L'histoire et les traditions de la galette des rois

La galette des rois est bien plus qu'un simple dessert : elle incarne une tradition française, ancrée dans les célébrations de l’Épiphanie. Chaque début d’année, elle réunit familles et amis autour d’un moment convivial, où gourmandise et symbolisme s’entrelacent. Chaque année, au mois de janvier, la galette des Rois vient égayer les tablées de nombreux foyers.

Mais savez-vous d’où vient la tradition de la galette des Rois ? Pourquoi on tire les rois ? Et comment sont apparues les fèves en porcelaine ?

Pourquoi la Galette des Rois est si IMPORTANTE en France ? // Culture et Tradition Française 🇫🇷

Origines antiques de la galette des rois

L'origine de la galette des Rois remonte à l'Antiquité, le point de départ de cette tradition proviendrait d’une fête de la Rome Antique ; les « Saturnales », en hommage à Saturne dieu de la mythologie romaine. Ces grandes fêtes en l'honneur de Saturne, le dieu romain du temps, avaient lieu entre fin décembre et début janvier. Il s'agissait alors, pour célébrer Saturne, le Dieu du temps, d’inviter au début du mois de janvier des esclaves pour partager avec eux une galette au beurre dissimulant une fève.

C’est une période de trêve où la puissance des maîtres sur leurs esclaves était suspendue. On s’offrait alors des présents et on partageait ensemble les arts de la table. À l’époque, cette journée était très spéciale puisque les esclaves étaient invités à partager un gâteau avec les Romains. S’ils tombaient sur la fève dans le gâteau, ils devenaient « Princes des Saturnales » et avaient le droit d’obtenir tout ce qu’ils souhaitaient pendant une journée. Nous devons également la tradition de la plus jeune personne présente choisissant à qui ira la prochaine part, en allant sous la table, aux Saturnales.

Ces fêtes Saturnales favorisaient en effet l’inversion des rôles afin de déjouer les jours néfastes de Saturne, divinité chthonienne. Au cours du banquet (au début ou à la fin des Saturnales, selon les différentes époques de la Rome antique) au sein de chaque grande familia, les Romains utilisaient la fève d’un gâteau comme pour tirer au sort le « Saturnalicius princeps » (prince des Saturnales ou du désordre).

Le « roi d’un jour » disposait du pouvoir d’exaucer tous ses désirs pendant la journée (comme donner des ordres à son maître) avant d’être mis à mort, ou plus probablement de retourner à sa vie servile.

Ce n’est que beaucoup plus tard que cette fête, transmise jusqu’à nous depuis plus de 2000 ans, s’est imposée le jour de l’épiphanie par les autorités religieuses afin de contrer les pratiques païennes.

L'Épiphanie et la galette des rois

L’Épiphanie est une fête catholique marquant la nuit où les Rois mages, venus d’Orient guidés par une étoile, auraient apporté des présents jusque dans la crèche de Bethléem où se trouvait l’enfant Jésus. L’Épiphanie, célébrée le 6 janvier par les catholiques et le 19 janvier par les orthodoxes, est une commémoration religieuse en hommage à l’arrivée des rois mages à Bethléem. Elle serait l’une des plus anciennes fêtes du christianisme.

En France, le 6 janvier est la fête de l’Épiphanie. Ce mot, d’origine grecque - “epiphaneia” - signifie “apparition”. Cette fête commémore la manifestation de Jésus comme Roi des juifs auprès des trois rois mages : Balthazar, Melchior et Gaspard.

Selon l’évangile de Matthieu, Gaspard, Melchior et Balthazar auraient suivi une étoile pour être guidés jusqu’à l’enfant Jésus et lui apporter des présents riches de sens : l’or pour évoquer la royauté de Jésus ; l’encens pour sa divinité et la myrrhe pour son humanité. Ils auraient offert trois cadeaux à l’enfant Jésus, né douze jours avant leur rencontre. De l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Aujourd’hui, il n’y a pas de certitude sur le fait que les rois mages étaient bien trois, ni même qu’ils aient réellement existé. Comme l’explique le journal La Croix, « bien des biblistes mettent en doute la véracité de cette séquence. [...] Une invention littéraire de l’évangéliste pour rappeler aux juifs devenus chrétiens que l’enfant de Bethléem était le roi non seulement du peuple d’Israël, mais des nations païennes, autrement dit que le salut s’adresse à tous ».

