Gaspillage Alimentaire en Île-de-France : Défis et Solutions

Chaque année en France, 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées, occasionnant des émissions de gaz à effet de serre et un prélèvement de ressource inutile. En Île-de-France, le gaspillage alimentaire est d’environ 3 millions de tonnes chaque année. Pour réduire ce chiffre, la Région se fixe pour objectif, à travers son Plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRGPD), de réduire de moitié par rapport à 2013 le gaspillage alimentaire à l’horizon 2025, et de 60 % en 2031. Cette ambition, qui concerne l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire, a également été inscrite par la Région dans sa Stratégie d’économie circulaire.

Le gaspillage alimentaire représente un prélèvement inutile de ressources naturelles (terres cultivables, eau, etc.), et des émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être évitées. Ces dernières sont évaluées par l’Ademe à 4,2 % de l’ensemble des émissions nationales.

Chiffres Clés du Gaspillage Alimentaire en France

En 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits en France, soit 142 kg par personne.

  • 5,9 millions de tonnes ne sont pas comestibles (os, épluchures…) et sont assimilés à du gaspillage alimentaire.
  • 3,8 millions tonnes de déchets issues des parties comestibles des aliments (aliments non-consommés encore emballés, restes de repas, etc.), soit 55 kg par personne.

Toutes les étapes de la chaîne alimentaire sont concernées. La part de ce gaspillage varie d'une étape à l'autre, et représente :

  • 76 % des déchets alimentaires, au stade de la production primaire
  • 27 % dans la transformation
  • 37% dans la distribution
  • 49 % dans la restauration hors domicile
  • 31 % de la consommation à domicile

La France se situe au-dessus de la moyenne européenne (130 kg par habitant).

Le gaspillage, c’est ce qui est jeté alors que l’aliment était encore comestible. Au total, 3,8 millions de tonnes de nourriture comestible ont été jetées en 2023, soit près de 40 % des déchets alimentaires. On observe du gaspillage alimentaire depuis la production jusqu’à la consommation à domicile.

C’est lors de la consommation à domicile que l’on gaspille le plus : avec 19 kilogrammes d’aliments encore comestibles par habitant, c’est plus d’un tiers du gaspillage total. La production est responsable de 14 kilos de gaspillage par habitant : c’est un peu plus de trois-quarts des déchets alimentaires de cette étape. Pendant la transformation et la consommation des aliments en dehors du domicile, les pertes comestibles sont plus réduites : c’est 8 et 9 kilos par habitant.

Mesures Législatives et Objectifs de Réduction

Les mesures nationales en faveur de la lutte contre le gaspillage alimentaire se sont progressivement renforcées au cours des 10 dernières années, avec la signature du premier Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire réunissant l’ensemble des parties prenantes en 2013 (renouvelé pour deux périodes de 3 ans), la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) en 2015, la loi Garot en 2016, la loi EGAlim en 2018, et enfin la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) en 2020.

La loi a notamment introduit une hiérarchie des actions à mener en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire, en donnant la priorité à la prévention, puis au don ou à la transformation. Viennent ensuite la valorisation en alimentation animale ou sous forme d’énergie. La destruction est envisagée en dernier recours.

Les distributeurs ayant une surface de vente de plus de 400 m², les opérateurs de la restauration collective préparant plus de 3 000 repas par jour, et les opérateurs de l’industrie agroalimentaire ayant un chiffre d’affaire supérieur à 50M€, et les grossistes (chiffre d’affaires supérieur à 50M€) doivent par ailleurs proposer des conventions de don à des associations d’aide alimentaire pour écouler leurs invendus. Il est en outre interdit, dans l’industrie agroalimentaire et la restauration collective, pour les grossistes et les distributeurs, de rendre impropres leurs denrées alimentaires invendues encore consommables. Les contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre jusqu’à 0,1 % de leur chiffre d’affaires.

La France s’est par ailleurs dotée d’un objectif global de réduction du gaspillage alimentaire de 50 % entre 2015 et 2025 dans les domaines de la distribution alimentaire et de la restauration collective d’ici 2025, et de 50 % entre 2015 et 2030 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.

