Crise Alimentaire au Yémen: Causes et Conséquences

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, les organisations internationales et nationales présentes au Yémen lancent un appel urgent à l’action pour faire face à l’escalade de la crise alimentaire dans le pays. Le Yémen traverse actuellement la plus grave crise d’insécurité alimentaire au monde. Pays le plus pauvre du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, le Yémen traverse l’une des crises humanitaires les plus graves au monde.

Le Yémen est confronté à une urgence humanitaire alarmante, avec un nombre croissant de personnes privées de nourriture et une famille sur trois souffrant d’une faim modérée à sévère. Plus de 100 districts font désormais face à une urgence nutritionnelle critique, marquant une hausse sans précédent des niveaux de malnutrition dans tout le pays. Dans le district d’Abs, à Hajjah, des enfants sont morts de faim alors que les taux de malnutrition explosaient. La situation se détériore rapidement.

Partout dans le pays, les familles sont confrontées à des choix impossibles - des parents sautent des repas pour nourrir leurs enfants, vendent leurs terres, leurs animaux ou leurs rares biens juste pour survivre. Une mère d’Al Dhale’ confie : « Il y a des jours où j’envoie ma fille chez son grand-père pour qu’elle puisse manger, tandis que moi je reste sans rien. D’autres jours, on ne mange que du pain et on boit du thé. En tant que mère, cela me brise le cœur.

Mark Lowcock : "La crise humanitaire au Yémen est la pire au monde"

Causes de la crise alimentaire

Le conflit, l’effondrement économique, les chocs climatiques et la pénurie d’eau poussent le Yémen vers une famine généralisée. Des années de guerre et de déplacements ont anéanti les moyens de subsistance, limitant l’accès aux soins de santé et services nutritionnels de base. Comme souvent, les femmes et les filles sont les plus touchées.

Les efforts de redressement sont aujourd’hui freinés par la hausse des prix des denrées, la dépréciation de la monnaie, et la fragmentation économique, qui plongent des millions de personnes encore plus profondément dans la crise. Même si la situation est difficile dans tout le Yémen, elle l’est d’autant plus dans les gouvernorats du nord, où la détention continue de travailleurs humanitaires entrave davantage les opérations humanitaires vitales.

Les réductions sans précédent d’aide mondiale en 2025 ont aggravé la faim et la malnutrition infantile à des niveaux mortels. Presque toutes les chaînes d’approvisionnement pour les enfants malnutris, les femmes enceintes et allaitantes sont gravement sous tension.

D’origine humaine, la crise alimentaire au Yémen est une conséquence directe de la guerre. Depuis 2015, le poids de l’économie nationale a diminué de moitié, et plus de 80 % des Yéménites vivent désormais sous le seuil de pauvreté. En outre, le Yémen, pays en situation de déficit alimentaire, a toujours été fortement tributaire des importations commerciales. Or, celles-ci ont été volontairement sapées par les parties au conflit, ce qui a fortement perturbé l’approvisionnement en vivres et en autres produits de première nécessité.

La réduction ou le gel de l’aide par certains donateurs, associée à une grave pénurie de vivres en 2024, a contribué à une situation critique dans certaines régions. Plus largement, la moitié des enfants yéménites de moins de cinq ans souffrent de malnutrition.

« Cette catastrophe n’est pas naturelle. Elle est le fait de l’homme. Plus d’une décennie de conflit a décimé l’économie, le système de santé et les infrastructures du Yémen », a fait observer M. Hawkins. « Même pendant les périodes de moindre violence, les conséquences structurelles du conflit, en particulier pour les filles et les garçons, sont restées graves. Plus de la moitié de la population dépend de l’aide humanitaire ».

Tableau récapitulatif des causes et conséquences de la crise alimentaire au Yémen

Causes Conséquences
Conflit armé Famine généralisée
Effondrement économique Malnutrition infantile sévère
Chocs climatiques Augmentation de la mortalité infantile
Pénurie d'eau Développement physique et cognitif compromis chez les enfants
Restrictions d'accès humanitaire Crise humanitaire
Baisse des financements Détérioration de la santé à travers les générations

Carte de la situation humanitaire au Yémen.

Conséquences de la crise

Les impacts de la crise sont intergénérationnels. Les enfants sont parmi les plus durement touchés : non seulement leur santé est en danger, la faim compromettant leur développement physique et cognitif sur le long terme, mais leurs espoirs d’avenir s’évanouissent.

Un enfant de moins de cinq ans sur deux souffre de malnutrition au Yémen aujourd’hui - une statistique presque sans équivalent dans le monde. Parmi eux, plus de 540.000 filles et garçons souffrent de malnutrition sévère et aiguë, un état douloureux qui met leur vie en danger et qu’il est tout à fait possible de prévenir.

Le Représentant de l’UNICEF au Yémen s’est également préoccupé du sort de quatre millions de femmes enceintes et allaitantes, qui souffrent de malnutrition, perpétuant ainsi un cercle vicieux de souffrances humaines et de détérioration de la santé à travers les générations. La malnutrition affaiblit le système immunitaire, retarde la croissance et prive les enfants de leur potentiel. Les 1,4 million de femmes enceintes et allaitantes qui souffrent de malnutrition sont tout aussi alarmantes.

Les enfants souffrant de malnutrition sont environ dix fois plus susceptibles de mourir de maladies courantes que les enfants bien nourris, ce qui les expose à un risque de retard de croissance - une forme de malnutrition chronique qui nuit au développement physique et cognitif normal - ainsi qu’à des retards de développement irréversibles, à des problèmes de santé tout au long de leur vie et à des perspectives d’avenir réduites. Sans traitement, leur corps entre en état de famine totale, décomposant les protéines - les tissus essentiels à la survie - jusqu’à ce qu’ils meurent lentement et douloureusement.

L’IPC prévoit des conditions de phase 5 (catastrophiques) dans quatre districts des gouvernorats d’Amran, d’Al Hodeidah et de Hajjah. Les projections de l’IPC pour la période allant de septembre 2025 à février 2026 indiquent un nombre record de zones classées en phase 4 (urgence).

Rajwa, sept mois, souffre de malnutrition. Elle est soignée grâce au soutien de l’UNICEF.

Action humanitaire et appels à l'aide

Au cours de la dernière décennie, les organisations internationales et locales ont empêché la famine de s’installer et sauvé d’innombrables vies. Grâce aux donateurs, elles ont restauré des systèmes d’irrigation, fourni des aides en espèces et des formations professionnelles pour aider les familles à reconstruire leurs moyens de subsistance. Ces efforts ont permis de nourrir les enfants, d’aider les parents à gagner leur vie et de relancer l’agriculture à petite échelle. Mais sans investissement durable, la situation basculera.

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, la communauté internationale doit renforcer son soutien aux solutions éprouvées afin de lutter contre la crise alimentaire au Yémen, protéger les enfants et les familles et prévenir l’aggravation de la souffrance humaine. Il est tout aussi important de s’attaquer aux causes profondes de l’insécurité alimentaire au Yémen : mettre fin au conflit, ce qui nécessite des progrès significatifs dans le processus de paix et des efforts de redressement solides, notamment la stabilisation de l’économie et des investissements dans une agriculture et des moyens de subsistance résilients au changement climatique.

Les donateurs et partenaires internationaux doivent financer immédiatement les besoins alimentaires et de subsistance identifiés dans le plan de réponse hautement prioritaire du Cluster Sécurité alimentaire et Agriculture, en se concentrant sur les districts critiques et la restauration des chaînes d’approvisionnement vitales. Les bailleurs de fonds du développement doivent investir dans des stratégies solides de gestion des risques de catastrophe.

Les parties au conflit doivent faciliter l’accès humanitaire sans entrave et fondé sur des principes afin de garantir la fourniture en temps opportun d’une aide vitale et le rétablissement de leurs communautés après avoir souffert de famine et de malnutrition sévères.

Face à cette situation « catastrophique », l’UNICEF rappelle avoir demandé 157 millions de dollars supplémentaires pour 2025 et note que son appel actuel n’est financé qu’à hauteur de 25 %. Voilà pourquoi, l’annonce de la contribution de 19,8 millions d’euros octroyée par le gouvernement fédéral allemand, est perçue comme « une étape importante dans la lutte contre la crise nutritionnelle critique qui sévit au Yémen ».

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