C’est autour du 13ème - 14ème siècle qu’apparaissent les premières traces de gâteau du partage lors de l’Épiphanie. La tradition de la fève remonte à la même époque. Pour la première fois à Besançon des moines ont commencé à élire leur chef de chapitre en mettant une pièce d’or dans un morceau de pain. Le pain a ensuite été remplacé par une couronne de brioche et la pièce d’or par une fève, plus économique.

En France, la tradition est de partager la galette des rois.

Évolution de la tradition et de la fève

Au Moyen-âge, celui qui tombait sur la graine de fèves avait pour obligation payer une tournée générale. C’est aussi au moyen-âge que remonte la tradition d’une fève en porcelaine à la place de la fève comestible. En effet, celui qui la remportait devait obligatoirement payer une tournée générale de vin à l’ensemble des convives. Pour éviter de payer, certains avaient coutume de l’avaler !

En effet, également au 14ème siècle, s’est développée la coutume du « roi boit ». Celui qui tirait la fève se devait d’offrir une tournée à l’assemblée. On dit que les plus avares avalaient la fève pour ne pas avoir à payer à boire. C’est ainsi que serait née la fève en porcelaine, moins évidente à avaler.

Les premières fèves étaient des vraies légumineuses, symboles de la fécondité. Or, la coutume prévoyait que la personne qui trouvait la fève devait payer l’addition de sa table. Ainsi, certains l’avalaient pour ne pas débourser d’argent. Elles ont alors commencé à être remplacées par les fèves en porcelaine, au milieu du XVIIIème siècle. A leur apparition, elles représentaient systématiquement l’enfant Jésus puis un bonnet phrygien.

En 1875 arrivent les fèves en porcelaine de Saxe puis, en 1913, celles qui sortent des ateliers de Limoge. Par la suite, on vit apparaitre des animaux et des symboles de chance (fer à cheval, trèfle…). Quant aux fèves publicitaires, elles arrivent au début du XXe siècle, on les attribue à un certain Monsieur Lion qui a créé une fève en forme de lune où était inscrit le nom de son commerce.

Au 16ème siècle, le gâteau des rois a fait l’objet d’une guerre féroce entre les boulangers et les pâtissiers. En effet, chacun voulait le monopole de la vente de ce gâteau, sentant déjà là un marché juteux. Le roi François 1er accorda le droit aux pâtissiers.

Jusque dans les années 1960, l’Épiphanie était un jour férié. Il tombait le 6 janvier. Le partage du gâteau était souvent célébré le 5 au soir. Cependant, le Vatican II (1962-1965) a décidé que l’Épiphanie serait célébrée le premier dimanche suivant le 1er janvier.

Variations régionales de la galette des rois

Si l’on parle de galette des rois , il serait réducteur de penser à une seule recette uniforme. Ce dessert se décline en plusieurs versions, souvent influencées par les traditions et les goûts régionaux.

La galette des rois prend des formes et des parfums variés selon les régions et les traditions locales. Mais de toutes les histoires, il y en a une qui lui a donné son nom de galette des rois.

Dans le nord de la France, la galette classique est celle à la frangipane . Elle se compose de pâte feuilletée dorée et croustillante, renfermant une crème d’amande riche et parfumée. Dans le Nord de la France,c’est une galette feuilletée très souvent fourrée à la frangipane, la fameuse galette de Pithivier. La galette des rois parisienne se compose de pâte feuilletée fourrée à la frangipane (crème d’amande et crème pâtissière) ou simplement de crème d’amande C’est la galette la plus consommée en France puisqu’on la retrouve dans tous les départements ! c’est la seule galette proposée dans plusieurs régions du Centre et du Nord de la France!

