Édouard Manet, né le 23 janvier 1832 à Paris et mort le 30 avril 1883 dans la même ville, est un peintre et graveur français majeur de la fin du XIXe siècle. Précurseur de la peinture moderne, qu'il affranchit de l'académisme, Édouard Manet est à tort considéré comme l'un des pères de l'impressionnisme.
Il s'en distingue en effet par une facture soucieuse du réel qui n'utilise pas (ou peu) les nouvelles techniques de la couleur et le traitement particulier de la lumière. « S'agit-il du dernier des grands peintres classiques ou du premier des révolutionnaires ? Fut-il l'enfant terrible du grand art persistant, l'élève un peu espiègle des maîtres, le restaurateur de la vraie tradition au-delà de celle qu'on enseignait à l'école des Beaux-Arts ? - ou bien le grand précurseur, l'initiateur de la peinture pure ?
Édouard Manet naît le 23 janvier 1832 au 5 rue des Petits-Augustins, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés dans une famille de la bourgeoisie parisienne. Son père, Auguste Manet (31 août 1796-25 septembre 1862), était un haut fonctionnaire au ministère de la Justice. Selon les biographes, il occupait le poste de chef de cabinet du garde des Sceaux ou de secrétaire général du ministère de la Justice.
Autoportrait d'Édouard Manet avec une palette
Il refuse de suivre des études de droit et il échoue à la carrière d'officier de marine militaire. À l’âge de douze ans, Édouard Manet est envoyé au collège Rollin, aujourd’hui collège-lycée Jacques-Decour, situé à l'époque rue des Postes (aujourd'hui rue Lhomond), dans le quartier du Val-de-Grâce où loge sa famille, non loin du jardin du Luxembourg.
Il a notamment pour professeur d’histoire le jeune Henri Wallon, dont l'amendement allait plus tard constituer la pierre angulaire de la Troisième République. La scolarité de Manet semble avoir été décevante : le jeune garçon se montre régulièrement dissipé, assez peu appliqué et fait parfois preuve d’insolence. Manet obtient des résultats convenables au collège Rollin, où il rencontre Antonin Proust dont les souvenirs seront précieux pour la connaissance de l'artiste.
Pendant cette période, Proust et Manet vont souvent au Louvre sous la conduite de l'oncle maternel de Manet, le capitaine Édouard Fournier qui encourage le talent de son neveu. Manet quitte le collège Rollin en 1848 et demande à entrer dans la marine, mais il échoue au concours du Borda. Il embarque le 9 décembre 1848, au Havre sur Le Havre et Guadeloupe, le voyage dure jusqu'au mois de juin 1849.
Manet revient avec une multitude de dessins ; pendant le voyage, il a fait des portraits et des dessins de tout l'équipage, des caricatures aussi, de ses camarades comme des officiers. Il contracte la syphilis à Rio. Ses voyages en bateau lui inspireront par la suite des paysages marins avec scènes de port, tels que Le Bateau à vapeur en 1868 ou Clair de lune sur le port de Boulogne et Le Départ du vapeur de Folkestone en 1869.
Après son deuxième échec au concours d'officier de marine, Manet refuse de s'inscrire aux Beaux-Arts. Le jeune Manet entre en 1850 à l'atelier du peintre Thomas Couture où il effectue sa formation de peintre, le quittant en 1856. Il s'inscrit comme élève de Couture sur le registre des copistes du Louvre.
Thomas Couture est l’une des figures emblématiques de l’art académique de la seconde moitié du XIXe siècle, avec un attrait marqué pour le monde antique qui lui vaut un immense succès avec son chef-d'œuvre Les Romains de la décadence au salon de 1847. Manet consacre l’essentiel de ces six années à l’apprentissage des techniques de base de la peinture et à la copie de quelques œuvres de grands maîtres exposées au musée du Louvre, notamment : l’Autoportrait du Tintoret, le Jupiter et Antiope attribué au Titien ou Hélène Fourment et ses enfants, œuvre de Pierre Paul Rubens.
