Degemer Mat, Trugarez, Krampouezh, Kesako ? Vous aimez aller en Bretagne pendant vos vacances mais parfois vous avez l’impression de débarquer sur une autre planète. Connaissez vous la Bretagne ? La Bretagne est une magnifique région pleine de charme.
En France, ces caricatures ont la peau dure. Souvent ce sont ceux qui n’ont jamais mis le pied en Bretagne qui véhiculent ce type d’informations. Venez passer quelques semaines dans cette belle région et forgez-vous votre propre opinion. Vous serez surpris.
Aujourd'hui traditionnellement rattachée à la Bretagne, la crêpe possède en réalité des origines aussi vastes qu'est grande sa popularité. Dans le folklore populaire, la Bretagne est connue pour son drapeau noir et blanc, ses coiffes bigoudènes, sa météo capricieuse mais aussi, et surtout, pour ses crêpes. Preuve en est, sur le site de l'Office du tourisme breton, une rubrique entière est dédiée à la crêpe, présentée comme "la star de la cuisine bretonne".
Connaissez-vous l’origine de la crêpe ? Son histoire remonte à 7000 ans avant JC. Si l'on considère la crêpe comme une galette réalisée à partir de céréales, son histoire est liée à celle de l'arrivée du pain, vers 14.000 avant JC, date à laquelle des premières traces du plat ont été retrouvées en Jordanie actuelle.
Bien avant les Bretons, les Romains préparaient déjà des galettes épaisses à base d’eau, de farine et de céréales. Elles étaient parfois servies lors des Lupercales, une fête romaine en l’honneur de Lupercus, protecteur des troupeaux. Les Romains mangeaient des crêpes pendant les Lupercales, fêtes de la fécondité qui avaient lieu au début de fevrier et qui saluaient, à la fois, le retour du printemps et la promesse de la moisson future.
Plus tard, durant l'Antiquité, les Romains continuent de confectionner des galettes, notamment les légionnaires, payés en grain. Dans l'antiquité c'était le flan ou la galette qui étaient de consommation courante.
Les premières traces de la crêpe moderne font leur apparition dans un ouvrage publié au XIIIème siècle, comme le rapporte dans une vidéo de vulgarisation historique publiée sur YouTube Thibault Gagnage, de la chaîne Histoire Appliquée. À cette époque, le chevalier anglo-normand Walter de Bibbesworth écrit Le Tretiz, un recueil de poèmes destiné aux enfants de la noblesse pour leur apprendre le Français. Dans ce texte, son auteur évoque, lorsqu'il mentionne différents plats, des "crispes". Dérivé du latin crispus, qui renvoie à un élément ondulé, ce terme est la première mention des crêpes modernes.
Plus tard, vers la fin du XIVe siècle, le Ménagier de Paris est publié. Cet ouvrage, écrit par un bourgeois de l'époque à destination de son épouse, comporte des principes et préceptes, mais également des recettes. Parmi ces dernières, on retrouve une recette de crêpes, "à la mode de Tournay". Les ingrédients? De la farine des œufs, du beurre, de l'huile, et du vin blanc.
Initialement un plat de pauvre, les crêpes et galettes étaient cuisinées au moins une fois par semaine sur un billig (plaque de cuisson en fonte).
Elle apparait en Bretagne au XIIIème siècle avec la culture du Sarrasin. Et la Bretagne dans tout ça? Alors que la crêpe devient au fil des siècles un plat très apprécié par l'ensemble de la population, de par sa simplicité et son faible coût, des régions en font progressivement leur spécialité. Notamment en Bretagne, où la crêpe, ou galette selon le territoire, peut se préparer à base de sarrasin.
Ce sont les Hollandais qui ont introduit le blé noir (ou farine de sarrasin) : graine originaire de Chine et d’Asie Centrale. Ce sont les Hollandais qui ont introduit le blé noir en Bretagne. La graine était transformée en farine, ce qui permettait de nourrir toute la famille. Au moins une fois par semaine, on fabriquait des crêpes ou galettes sur une poêle ou une billig.
Élément constitutif de la gastronomie bretonne, le blé noir a historiquement toujours été très apprécié, car il restait abordable même en période de famine, comme le rapporte l'historien Erwan Le Gall dans un article paru en ligne. Mais à l'époque, pas question de garnir sa crêpe de jambon ou de fromage.
Cette pseudo céréale rapportée des croisades est surnommé « Plante des 100 jours ». Elle nécessite peu d’entretien et pousse dans un sol sableux, pauvre et acide. Le blé noir se cultive en trois mois, l’été, et non en huit mois, de novembre à août, comme le blé. Il risque donc moins d’aléas climatiques. « Si votre champ de blé est dévasté au printemps, il est toujours temps de tout labourer et de semer du sarrasin.
