Formulation Alimentaire pour Porcs : Composition et Optimisation

L'objectif de la production porcine moderne est de maximiser la quantité et la qualité de la viande produite par truie par an, ou au cours de sa vie, à un coût réduit. Le premier pas est de s’assurer que l’animal, la truie, produit un nombre approprié de porcelets par portée, par an ou au cours de sa vie.

Une alimentation équilibrée et contrôlée est essentielle pour atteindre cet objectif. Le porc est un animal omnivore, capable d'assimiler aussi bien les aliments d’origine végétale que ceux d’origine animale. Cependant, au sein des élevages français, leur alimentation est principalement à base de produits végétaux. Il est crucial de noter qu'un porcelet n’aura pas les mêmes besoins qu’une truie.

Les trois constituants principaux à considérer dans l’alimentation des porcs sont :

  • La valeur énergétique des aliments.
  • Les acides aminés.
  • Le phosphore.

Le porc doit avoir de l’eau en libre accès en permanence.

Besoins Nutritionnels Spécifiques

Valeur Énergétique

La valeur énergétique des aliments peut être exprimée en énergie digestible (ED), en énergie métabolisable (EM) et en énergie nette (EN). L'énergie nette est le critère le plus pertinent pour évaluer la valeur réelle d'un aliment pour l'animal. L’énergie nette est l’estimation de l’énergie effective contenue dans les aliments et disponible pour les animaux. Meilleur prédicteur des performances animales que l’énergie métabolisable, elle aide à formuler des aliments adaptés à la bonne croissance des porcs. EN s’exprime en mégajoules (MJ) ou en kilocalories (kcal) (1 MJ = 238,9 kcal). À noter que cette valeur énergétique diffère selon le stade de production (croissance, reproduction) des porcs.

L'estimation de la valeur énergétique des ingrédients destinés aux porcs nécessite plusieurs étapes. La première est l'estimation de l'énergie digestible (ED), calculée comme l'énergie brute multipliée par le coefficient apparent de digestibilité fécale pour l'énergie (dE). Ce coefficient varie en fonction des caractéristiques des aliments mais aussi du poids vif du porc. Deux principaux statuts physiologiques ont été pris en compte : le porc en croissance de 50 à 70 kg (les données peuvent être appliquées aux animaux à croissance rapide de 10 à 150 kg de poids vif) et la truie adulte (les résultats peuvent être utilisés à la fois pour la gestation et la lactation) (Le Goff et Noblet, 2001).

La teneur en énergie métabolisable (EM) est obtenue par différence entre l'ED et les pertes d'énergie dans l'urine et les gaz. La valeur de l'énergie nette (EN) est estimée à l'aide des équations proposées par Noblet et al.

Acides Aminés

Ils constituent les protéines et sont cruciaux pour la croissance des porcs. Certains acides aminés, appelés essentiels, doivent être apportés par l'alimentation car le porc ne peut pas les synthétiser. La lysine est l'acide aminé limitant, et son apport conditionne l'utilisation des autres acides aminés. Ainsi, l’apport de chaque acide aminé essentiel doit se faire en proportion par rapport à la lysine digestible apportée. Pour chacun de ces aminés, c’est la part digestible par l’animal que l’on utilise pour définir les besoins des animaux et caractériser une matière première ou un aliment. Une carence en acides aminés dégrade les performances de l’animal. Un apport en excès est à l’origine de rejets azotés et potentiellement de pollution environnementale. Les besoins en acides aminés sont déterminés en fonction de leur digestibilité par l'animal. La digestibilité standardisée des acides aminés, ce coefficient de digestibilité évalue la disponibilité des acides aminés dans l’alimentation des porcs.

Phosphore

Essentiel pour le métabolisme énergétique et la santé osseuse des porcs, le phosphore doit être présent en quantité adéquate dans l'alimentation. Un excès de phosphore peut également contribuer à la pollution environnementale. S’agissant d’une ressource non renouvelable, les apports en phosphore doivent être pilotés avec précision.

Les besoins en énergie et en acides aminés ne sont pas indépendants. Ils sont exprimés sous la forme d’un rapport entre lysine digestible et énergie nette (LYSdig/EN, en g/MJ). Ce rapport diminue avec l’augmentation du poids vif du porc, et ce d’autant plus rapidement pour les porcs qui ont tendance à déposer beaucoup de gras en fin d’engraissement.

Phases d'Alimentation

Les conseils d’alimentation présentés sont adaptés à un système conventionnel et un logement des porcs sur caillebotis.