Il rend également visite à Delacroix auquel il demande la permission de copier La Barque de Dante, alors exposée au musée du Luxembourg. Manet complète sa formation par une série de voyages à travers l’Europe : le Rijksmuseum d’Amsterdam garde la trace de sa venue en juillet 1852. Il séjourne deux fois en Italie : en 1853, en compagnie de son frère Eugène et du futur ministre Émile Ollivier, le séjour lui offre l'occasion de copier la célèbre Vénus d'Urbin du Titien, à la galerie des Offices de Florence et à La Haye, il copie La Leçon d'anatomie de Rembrandt.
Manet y copie les maîtres, rapportant une copie de la Vénus d'Urbin d'après Le Titien et de Tête de jeune homme de Fra Filippo Lippi faites au musée des Offices. Cette même année 1853, il part ensuite pour Rome. Au cours du second voyage en Italie, en 1857, Manet revient dans la cité des Médicis pour y croquer des fresques d’Andrea del Sarto au cloître de l’Annunziata.
L’indépendance d’esprit de Manet et son obstination à choisir des sujets simples déroute Couture qui pourtant, demande son opinion à son élève sur l'un de ses propres tableaux : Portrait de Mlle Poinsot. Manet s'inspire des portraits de Couture : tableaux aux visages éclairés, peinture énergique dans laquelle pointent déjà des éléments de la vie moderne (costume noir, accessoires de la mode). Manet vient de terminer en 1859 Le Buveur d'absinthe que Couture ne comprend pas ; les deux hommes se brouillent.
Dès ses premiers jours à l'atelier, Manet disait déjà : « Je ne sais pas pourquoi je suis ici; quand j'arrive à l'atelier, il me semble que j'entre dans une tombe ». En réalité, Manet supportait mal l'enseignement de Couture. Antonin Proust, qui fut son camarade d'atelier, rapporte dans ses souvenirs : « Manet avait invariablement le lundi, jour où on donnait la pose pour toute la semaine, des démêlés avec les modèles du professeur […] qui prenaient des attitudes outrées.-Vous ne pouvez donc pas être naturels s'écriait Manet ».
C'est dans cet atelier qu'il peint, en 1859, le portrait intitulé L'Enfant aux cerises. L'enfant était alors âgé de 15 ans lorsque Manet l'avait engagé pour laver ses brosses. Il a été retrouvé pendu dans l'atelier de Manet qui l'avait réprimandé et menacé de le renvoyer à ses parents. Le peintre, impressionné par ce suicide, s'installe en 1860 dans un autre local rue de la Victoire où il ne reste pas, puis il déménage encore rue de Douai.
Manet n'a pas choisi l'atelier de Couture par hasard. En 1850, il se donnait les moyens d'entrer dans la carrière par la grande porte. Couture était alors une personnalité importante, prisé par les amateurs, soutenu par les pouvoirs publics, il avait atteint des prix très élevés dès la fin 1840. La « leçon de Couture » est bien plus importante que l'on a voulu l'admettre. Le long apprentissage de six ans a été de grande portée. « Le peintre de mœurs et le peintre politique au réalisme contrôlé, l'ont autant retenu que le goût de Couture pour les figures de la commedia dell'arte et le pittoresque bohémien ».
Stéphane Guégan note que le premier grand succès de Couture au Salon de 1844 L'Amour de l'or (musée des Augustins, Toulouse) est fondé sur la partie gauche du Jugement de Pâris par Marcantonio Raimondi, tandis que Le déjeuner sur l'herbe de Manet, s'approprie le côté droit de la même œuvre de Raimondi. Manet était grand admirateur d'Achille Devéria. Lors de sa visite en compagnie d'Auguste Raffet et de Devéria au musée du Luxembourg, il s'est écrié, en voyant La Naissance d'Henri IV par Devéria : « C'est très beau tout cela, mais il y a au Luxembourg une maîtresse toile, c'est La Barque de Dante. Henry Murger prétendait que Delacroix était froid. En sortant de son atelier Manet dit à Proust « Ce n'est pas Delacroix qui est froid: c'est sa doctrine qui est glaciale. Malgré tout, copions la Barque. C'est un morceau ».
