Crise Alimentaire Mondiale de 2008: Causes et Conséquences

La crise alimentaire de 2007-2008 a marqué un tournant dans l'économie alimentaire mondiale, avec des conséquences désastreuses pour les populations les plus vulnérables. Les prix des denrées alimentaires ont flambé, entraînant des émeutes et des manifestations dans de nombreux pays en développement. Cet article explore les causes profondes de cette crise et ses répercussions sur la sécurité alimentaire mondiale.

Causes de la Crise Alimentaire de 2008

Plusieurs facteurs ont convergé pour déclencher la crise alimentaire de 2007-2008 :

Facteurs Démographiques et Économiques

  • Croissance démographique : La population mondiale ne cesse de croître, exerçant une pression accrue sur les ressources alimentaires. La population mondiale devrait dépasser neuf milliards d'individus en 2050, soit autant de bouches à nourrir sur une planète dont les ressources ne sont pas infinies.
  • Évolution des habitudes alimentaires : L'émergence de nouvelles classes moyennes dans les pays émergents, tels que la Chine ou l'Inde, a entraîné une augmentation de la consommation de viande et de produits agro-alimentaires manufacturés.
  • Baisse de la production céréalière : La FAO relève également une légère baisse de la production céréalière mondiale. Après avoir atteint un pic en 2004, celle-ci a baissé respectivement de 1 % et 2 % en 2005 et 2006. La production des huit principaux pays exportateurs de céréales, qui assurent près de la moitié du volume mondial, a chuté de 4 % et 7 % sur la même période.

Spéculation Financière

Tout comme lors de la crise alimentaire de 2007-2008, la spéculation a été un élément essentiel de cette augmentation. Bien que les pays du G7 et l’Union européenne se soient tous engagés à mettre fin à la spéculation alimentaire en 2009, celle-ci n’a manifestement pas cessé. Les analyses de Lighthouse Reports en 2022 arrivent à la conclusion que « des spéculateurs ont envahi les marchés des denrées alimentaires pour tenter de tirer un profit de l’augmentation des prix. » Pour donner un exemple frappant de cette situation, deux « fonds négociés en bourse » (exchange-traded funds - ETF en anglais) attachés aux denrées alimentaires ont reçu 1,2 milliard de dollars américains d’investissements, soit une augmentation de 600 % par rapport aux 197 millions de dollars reçus pour toute l’année 2021. Selon le New York Times, « en avril 2022, les spéculateurs ont été responsables de 72 % des activités d’achat sur le marché du blé de Paris, soit une augmentation de 25 % par rapport à avant la pandémie.

Agrocarburants

Le fait qu’une quantité croissante de denrées alimentaires serve à produire des agrocarburants - comme cela avait déjà été constaté durant la crise des prix des produits alimentaires de 2007-2008 - est un autre facteur majeur qui alimente les tensions sur les marchés des denrées alimentaires du monde entier. Les États-Unis produisent chaque année près de 400 millions de tonnes de maïs, mais plus de 40 % de ce maïs - soit 160 millions de tonnes - servent à produire de l’éthanol, tandis que 40 % servent à nourrir le bétail, que 10% sont exportés et que seulement 10 % sont utilisés pour l’alimentation.

Politiques Agricoles et Commerciales

Dans beaucoup de pays du Sud, les politiques d’ajustement structurel de la Banque mondiale appliquées à partir des années 80 ont supprimé toutes les mesures favorables au progrès technique et à l’accroissement des rendements agricoles en raison de leur coût budgétaire élevé dans un contexte de déficits publics importants. Il en a résulté une tendance au ralentissement de l’offre. C’est particulièrement visible dans les grandes régions agricoles productives comme la vallée du Gange, mais aussi en Afrique où ces politiques ont accompagné une attitude politique traditionnellement défavorable au monde paysan souvent considéré comme coupable d’arriération technique et intellectuelle, et dès lors très rarement prioritaire dans les choix de développement.

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Conséquences de la Crise Alimentaire

La crise alimentaire de 2007-2008 a eu des conséquences dramatiques à plusieurs niveaux :

Hausse des Prix Alimentaires

De juin 2007 à mars 2008, dans le monde, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 55%, provoquant dans plusieurs pays en développement des manifestations contre la vie chère, voire des émeutes. En effet, ce sont les plus pauvres qui dépensent le plus en proportion pour l'achat de nourriture. Ils sont donc les plus sensibles aux augmentations de prix.

Selon le PAM, « les sommes supplémentaires dépensées aujourd’hui pour les frais de fonctionnement auraient permis de nourrir 4 millions de personnes pendant un mois.

Insécurité Alimentaire et Faim

La FAO estime qu’entre 691 et 783 millions de personnes dans le monde ont été confrontées à la faim en 2022 et que, en prenant en compte la moyenne (environ 735 millions), ce sont 122 millions de personnes supplémentaires qui ont eu faim en 2022 par rapport à 2019, avant la pandémie mondiale.

Instabilité Politique et Sociale

Les émeutes de la faim de Haïti à l'Indonésie laissent craindre une instabilité politique croissante qui ne peut qu'aggraver la situation.

Profits des Multinationales

En 2022, les bénéfices des quatre plus grandes entreprises de produits alimentaires déjà citées ont atteint près de 20 milliards de dollars américains. Malheureusement, cette année-là, l’organisation d’aide alimentaire n’a pu rassembler que la somme de 14 milliards de dollars.

Solutions et Perspectives

Face à ces défis, plusieurs pistes de solutions peuvent être envisagées :

Régulation des Marchés Financiers

Une des mesures clés que les pays peuvent prendre pour faire baisser la pression sur les marchés mondiaux est de limiter la spéculation sur les produits alimentaires, et en particulier de mettre en place des restrictions sur les marchés des contrats à terme où les spéculateurs parient sur les prix futurs.

Soutien à l'Agriculture Durable

La stratégie européenne de la Ferme à la Fourchette est nécessaire pour assurer notre sécurité alimentaire et réduire l’impact environnemental de notre système agricole et alimentaire. Elle vise des objectifs environnementaux nécessaires pour produire sur le long terme : elle fixe notamment de réduire de 50% l’usage des pesticides, de 20% l’usage d’engrais, et de consacrer un quart des terres cultivées à l'agriculture biologique à horizon 2030. Elle nous oriente donc vers un modèle plus résilient aux chocs géopolitiques, économiques et climatiques car moins dépendants aux intrants de synthèse.

Coopération Internationale

Comme l’a souligné Oxfam, « les pays riches doivent entendre les demandes des pays du Sud sur la révision du système fiscal international pour le rendre inclusif et plus juste. Cette somme correspond à 236 fois le déficit de financement de l’aide humanitaire en 2023.

Principaux Facteurs de la Crise Alimentaire de 2008
Facteur Description
Croissance Démographique Augmentation de la population mondiale, exerçant une pression sur les ressources alimentaires.
Spéculation Financière Spéculation sur les marchés des matières premières, augmentant les prix.
Agrocarburants Utilisation des cultures alimentaires pour la production d'agrocarburants.
Politiques Agricoles Politiques d'ajustement structurel réduisant les investissements dans l'agriculture.

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