Depuis plus de deux ans, Haïti est témoin d’une crise sociopolitique sans précédent. La situation humanitaire en Haïti n’a cessé de se détériorer tout au long de 2024. La violence armée a engendré des souffrances incommensurables, en particulier pour les femmes et les enfants.
Aussi, depuis juillet 2018, le pays a expérimenté le phénomène « Peyi lock ». Ce dernier s’est traduit par de violentes manifestations accompagnées de nombreux barrages routiers, des pénuries de carburant récurrentes, une paralysie de l’activité économique, des institutions et des services étatiques déconcentrés, une augmentation constante du taux d’inflation qui atteignait 23,4% en mai 2020 et un augmentation annuelle de près de 30% du coût moyen du panier alimentaire selon une étude menée début 2020 par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire en Haïti (CNSA).
Il faut bien comprendre qu’il n’y a plus aucun endroit sûr en Haïti. Les civils sont les premières victimes des violences. Rien qu'au premier trimestre 2024, il y a eu officiellement 2 500 morts et blessés et plus de 500 kidnappings. Les gangs s’attaquent de manière systématique aux édifices publics et les rues sont le théâtre d’affrontements sanglants. Ils ont aussi installé des barrages sur les trois principaux axes routiers de la capitale et ceux qui refusent de payer pour passer se font tirer dessus de façon systématique.
« La situation en Haïti est cataclysmique. On est sur des niveaux de violence extrême : les gangs débarquent dans un quartier, pillent les habitations, violent les femmes, brûlent les maisons et leurs occupants. Les habitants sont obligés de fuir : on compte plus de 180 000 déplacés internes au sein de la capitale, dans plus d’une vingtaine de camps, et les services de l’État ne sont plus en mesure de leur apporter un quelconque soutien.
En plus de la crise sécuritaire, il y a des problèmes sanitaires : 70 % des hôpitaux ne sont plus fonctionnels, donc la population n’a plus accès à des soins essentiels. Pour des personnes sous dialyse, des femmes enceintes ou des personnes ayant le VIH par exemple, la vie ne tient plus qu’à un fil.
« Le pays fait également face à une crise alimentaire sévère. Haïti est le deuxième pays au monde avec les taux d’insécurité alimentaire aiguë les plus élevés, après les territoires palestiniens occupés. Aujourd’hui, 50 % de la population haïtienne est en insécurité alimentaire, soit 5 millions de personnes. Parmi elles, 1,6 million sont en urgence alimentaire.
Dans ce contexte, une mission multinationale de sécurité menée par le Kenya et autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU a commencé à se déployer à l’été 2024. Mais la mission, qui compte environ 1 000 policiers de six pays, sur les 2 500 espérés, fait face à des problèmes logistiques et de financement.
Six millions d’habitants, soit environ la moitié de la population, ont besoin d’aide, mais dans un contexte de sous-financement chronique des opérations humanitaires, le plan se concentre sur les 3,9 millions d’Haïtiens jugés prioritaires - les déplacés, les habitants de zones sous contrôle des gangs, les communautés touchées par le choléra… - pour lesquels l’ONU a besoin de 908,2 millions de dollars.
Depuis, l’insécurité alimentaire s’est aggravée, avec désormais 5,5 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë (+ 11 % par rapport à mars 2024), dont deux millions en urgence alimentaire et 6 000 personnes en situation de famine, selon OCHA.
En un an, les gangs ont de leur côté encore resserré leur emprise sur la capitale, Port-au-Prince, et multiplié les exactions. L’ONU a ainsi enregistré plus de 5 600 morts liées à la violence de ces groupes criminels en 2024 (+ 20 % par rapport à 2023), 1 500 enlèvements, près de 6 000 cas de violences liées au genre (dont 69 % d’agressions sexuelles), une augmentation de 70 % du nombre d’enfants recrutés de force par les groupes armés. Et plus d’un million de personnes sont désormais déplacées, une augmentation de 48 % par rapport à septembre 2024.
Après des « déportations de masse » d’Haïtiens depuis la République dominicaine, qui ont atteint 200 000 personnes en 2024, OCHA estime que 350 000 Haïtiens supplémentaires devraient être expulsés de force du pays voisin cette année.
