L'alimentation du cheval : Un guide complet pour une santé optimale

Bien nourrir son cheval est essentiel pour garantir sa santé, son bien-être et atteindre les objectifs de production ou d'utilisation souhaités. Le cheval, herbivore monogastrique, tire principalement son énergie des fibres végétales grâce à la fermentation dans le gros intestin. La flore intestinale (microbiote) transforme les fibres des fourrages en nutriments essentiels.

À l'état naturel, le cheval passe environ 60 % de son temps à manger de petites quantités de fourrage, se déplaçant lentement et paissant souvent la nuit, surtout en été, pour éviter les insectes. Il est capable d'ingérer d'importantes quantités de fourrages, y compris des fourrages grossiers matures moins bien consommés par les bovins.

La base de l'alimentation : le fourrage

Le fourrage, qu'il soit frais ou conservé (herbe, foin, enrubanné), doit toujours constituer la base de la ration journalière. Les fibres (cellulose brute) doivent représenter 15 à 18 % de la ration. Il est recommandé d’apporter un équivalent en quantité à 1,5 à 2 % du poids vif de l’équidé en fourrages par jour. En-dessous de ce seuil, des perturbations digestives graves peuvent se produire.

Le fourrage garantit un transit sain et le temps passé à l'ingérer lentement prévient l'ennui, limitant ainsi le développement de tics comportementaux lorsque le cheval est confiné au box.

Il est indispensable de pratiquer des analyses des valeurs nutritives des fourrages pour établir une ration équilibrée. Les graminées, principalement l'herbe des prairies naturelles, sont les espèces végétales préférées des équidés. Les légumineuses, comme le trèfle ou la luzerne, sont également bien consommées et riches en protéines et en calcium.

La qualité sanitaire des fourrages doit être satisfaisante pour garantir leur appétence et limiter le développement de pathologies.

Les compléments alimentaires : les concentrés

Les concentrés (céréales, protéagineux, aliments composés du commerce) riches en énergie, protéines, minéraux et vitamines, sont distribués pour compléter les apports nutritifs du fourrage. Ils doivent être utilisés avec modération, car des excès peuvent provoquer des perturbations digestives (ulcères, acidose, colites, coliques et fourbures).

Le choix de l'aliment concentré dépend du stade physiologique, de l'état corporel et de l'activité de l'équidé. Les aliments riches en céréales conviennent aux chevaux ayant de forts besoins énergétiques (travail intense). Les aliments riches en protéines sont préférables pour les animaux d'élevage (poulinière, poulain), tandis que les aliments riches en fibres sont choisis pour les chevaux ayant des besoins plus faibles (entretien, travail léger).

L'eau et les minéraux : des éléments vitaux

La mise à disposition d'une eau propre et renouvelée régulièrement est indispensable pour assurer une bonne digestion et subvenir aux besoins fonctionnels de l'organisme. Un cheval adulte boit jusqu'à 60 L/jour, davantage s'il mange des aliments secs, en cas d'effort ou de fortes chaleurs. La privation ne doit jamais dépasser 4 heures d'affilé, surtout avant un effort physique.

L'apport de sel (chlorure de sodium, NaCl) est vital pour le bon fonctionnement de l'organisme du cheval. La mise à disposition d'une pierre à sel en libre-service est nécessaire au pâturage comme au box. La ration individuelle journalière doit être établie pour couvrir les dépenses d’entretien et de production de l’équidé concerné, en fonction de son état corporel.

Évaluer l'état corporel

L'état corporel correspond à l'état d'engraissement, apprécié par l'évaluation du tissu adipeux au niveau de plusieurs sites anatomiques de l'équidé. Il représente le bilan énergétique entre les apports de la ration et les dépenses du mois précédent. Cette évaluation peut être réalisée par la méthode française, en établissant une note sur une échelle de 0 (squelettique) à 5 (obèse). Une grille précise est référencée pour estimer de façon précise chaque site anatomique, évalué par l’observation visuelle et le palper manuel.

La quantité de fourrages doit représenter au minimum 60 % de la ration globale. L’optimum de la proportion de fourrages se situe plutôt à 80 %. Une ration 100 % fourrages peut être un objectif bénéfique pour la santé du cheval.

Calcul de la ration

Le calcul de ration consiste à établir le bilan des apports énergétiques (UFC), protéiques (MADC) et en minéraux et vitamines, auxquels on soustrait les besoins journaliers selon la catégorie de l’équidé. Ce bilan permet de déceler d'éventuels excédents ou déficits, ayant une incidence plus ou moins forte sur la santé et l’intégrité de l’équidé. S’il est rationné, plusieurs distributions par jour sont nécessaires, avec une quantité apportée plus importante le soir, car le cheval mange pendant la nuit. Éviter tout jeûne (en fourrages) de plus de 4 heures pour ne pas favoriser l’apparition d’ulcères et de stéréotypies.

Pour les concentrés, les repas doivent être distribués à horaires fixes et idéalement fractionnés en plusieurs (2 à 4) petits repas (< 4 litres/repas). Pour limiter l’apparition d’ulcères, la teneur en amidon par repas, apportée principalement par les céréales, devra être limitée.

Il est nécessaire de réaliser une transition d’au moins 7 à 10 jours lors d’un changement de régime alimentaire (même entre deux fourrages, par exemple) pour permettre à la flore digestive de s’adapter progressivement.

Favoriser la distribution des aliments proche du sol (pour maintenir l’orientation naturelle de l’encolure vers le bas) permet l’élimination des particules inhalées par le cheval et limite les pathologies ostéo-articulaires de la ligne du dos. L’utilisation de râteliers limite quant à elle la salissure et le gaspillage du fourrage.

