portée récemment aux conséquences dévastatrices de la fièvre hémorragique à virus Ebola (FHVE). Dans la plupart des cas, la transmission du virus Ebola par la faune sauvage a été reliée à la manipulation et au dépeçage de viande de brousse.

La FHVE a été identifiée pour la première fois en 1976 en Afrique et elle a tué depuis, selon les estimations, plus de 13 000 personnes. À cause du taux élevé de mortalité et de la contagion potentielle, cette maladie est considérée comme une menace mondiale. En dépit des progrès faits dans la connaissance de cette zoonose, les facteurs qui déclenchent et alimentent les épidémies restent mal connus.

La dernière épidémie de 2014 qui a eu lieu en Guinée a été reliée à un contact avec une colonie de chauves-souris, associée au recul de la forêt. En réalité, la liste des espèces qui interviennent dans la transmission et perpétuation du virus reste contestée.

La relation manifeste entre les cas d’Ebola dans des zones où les conditions sont modérément favorables au virus et la présence humaine (c’est-à-dire une certaine densité de population et de routes) laisse penser que la transmission du virus aux humains dans ces zones pourrait être influencée par des facteurs anthropiques. Ainsi, un contact plus fréquent entre les humains et la faune pourrait amplifier le risque d’une transmission du virus Ebola à l’homme, même là où les conditions environnementales et zoogéographiques ne sont pas les plus favorables au virus.

Impact sur la Biodiversité et les Écosystèmes

Les captures d’animaux sauvages dans la nature afin de satisfaire la demande croissante de viande de brousse contribuent à pousser certaines espèces à la disparition. Ils menacent ainsi la survie de nombreuses espèces animales dans leur pays d’origine. La détérioration des écosystèmes forestiers est un phénomène connu sous le nom de « syndrome des forêts vides », empty forest.

La chasse, en dehors de tout concept de gestion, a en effet des répercussions directes sur la capacité des écosystèmes à se maintenir, notamment et tout particulièrement en ce qui concerne la zoochorie, la dispersion des graines grâce aux animaux.

Entre 1996 et 2008, l’état de conservation de 23% des espèces de mammifères fortement chassées s’est détérioré. 40 espèces étaient déjà classées en danger critique d’extinction en 1996 et force est de constater qu’il n’y a pas eu d’amélioration 20 ans plus tard malgré tous les sommets internationaux sur la conservation de la biodiversité et les aires protégées.

En Afrique de l’Ouest, en raison de l’abattage intensif des arbres qui est pratiqué depuis les années 1960, la ceinture de forêt équatoriale est réduite à sa plus simple expression : il ne reste en effet que 22,8 % des forêts humides, en grande partie dégradées. Les zones boisées sont en général entourées de terres agricoles et de villages.

13. Voyage virtuel vers les carrefours de viande de brousse de l'Afrique, Episode spécial Tetea M...

Le Commerce Illégal et la Mondialisation

La consommation locale de viande de brousse existe depuis toujours dans de nombreuses régions et de nombreuses communautés, mais les captures dans la nature se sont très fortement accrus ces dernières années, car la consommation n’est plus seulement locale. La mondialisation permet en effet de nos jours le transport de n’importe quelle marchandise par voie maritime, aérienne ou terrestre, dans des délais très courts.

Le marché européen de la viande de brousse joue un rôle important car il représente un aspect très lucratif pour les trafiquants africains. Grâce au commerce illégal ils obtiennent des prix élevés pour des espèces africaines de plus en plus rares. Le transport illégal de la viande est rentable d’autant plus que les risques sont minimes en raison des contrôles laxistes. Dans la mesure où les espèces africaines deviennent de plus en plus rares, les prix flambent à l’étranger.

Aujourd’hui, la question du trafic d’espèces sauvages est considérée comme un problème aussi grave que le trafic des stupéfiants, des armes et celle des êtres humains car on sait combien tous ces crimes sont interconnectés (AGNU, 2015).