La Barque de Dante d'après Delacroix est la seule faite par Manet du vivant d'un artiste. Elle est conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon. Une deuxième copie, de taille légèrement différente, se trouve au Metropolitan Museum de New York, plus libre et plus colorée. Elle était précédée de Scène d'atelier espagnol. dont beaucoup d'éléments ont été repris de Les Petits cavaliers espagnols de Vélasquez, copiés par Manet et gravés plus tard sous le titre Les Petits cavaliers (gravure), eau-forte et pointe sèche 1862, dont une version est conservée au musée Goya de Castres.
En 1860, il présente ses premières toiles, parmi lesquelles le Portrait de M. Ses tableaux suivants, Lola de Valence, La Femme veuve, Combat de taureau, Le Déjeuner sur l'herbe ou Olympia, font scandale. Manet est rejeté des expositions officielles et joue un rôle de premier plan dans la « bohème élégante ».
Il y fréquente des artistes qui l'admirent, comme Henri Fantin-Latour ou Edgar Degas, et des hommes de lettres comme le poète Charles Baudelaire ou le romancier Émile Zola, dont il peint un portrait, Portrait d'Émile Zola. Zola prend activement la défense du peintre au moment où la presse et les critiques s'acharnent sur Olympia.
La période hispanique a commencé pratiquement dès les débuts du peintre. Le Vieux Musicien s'impose comme l'œuvre la plus monumentale et la plus complexe des débuts de Manet. Des analyses successives ont permis de décrypter les sources composites qui forment la trame visuelle de l'œuvre.
Les deux premiers tableaux à thème espagnol, Jeune Homme en costume de majo et Mlle V. en costume d'espada, qui sont présentés au Salon des refusés de 1863 avec Le Déjeuner sur l'herbe, déroutent les critiques et suscitent de vives attaques malgré le soutien d'Émile Zola qui voit là « une œuvre d'une vigueur rare et d'une extrême puissance de ton (…) Selon moi, le peintre y a été plus coloriste qu'il n'a coutume de l'être. Le Jeune Homme en costume de majo est le jeune frère de Manet, Gustave.
Mlle V. en costume d'espada, est un portrait du modèle préféré de Manet, Victorine Meurent travestie en homme, l'année même où la jeune fille a commencé à poser pour le peintre. Sur cette toile, Victorine est censée participer en tant qu’espada à une tauromachie. Tout est mis en œuvre cependant pour montrer que le tableau est une construction artificielle : Victorine, du fait de la menace représentée par le taureau, ne devrait normalement pas fixer le spectateur avec autant d'insistance.
L'ensemble de la scène est tout simplement un prétexte visant à représenter la modèle dans des habits masculins. « Les trois tableaux de Monsieur Manet ont un peu l'air d'une provocation au public qui s'offusque de la couleur trop éclatante. Au milieu, une scène de Bain, à gauche, un Majo espagnol ; à droite une demoiselle de Paris en costume espada agitant son manteau pourpre dans le cirque d'un combat de taureaux. M. Manet adore l'Espagne, et son maître d'affection paraît être Goya, dont il imite les tons vifs et heurté, la touche libre et fougueuse.
Charles F. Suckey relève que « les contradictions du tableau et [souligne] les détails absurdes, caractéristiques de nombreuses toiles [de Manet], attirent l'attention sur le fait que l'art est avant tout un assemblage de modèles et de costumes. Mais Mlle Meurent n'est pas la seule femme travestie en costume d'homme. La même année, Manet a peint une Jeune femme couchée en costume espagnol, (New Haven, Yale University Art Gallery) dont le modèle serait la maîtresse de Nadar, ou celle de Baudelaire, mais dont on ne connaît pas l'identité exacte.
Elle est également vêtue d'un costume espagnol d'homme, ce qui correspond aux codes érotiques de l'époque où le costume masculin était d'usage constant dans la galanterie. Félix Bracquemond en a gravé une eau-forte en 1863 en inversant le sujet. Manet ne visita l'Espagne qu'en 1865, il ne s'est peut-être familiarisé avec les coutumes de Madrid et les détails de la corrida qu'à travers le Voyage en Espagne de Théophile Gautier, ou les détails de la corrida donnés par Prosper Mérimée.
Il avait en outre, dans son atelier, une collection de costumes qu'il utilisait comme accessoires et qui lui étaient fournis par un marchand espagnol du passage Jouffroy. La période hispanique de Manet ne s'arrête pas seulement à des personnages en costume espagnol. On trouve des traces d'inspiration soit de Goya, soit de Velázquez, (selon les critiques), dans le Portrait de Théodore Duret. Il a rencontré Duret à Madrid en 1865, dans un restaurant. « l'hispanisme de ce tableau saute aux yeux et évoque plus Goya que Velázquez. C'est dans l'ouvrage de Charles Blanc qu'il a pu trouver une inspiration possible avec la reproduction du Le Jeune homme en Gris d'après Goya, dont on retrouve la position inversé et même la canne.
Manet a évidemment fait une allusion délibérée […] pour rappeler à Théodore Duret la peinture qu'ils virent ensemble à Madrid ». Après quelques années employées à copier de grands tableaux, c’est au Salon de 1859 que Manet se décide à dévoiler officiellement sa première œuvre, intitulée Le Buveur d'absinthe. Cependant, Le Buveur d'absinthe si peu académique est refusé au Salon de 1859. Le jury ne comprend pas cette œuvre qui illustre d'une certaine manière le Vin des chiffonniers de Baudelaire « buvant et se cognant au mur comme un poète.»
De même Thomas Couture considère que le seul buveur d'absinthe est ici le peintre. Manet apprend ce refus en présence de Baudelaire, de Delacroix et d'Antonin Proust, croyant que c'est Thomas Couture qui en est responsable.
Après la guerre franco-allemande de 1870, à laquelle il participe, Manet soutient les impressionnistes, parmi lesquels il a des amis proches comme Claude Monet, Auguste Renoir ou Berthe Morisot, laquelle devient sa belle-sœur et dont sera remarqué le célèbre portrait, parmi ceux qu'il fera d'elle, Berthe Morisot au bouquet de violettes (1872). À leur contact, il délaisse en partie la peinture d'atelier pour la peinture en plein air à Argenteuil et Gennevilliers, où il possède une maison. Sa palette s'éclaircit, comme en témoigne Argenteuil de 1874.
Manet parvient à donner des lettres de noblesse aux natures mortes, genre qui occupait jusque-là dans la peinture une place décorative, secondaire. Vers la fin de sa vie (1880-1883), il s'attache à représenter fleurs, fruits et légumes en leur appliquant des accords de couleur dissonants, à l'époque où la couleur pure meurt, ce qu'André Malraux est un des premiers à souligner dans Les Voix du silence. Le plus représentatif de cette évolution est L'Asperge, qui témoigne de sa faculté à dépasser toutes les conventions.
Manet multiplie aussi les portraits de femmes (Nana, La Blonde aux seins nus, Berthe Morisot) ou d'hommes qui font partie de son entourage (Stéphane Mallarmé, Théodore Duret, Georges Clemenceau, Marcellin Desboutin, Émile Zola, Henri Rochefort). À partir des années 1880, il est de plus en plus reconnu. Il reçoit la Légion d'honneur le 1er janvier 1882.
Olympia, une œuvre emblématique d'Édouard Manet
En 1883, Édouard Manet meurt à 51 ans de la syphilis et d'une gangrène qu'il a contractée à Rio de Janeiro, et laisse plus de quatre cents toiles, des pastels, des esquisses et des aquarelles.
| Titre de l'œuvre | Année | Description |
|---|---|---|
| Le Déjeuner sur l'herbe | 1863 | Scène de pique-nique controversée avec une femme nue et des hommes habillés. |
| Olympia | 1863 | Représentation réaliste d'une courtisane nue. |
| Berthe Morisot au bouquet de violettes | 1872 | Portrait de Berthe Morisot, belle-sœur de Manet. |
| L'Asperge | 1880 | Nature morte mettant en valeur la couleur et la forme. |
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