Au départ, il y a une idée reçue tenace, celle qui, à l'instar des propos de Descartes, tend à nier toute forme de raison chez les animaux. Pourtant, la science récente est venue bouleverser cette vision, en particulier en ce qui concerne les animaux de la ferme, et plus précisément le cochon.
Un porc domestique.
En 2009, des scientifiques britanniques de l'université de Cambridge, Donald M. Broom, Hilana Sena et Kiera Moynihan, ont prouvé que le porc était doté de la conscience de soi, de la reconnaissance de soi, grâce à une expérience avec des miroirs. La conclusion de cet exercice est éloquente : « Chaque cochon a dû observer les caractéristiques de son environnement, se les rappeler, déduire les relations entre aspects observés et aspects remémorés, et agir en conséquence », comme l'écrit Donald M. Broom dans son ouvrage *Révolutions animales. Comment les animaux sont devenus intelligents*, paru en 2016.
Autre expérience qui atteste des facultés cognitives poussées des cochons : celle de l'ordinateur. En 1997, « des universitaires de Pennsylvanie ont permis à un porc nommé Hamlet, explique Yves Christen, de jouer avec une manette d'ordinateur, pour essayer de bouger un objet sur l'écran et le faire entrer sur une plage de couleur bleue. Hamlet fait cela très bien et très rapidement, en échange bien sûr de récompense. Aucun chien par exemple n'est capable de faire cela aussi bien. »
Alors, les cochons sont-ils si intelligents qu'ils sont aptes à jouer ? Claudie Le Quéré, propriétaire avec son mari de la ferme de la Noue dans les Yvelines, le confirme : « Nos cochons font preuve de beaucoup de ruse pour s'accaparer la nourriture. » Un témoignage qui rejoint une des conclusions du scientifique Donald M.
Passons maintenant à l'intelligence émotionnelle des animaux. Ils sont nombreux à savoir faire preuve d'empathie. La preuve avec les rats ! Des scientifiques ont mis en place une expérience où deux rats, qui avaient séjourné ensemble durant deux semaines (le fait de connaître l'individu est important) étaient placés dans une même pièce. L'un, prisonnier d'une sorte de tube en plastique transparent, fermé par une trappe. L'autre, libre et capable de voir son nouvel ami se débattre pour sa liberté. Les résultats sont limpides : « dès qu'ils voyaient leur compagnon enfermé, les rats libres le libéraient dans 77 % des cas, alors qu'en présence d'une cage vide ou avec une peluche, seuls 12 % des rats ouvraient la porte de la prison » écrit Loïc Bollache. D'autres chercheurs ont poussé l'expérience encore plus loin : ils ont offert un choix cornélien au rat libre. Ouvrir en premier une trappe pleine de chocolat ou libérer d'abord son compagnon emprisonné ? « Dans plus de 50 % des cas, les rats préféraient libérer leur compagnon en premier et partager la nourriture avec lui ! »
Ces observations suggèrent que les porcs, dotés d'une intelligence émotionnelle similaire, pourraient également faire preuve d'empathie et d'altruisme dans des conditions appropriées.
Du valeureux Porco Rosso, l'homme-cochon-aviateur créé par Miyazaki, à l'exquise Miss Piggy, diva du Muppet Show, en passant par Homère et Orwell, qui est le personnage du cochon, entre vice et bonheur ? Avec Michel Pastoureau, historien, directeur d'études à l'École pratique des hautes études. Le cochon est un symbole, mais aussi un personnage.
Charles Dantzig souligne : "Ce qui est en cause avec les cochons, ce n'est, ni eux, ni leur saleté, ni leur vie supposée, mais le langage même. Le langage humain a besoin de métaphore, de rejet. Comme toujours, Hélas, il le fait avec la faiblesse, les animaux, les handicapés. Voyez, comme on dit, "taper comme un sourd" ou il est "manchot". Traiter d' "oie" une femme bête, nous rassure sur l'humanité, nous avons bien tort."