Les premières traces de pollen de sarrasin fossilisé trouvées par les scientifiques en Bretagne remontent à l'âge du Fer, c'est-à-dire au premier millénaire avant Jésus-Christ. L'arrivée du sarrasin en Bretagne et sa culture intensive dans les champs ont marqué un tournant dans la fabrication des crêpes.
Pour les agriculteurs bretons, l'introduction du sarrasin était particulièrement avantageuse. Contrairement à l'avoine qui était plantée au printemps, le sarrasin pouvait être semé à l'automne précédent, utilisant ainsi efficacement la période initialement réservée au défrichement. Cela signifie que le sarrasin s'intégrait dans le cycle agricole sans nécessiter une période supplémentaire dédiée, agissant comme un bonus dans le système de culture.
C’était une mixture pâteuse obtenue par l’écrasement de céréales diverses auxquelles on rajoutait de l’eau. C’était le repas du » pauvre ». C'était le plat du pauvre. À la fin du XVe ou au début XVIe. C'était le principal aliment des paysans riches ou pauvres.
Les Bretons ont toujours été confrontés à l'acidité de leurs sols, ce qui rendait la culture du froment difficile. Ces céréales alternatives n'étaient pas non plus faciles à panifier. Bien qu'il soit possible de fabriquer du pain d'avoine, ce n'est pas une tâche aisée, l'avoine était souvent consommée sous forme de bouillie. Cependant, il était également possible de faire des crêpes d'avoine.
La crêpe, qu'elle soit de sarrasin ou autre, jouait un rôle essentiel dans l'alimentation des populations, notamment en Bretagne. Elle était souvent utilisée comme substitut au pain et constituait ainsi un repas à part entière. Au 11e siècle, par exemple, il était consigné dans un coutumier de Fleury que les moines devaient manger des galettes durant cette période d'abstinence.
Les crêpes, qu'elles soient de sarrasin ou d'avoine, étaient un aliment courant dans la vie quotidienne des Bretons, sans être associées à des occasions spéciales. Elles servaient souvent de substitut au pain et étaient consommées presque tous les jours. Cependant, en Bretagne, et particulièrement dans le Finistère, il existait une tradition de préparer les crêpes le vendredi soir.
Jusqu’au XIXe siècle, la population bretonne se nourrit avec cette farine de blé noir. Comme elle ne contient pas de gluten, on ne peut pas en faire du pain. Manger des crêpes fait donc partie, de longue date, des menus bretons.
Dans le Finistère, jusque dans les années 1960, on allait le vendredi, en famille, manger des crêpes de blé noir chez la crêpière du village, en y emmenant son beurre, ses œufs, ses confitures.
Au moins une fois par semaine, on fabriquait des crêpes ou galettes sur une poêle ou une billig. On accompagnait ses produits, selon les zones, avec de la saucisse ou du beurre salé.
Avec l’arrivée de la farine blanche de froment (fin du XIXè siècle) la recette de la galette se diversifie. Elle se décline en version sucrée.
Ce n'est en effet qu'à cette période que la crêpe devient un véritable marqueur de la Bretagne, s'accompagnant d'un lieu emblématique, la crêperie. Les crêpes (« Krampouez » en breton) ont une longue histoire qui remonte à plusieurs siècles. Des recettes utilisant divers ingrédients locaux comme les céréales, le maïs et le riz ont été retrouvées dans le monde entier.
À l’origine, le nom de « crêperies » était donné aux petites échoppes où les clients des foires et marchés mangeaient des crêpes beurrées directement en main. Dès les années 1920, ces lieux de restauration où les crêpes sont désormais servies dans des assiettes, fleurissent essentiellement dans les grandes villes et à Paris. Dans les années 1950, des crêperies ouvrent à Paris et les crêpes sont désormais servies dans des assiettes.
La première crêperie, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est probablement née à Rennes au XIXe siècle. Installé rue Beaurepaire, ce restaurant propose alors un menu accessible à toutes et tous : « un sou de galette, un sou d’œuf et, pour comble du luxe, un sou de beurre de supplément ».
Dans les années 1930, ces gargotes où l’on vient retrouver le goût de la Bretagne se transforment en des intérieurs qui rappellent les vieux logis bretons.
Bien que les crêpes et les galettes (crêpe de sarrasin) puissent sembler similaires, il existe une distinction importante entre ces deux spécialités bretonnes. Des régionalismes linguistiques participent à la confusion entre les crêpes et les galettes.
