Empreinte Carbone : Poisson vs Viande - Quel Impact sur la Planète ?

L’alimentation pèse environ un quart de l’empreinte carbone des ménages. Les aliments représentent environ un quart de l’empreinte carbone des consommateurs (calcul qui prend en compte les méthodes de production agricole, les transports…). Certaines estimations sont même supérieures.

Source: Sami

Quand on parle d’empreinte carbone, on pense spontanément aux trajets en voiture, à l’avion ou au chauffage. Chaque repas a un impact carbone, plus ou moins élevé selon les aliments qui le composent. Certains aliments comme le steak de bœuf, le café ou l’avocat ont une forte empreinte carbone.

1. La Viande : N°1 sur le Podium de l’Empreinte Carbone

Premier constat, la viande est bien plus émettrice de gaz à effet de serre que tous les autres aliments (céréales, légumineuses, fruits et légumes). En termes d’émission de gaz à effet de serre (GES), la production de viande affiche une empreinte carbone très élevée.

L’élevage de bœuf, en particulier lorsqu’il s’agit d’élevage intensif ou lorsqu’il est mené sur des terres déboisées comme c’est le cas en Amérique latine, occupe la première marche du podium. Produire 1 kg de protéines sous forme de viande de bœuf émet en moyenne 99,5 d’équivalent CO2, loin devant les autres protéines animales, poisson d’élevage compris (1).

La production de 100 g de steack (environ 25 grammes de protéines) génère l’équivalent de 12 kg de CO2 (autant qu’une voiture roulant sur 120 km). Ce, sans compter les émissions de méthane (CH4) des ruminants, ou les autres impacts environnementaux de ce type de production : consommation d’eau, utilisation des terres et pollution de l’eau.

A titre de comparaison, le poisson d’élevage, la volaille ou le porc produisent presque dix fois moins de CO2. Pour une même quantité de protéines (100 g), le tofu génère seulement 500 grammes d’équivalent CO2 (20 fois moins que la viande de bœuf), les légumes secs entre 100 et 250 grammes d’équivalent CO2 (50 à 100 fois moins que le bœuf).

Par comparaison à la viande, céréales, fruits et légumes sont des petits responsables d’émissions de gaz à effet de serre. Cet effet carbone modéré n’interdit pas de rationaliser certaines habitudes de consommation de fruits et légumes.

Les cultures sous serre, chauffées 24 h sur 24, éclairées et ventilées, sont très fortement consommatrices d’énergie. On peut à bon escient limiter sinon stopper la consommation de tomates hors saison. On peut aussi se passer de fraises ou de cerises en hiver, éviter d’acheter les fruits tropicaux (ananas, mangues…), qui ont voyagé par avion.

Selon le WWF, un kilo d’avocats du Chili par bateau représente 600 grammes de CO2 et par avion plus de 20 fois plus (13 kilos). Un kilo d’asperges vertes espagnoles livrées par camion génère 1,5 kilo de CO2. Par avion du Pérou, l’impact carbone est de 15 kilos de CO2 !

Dans un contexte de changement climatique accéléré, l’une des mesures d’adaptation préconisées notamment par les experts du GIEC repose sur une diminution de la consommation de viande. Aussi certains sont-ils tentés de se reporter sur le poisson.

La consommation de viande représente à elle seule 10% de l’empreinte carbone moyenne des français·e·s. Pour comprendre l’impact des différents régimes alimentaires, voici un petit exercice. Intéressez-vous aux principes de la cuisine végétarienne.

Réduire son empreinte carbone (5)

2. Pêche : Certaines Pratiques Ont un Impact sur le Climat

Mais il y a une arête, car la pêche maritime n’est pas exempte de critiques. Si l’aquaculture ou la pêche maritime sont loin d’être d’aussi grands contributeurs de GES, leur impact climatique n’est pas nul.

Certaines pratiques, comme le chalutage de fond (2), suscitent même de nouvelles sources d’inquiétudes. Cette technique consiste à racler les fonds marins à l’aide de grands filets en forme d’entonnoir. Ce faisant, elle libère chaque année 0,6 à 1,5 gigatonnes de tonnes de CO2 jusqu’alors stockés dans les sédiments marins.

Les auteurs de cette estimation inédite, publiée en mars 2021 dans la revue Nature, sont d’autant plus inquiets que « la perturbation de ces réserves en carbone […] est susceptible d’augmenter l’acidification des océans, de réduire la capacité d’absorption du CO2 par l’océan et de contribuer à son accumulation dans l’atmosphère. »

L’une des principales menaces provient du chalutage de fond, une technique de pêche qui consiste à racler les fonds marins avec d’immenses filets lestés pour capturer poissons et crustacés. Ce procédé remue les sédiments marins et libère le carbone qui y était stocké, un peu comme si on soulevait la poussière d’un vieux tapis.

Une partie de ce carbone retourne alors dans l’eau et risque de remonter dans l’atmosphère. Résultat : on met un coup de canif directement dans nos puits de carbone !

Le chalutage de fond n’est pas le seul coupable à pointer du doigt, puisque la surpêche joue également un rôle de taille. En réduisant les populations de poissons et d’organismes marins qui participent naturellement au cycle du carbone, elle perturbe la dynamique de stockage du CO₂.

Moins de poissons = moins de matières organiques rejetées dans les profondeurs et, par conséquent, une capacité réduite à enfermer durablement le carbone sous l’eau.

Enfin, la dégradation des écosystèmes marins nuit largement à la prolifération du phytoplancton, qui est un acteur clé de la pompe biologique. Et, là encore, moins de phytoplancton = moins d’absorption du CO₂ ! CQFD.

Lorsqu’on parle d’empreinte carbone de la pêche, on parle de l’activité en elle-même, à savoir, la capture de poissons. Cependant, une fois les poissons prélevés, on oublie un peu vite les conséquences à long terme sur le stockage de CO2 lié à l’ensemble des activités humaines. Et là, ça peut vite faire tourner la tête !

Par ailleurs on comprend aussi pourquoi les études sur le bilan carbone de la pêche vont tous azimuts…

« À ce jour, aucune empreinte carbone globale de la pêche n’a été réalisée, ni en France ni ailleurs. Certaines études existent sur des aspects spécifiques (consommation de fioul, construction des navires), mais jamais sur l’ensemble du secteur³. » - The Shift Project

L’autre problème de taille, lorsqu’on parle du bilan carbone de la pêche, c’est qu’il existe deux types de pêche : la pêche dite « artisanale » et la pêche industrielle (comme pour la viande, finalement).

La pêche artisanale, c’est le circuit court des océans. Généralement pratiquée sur de petits bateaux (moins de 12 mètres), elle mobilise peu de personnes, souvent des pêcheur·se·s indépendant·e·s ou en petites coopératives. L’idée ? Prendre ce dont on a besoin, en respectant les saisons et les quotas, pour préserver la ressource sur le long terme.

La pêche artisanale fournit directement les marchés locaux et les restaurants, limitant ainsi l’empreinte carbone liée au transport des produits de la mer. En prime, elle génère des emplois locaux et perpétue des savoir-faire souvent transmis de génération en génération.

Côté environnemental, cette pêche est beaucoup moins invasive. Elle limite les prises accessoires (les poissons non ciblés rejetés en mer), évite de racler les fonds marins et contribue à préserver la biodiversité. En bref, elle s’inscrit dans une démarche plus durable et respectueuse de l’écosystème marin.

Le comble ? La pêche artisanale produit autant de captures pour la consommation humaine que la pêche industrielle en utilisant un huitième du carburant brûlé par la grande pêche⁵.

À l’opposé, la pêche industrielle fonctionne comme une véritable industrie de masse. Ici, l’objectif est d’optimiser les rendements en capturant un maximum de poissons en un minimum de temps. Pour cela, elle s’appuie sur de gigantesques navires-usines capables de rester en mer plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et d’exploiter des zones éloignées de leur port d’attache.

Cette pêche de masse entraîne son (gros) lot de problèmes environnementaux : surpêche, destruction des habitats marins, capture d’espèces menacées et rejet en mer de tonnes de poissons non commercialisables.

D’ailleurs, le chalutage de fond mis en place par les industriels arrive en tête du classement des techniques les plus dommageables pour l’environnement. D’après une étude de Bloom, les chalutiers de fond seraient responsables de 57 % des émissions totales de CO₂ des flottilles étudiées.

Selon un rapport de l’ONG Oceana, la pêche au chalut est en effet « la méthode de pêche la plus consommatrice de carburant en Europe ». Elle serait responsable de l’émission de 340 millions de tonnes de CO₂ chaque année, soit presque « 1 % des émissions mondiales »⁶.

Vous l’aurez compris, la pêche artisanale et la pêche industrielle évoluent dans des univers bien différents. D'un côté, la pêche artisanale - pratiquée sur de petits bateaux locaux - privilégie des techniques sélectives qui respectent les saisons et les quotas, ainsi que la durabilité des ressources marines et l'emploi local. De l'autre, la pêche industrielle, avec ses navires-usines et ses méthodes de capture massive, vise la rentabilité à grande échelle, au détriment de l'environnement, en provoquant une surpêche et des dommages considérables aux habitats marins.

3. Surpêche et Surexploitation, Fléaux des Océans

Didier Gascuel, enseignant-chercheur à Agrocampus Ouest et membre du Conseil scientifique d’Ifremer dénonce aussi le caractère non sélectif de cette technique. « Le chalut détruit par ailleurs (…) une partie de la faune et de la flore présente, la multitude des coquillages, crustacés, vers marins et organismes divers qui constituent la base des chaînes trophiques et une bonne partie de l’alimentation des poissons pêchés ».

Partout dans le monde, les espèces marines font l’objet d’une exploitation non soutenable. Dans son Rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques (2019), l’IPBES estime ainsi que 33% des stocks de poissons sont déjà surexploités.

Parmi les espèces pêchés par la France, c’est le cas des populations du chinchard d’Atlantique et de la sole du golfe de Gascogne. D’autres, comme celles du merlu de Méditerranée, sont d’ores et déjà considérées comme « effondrées » par les experts de l’Ifremer.

« La pêche maritime (…) a vidé la mer d’une partie de ses ressources et perturbé en profondeur le fonctionnement des écosystèmes marins », constate Didier Gascuel qui veut croire qu’une « autre » pêche est possible. Et plaide pour une « pêchécologie », par analogie avec l’agroécologie. Une pêche réellement respectueuse des écosystèmes et de leurs habitants, qu’il est possible d’encourager par ses actes d’achat.

Maintenant que nous avons fait le point sur ce qu’est une pompe à carbone et sur les différentes techniques de pêche, passons un peu aux chiffres qui nous intéressent…

D’après une étude sur les émissions de gaz à effet de serre liées à la pêche, un kilo de poisson pêché génère entre 1 et 5 kilos de CO₂. C’est bien moins que la viande rouge, qui peut en produire de 50 à 750 kilos par kilo de viande⁷ !

Seulement, attention, vous le savez désormais : toutes les pêches ne se valent pas. La technique utilisée fait toute la différence. Par exemple, la pêche de poissons plats comme la sole, qui nécessite des chaluts lourds raclant le fond marin, émet bien plus de CO₂ que celle du hareng, bien plus légère sur l’environnement. Les chiffres évoqués peuvent donc passer du simple, au double, au triple, au…

L’autre problème, c’est que ce calcul ne tient compte QUE des poissons pêchés pour être consommés. Or, maintenant que vous avez compris le principe de la pompe à carbone (et celui du chalutage de fond), il y a un phénomène qui devrait vous mettre la puce à l’oreille…

Lorsqu’un poisson meurt de sa belle mort (naturellement), il coule doucement dans les profondeurs et zou, la majeure partie du carbone qu’il contient est alors séquestrée dans l’océan.