  • Colostrum et Lait Maternel : À la naissance, le porcelet tête le colostrum, un aliment très riche en anticorps, essentiel pour le développement de son système immunitaire. Jusqu’à son sevrage, le porcelet tètera 1 litre de lait maternel par jour. La consommation de colostrum et de lait constitue le premier instinct initial pour les porcelets après la naissance. Il est essentiel de veiller à ce que chaque porcelet consomme environ 250 g de colostrum. Cependant, la production de colostrum est limitée et peut varier. Pour maximiser cette production, il sera important de favoriser le développement optimal de la glande mammaire et de sa synthèse en fin de gestation. Une accumulation excessive de graisse dans la glande peut entraver la mammogenèse. Par conséquent, il ne faut pas suralimenter les truies pendant la gestation.
  • Aliments Pré-Sevrage : Le lait maternel fournit environ 12 MJ/kg et il doit être complété par des aliments pré-sevrage (poudre, granulés, pépinières liquides) à partir de la deuxième semaine pour permettre aux porcelets de s’adapter à une alimentation solide. Le porcelet a besoin d’une alimentation riche en acides aminés pour assurer sa croissance. Pour cela, il est nourri essentiellement avec de la poudre de lait mélangée avec du blé et des céréales en flocons. Des compléments peuvent être distribués pour aider le porcelet durant ses premières semaines de vie. On retrouve par exemple le complément FORCIX qui permet de réduire la dysbiose intestinale.
  • Sevrage : Le sevrage se fait généralement 3 à 4 semaines après la naissance et un poids de 7 a 8 kg. Les besoins nutritionnels des porcelets changent. Ils doivent consommer des aliments solides à haute digestibilité, avec des niveaux de protéines ajustés (18 à 20 %) pour réduire le stress post-sevrage. Des acides aminés essentiels comme la méthionine et la lysine restent vitaux pour une bonne croissance.
  • Phase de Finition : La phase de finition, qui commence lorsque les porcs atteignent près de 70 kg, nécessite une alimentation qui optimise la conversion alimentaire et la prise de poids, souvent ciblée à 2,4 à 2,6 kg d'aliment pour 1 kg de gain de poids. Le niveau énergétique des rations augmente à environ 13 à 14 MJ/kg, tandis que la teneur en protéines est réduite à environ 15 à 17 % pour éviter les excès d'azote et les coûts inutiles.
  • Truies en Gestation et en Lactation : Les truies en gestation et en lactation ont des besoins nutritionnels spécifiques pour soutenir leur portée et leur production de lait. Une truie en gestation nécessite environ 13 MJ d'énergie métabolisable par jour, tandis qu'une truie allaitante peut en nécessiter jusqu'à 18 MJ/jour. En général, la ration alimentaire d'une truie en gestation doit être suffisante pour couvrir ses besoins énergétiques et protéiques, tout en évitant l'excès de poids. Une ration riche en fibres est également importante pour favoriser la satiété et maintenir la santé digestive de la truie. Pendant la lactation, la ration alimentaire doit être augmentée pour répondre aux besoins accrus en énergie, en protéines, en minéraux et en vitamines. La production laitière des truies est influencée par le nombre de porcelets, leur vitalité et l'apport alimentaire quotidien des truies.

Impact de l'Alimentation sur la Performance et la Santé

L’alimentation influence directement les taux de croissance, la conversion alimentaire et la qualité de la viande. Des études montrent qu'un régime bien équilibré peut améliorer la croissance journalière de 15 à 20 % et réduire le temps nécessaire pour atteindre le poids de marché de 10 à 15 jours. Un apport adéquat en nutriments essentiels, tels que les protéines, les acides aminés, les vitamines et les minéraux, est indispensable pour une croissance optimale. Un régime équilibré favorise une meilleure synthèse des protéines musculaires, ce qui se traduit par une croissance journalière plus importante de 15 à 20% selon les études. La conversion alimentaire représente l'efficacité avec laquelle les animaux convertissent la nourriture en gain de poids. Un régime riche en nutriments digestibles et appétissants encourage une meilleure absorption des nutriments, réduisant ainsi la quantité de nourriture gaspillée. L'alimentation joue un rôle important dans la composition et les caractéristiques de la viande. Un régime riche en acides aminés essentiels favorise le développement des muscles maigres, ce qui se traduit par une viande plus tendre et plus savoureuse.

Une alimentation équilibrée est importante pour la prévention des maladies et le bien-être général des porcs. Par exemple, une carence en zinc peut entraîner des problèmes de peau, tandis qu'un manque de vitamine E et de sélénium peut causer des troubles musculaires.

Ingrédients et Méthodes d'Évaluation

Les concepts et données utilisés pour l'évaluation des ingrédients pour porcs dans FeedTables.com sont similaires à ceux utilisés dans les Tables INRA-AFZ 2002-2004 par J. Noblet, B. Sève et C. Jondreville (Sauvant et al., 2004). Le présent texte inclus des références supplémentaires publiées après 2004, produites à l'INRA (Noblet et van Milgen, 2004 ; Noblet et van Milgen, 2013) ou provenant d'autres laboratoires, avec des contributions majeures du MAFIC (Chinese Agricultural University, Beijing, PRC ; D.F. Li et collaborateurs) et du Department of Animal Sciences de l'Université de l'Illinois (Urbana ; USA ; H.H. Stein et collaborateurs).

