Fondation Rothschild Chantilly : Histoire et Collections d'Exception

Le domaine de Chantilly, légué à l’Institut de France en 1886 par le duc d’Aumale, membre de l’Académie française, de l’Académie des beaux-arts et de l’Académie des sciences morales et politiques, abrite un patrimoine exceptionnel. Initialement une forteresse servant à contrôler la route menant de Paris à Senlis, le domaine a été rénové et modernisé par la famille de Montmorency à partir du XVIe siècle, puis largement embelli au XVIIe siècle par les Condé. L’aspect actuel du château est un héritage du XIXe siècle.

Château de Chantilly

Les Origines de Chantilly

La première mention de Chantilly remonte à 1066, lors de la bataille de Hastings. Guy I de Senlis, seigneur de Chantilly, est nommé bouteiller de France par le roi Louis VI le Jeune (1081-1108-1137). Le bouteiller était un des quatre grands officiers de la cour, chargé de l’intendance du vin. En 1152, un nouvel accord est conclu entre le seigneur de Chantilly et le prieuré de Saint-Leu d’Esserent. Gui III le Bouteiller fait construire les bâtiments de sa « grange » en face de son château. Il y a également mention du moustier (synonyme ancien de monastère) de Saint-Germain de Chantilly. Puis un nouveau accord règle le partage de la rivière entre le moustier de Saint -Germain de Chantilly et Avilly. La rivière fut divisée en trois parties : la première appartenait à Richard de Vernon seigneur de Gouvieux, la seconde à Gui de Senlis, bouteiller de France, seigneur de Chantilly, la troisième restait commune entre eux.

Évolution du Domaine au Moyen Âge

Gui III le Bouteiller (vers 1205-1240) partage son domaine, diminuant ainsi celui de Chantilly. Hugues de Vineuil et sa femme Agnès cèdent aux moines de Saint-Leu d’Esserent, sept arpents de terre. Construction d’une digue au lieu dit « La Chaussée » à Gouvieux. Mention de la chapelle Saint-Germain de Quiquenpoit (l’ancien moustier et ensuite chapelle de Chantilly) dans la paroisse de Gouvieux. Le nom de Quiquenpoit apparaît pour la première fois. Par son testament, Jean Le Bouteiller de Senlis ordonne la fondation d’une chapelle dans son château de Chantilly. Guillaume III Bouteiller est inhumé dans la chapelle du château.

Guillaume IV le Bouteiller abandonne son château de Chantilly au duc de Normandie (futur Jean II le Bon) en échange du paiement de ses dettes. Le duc de Normandie transmet le château de Chantilly à Jean de Clermont, beau-frère du seigneur de Chantilly et futur chambellan de Jean II, puis maréchal de France. Pendant la Jacquerie, Chantilly est mis à sac. Guillaume le Bouteiller transfère ses biens à son cousin germain Jacques, dit Herpin, seigneur dErquery, en attendant l’issue du procès entre lui et Jean de Clermont.

Au décès de Jacques d’Erquery, son cousin Jean de Laval hérite du domaine de Chantilly. Charles Bureau, seigneur de la Rivière, vend au roi Charles V le domaine formé par la Chaussée et l’étang de Gouvieux. Gui de Laval vend la terre de Chantilly à Pierre d’Orgemont, comprenant le château, la châtellenie, la tour de Montméliant, et diverses terres environnantes.

La Famille d'Orgemont et la Reconstruction du Château

Pierre I d’Orgemont commence la reconstruction du château. Son fils Amaury (vers 1350-1400) hérite du domaine de Chantilly. Amaury d’Orgemont fait l’acquisition des seigneuries de Vineuil et de Saint-Firmin. La reconstruction du château est terminée par Amaury d’Orgemont (vers 1350-1400). Pierre II d’Orgemont (1375-1415), fils d’Amaury, est nommé échanson.

Le parc du château est enclos de murs. Pierre II d’Orgemont (1375-1417) épouse Jacqueline Paynel de Hambye (?-1435), qui apporte une dot de 1 000 écus d’or et une rente annuelle de 200 livres tournois. Pierre II d’Orgemont (1375-1417) augmente son domaine de Chantilly en achetant un fief de 96 arpens de terre et 90 arpens. Pierre II d’Orgemont (1375-1417), seigneur de Chantilly meurt dans la bataille d’Azincourt.

Bataille d'Azincourt

Jacqueline Paynel livre Chantilly aux Anglo-Bourguignons. Mariage de Pierre III d’Orgemont (?1405-1492) , 17 ans, et Marie de Roye. Chantilly est repris par les armées du roi légitime Charles VII (1403-1422-1461). Pierre III d’Orgemont obtint des Requêtes du Palais, un arrêt le maintenant dans la propriété de Chantilly, que revendiquait François d’Estouville comme héritier de Gui de Laval, le vendeur de 1386. Pierre III d’Orgemont (?1405-1492) sans descendance, partagea ses biens entre ses deux neveux : Guillaume de Montmorency et Guillaume de Broullat, seigneur de Badouville, capitaine de Dreux.

L'Ère des Montmorency

Mariage de Guillaume de Montmorency , et Anne Pot (v 1472-1510), dame de La Rochepot, Thoré et Châteauneuf, comtesse de Saint-Pol, fille de Guyot Pot (v 1430-1495) et Marie de Villiers de l’Isle-Adam, et nièce de Philippe Pot, Grand-sénéchal de Bourgogne. Guillaume de Montmorency achète les ruines de la ferme de Bucamp, dont il ne reste debout qu’une cheminée et une partie d’escalier en pierre de taille, avec les terres de la Pelouse et les prés de la vallée (entre le fossé du château et la ferme du Vineuil) qu’il unit à son exploitation agricole. Guillaume de Montmorency fait reconstruire la chapelle. Bulle du pape Léon X qui accordait au Guillaume de Montmorency et à ses successeurs la permission de faire célébrer la messe et tous les autres services divins par un chapelain soumis à l’autorité de l’évêque de Senlis, dans la chapelle du château dédiée aux saints Jacques et Christophe.

Guillaume de Montmorency partage ses biens entre ses deux fils encore en vie et attribue Chantilly, Écouen et Montmorency à son fils Anne et les terres de Bourgogne, La Rochepot et Thorey, etc. à son frère François. Anne de Montmorency décide de faire de la forteresse de Chantilly une riche et agréable demeure. Début de la construction de la Galerie des Cerfs, achevée en 1530. Tous les travaux sont suspendus. Le parlement de Paris demande à Guillaume de Montmorency d’assurer la protection de la capitale. Anne de Montmorency suit le roi en captivité et négocie le traité de Madrid (1526). L’architecte Pierre Chambiges est choisi pour reconstruire le château. Construction des sept chapelles, portant les noms de sept basiliques principales de Rome, pour la vente des indulgences. Construction de l’hôtel de Beauvais, 12 rue du Connétable, affecté au service des chasses et des forêts. Visite de Charles Quint à Chantilly. Henri II rendit au connétable Anne de Montmorency la juissance de la Chaussée et de l’étang de Gouvieux. Anne de Montmorency meurt à Paris, après une blessure reçue pendant une bataille à Saint-Denis.

Périodes Ultérieures

Charles X céde au fils et à la veuve du connétable la Chaussée et l’étang de Gouvieux en échange de la terre de Mesnil-Paviot en Normandie. Mort de François de Montmorency. Henri II de Montmorency est condamné à mort pour conspiration contre le cardinal de Richelieu. Le jeune prince d’le Grand Condé est vainqueur des Espagnols à Rocroi. Le Grand Condé est condamné à mort pour rébellion. Pour constituer le parc de Chantilly, le prince de Condé achète de nombreuses terres à l’ouest du château et dans la vallée de la Nonette. Visite de Louis XIV. Un premier réservoir est construit sur la pelouse. Mort du Grand Condé. Mort de Henri-Jules, prince de Condé.

Lors de travaux de reconstruction de la chapelle du château, un cercueil de plomb est decouvert au milieu de la chapelle. À l’intérieur, un corps en très bon état de conservation. C’était le corps de Guillaume III le Bouteiller. Visite de Gustav III roi de Suède (1746-1792).

Cinquième fils de la reine Marie-Amélie et du roi Louis-Philippe, il hérite à l’âge de huit ans du Domaine de Chantilly et de l’immense fortune de son parrain, le dernier prince de Condé.

Le Parc de Chantilly

Le parc de Chantilly est constitué de trois parties, le jardin anglais et le grand parterre Le Nôtre. Celui-ci, dessiné sur commande du Grand Condé par l’illustre architecte, offre les points de vue les plus éblouissants de la visite.

Parterre Le Nôtre

Le Château de Boulogne et les Rothschild

La Ballade de la ruine écrite par Charles Cros dans le dernier tiers du XIXe siècle est contemporaine du prestigieux château de Boulogne qui apparaît aujourd’hui comme un fantôme au fond du parc Edmond de Rothschild. Acheté en 1817 au banquier Davilliers, le domaine comprend un pavillon du XVIIIe siècle, le pavillon Buchillot aujourd’hui réhabilité en Musée Paul Belmondo et le château reconstruit par l’architecte Joseph-Armand Berthelin entre 1855 et 1861. Le château est conçu, et c’est un fait pionnier à l’époque, dans le plus pur style Louis XIV : un corps de logis rectangulaire cantonné de deux pavillons en légère saillie couverts de hautes toitures à quatre pans coiffées d’ardoise.