Le souci, c’est qu’avec la pêche industrielle, où tout est attrapé de façon indifférenciée : de nombreux poissons morts et inutilisés (et même des dauphins) sont rejetés dans l’eau, où ils flottent et se décomposent tranquillement à la surface avant de couler. Le CO₂ émis par leur décomposition est alors rejeté dans l’atmosphère et participe au réchauffement climatique.

Le carbone sort de l’eau : c’est de l’ordre de 125 g de carbone pour 1 kg de poissons. « Les 125 grammes de carbone deviennent alors 460 g de CO₂, le ratio entre CO₂ et carbone étant de 3,6 », précise David Mouillot, chercheur au Centre pour la biodiversité marine.

Seule la mort naturelle permet au carbone d’être piégé au fond de l’océan et d’y être stocké pour des siècles, car le poisson coule.

Autrement dit, pour calculer l’empreinte carbone réelle de la pêche, il faudrait pouvoir tenir compte des poissons effectivement capturés, ainsi que ceux qui ont été rejetés.

De manière générale, de nombreux facteurs entrent en compte:

  • Le type de technique de pêche utilisée (chalutage de fond, pêche artisanale à la ligne, etc.)
  • La taille des bateaux et leur motorisation (chalutiers industriels, grands navires-usines, petits bateaux de pêche côtière, etc.)
  • La distance parcourue (pêche hauturière, pêche côtière)
  • La gestion des captures et des déchets (avec le rejet des prises accessoires)
  • La chaîne logistique et le transport des produits de la mer (transport du poisson, surgélation et réfrigération)
  • La surpêche et la pression sur les stocks, qui oblige les navires à parcourir plus de kilomètres
  • L'impact sur les écosystèmes marins (destruction des habitats marins et surexploitation des espèces).

Si certains chiffres annoncent des émissions de la pêche de l’ordre de 179 millions de tonnes équivalent CO₂, elles pourraient en réalité être nettement supérieures si l’on tient compte de l’ensemble des facteurs.

Ce n’est désormais plus un mystère pour vous : plus la pêche est industrielle, lointaine et énergivore, plus son impact carbone est élevé. À l’inverse, des pratiques plus durables, comme la pêche côtière artisanale, l'utilisation de bateaux plus économes en carburant et une meilleure gestion des captures, permettent de réduire ces émissions.

Si vous souhaitez continuer à consommer du poisson tout en réduisant votre empreinte carbone, quelques gestes simples peuvent faire la différence:

  • Privilégier la pêche locale et artisanale
  • Réduire la consommation de poissons carnivores
  • Consommer des poissons de saison
  • Éviter le poisson d’élevage intensif

Limiter son empreinte carbone en consommant du poisson, c’est avant tout faire des choix éclairés : favoriser les circuits courts, les espèces locales et les méthodes de pêche responsables.

Sachez d’ailleurs que pour vous aider à y voir plus clair WWF a mis en place son « Consoguide » des produits de la mer. Vous pouvez ainsi vous repérer dans l’océan des possibilités grâce au système de couleurs tout simple :

  • Vert pour les poissons à privilégier ;
  • Jaune pour ceux à consommer avec modération ;
  • Rouge pour ceux à éviter.

Ce classement repose sur plusieurs critères : l’impact des techniques de pêche sur les océans, l’état des stocks et l’efficacité des mesures de gestion en place.

Empreinte Carbone Comparée : Viande vs. Alternatives
Aliment Émissions de CO2-eq par kg de protéines
Boeuf 99.5 kg
Poisson d'élevage Moins que le boeuf (estimation variable)
Tofu (100g) 0.5 kg
Légumes secs (100g) 0.1 - 0.25 kg

tags: #empreinte #carbone #poisson #vs #viande

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