Des chercheurs européens ont mis au point un algorithme d’IA capable d’interpréter les sons gutturaux émis par les porcs. L’objectif sera de mettre à disposition des agriculteurs un outil qui les aidera à interpréter les émotions de leurs animaux (et à déceler celles qui sont négatives) pour améliorer leur bien-être. Concrètement, ils pourront installer une application mobile qui traduira ce que se disent les porcs lorsqu’ils communiquent entre eux.
"Les émotions des animaux sont très instructives sur leur état d’esprit, mais nous ne les mesurons pas beaucoup dans les fermes", déplore Elodie Floriane Mandel-Briefer, biologiste comportementale à l’Université de Copenhague (Danemark), qui co-dirige cette étude.
De manière générale, les grognements courts sont associés à des émotions positives, tandis que ceux qui sont longs traduisent un inconfort. C’est le cas lorsque les cochons se poussent les uns les autres pour atteindre leur auge. Quant aux sons à haute fréquence, tels que les cris et les hurlements, ils signifient souvent que les animaux sont stressés. Par exemple, quand ils se battent, qu’ils ont mal ou qu’ils sont séparés de leurs congénères.
Sans grande surprise, l’algorithme a démontré aux experts que les porcs élevés en plein air et dans des fermes biologiques, qui jouissent d’une certaine liberté - dans leurs déplacements, mais aussi pour creuser dans la terre - émettaient moins de cris de stress que les animaux des élevages conventionnels. Les chercheurs estiment qu’à partir du moment où leur méthode sera au point, elle permettra une meilleure classification de ces structures.
Cochons dans une ferme pédagogique.
Le porc est un animal qui fait l'objet de nombreuses recherches, tant en agronomie que pour la nutrition humaine. L'unité lnra-Agrocampus Ouest PEGASE développe des recherches dans le champ de la cognition et des émotions, liées au comportement alimentaire, social et aux relations avec l'humain. Ces recherches seront illustrées dans la première partie de cette conférence. Nous décrirons l'éventail des capacités sensorielles et sociales du porc, qui sont impliquées dans des processus cognitifs, tels les apprentissages et les processus émotionnels.
Ses très bonnes capacités cognitives, mettant en jeu une mémoire à court et à plus long terme, permettent au porc de s'adapter rapidement et efficacement aux variations de son environnement. Le cerveau du porc se rapproche grandement de celui des primates non humains et les mêmes approches d'imagerie fonctionnelle et anatomique que celles utilisées chez l'humain ont été implémentées chez ce modèle.
Depuis une dizaine d'années maintenant, l'unité NUMECAN de l'lnra de Rennes explore, grâce aux modèles porc et miniporc, la mise en place des apprentissages et troubles neurocomportementaux liés à l'alimentation, ainsi que le développement cognitif précoce en relation avec l'environnement nutritionnel périnatal.
Pourvu qu'on leur offre de belles conditions d'existence, les cochons manifestent une grande tendresse envers leurs proches. Élevés en famille comme des animaux de compagnie, ou bien formant des groupes sociaux dans des conditions favorables à leur bien-être, les cochons tissent entre eux - et avec nous - des liens très forts.
A l’instar des chiens, des chats et de nos 30 millions d’amis, les cochons élevés parmi les humains apprennent à décrypter notre langage, nos émotions et notre comportement, prenant part à la vie quotidienne. Curieux de tout, ils ont aussi très joueurs, allant volontiers chercher la balle ou le bâton. Ces scènes d'amitié avec des cochons montrent l'extrême sensibilité de ces animaux.
Lorsqu’ils sont placés dans des conditions qui leur permettent d’exprimer leurs comportements naturels, les cochons tissent de puissants liens sociaux avec leurs congénères. Les mères construisent des « nids » pour leurs petits, leur apprenant à fouiller le sol à la recherche de nourriture. Pour communiquer entre eux, ils utilisent une grande variété de cris, de gestes et de postures, s’avérant même capables de se mettre à la place d’autrui.
tags: #intelligence #du #porc #études
Vrac zéro déchet et Primeurs de saison au plus proche de chez vous à Thorigné-Fouillard près de rennes en Ille et Vilaine 32
© 2021 - Du bocal à l'assiette - Tous droits réservés / création web : 6cyic