Ainsi, en Haute-Bretagne (à l’est) on parle généralement de galettes pour désigner les crêpes de sarrasin (cf. À l’inverse, le breton de Haute-Bretagne (Ille-et-Vilaine, Côtes d’Armor, ouest du Morbihan) on déguste sa galette épaisse. Par analogie, on utilise communément le terme galette pour un produit plus épais (environ 3 mm) et crêpe pour un produit plus mince (1 mm). En Haute-Bretagne, le crêpier se doit donc d’étendre la pâte sur son billig en un minimum de coups de rouable (un seul si possible).
Dans le pays bretonnant, ce qu’ils appellent la galette est faite à la poêle. Dans le Pays gallo (Ille-et-Vilaine, est des Côtes-d’Armor et du Morbihan), la tradition est autre. La crêpe est, ici, un produit épais et de courte conservation. Quant à la galette, cuite sur une billig, elle est faite de blé noir, d’eau et de sel.
Entre les deux régions, du Trégor-Guingamp-Saint-Brieuc jusqu’à Vannes-Lorient, c’est un peu un mélange des deux savoir-faire.
En pays breton, tout est une question d’épaisseur et de mode de cuisson ! Il y a des crêpes de diverses sortes : avec de la farine de froment, d’avoine et surtout de sarrasin, délayée dans de l’eau et du lait.
Si la crêpe est fine, la galette est « épaisse comme le doigt ». En pays gallo, les larges mais peu épaisses galettes de blé noir sont clairement distinguées des crêpes de froment qui sont consommées sucrées.
Quoi qu’il en soit, ces différences morphologiques renvoient à des identités de « pays » : impossible de confondre la grande et brune galette d’Ille-et-Vilaine avec la fine et blonde crêpe du Finistère.
Sans compter qu’il existe une infinie variété de nuances un peu partout dans l’Ouest en fonction de la composition et des ingrédients, de la cuisson sur une ou deux faces, voire du mode de consommation car les crêpes et les galettes se mangent chaudes, froides ou réchauffées.
Il existe également des usages différents : les galettes sont parfois utilisées comme pain, croûton ou tartine ; les crêpes épaisses servent aussi au trempage dans la soupe, le lait - froid ou chaud-, caillé ou non, voire dans le babeurre.
Saveurs sucrées ou salées, les galettes au blé noir ou crêpes à la farine de froment ont une saveur inoubliable. Sa dégustation renvoie vers des souvenirs d’enfance. En Bretagne, la farine de blé noir n’est pas seulement un aliment. C’est le symbole d’une vie familiale et culturelle.
En Bretagne, la crêpe marque son empreinte au fil des siècles : coutumes, légendes et traditions font partie de notre histoire. À travers ces exemples si significatifs de l’usage des crêpes et galettes dans nos campagnes bretonnes, nous prenons conscience de leur rôle prépondérant dans la vie quotidienne de nos aïeuls.
Ainsi était-il d’usage dans le pays de Tréguier de mettre de côté la dernière crêpe ou « krassen » sèche et grillée pour le lutin de la maison, sous peine de voir le malheur s’abattre soudainement sur la demeure.
L’usage, toujours, voulait qu’à la Toussaint l’on mangeât des crêpes de blé noir en prenant soin de garder la « part des morts », et l’on voyait les enfants aller de village en village, munis d’une sonnette pour quêter la « crêpe des trépassés ».
Les crêpes sont associées à des célébrations populaires comme la Chandeleur, fêtée le 2 février, où il est de coutume de faire sauter les crêpes. Pour Mardi Gras, la période festive précédant le Carême, les crêpes symbolisent l’abondance et la gourmandise.
De la galette romaine à la crêpe bretonne, l’origine des crêpes reflète un héritage culinaire transmis et réinventé au fil des siècles.
Tendez encore l’oreille et écoutez ce barde qui rêvait de construire sa chaumière avec un toit tout de crêpes recouvert.
Le poids économique n’est pas négligeable. Entre 3.500 et 4.000 personnes vivent de la crêpe dégustation en Bretagne. Il faut rajouter les marchands ambulants, plus difficiles à recenser, et les fabricants de crêpes à emporter.
On sait que les 60 meuniers de Bretagne commercialisent entre 12.000 et 15.000 tonnes de farine de froment et de blé noir dans les quatre départements.
Aujourd’hui, impossible de se rendre en Bretagne sans déguster ce plat emblématique et traditionnel : les crêpes « Krampouezh« . Venez vous régaler.
| Région | Terme Utilisé | Ingrédients Principaux | Épaisseur |
|---|---|---|---|
| Haute-Bretagne (Est) | Galette | Farine de sarrasin, eau, sel | Plus épaisse |
| Basse-Bretagne (Ouest) | Crêpe | Farine de froment ou sarrasin, lait, œufs (variable) | Plus fine |
Galette saucisse, une spécialité bretonne.
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