Alimentation spécifique des vieux chevaux

Avec l'âge, les chevaux peuvent présenter des problématiques spécifiques nécessitant une adaptation de leur alimentation : perte d'état, dentition fatiguée, maladie de Cushing, risque de fourbure, etc.

En pratique avec Claire Neveux #2 | Adapter l'alimentation

On considère généralement qu'un cheval est vieux entre 16 et 22 ans, période où peuvent apparaître de petits changements physiologiques :

  • L’état général de la denture, qui influence la capacité à profiter de l'alimentation.
  • Le vieillissement général des cellules et des organes, entraînant un ralentissement de la digestion.
  • L'apparition de poils blancs, le creusement des salières, voire un dos ensellé.

Tant que le cheval peut mastiquer correctement des aliments normaux, une alimentation classique peut suffire. Cependant, lorsque la table dentaire devient irrégulière, il est conseillé de proposer une alimentation adaptée, comme un mash, éventuellement enrichi en foin de luzerne, plus riche en protéines.

Problèmes courants chez les vieux chevaux et solutions alimentaires

  • Perte d'état l'hiver : Donner fréquemment du fourrage ou de l'herbe pour éviter l'ennui et stimuler le transit digestif.

Il est intéressant d'utiliser des aliments complémentaires de fourrage, spécialement conçus pour les vieux chevaux. Ces aliments doivent présenter :

  • Un apport énergétique faible.
  • Un faible apport en sucres.
  • Un gros apport en fibres (cellulose) pour se réchauffer et favoriser le transit.
  • Un gros apport de matières grasses (énergie lente).
  • Un apport de protéines de très bonne qualité sous forme d'acides aminés.

Plus la composition d'un aliment fait appel à des matières premières différentes, plus on a de chances de donner une alimentation équilibrée.

L'alimentation du cheval au pré

Lorsque le cheval est au box, son alimentation est assez simple à gérer. Mais comment s’adapter quand vous avez fait le choix de laisser votre équidé au pré ? L’objectif de son propriétaire devrait être de vouloir se rapprocher de ce budget temps naturel.

Le cheval a aussi besoin d’une alimentation équilibrée mais surtout adaptée à son activité, la ration apportée en plus (ou non) de l’apport nutritif au pré, doit couvrir les besoins nécessaires à l’entretien et au travail du cheval. Il faut commencer par définir les besoins d’entretien, qui correspondent aux dépenses de l’organisme pour maintenir l’animal en vie pour les fonctions vitales : respiration, déplacements, circulation sanguine, digestion etc. Ces besoins augmentent avec le poids et la taille du cheval.

  • Par l’apport énergétique qui permet le fonctionnement de l’organisme, notamment le travail musculaire, l’élaboration des tissus.

De plus, les besoins en minéraux du cheval au pré ne doivent pas être négligés ! En effet, le calcium et le phosphore sont importants pour le développement du squelette et la contraction musculaire. L’équilibre entre ces deux minéraux doit être conservé afin d’éviter tout type de pathologie. Bien évidemment, l’eau est un facteur indispensable, comme pour tout animal. Son apport est permis par l’eau contenue dans les aliments mais aussi par l’eau de boisson. La présence d’un abreuvoir propre, plein et à l’ombre en cas de forte chaleur est nécessaire.

Les besoins en fibres sont parfois oubliés pour les chevaux en box mais normalement couverts pour les chevaux au pré. L’apport en fibres doit être suffisamment important pour le cheval (au moins 15% de la ration). En effet, les fibres stimulent le transit et permettent son équilibre, elles aussi régulent la longueur des dents, pour les prémolaires et les molaires.

Par ailleurs, le cheval piétine beaucoup ce qui appauvrit le sol, en terme de qualité, de quantité et de diversité. On estime qu’un hectare de prairie produit 8 tonnes de matières sèches, avec environ 30% de refus soit 5,6 tonnes de MS. La consommation d’un jument par jour est de 14 kg donc à l’année elle est de 5 tonnes.

Il faut donc leur limiter l’accès au printemps notamment, quand l’herbe est la plus riche. Les placer au paddock avec un fourrage pauvre et fibreux par exemple. Pour élaborer une ration complémentaire, il faut savoir que les aliments sont composés d’eau et de matière sèche, elle-même composée de matière minérale et organique (glucides, lipides, protéines).

Une attention particulière doit être apportée pour les chevaux au pré en hiver, il faut donc prévoir au cheval une ration pour cette période de l’année. Dès l’automne, l’herbe commence à se faire rare au pré et elle perd sa valeur nutritive avec le froid. Pour les animaux au pré pendant tout l’hiver, il faut donc compléter leur ration avec un fourrage de bonne qualité comme du foin de prairie ou du foin de luzerne, de l’enrubannage ainsi qu’avec un complément concentré afin de compenser les besoins liés au froid.

Ces besoins peuvent augmenter de 10% entre 0 et -10°C. L’état corporel du cheval doit absolument être surveillé pendant l’hiver, c’est une préoccupation primordiale et il vaut mieux aborder l’hiver avec un cheval en légère surcharge pondérale due au printemps et son herbe grasse.

Le fourrage doit représenter 60 à 100% de la ration et le concentré entre 10 et 40% de la ration, selon l’activité du cheval. Pour convertir une journée de pré d’herbe de printemps en hiver, il faut environ 10kg de foin de prairie ou 8kg de fourrage et 1kg, ou plus, de concentré.

Tableau récapitulatif des besoins alimentaires selon l'activité du cheval

Activité Fourrage (% de la ration) Concentré (% de la ration)
Entretien 80-100% 0-20%
Travail léger 70-90% 10-30%
Travail modéré 60-80% 20-40%
Travail intense 60-70% 30-40%

tags: #équidés #alimentation #chevaux

Articles populaires: