L'Élevage Porcin en Espagne : Entre Puissance Économique et Défis Environnementaux

L’Espagne se distingue comme une superpuissance mondiale de l’élevage porcin. Cela en fait le 1er producteur européen de porc, et le 3e au niveau mondial. Avec 58 millions de cochons envoyés à l’abattoir en 2021, le pays a détrôné l’Allemagne comme premier producteur d’Europe. Son modèle agro-industriel est très controversé, car il est fondé sur des usines de plus en plus grandes.

Le secteur de l'élevage en Espagne représente une part significative de son économie, contribuant à 1,3% du PIB agricole. Le pays affiche une population de 47,8 millions d'habitants et un PIB par habitant de 33 895,6 USD.

Les Fondamentaux de l'Élevage Porcin en Espagne

L’Espagne se distingue comme une superpuissance mondiale de l’élevage porcin, avec un cheptel total avoisinant 34,4 M de porcs. L’élevage porcin industriel (porcs blancs) est majoritairement intensif et concentré dans le nord-est (Catalogne, Aragon), tandis qu’environ 3 M de porcs ibériques sont élevés extensivement dans les chênaies du sud-ouest.

L'élevage du Porc Ibérique est lié à l'utilisation d'un espace agro-sylvo-past oral, la Dehesa et conduit à la production de porcs lourds, donnant des produits dérivés de charcuterie de haute qualité. Cette étude s'intègre dans le projet de Recherche qui se déroule à l'ETSIAM de Cordoba, dont le but est de connaître l'influence des facteurs de production sur les produits dérivés du Porc Ibérique.

Elle s'intérèsse à l'effet des facteurs race et alimentation sur la composition du jambon, frais et sec, ainsi que sur la composition en acides gras des gras intramusculaires du jambon frais et des gras intra et intermusculaires du jambon sec.

Elle montre que les jambons de Porc Ibérique et ceux de porcs finis aux glands (Bellota) subissent moins de pertes à la transformation que ceux des porcs croisés et des porcs finis à l'aliment composé (Pienso). Ils sont également plus gras et contiennent moins d'os et de maigre. Les résultats font apparaître que l'effet race sur la composition en acides gras est moins significatif que ne l'est l'effet alimentation.

L'idée à la con : l'élevage porcin breton

Expansion et Controverses

Après s’être cantonnés essentiellement en Catalogne, la région historique de la production porcine espagnole, les élevages s’implantent désormais un peu partout en Espagne, dans des zones semi-désertiques. Les contestations sont portées par Greenpeace. L’ONG dénonce une « expansion démesurée et dénuée de contrôle de l’élevage industriel en Espagne ».

Se basant sur les chiffres officiels, elle affirme que le nombre d’animaux d’élevages toutes productions confondues a augmenté de 139,8 millions de têtes (porcs, volailles, bovins, ovins, caprins).

À Quintanar del Rey, dans la province de Cuenca à l’est de Madrid, un village se bat contre l’ouverture d’une porcherie de 2 200 truies et de 40 000 porcelets. Les riverains s’inquiètent de l’impact environnemental de ce projet de macrogranja, un méga élevage en Espagnol. Le projet d’élevage se trouve à 300 mètres du forage d’eau qui alimente ce village, ce qui augmente les craintes de ses habitants concernant un risque de pollution de la nappe phréatique.

Impact environnemental et réactions locales

A 100 kilomètres au nord-ouest de Madrid, de vastes champs de céréales d’un vert éclatant s’étendent à perte de vue, ponctués de petits villages aux maisons ocre, de monastères médiévaux et de vieilles chapelles isolées au bord des routes. Le paysage de la campagne ségovienne est bucolique. L’air, en revanche, transporte régulièrement les effluves pestilentiels émanant des fosses à purin et des épandages de lisier.

Cette province de Castille-et-Leon compte près de 750 fermes de cochons, trois fois plus que le nombre de communes. Et si près de 150 000 personnes résident sur ce territoire en proie à la désertification, les porcs, eux, sont 1,3 million.

« Nous sommes entourés de villages classés vulnérables aux nitrates et, malgré tout, les autorités locales continuent de distribuer des permis à ce type de fermes », déplore Lauro Salgado, les mains enfoncées dans la terre, plantant des tomates dans son potager écologique de Santa Maria la Real de Nieva. Le soleil a creusé des sillons sur la peau tannée du visage maigre de cet agriculteur biologique. Les soucis, sans doute, aussi.

« L’odeur est terrible et l’eau de plus en plus polluée, même à 120 mètres de profondeur », poursuit le quinquagénaire, membre de la plate-forme citoyenne Futur propre campagne ségovienne (Futuro limpio campina segoviana). Créée en 2021, comme d’autres dans certaines provinces d’Espagne, pour protester contre les projets d’agrandissement et de construction d’usines de cochons, la plate-forme lutte pour obtenir, au moins, un moratoire de trois ans sur les futures « macrofermes » de porcs, comme ce fut le cas en Castille-La Manche, ou l’interdiction de nouvelles exploitations porcines sur les communes polluées aux nitrates, comme la Catalogne l’a décrétée pour 68 municipalités.

Au contraire, près de 160 de ces usines à viande ont été approuvées en cinq ans en Castille-et-Leon, et 80 autres projets se trouvent en phase de développement. Et la récente nomination d’un ministre régional de l’agriculture d’extrême droite, favorable à l’élevage intensif, n’est pas de nature à rassurer les écologistes.

Arguments Économiques et Réponse de l'Industrie

De leur côté, les dirigeants de la filière porcine espagnole mettent en avant l’intérêt économique de ces projets. Miguel Angel Higuera, le directeur de l’association nationale des producteurs de porcs espagnols, parle d’un million d’emplois générés par l’expansion de la production porcine espagnole.

Le gouvernement ne semble pas s’inquiéter du développement de la production porcine dans le pays. Un ministre de la coalition gouvernementale a bien tenté d’alerter récemment les médias sur les risques générés par ces macrogranjas.

Autres Secteurs de l'Élevage en Espagne

En bovins, le cheptel total tourne autour de 6,5 M de têtes, réparties dans ~140 000 exploitations. On trouve à la fois des élevages extensifs de races rustiques et des ateliers d’engraissement intensifs très dynamiques.

Le secteur laitier bovin compte environ 770 000 vaches laitières (femelles >24 mois) et ~250 000 génisses de renouvellement, pour une production annuelle de l’ordre de 7,4 M de tonnes de lait en 2024. La production laitière s’organise selon deux modèles : de petites exploitations herbagères dans le Nord, et des fermes plus intensives (en Andalousie et Catalogne) fortement dépendantes du coût de l’alimentation animale.

La production avicole espagnole maintient sa hausse structurelle : en 2024 elle est estimée autour de 1,7 M de tonnes de viande de volaille, après 1,68 Mt en 2023. Le secteur est extrêmement concentré, 10 entreprises représentant près de 90 % de la production.

La filière ovine et caprine reste significative : l’Espagne dispose du plus grand cheptel ovin de l’UE avec ~13,6 M de moutons, et du 2e cheptel caprin avec ~2,3 M de chèvres. La production annuelle de viande ovine est d’environ 106 000 tonnes, et celle de viande caprine près de 9 000 tonnes.

Chiffres clés de l'élevage en Espagne
Secteur Données
Cheptel porcin ~34,4 M de porcs
Cheptel bovin ~6,5 M de têtes
Cheptel ovin ~13,6 M de moutons
Cheptel caprin ~2,3 M de chèvres
Production annuelle de lait ~7,4 M de tonnes
Production annuelle de viande de volaille ~1,7 M de tonnes
Production annuelle de viande ovine ~106 000 tonnes
Production annuelle de viande caprine ~9 000 tonnes

tags: #élevage #porc #Espagne

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