EvaPig® compile la composition chimique et les valeurs nutritionnelles d’une centaine de matières premières de référence pour le porc. Ces données dérivent des tables de l’INRAE-CIRAD-AFZ. Selon ce que vous souhaitez évaluer, vous pouvez ensuite générer de nouvelles matières premières ou même des aliments complets. A savoir ! Vous avez la possibilité de créer vous-même une nouvelle matière première, soit en copiant et modifiant la matière première de référence, soit en utilisant vos propres données.

Équations de Prédiction et Digestibilité

La digestibilité de l'énergie (dE) a été estimée à l'aide d'équations de prédiction spécifiques à chaque matière première. Ces équations utilisent une ou deux caractéristiques chimiques suffisamment variables et capables de faire la distinction entre différents ingrédients. Ces équations ont été établies en utilisant les valeurs de la littérature et des données non publiées par l'INRA. Cependant, pour la majorité des matières premières, il n'y avait pas suffisamment de valeurs de digestibilité originales disponibles pour un seul ingrédient, et nous avons dû regrouper les données de matières premières ayant des caractéristiques similaires, telles que l'origine botanique et la structure anatomique. Par exemple, les données du blé et de ses sous-produits (son, remoulage, farine basse, gluten feed, drêches distillerie de blé, etc...) ont été combinées (n = 52) et la dE a été calculée en utilisant les constituants de la paroi cellulaire (cellulose brute, NDF ou ADF) comme prédicteurs. Des équations similaires ont été établies pour le coefficient de digestibilité des protéines (dN). Ces équations sont rapportées par Noblet et al.

Les coefficients de digestibilité fécale pour l'amidon et les sucres sont considérés comme étant égaux à 100%, tant chez le porc en croissance que chez la truie reproductrice.

Digestibilité des Graisses

Les données relatives à la digestibilité fécale des graisses (dEE) sont peu nombreuses dans la littérature et les valeurs trouvées sont parfois incohérentes et assez imprécises pour les produits contenant moins de 5 % de matières grasses, comme le sont la plupart des matières premières des tableaux. Sauf pour les sources de matières grasses (huiles et graisses, voir ci-dessous), nous avons alors décidé de prédire la teneur en matières grasses digestibles (MGD) à partir d'une équation établie par Le Goff et Noblet (2001) en utilisant 77 régimes.

Parois Cellulaires

Pour de nombreuses raisons, il existe peu de données fiables concernant la digestibilité de la paroi cellulaire chez le porc. Par conséquent, il n'a pas été possible d'estimer directement la digestibilité de cette fraction. La méthode indirecte utilisée a consisté à estimer le coefficient de digestibilité fécale de la matière organique (dMO) ou la teneur en matière organique digestible (MOD).

Alimentation Biologique

Le cahier des charges bio stipule qu’un élevage doit produire au moins une partie de l'alimentation du cheptel sur la ferme (minimum 30 % en 2022). De plus, l'alimentation des porcs représente 75 à 80 % du coût de revient du porc. Ainsi, la rentabilité - et la sécurisation en approvisionnement - d'un atelier porc bio passe notamment par sa capacité à produire une partie de ses aliments sur la ferme.

L’éleveur de porc bio est aussi un cultivateur. Pour alimenter ses porcs, il peut produire une partie de son aliment sur la ferme, notamment les céréales et les protéagineux, conduits en pur ou en mélange.

  • Apport d’énergie : Blé ; Orge ; Triticale ; Avoine, en pur et/ou en mélanges Maïs sec, humide ensilé en silo couloir ou en boudin
  • Apport de protéines : Pois (fourrager et protéagineux), féveroles, en pur et/ou en mélanges, lupin

Certaines associations sont couramment utilisées :

  • Orge - Lupin
  • Blé - Féverole
  • Orge - Pois
  • Triticale - Pois

L’éleveur doit régulièrement jongler entre : les besoins du cheptel, ses capacités à produire une partie de son aliment, la valeur des matières premières dont il dispose, les opportunités qui se présentent*, pour trouver le meilleur compromis équilibre alimentaire-équilibre économique.

Pour garantir aux animaux un aliment de bonne qualité toute l’année, il faut être rigoureux sur la propreté de la récolte et les conditions de stockage des grains.

Fabriquer son aliment à la ferme ne s’improvise pas. Pour être sûr de faire les bons choix, il est recommandé d’échanger régulièrement avec d’autres FAFeurs.

La ration alimentaire équilibrée

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