Élevage Intensif de Porcs en Chine : Défis et Impacts

La Chine, confrontée à la nécessité de nourrir une population urbaine en croissance, a connu une transformation radicale de son agriculture, notamment dans le secteur de l'élevage porcin. L'essor de l'élevage intensif de porcs en Chine est une réponse à la demande croissante de viande, mais il soulève des questions cruciales concernant la durabilité, l'environnement et le bien-être animal. Cet article explore les défis et les impacts de cette transformation.

L'agriculture chinoise est l'une des plus anciennes du monde. Mais avec la mondialisation et la croissance démographique chinoise, la question de l'approvisionnement en nourriture se pose, d'autant que le goût des Chinois évolue : les citadins consomment de plus en plus de viande, alors que la civilisation chinoise repose sur la céréaliculture et le maraîchage traditionnel.

La Chine doit relever le défi de nourrir 22% de la population mondiale avec 9% des terres arables et 6% des ressources en eau de la planète. La surface totale cultivable est officiellement de 130 millions d’hectares pour une surface totale du pays de 905 millions de km². La plus grande partie de la Chine « utile » subit un climat de mousson favorable à une agriculture très intensive mais le moindre écart, inondation ou sécheresse, a des conséquences graves.

L'Émergence des Fermes Verticales

Exemple de ferme verticale

Si les projets de ferme urbaines verticales, installées au cœur de la ville, se multiplient ces dernières années, l’installation récemment implantée en Chine impressionne par ses dimensions. 26 étages, 650 000 animaux : la plus grande ferme verticale de porcs au monde a récemment été mise en service en Chine, à proximité de Wuhan. Certains y voient un projet d’avenir.

La ferme porcine de 26 étages est comme la « suite logique » de cette course à la rentabilité, le prolongement vertical d’un modèle de fermes-usines d’abord horizontal. Ce modèle, qui accumule tous les aspects de l’élevage, de la gestation à l’abattage, répond d’abord à un objectif affiché de rentabilité : tout concentrer en un même endroit devrait permettre de produire beaucoup plus efficacement, grâce aux économies d’échelle.

Les Défis de l'Élevage Intensif

En Espagne, l'impact environnemental de l'élevage intensif inquiète

Mais c’est précisément cet objectif - lequel pousse à entasser toujours plus d’animaux dans un espace toujours plus limité - qui est justement en cause dans nombre de critiques de l’élevage intensif. Pour répondre à cet impératif, les bêtes sont parquées dans des boxes où elles s’entassent les unes sur les autres. Les blessures occasionnées sont nombreuses, de même que les manifestations de détresse psychique.

« Les porcs n’ont dans les fermes modernes d’élevage intensif rien d’autre à faire que manger, dormir, se mettre debout et se coucher. Ils n’ont généralement ni paille ni autre litière, parce que cela compliquerait la tâche du nettoyage.

En moins d’un siècle, l’élevage a connu des transformations majeures. Sous l’anthropocène, les changements techniques rendus possibles par la pétrochimie ont provoqué un découplage entre cultures et élevage, là où les systèmes agricoles de beaucoup de régions du monde, et notamment l’Europe, reposaient précédemment sur une étroite association des deux. L’élevage intensif spécialisé qui a émergé, souvent montré du doigt pour les souffrances animales qu’il génère, pose de nombreuses autres questions. La diminution de l’emploi agricole à laquelle il est associé, ses conséquences sur l’environnement et les risques sanitaires qu’il engendre doivent ainsi être intégrés à l’analyse.

Dépendance aux Importations et Sécurité Alimentaire

En commençant à importer du soja pour servir de fourrage vers la fin des années 1990, la Chine a déclenché dans l’agriculture l’un des changements les plus dramatiques que le monde ait jamais connu. À l’autre bout de la planète, 30 millions d’hectares de fermes, de forêts, de savanes et de pâturages du Cône Sud de l’Amérique latine ont été convertis en plantations de soja, afin de fournir aux nouvelles fermes industrielles chinoises une source d’alimentation animale bon marché.

En Chine même, le niveau des prix payés aux paysans et d’autres mesures en faveur des grandes entreprises agroalimentaires ont forcé des millions de familles à abandonner la production de viande. L’idée était de pouvoir fournir de la viande bon marché à une population urbaine chinoise en forte expansion. Toutefois, en 2008, les prix du porc se sont envolés à la sévère épidémie qui a ravagé l’industrie porcine chinoise.

Aujourdhui, le pays s’apprête à faire face à un épisode d’inflation alimentaire encore plus grave car la sécheresse aux États-Unis a provoqué une forte augmentation des prix du soja au niveau mondial.

Les problèmes que génère, en Chine comme ailleurs, cette dépendance croissante du pays vis-à-vis des importations d’alimentation animale ne peuvent que s’aggraver si la Chine continue à ouvrir son marché aux importations de maïs ; le maïs est l’autre grande matière première servant à la fabrication d’aliments animaux industriels. En 2012, la Chine importera une quantité record de cinq millions de tonnes de maïs et le pays devrait acheter sept millions de tonnes en 2013.

La consommation chinoise de soja a augmenté de plus de 160 % entre 2000 et 2011 quand les barrières douanières ont disparu, alors que dans le même temps les surfaces de cultures de soja diminuaient de 20 %. Les paysans chinois étaient tout simplement dans l’incapacité de faire concurrence à du soja importé qui coûtait entre 300 et 600 RMB (soit 45-90 dollars US) de moins à la tonne que le soja produit en Chine.

Impacts Environnementaux

La combinaison de l’industrialisation de l’élevage et de la libéralisation du secteur du soja a provoqué une série de conséquences graves pour l’environnement, la santé publique et les petits producteurs. L’augmentation massive des déchets animaux accumulés par les élevages industriels est la principale source de la pollution de l’eau en Chine aujourd’hui.

Le premier recensement chinois sur la pollution, mené en 2002, avait conclu que les effets combinés de l’élevage et des engrais et pesticides contenus dans les eaux de ruissellement des champs causaient plus de pollution de l’eau que l’industrie.

Sécurité Sanitaire et Épidémies

La sécurité sanitaire des aliments est devenue un sujet brûlant en Chine ; elle a suivi l’industrialisation de l’agriculture en général, et la production de viande en particulier.

L'Asie de l'Est et du Sud-Est, région qui regroupe environ 30 % de la population mondiale selon les données 2018 des Nations unies, est confrontée à une double crise sanitaire. Celle, désormais bien connue, de la pandémie de Covid-19 ; mais aussi celle, moins exposée, de la peste porcine africaine (PPA).

Cette maladie, causée par un virus inoffensif pour l’homme (on dira qu’elle est « non zoonotique »), s’avère hautement létale pour les porcs domestiques et les sangliers. Rappelons que l’Asie de l’Est et du Sud-Est abrite 56 % des porcs domestiques.

Originaire d’Afrique, où elle est installée et circule continuellement (on dira qu’elle y est « endémique »), la PPA a été introduite en Chine en 2018. Sa propagation rapide a provoqué une hécatombe sans précédent : le cheptel porcin chinois a quasiment diminué de moitié entre mi-2018 et fin 2019 - ce qui a représenté au niveau mondial une perte de près d’un quart de l’ensemble des porcs.

Cette situation a entraîné une hausse de plus de 120 % du prix du porc sur le marché domestique chinois, avec des répercussions majeures sur les marchés mondiaux de produits agricoles, incluant les produits animaux mais aussi certaines céréales, comme le maïs et le soja.

Un grand nombre de ces porcs sont vendus après sevrage à des élevages engraisseurs, très souvent via des marchés de porcelets ; après avoir été engraissés, ils peuvent être abattus directement à la ferme ou vendus à des maquignons ou des abattoirs familiaux, plus rarement à de grands abattoirs. D’autres mouvements concernent l’achat de truies reproductrices ou le prêt de verrats. Autant de transferts d’animaux susceptibles de disséminer les pathogènes d’un élevage à l’autre.

Impact sur les Petits Producteurs

Les petits producteurs qui vivent dans les grandes régions rurales de Chine sont les plus vulnérables en tant que groupe aux transformations imposées aux moyens d’existence par l’industrialisation de la production de viande. Dans cette nouvelle économie dirigée par l’agrobusiness, les petits éleveurs se battent pour accéder au marché et doivent faire face à de gros désavantages : l’évolution des standards de qualité de la viande qui favorisent un porc moins gras, les standards de sécurité sanitaire fondés sur les normes internationales et la structure même des programmes de subventions de l’État, qui soutient l’agriculture industrielle.

Il y a dix ans dans les principales provinces productrices de porc en Chine, celles de Fujian, Guizhou, Hainan, Hunan ou Jiangsu, il aurait été difficile de trouver une famille qui n’élevait pas une demi-douzaine de cochons. Malgré les subventions gouvernementales et l’augmentation du prix de la viande, le nombre de familles chinoises qui élèvent des porcs a été divisé par deux rien qu’en 2008 et continue à baisser depuis.

Et portant, le porc tient depuis fort longtemps une place centrale dans la vie de la majorité de la Chine rurale. Il permettait aux familles de recycler les déchets de cuisine et les résidus agricoles pour en faire de la viande à vendre ou à consommer elles-mêmes ; il fournissait aussi le lisier utilisé comme engrais dans les champs.

Mais la chute des prix et les mesures favorisant les grandes fermes et la migration vers les villes ont forcé de nombreux foyers chinois à abandonner leurs porcs.

Stratégies d'Atténuation des Impacts Environnementaux

Réduire l’impact des filières d’élevage sur le changement climatique est un enjeu majeur. Les stratégies alimentaires permettant d’améliorer l’efficience des animaux et de réduire les émissions de gaz à effet de serre sont des leviers majeurs.

La baisse du taux de protéines des aliments pour porcs est une stratégie reconnue en Europe pour réduire l’utilisation de soja issu de la déforestation et les excédents territoriaux d’azote.

En élevage porcin, la production d'aliment et la gestion des effluents contribuent respectivement en moyenne à 60 % et 30 % de l'impact CC (Andretta et al., 2021). Cependant, une grande variabilité de cette répartition existe avec une contribution de l'aliment allant de 30 à 90 % selon les études (Andretta et al., 2021), dépendant du contexte géographique, mais aussi de la méthodologie utilisée (figure 1). L'impact CC des effluents porcins est causé à 60 % par l'azote émis dans l'atmosphère sous forme de N2O, au pouvoir réchauffant 200 fois plus élevé que le CO2. Le reste est principalement lié aux émissions de méthane provenant de la fermentation des déjections (FAO, 2018).

La baisse du taux protéique des aliments pour porcelets et porcs charcutiers, associée à un ajustement des niveaux d'AA pour subvenir aux besoins des animaux, permet de réduire de manière importante l'inclusion de matières premières riches en protéines dans les aliments (ex. : tourteaux de soja, de colza ou de tournesol ; Garcia-Launay et al., 2014). Cette réduction est compensée par une augmentation de la part de céréales dans les régimes et donc une réduction de l'inclusion de sources de lipides (huiles et graisses ; Shurson & Kerr, 2023).

À l'échelle du territoire français, Guilbaud et al. (2021) ont déterminé que l'application d'une stratégie de baisse du taux protéique de deux points de pourcentage comparativement à une situation initiale de formulation moindre coût, permettrait d'économiser 450 000 t par an de tourteaux de soja d'import, soit une baisse de 20 %.

L'impact CC des aliments expérimentaux, calculé avec la base de données GFLI (GFLI, 2019) est réduit de 65 kg d'équivalents CO2 (éqCO2) par tonne d'aliment pour un point de réduction du taux protéique, soit une réduction de 8 %, en utilisant des AA produits en France (Simongiovanni et al., 2022).

Tableau Récapitulatif des Impacts et Défis

Aspect Impact/Défi Conséquences
Élevage Intensif Concentration d'animaux Bien-être animal compromis, risques sanitaires accrus
Dépendance aux Importations Importation massive de soja et maïs Déforestation, vulnérabilité aux fluctuations des prix mondiaux
Pollution Déchets animaux Pollution de l'eau et des sols
Petits Producteurs Marginalisation Perte de revenus, exode rural
Sécurité Sanitaire Épidémies (PPA) Pertes économiques, hausse des prix

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