A la base, cette Galette des Rois était simplement faite à partir d’une pâte feuilletée bien dorée pendant la cuisson. Elle se dégustait avec de la confiture.

Dans le département du Nord (59), on déguste la galette des rois dunkerquoise ! Comme son nom l’indique, cette galette est originaire de la ville de Dunkerque. Cette pâtisserie pourrait se rapprocher de la Tropézienne ou encore du Nid d’abeille, gâteau d’origine allemande consommée dans la région de l’Alsace et dans le département de la Moselle (57). C’est une galette faite à base de pâte à brioche garnie d’une crème au beurre aromatisée au rhum.

Cette autre variante de la galette des rois est appelée la galette franc-comtoise, galette comtoise ou encore galette bisontine du nom des habitants de la ville de Besançon, dans le département du Doubs (25). Ce gâteau de fête se compose d’une base de pâte à choux aromatisée à la fleur d’oranger ou au rhum.

Il s’agit de la galette des rois normande ! Cette pâtisserie est originaire du département de la Manche(50). Elle est également faite à partir d’une pâte briochée et de beurre et elle doit avoir la forme de douze petites boules correspondant à chacun des apôtres de Jésus Christ ! On en retrouve d’ailleurs l’esprit aujourd’hui encore dans les brioches du commerce vendues sous le nom de « brioche à tête » ou encore « brioche parisienne », mais sans la fève indispensable à toute vraie Nourolles de l’Épiphanie !

On le trouve dans le sud de la France. C’est la deuxième galette des Rois la plus consommée en France après la galette des rois traditionnelle à la frangipane. On la trouve principalement dans la partie Sud de la France où elle porte le nom de « gâteau des rois ». Elle est faite à partir d’une pâte à brioche aromatisée à la fleur d’oranger. On y retrouve souvent des gros grains de sucre et/ou des morceaux de fruits confits sur le dessus.

Elle est sans nul doute la plus exotiques des galettes ! On la consomme en Guyane où la tradition de la tradition de la galette est très bien implantée. On y déguste la galette tous les vendredis durant toute la période du Carnaval qui débute à l’Épiphanie pour se terminer le lendemain du Mardi Gras (47 jours avant Pâques). La galette guyanaise est totalement différente des autres versions de galettes des Rois vues précédemment puisqu’elle est faite à base d’une pâte sablée sucrée garnie de crème de coco, de crème pâtissière ou de confiture de goyave, d’ananas ou encore de banane au miel !

Ces deux grandes déclinaisons ne sont que la partie visible de l’immense créativité culinaire qui entoure la galette des rois. Aujourd’hui, les boulangers et pâtissiers rivalisent d’imagination pour proposer des recettes originales. On trouve des galettes au chocolat, aux fruits rouges, ou encore des versions végétaliennes adaptées à tous les régimes alimentaires.

Région Type de galette Description
Île-de-France Galette à la frangipane Pâte feuilletée fourrée à la crème d'amande
Sud de la France Gâteau des rois Brioche en forme de couronne avec des fruits confits
Nord (Dunkerque) Galette dunkerquoise Pâte à brioche garnie de crème au beurre aromatisée au rhum
Franche-Comté Galette franc-comtoise Pâte à choux aromatisée à la fleur d'oranger ou au rhum
Normandie Nourolles de l'Épiphanie Brioches au beurre en forme de petites boules
Guyane Galette guyanaise Pâte sablée sucrée garnie de crème de coco, pâtissière ou confiture

Traditions et coutumes autour de la galette des rois

Autour de la galette des Rois gravitent des coutumes bien établies, qui varient selon les familles, mais conservent une même essence : le partage. Une des coutumes les plus emblématiques est celle de l'enfant sous la table. Lorsqu'on découpe la galette, c'est un enfant innocent qui désigne la part de chaque convive, assurant ainsi que le partage soit équitable. Cette coutume symbolise l'impartialité et l'esprit de justice, d’autres traditions renvoient à la solidarité et la bienveillance comme la part du pauvre.