La décoration intérieure du château est confiée à l’aquarelliste et peintre militaire Eugène Lami : il avait été le conseiller du duc d’Aumale à Chantilly dont il refit les Petits Appartements et du duc de Nemours aux Tuileries. Un ensemble d’aquarelles, conservé au Musée des Arts Décoratifs, nous renseigne sur ce que purent être les plafonds peints, les boudoirs, le vestibule. Le parc du château qui rejoignait la Seine fut conçu par Joseph Paxton, l’architecte du Crystal Palace, de Ferrières et de Mentmore. Assisté de Loyre, qui conçut le Jardin de la Société d’Horticulture à l’Exposition Universelle de 1855, il associa des abords immédiats constitués de parterres à la française, qui auraient été dessinés par Eugène Lami, et un parc paysager à l’anglaise.

Le château connut alors une ère de faste et de fêtes qui fera dire au poète Heinrich Heine, habitué du lieu et ami intime de la famille : « dans ce moment, l’étoile Rothschild est au zénith de son éclat » allant jusqu’à comparer le baron James au roi Louis XIV en personne. C’est à sa mort, en 1934 que le château commença de tomber en déshérence. Il est d’abord dévalisé : la plupart des peintures de François Boucher et de Gerard de Lairesse ainsi que des pièces de mobilier sont envoyées en Allemagne, certaines pièces pour la collection personnelle d’Herman Goering.

Le château Rothschild n’est désormais plus qu’une ombre. Le dernier Rothschild à être propriétaire du domaine de 1965 à 1979 est le baron Edmond, neveu de Miriam-Alexandrine. Il s’en désintéresse, fait don des quinze hectares de parc restant pour 1 franc symbolique à la ville de Boulogne. Un projet de la dernière chance semble cependant se profiler, mené par la patience d’associations locales parmi lesquelles Boulogne Patrimoine.

À la suite du duc d’Aumale, mécène historique de l’Institut de France à qui il donna le domaine de Chantilly en 1886, de nombreuses personnes privées ont, directement ou en créant une fondation, légué à l’Institut ou à l’une des Académies tout ou partie de leur patrimoine, les chargeant de l’utiliser à des fins sociales, morales ou scientifiques.

Tableau récapitulatif des propriétaires et événements marquants du domaine de Chantilly :

Période Propriétaire/Événement
1066 Première mention de Chantilly
16ème siècle Rénovation par la famille de Montmorency
17ème siècle Embellissement par les Condé
1886 Légué à l'Institut de France par le Duc d'Aumale

L'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild

Cet hôpital d’exception propose gratuitement un accès à des consultations, des soins et des médicaments. La période d’après-guerre nécessite un effort considérable de reconstruction de l’hôpital, dans lequel s’investit personnellement la baronne Noémie, épouse de Maurice de Rothschild. Sous son impulsion et grâce à l’aide financière qu’il apporte, l’année 1962 voit débuter une nouvelle ère pour l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild. L'Hôpital est repensé pour optimiser ses performances médicales ainsi que l’accueil des patients. Cette histoire extraordinaire traduit l’engagement indéfectible du personnel de l’Hôpital Fondation Rothschild et de la famille qui la préside en faveur de l’excellence médicale et de la responsabilité sociale.

La Collection de Dessins

Le laboratoire d’anatomo-pathologie de l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild a été créé en 1911 par le baron Edmond de Rothschild qui a toujours voulu un département scientifique dans son hôpital. La collection de dessins est le résultat de la rencontre du grand scientifique Jacques Mawas et de A. Bessin, dessinateur hors pair.

Vingt ans plus tard, le baron Henri écrit un ouvrage au sujet de son épouse. Ce livre intitulé Une dame d'autrefois est assez élogieux, mais la baronne y apparaît comme une femme compassée. Fou de théâtre, il a aussi écrit de nombreuses pièces sous pseudonymes. Il a surtout entrepris des études de médecine afin de dispenser des soins aux miséreux. Lors de la Première Guerre mondiale, en tant qu'infirmière, elle a dirigé des opérations sur le front et à l'hôpital de Gouvieux, près de Chantilly, qui lui ont valu la Légion d'honneur. Elle raconte son expérience dans Les Ailes blanches sur la Croix-Rouge, un livre étonnant. Elle a aussi traduit de l'allemand deux ouvrages d'un neurochirurgien d'origine polonaise. Son intérêt pour la médecine me semble être déterminant dans sa collection.

L'épopée du Château de Chantilly

tags: #fondation #rothschild #chantilly #histoire #et #collections

Articles populaires: