Décès liés aux allergies alimentaires : causes, mécanismes et prévention

Les allergies alimentaires et aux pollens sont de plus en plus fréquentes et médiatisées, mais cette banalisation peut masquer la gravité des réactions allergiques graves, ou anaphylaxies. Selon un sondage Ifop, ces réactions sont plus courantes qu'on ne le croit et engagent le pronostic vital, soulignant le manque de préparation de nombreuses personnes à risque.

Qu'est-ce que l'anaphylaxie ?

Le choc anaphylactique, ou anaphylaxie, est une réaction allergique imprévisible, brutale et sévère, potentiellement mortelle. Une enquête nationale Ifop de 2016 révèle que seulement 24% des personnes allergiques à risque savent précisément ce qu'est l'anaphylaxie, et 8% ont déjà expérimenté une réaction allergique forte, dont un choc anaphylactique dans 87% des cas. L'anaphylaxie est considérée comme une maladie rare, avec une prévalence de moins de 1/2 000 personnes et une incidence de moins de 1/10 000 habitants par an.

Au cours des dix dernières années, en Europe, le nombre d’hospitalisations d’enfants pour des réactions allergiques sévères a été multiplié par sept. Pr Pascal Demoly: « Il n’y a pas de donnée mondiale d’évolution dans le temps du nombre des anaphylaxies, mais des données régionales suggèrent une augmentation de leur incidence (+ 700% en Angleterre), notamment avec l’apparition de nouveaux allergènes, surtout les nouveaux médicaments et certains aliments. »

Anaphylaxie 101 - Comprendre les réactions

Mécanismes de l'anaphylaxie

Chez les personnes allergiques, le système immunitaire reconnaît incorrectement des substances inoffensives comme nocives et réagit de manière excessive. Ce mécanisme implique souvent des anticorps (immunoglobulines) présents dans les allergies alimentaires, médicamenteuses et aux venins. Une réaction anaphylactique peut survenir dès la première exposition à un allergène.

Les mécanismes de l’anaphylaxie sont ceux de l’allergie, mais avec une intensité majeure. Après une première exposition à une substance allergène (souvent passée inaperçue), le système immunitaire produit des anticorps, appelés immunoglobulines de type E ou IgE, qui reconnaissent cet allergène. Ces anticorps persistent dans l’organisme et se fixent sur des cellules immunitaires circulantes (basophiles) ou présentes dans les tissus (mastocytes). En cas de nouvelle exposition à l’allergène, l’activation des basophiles et des mastocytes via les IgE est très rapide. Ces derniers libèrent alors massivement des molécules inflammatoires (histamine, cytokines, leucotriènes…) qui provoquent de façon brutale des phénomènes comme une dilatation des vaisseaux ou une contraction bronchique, entraînant des symptômes au niveau de différents organes : la peau, les voies respiratoires et digestives, le système cardiovasculaire... C’est pourquoi on parle de réaction généralisée.

Causes principales des allergies

Même si elles varient selon les pays et les groupes d’âges, on retrouve toujours les trois principales causes d’allergies : les médicaments, les aliments et les venins d’hyménoptères (abeilles, guêpes, bourdons etc.). Plus de 30% de toutes les réactions anaphylactiques sévères sont dues à des allergies alimentaires. Chez les jeunes enfants, les aliments sont responsables de 66% des réactions allergiques sévères rapportées et 20% d’entre elles ont eu lieu à l’école.

Trois types d’allergènes sont à l’origine de la majorité des anaphylaxies : ils sont issus d’aliments, de venins d’hyménoptère et de médicaments. Mais dans 20 à 30 % des cas, le facteur déclenchant n’est pas identifié.

  • Aliments: Les aliments sont les premiers responsables d’anaphylaxie (60 % des cas). Toute protéine alimentaire est un allergène potentiel. Les plus fréquemment impliquées se trouvent dans les fruits à coque (arachide, noix de cajou, noix de pécan, pistache, amande), le lait de vache ou de chèvre, les œufs, le blé, le sésame, les crustacés et poissons, ou encore le kiwi. En tout, 175 aliments à l’origine d’anaphylaxie sont répertoriés par le réseau français d’allergovigilance. En 2020, sur les 131 cas d’anaphylaxie liés à une allergie alimentaire signalés au réseau, deux tiers concernaient des enfants (67 %).
  • Venins d'hyménoptères: Les venins d’abeilles, de guêpes et de frelons sont responsables de plusieurs morts chaque année en France. Une réaction forte à une piqûre peut correspondre à une allergie, avec un risque d’anaphylaxie ultérieure : elle doit conduire à consulter pour aboutir à un diagnostic précis et à une éventuelle désensibilisation.
  • Médicaments: Comme avec les aliments, tout médicament peut provoquer une réaction d’hypersensibilité chez un patient. Les anti-inflammatoires, l’aspirine, les bêta-bloquants, les antibiotiques et les produits anesthésiques sont néanmoins les plus souvent impliqués dans les réactions allergiques et donc dans les cas d’anaphylaxie.

Manifestations de l'anaphylaxie

L’anaphylaxie peut se manifester par différents symptômes :

  • Les manifestations cutanées sont les plus fréquentes, survenant dans 80 à 90 % des cas. Il s’agit souvent de démangeaisons intenses (prurit), suivi d’urticaire avec des papules ou des plaques sur la peau.
  • Les manifestations respiratoires sont retrouvées dans 60 à 72 % des cas et sont de gravité variable, d’une simple toux à un asthme sévère ou même une détresse respiratoire. Un gonflement du visage ou un œdème de Quincke peut survenir. Ce dernier se manifeste par un gonflement au niveau de la gorge/du cou, qui entraîne une gêne respiratoire qui peut être fatale (risque d’asphyxie).
  • Des manifestations cardiovasculaires sont retrouvées dans environ 30 % des cas. Une hypotension artérielle (diminution de la tension de plus de 30 % par rapport à sa valeur habituelle, chez l’adulte) qui peut entraîner un malaise, une perte de connaissance, voire un coma. L’anaphylaxie peut aussi être à l’origine d’un syndrome coronarien aigu, voire d’un arrêt cardiaque.
  • Des manifestations digestives (douleurs abdominales, nausées ou vomissements, diarrhées) sont observées dans 25 à 44 % des cas.
  • D’autres manifestations peuvent être neurologiques, comme des céphalées, une confusion ou des vertiges, observés dans 8 à 15 % des cas.

En cas d’anaphylaxie, au moins deux de ces symptômes apparaissent dans les minutes qui suivent le contact avec l’allergène, et plus la réaction survient vite, plus le risque qu’elle soit sévère est élevé.

Dans environ 10 à 20 % des cas, une deuxième réaction survient quelques heures après la réaction initiale : on parle d’anaphylaxie biphasique, un phénomène qui justifie une hospitalisation pour surveillance après un premier épisode d’anaphylaxie.

Que faire en cas d'anaphylaxie ?

Le choc anaphylactique est une urgence médicale absolue. La survie dépend de la vitesse d’administration d’adrénaline injectable. En cas de suspicion, il convient de prévenir immédiatement les secours en composant le 15 (Samu) ou le 112 (numéro d’urgence européen), et de pratiquer les gestes de premiers secours : placer la personne en position latérale de sécurité, dégager ses voies respiratoires...

L'adrénaline, présentée sous forme d’un stylo auto-injecteur, doit être utilisée dans les plus brefs délais. Elle réduit la vasodilatation et l’œdème, dilate les bronches, stimule la fonction cardiaque et bloque la libération d’histamine et de leucotriènes.

Actions immédiates après injection :

  • Appeler le 15 (SAMU) même si les symptômes s'améliorent
  • Allonger la personne jambes surélevées (position de Trendelenburg)
  • Rassurer et maintenir le contact verbal
  • Surveiller respiration, pouls et conscience
  • Préparer le 2ème auto-injecteur si disponible

Prévention et traitement

Les personnes affectées doivent consulter un spécialiste en allergologie afin d’identifier le ou les allergènes en cause, en vue de les éviter, mais aussi de trouver les causes non allergiques. Or, d’après l’enquête nationale Ifop, 29% des personnes n’ont pas réussi à identifier clairement ce qui était à l’origine de leur choc anaphylactique ou de celui de leur proche. Et seule une minorité a consulté un médecin spécialiste en allergologie et s’est rendue aux urgences à la suite d’une crise.

Pr Pascal Demoly : « L’éviction définitive et absolue de l’agent déclenchant est indispensable. Elle s’appuie sur la réalisation de l’enquête allergologique. Une trousse d’urgence (avec stylo d’adrénaline, éventuellement des médicaments glucocorticoïdes, antihistaminiques, ß2-mimétiques) est prescrite. »

Après un premier épisode anaphylactique, un protocole d’action est mis en place. Une trousse d’urgence contenant un stylo injecteur d’adrénaline est remise au patient. Il doit la garder en permanence avec lui (ou à proximité) pour pouvoir agir rapidement en cas de contact accidentel avec l’allergène. Son entourage immédiat doit être informé, savoir reconnaître les signes d’alerte et maîtriser l’utilisation de l’injecteur d’adrénaline.

Si l’allergène responsable de l’anaphylaxie n’a pu être identifié, une recherche (avec interrogatoire et tests allergologiques) est nécessaire. Un traitement de désensibilisation ou un traitement préventif pourra éventuellement être démarré.

Tableau récapitulatif des actions à entreprendre en cas de choc anaphylactique :

Action Description
Reconnaissance des symptômes Identifier rapidement les signes d'urticaire, gonflement, difficultés respiratoires.
Injection d'adrénaline Administrer l'adrénaline avec un auto-injecteur dès les premiers signes.
Appel aux secours Composer le 15 (SAMU) ou le 112 immédiatement après l'injection.
Position de sécurité Allonger la personne jambes surélevées (position de Trendelenburg).
Surveillance Surveiller la respiration, le pouls et la conscience jusqu'à l'arrivée des secours.

Conclusion

L'anaphylaxie est une réaction allergique grave qui nécessite une reconnaissance rapide des symptômes et une administration immédiate d'adrénaline. L'éducation, la préparation et la vigilance sont essentielles pour les personnes à risque.

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