Les quatre espèces de pangolins d’Asie et les quatre autres d’Afrique sont collectivement considérées comme les mammifères sauvages les plus trafiqués au monde. Cependant, une analyse préliminaire des données sur les saisies montre encore que plus de 211 000 kg d’écailles de pangolin et plus 40 000 pangolins entiers (vivants et morts) ont été saisis dans le monde de 2012 à 2019 (TRAFFIC en préparation).

Le commerce des produits de la faune demande beaucoup de logistique, passe par de nombreuses mains et de nombreux pays avant d’arriver à destination. En extrapolant les chiffres, les chercheurs estiment qu’environ 270 tonnes pourraient traverser l’aéroport Charles de Gaulle chaque année.

Les Défis de l'Identification et du Contrôle

Pour un œil novice, quand la viande de brousse est coupée et fumée, il est impossible de reconnaitre l’espèce dont elle provient, et c’est le cœur du problème. Il y a un manque de formation des agents douaniers, les restes fumés sont confisqués et classifiés de viande de brousse, sans que l’espèce animale et son statut CITES ne soit défini. En fait, seule l’analyse de l’ADN permettrait d’identifier les espèces d’origine avec certitude, explique Kathy Wood, de l’association Tengerwood.

Pourtant ces analyses ne sont pas pratiquées sur les saisies de viande de brousse dans les aéroports internationaux et dans d’autres points d’entrée. La peur des maladies infectieuses impose comme règle sanitaire la destruction rapide par incinération de la viande de brousse saisie et cela continue d’entraver l’évaluation scientifique des tendances du commerce européen.

Initiatives et Solutions

Le Projet FAO/GEF « Gestion durable du secteur de la faune sauvage et de la viande de brousse en Afrique centrale » a pour objectif de promouvoir la gestion participative de la chasse villageoise comme stratégie de conservation des écosystèmes du Bassin du Congo. L’objectif général est la production d’une stratégie régionale de la gestion de la faune sauvage, pour examen et adoption par le Conseil des Ministres des pays membres de la Commission des Forêts d'Afrique Centrale (COMIFAC).

Il a pour objectif principal d’assister les pays concernés à surmonter les barrières au développement et à la reproduction des systèmes de gestion participative de la faune sauvage et le renforcement des capacités des parties prenantes à reproduire et adapter ces systèmes de gestion participative de la faune sauvage ailleurs.

La formulation d’une stratégie régionale qui guidera le développement de la gestion de la faune sauvage dans le Bassin du Congo est donc nécessaire.

Des modèles ont été proposés pour calculer le taux de consommation biologiquement durable des différentes espèces. Ces modèles sont fondés sur le taux maximum théorique d’augmentation de la population de l’espèce concernée et la part de cette population qui peut être capturés sans effet néfaste sur la population.

Sans programme de conservation avec des acteurs conscients de la manière de procéder sur le terrain, les locaux sont naturellement enclins à suivre la voie des braconniers qui sont en fait des membres de leur famille.

Des activités lucratives mises en place comme l’agriculture et la production de légumes, des emplois de guide, des commerces locaux à l’intention des touristes se créent, des programmes d’éducation et de sensibilisation dans les écoles se mettent en place, avec un véritable soutien gouvernemental dans certains pays mais aussi souvent international (par le biais d’ONG), tout en veillant à ce que les revenus issus du tourisme ne disparaissent pas de l’économie locale au profit des pays d’origine des touristes.

Conclusion

La gestion durable de la viande de brousse est essentielle pour assurer la sécurité alimentaire, protéger la biodiversité et prévenir les risques sanitaires. Une approche intégrée, impliquant les communautés locales, les gouvernements et les organisations internationales, est nécessaire pour relever ce défi complexe.

Tableau récapitulatif des enjeux liés à la viande de brousse

Enjeux Description Conséquences
Sécurité alimentaire Source de protéines pour les populations rurales Amélioration de la nutrition et de la santé
Risques sanitaires Transmission de zoonoses (Ebola, VIH, etc.) Maladies graves, épidémies
Biodiversité Surexploitation des espèces sauvages Déclin des populations animales, extinctions
Commerce illégal Trafic international de viande de brousse Criminalité organisée, déstabilisation des écosystèmes
Gestion durable Nécessité de stratégies de conservation et de régulation Protection des espèces, maintien des écosystèmes

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