Mais pour garantir une distribution équitable et préserver le suspense, une règle particulière est respectée : le plus jeune convive se place sous la table et attribue les parts à l’aveugle.

Enfin, il ne faut pas oublier la fève, cet objet caché dans la galette. Celui ou celle qui trouve la fève dans sa part de galette est couronné roi ou reine pour la journée. Ce rôle s’accompagne du port d’une couronne dorée, généralement en carton, en ajoutant une touche ludique à ce rituel.

La galette des rois aujourd'hui

La galette ne se limite pas aux foyers privés. Elle est également omniprésente dans les entreprises, les écoles et les associations, où elle devient le prétexte parfait pour organiser des moments de partage et de convivialité.

De nombreux pays ont néanmoins conservé la date originelle du 6 janvier car la tradition c’est de partager le gâteau ! En Espagne, on profite du « Jour des trois Rois » pour échanger les cadeaux de Noël puisque, originellement, ce sont les rois mages qui apportèrent des présents, 12 nuits après la naissance de l’enfant Jésus. La veille, des carrosses paradent dans les rues. On lance fruits confits et des bonbons, prémices du lendemain.

En Italie, l’Épiphanie est aussi l’occasion de recevoir ou non des cadeaux et quelques gourmandises : une sorcière issue du folklore italien, la « Befana », profite du 6 janvier pour apporter des sucreries aux enfants sages, et… du charbon aux autres ! En Allemagne, la tradition de l’Épiphanie est musicale ! Il est coutume de voir, dans les régions à dominante catholique comme la Bavière, des « Sternsinger », ou « chanteurs à l’étoile » : ces jeunes choristes déguisés en Rois mages passent de maison en maison, munis d’un bâton de pèlerin surmonté d’une étoile. Leurs chants ont vocation à récolter des dons et quelques friandises au passage.

En Russie, le 6 janvier est le jour de la fête de Noël selon le calendrier orthodoxe. Selon la tradition, le père Gelo distribue des cadeaux avec Babushka, une vieille femme qui l’aide dans sa distribution. Il est également courant pour les orthodoxes de prendre un bain glacé dans des cours d’eau bénis préalablement par des prêtres. En Bulgarie et en Grèce on plonge également dans les eaux d’un lac, à la recherche d’une croix lancée par un prêtre orthodoxe. En Roumanie, des courses de chevaux sont organisées. Les cavaliers sont bénits par des prêtres.

Les Français achètent leurs galettes en boulangerie plutôt qu’en grandes et moyennes surfaces, plus appréciées par les jeunes adultes. Le jour des rois dure six semaines pour les commerçants. En janvier, la vente de galettes des rois permet donc aux professionnels d’augmenter leur chiffre d’affaires de 30 à 40 % par rapport à un mois normal.

Gare aux arnaques ! Avec un business aussi lucratif, les dérapages sont inévitables et des artisans boulangers et pâtissiers réclament un “label tradition” pour protéger la galette faite dans les règles. Car si certains des 32000 boulangers-pâtissiers continuent de confectionner leur propre pâte feuilletée et leur frangipane dans leur fournil, d’autres trompent la clientèle sur la marchandise. Elle sont souvent achetées congelées à bas prix sur catalogue et simplement cuites au four.

Que vous la confectionniez vous-même, que vous l’achetiez en boulangerie ou surgelée la galette est toujours l’occasion de se réunir en début d’année et de partager un moment gourmand en famille ou entre amis. Parmi les nombreuses variétés de galettes proposées sur le marché, chacun trouvera son bonheur pour devenir la reine ou le roi d’un jour !

Portée par la convivialité et la gourmandise, la galette des Rois est une tradition qui a subsisté à travers les époques. La galette des rois reste une tradition vivante, perpétuée avec enthousiasme dans les foyers français et bien au-delà.

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