Le Label National « Anti-Gaspillage Alimentaire »

En 2020, la loi prévoit la mise en place d’un label national « anti-gaspillage alimentaire » visant à valoriser les acteurs de la chaîne alimentaire qui contribuent aux objectifs nationaux de réduction du gaspillage alimentaire. Ce label est aujourd’hui disponible pour le secteur de la distribution (grandes et moyennes surfaces, grossistes et métiers de bouche). Suivent le référentiel pour le secteur de la restauration (restauration collective et commerciale) en 2025, puis celui de l’industrie agroalimentaire.

Comprendre les Dates de Consommation

D’après la Commission européenne, jusqu’à 10% du gaspillage alimentaire serait lié à une mauvaise compréhension des dates de consommation qui sont indiquées sur les emballages. Les produits alimentaires pré-emballés doivent indiquer un délai pour la consommation : la date limite de consommation (DLC)ou la date de durabilité minimale (DDM).

  • La date limite de consommation (DLC) indique une limite impérative. Elle est signifiée par la mention « à consommer jusqu’au… » suivie du jour, du mois, et éventuellement de l’année. Elle s'applique à la majorité des produits à conserver au frais qui sont très périssables (viandes, les poissons, la charcuterie, les plats cuisinés, produits laitiers frais etc.). Une fois la DLC dépassée, les aliments concernés sont impropres à la consommation car ils présentent un caractère dangereux pour la santé.
  • La date de durabilité minimale (DDM) est apposée pour les produits alimentaires qui ne sont pas soumises à la mention DLC, présentée sous la forme « à consommer de préférence avant… ». Celle-ci concerne les produits secs, stérilisés et déshydratés (café, lait, jus de fruit, gâteaux secs, boîtes de conserve, pâtes, riz, sucre, farine, etc.). Le dépassement de la DDM ne rend pas l'aliment dangereux pour la santé. Il peut en revanche avoir perdu son arôme ou sa consistance. Les aliments dont la DDM est dépassée, contrairement à ceux dont la DLC est dépassée, peuvent être commercialisés et consommés.

Pour clarifier davantage cette possibilité de consommer des produits dont la DDM est dépassée, les opérateurs peuvent depuis 2022 ajouter sur l’emballage les mentions « pour une dégustation optimale… » ou « ce produit peut être consommé après cette date ».

Initiatives Franciliennes Soutenues par la Région

Zoom sur 3 projets franciliens soutenus par la Région :

  • Re-Belle: Re-Belle est une association située en Seine-Saint-Denis (93) qui porte un Atelier Chantier d’Insertion (ACI). Elle assure la production de confitures anti-gaspi et met en place des actions de sensibilisation sur le gaspillage alimentaire à destination du grand public. Les fruits et légumes invendus sont récupérés auprès de nombreux partenaires régionaux en majorité issus de la distribution. En 2023, ce sont plus de 40 tonnes de fruits et légumes invendus qui ont été revalorisés.
  • Linkee: Linkee est une solution logistique créée en 2016 pour les professionnels de l’alimentaire qui ont des surplus. Elle récupère ces invendus grâce à sa flotte logistique pour en faire de l’aide alimentaire à destination des publics en précarité. En Île-de-France, Linkee met en lien 249 points de collecte partenaires avec 166 associations et touche plus de 55 000 bénéficiaires en situation de précarité alimentaire.
  • La ville d’Ermont (95): La commune d’Ermont (95), en partenariat avec l’association Biocycle, a mis en place un dispositif permettant de promouvoir l’« antigaspi » tout en soutenant l’aide alimentaire. Ainsi, ce sont plus de 4 tonnes de gaspillage alimentaire qui ont été évitées depuis le lancement de l’opération en mai 2021.

Réduire le gaspillage alimentaire

Actions Simples au Quotidien

Souvent, faute de temps, les achats se font sans vraiment prévoir les repas ni regarder les dates de péremption. Et puis il y a ces offres promotionnelles qui nous font de l’œil, du type : « 2 produits achetés, le 3ᵉ offert ». Résultat : on achète trop, avec le risque de dépasser les dates et donc de jeter.

La solution, partir faire ses courses avec une liste dans la poche. Lutter contre le gaspillage alimentaire, c’est aussi choisir d’acheter des produits qui ont une date de péremption très proche, mais qui restent tout à fait consommables rapidement.

Bouteille de jus de fruits entamée, sachet de gruyère, tranches de jambon… mieux vaut les repérer avant qu’ils ne soient périmés. Pour cela, on range devant et dessus les aliments à consommer rapidement.

Idem pour les légumes et les fruits : on place au-dessus de la panière à fruits ceux à consommer rapidement ! Pour consommer tous les aliments sans rien jeter, il est indispensable de jeter régulièrement un œil sur les dates de péremption !

Premier réflexe : emballer les denrées ou recouvrir les plats avant de les ranger dans le réfrigérateur. C’est le meilleur moyen de freiner la dégradation des aliments, mais aussi de limiter les odeurs et les risques de contamination. Pour cela, les bocaux de conservation (si possible en verre ou en faïence réutilisables) sont toujours préférables aux sacs et films jetables en plastique ou en aluminium.

Placer devant les denrées à consommer rapidement. Elles auront moins de chance d’être oubliées.

Autre astuce quand on entame une bouteille de lait ou des produits sous vide, par exemple, on peut noter sur l’emballage la date d’ouverture !

Quelques astuces supplémentaires :

  • Un œuf frais se conserve de 10 à 12 jours à partir de la date de ponte, mais un œuf dur ne reste bon que 2 à 3 jours.
  • Une fois l’emballage ouvert, la charcuterie ne reste consommable que 2 à 3 jours et le fromage frais 3 à 4 jours.

Il nous arrive à tous de voir un peu trop grand au moment de préparer le repas, et donc d’accumuler des restes qu’on ne mangera plus. Pour y remédier, adoptons le bon dosage, en suivant les recettes, en calculant les portions selon le nombre de personnes à table (et leur appétit). Place à la balance, au verre doseur ou à tout autre ustensile de cuisine utile !

Un fond de pâtes, des courgettes un peu ratatinées dans le frigo… et tout devrait finir à la poubelle ? Les restes de repas peuvent encore servir et les légumes abîmés composer des plats délicieux. Surtout lorsque l’on sait que ce sont eux qui sont le plus jetés, avant les fruits et le pain.

Initiatives en Restauration Collective

Au restaurant d’entreprise, dans la cuisine partagée et jusqu’à la machine à café, on peut facilement éviter des gaspillages.

Un établissement de restauration collective servant 500 clients jette en moyenne entre 15 et 20 tonnes (30 000 à 40 000 €) de nourriture par an.

Servez-vous en fonction de votre appétit : au self de votre entreprise, ne surchargez pas votre plateau de pain ou de desserts, car l’appétit évolue au cours du repas. Et si vous n’avez pas très faim, signalez-le à la personne qui fait le service.

Au restaurant, renseignez-vous sur le volume des plats avant de commander une entrée et un plat principal. Demandez à emporter vos restes, à condition bien sûr de pouvoir les consommer rapidement ou les congeler. Cette pratique est aujourd’hui courante partout en France et est imposée à tous les restaurateurs depuis 2021.

Autre idée en vogue : le réfrigérateur « libre-service ».

Autres initiatives et outils

  • Les paniers « anti-gaspi« : Les jeunes peuvent tirer parti des initiatives de réduction du gaspillage alimentaire et accéder à des denrées alimentaires à des prix abordables, notamment grâce à des applications (Too good to go, Hop hop food…). Ces paniers constituent une solution pratique pour les jeunes qui cherchent à étirer leur budget alimentaire tout en « réduisant leur empreinte écologique ». En utilisant ces ressources, les jeunes peuvent économiser de l’argent tout en contribuant à la lutte contre le gaspillage alimentaire.
  • « La Marmite »: « La Marmite » est un jeu de cartes dont « les joueur·euse·s devront, aux cours de différents jours de marchés, remplir leur frigo d’aliments suivant leurs préférences alimentaires. Mais tous les joueur·euse·s n’auront pas accès aussi facilement à tous les aliments qu’il·elle·s souhaitent, des déséquilibres seront présents. Dans un second temps, une caisse commune sera mise à disposition… Mais saurez-vous la gérer ? Arriverez-vous à trouver un accord sur le montant de la cotisation ? Parviendrez-vous à décider quels aliments seront remboursés ? Et enfin, réussirez-vous à accomplir l’objectif collectif de durabilité ? C’est cette expérience démocratique que propose le jeu pour 3 à 5 joueur·euse·s sur une durée de 45 minutes.
  • Le « Jeu des préjugés sur l’alimentation »: Le « Jeu des préjugés sur l’alimentation » créé par le Secours Catholique, est un jeu de débat sur le sujet de la précarité alimentaire.

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