Insécurité alimentaire aiguë en Haïti
Concernant la situation sanitaire, si l’épidémie de COVID 19 semble relativement contenue avec 10 203 cas confirmés, dont 8 725 traités et 236 décès recensés au 4 janvier 2021, les différentes mesures et restrictions prises par le gouvernement et les dirigeants des différents pays partenaires comme les USA et la République Dominicaine (fermeture des frontières), ont contribué à un ralentissement notable de l’économie en Haïti qui demeure fortement dépendante des importations.
Située dans le Bas Nord-Ouest, la commune de Jean Rabel compte près de 148 000 habitants et son économie repose exclusivement sur les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et du commerce. Géographiquement, située sur la Faille Septentrional et point de sortie des cyclones, la commune est également régulièrement témoin d’épisodes de sécheresse induits par le Changement Climatique.
Aussi, afin de supporter les ménages en difficultés de cette commune, Action Contre la Faim implémente actuellement un projet de sécurité alimentaire financé par la Swedish International Development Agency. A ce titre le projet répond d’une part aux besoins urgents en lien avec la situation d’insécurité alimentaire, et d’autre part au renforcement des capacités des acteurs locaux dans une logique de développement.
Apelus Setout, un agriculteur de la localité de Kaletan située sur la commune de Jean Rabel expliquait en février 2020 comment le secteur de l’agriculture souffrait déjà du manque de pluies et comment le bétail mourrait faute de fourrage, d’accès aux soins et d’accès à l’eau. Eli Jean, Directeur engagé de la Laiterie « Let a Gogo » de Jean Rabel expliquait pour sa part dans quelle mesure cette succession de chocs subis par la population du Bas Nord-Ouest depuis 2014 à ce jour contribuait à la dégradation de la situation socio-économique des ménages et contraignait les éleveurs de la zone à vendre leur bétail. Elison Dufreine, Coordinateur d’une association locale d’agriculteurs et de commerçantes, insistait également sur les potentialités économiques et agricoles du Bas Nord-Ouest et de ses ressources.
Jeudi 4 juin, entre 8 000 et 12 000 paysans haïtiens, soutenus par une vingtaine d’organisations locales et internationales, manifestaient dans la commune de Hinche, au centre de l’île, pour exprimer leur désaccord avec la politique d’« aide » au secteur agricole du gouvernement. En particulier sa décision d’accepter les semences offertes par le géant de l’industrie agronomique Monsanto. La transnationale vient de promettre un don de 475 tonnes de semences, avec leur arsenal de pesticides et d’engrais. Un premier arrivage a déjà été distribué dans des centres pilotes et vendus « à prix réduit » aux paysans.
On ne présente plus Monsanto, qui fabriquait l’agent orange utilisé pendant la guerre du Vietnam ainsi que des produits à base de dioxine avant de se convertir aux biotechnologies agricoles. Bien représentée au sein de l’administration américaine (1), l’entreprise se trouve mise en cause dans plusieurs affaires liées à la contamination de l’environnement par des produits polluants, dont ses herbicides (2). Elle est par ailleurs dénoncée pour avoir contribué à ruiner des dizaines de milliers de paysans dans les pays les plus pauvres, comme l’Inde, où le surendettement des semeurs de coton a entraîné des vagues massives de suicide.
M. Jean-Yves Urfié, père spiritain engagé depuis quarante ans auprès des paysans haïtiens, a, le premier, alerté quant à la nature de « l’aide généreuse », de Monsanto, craignant qu’il ne s’agisse d’organismes génétiquement modifiés (OGM). On sait désormais que les semences offertes se composent de semences de maïs dites « hybrides », non transgéniques. La productivité attendue de ces graines nécessite une utilisation d’herbicides et d’engrais bien supérieure à celle nécessaire pour les semences traditionnelles ou autochtones. De plus, seule la première génération de ces semences est fertile.
On peut comprendre comment une semence « super productive » pourrait être la bienvenue dans un pays qui manque de nourriture. Toutefois, M. Jean-Pierre Ricot, économiste à la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), estime qu’il s’agit de l’introduction d’une logique de marché qui ne correspond pas à la culture paysanne d’Haïti : « Les paysans haïtiens ont traditionnellement la capacité de produire et de reproduire leur propre semence, organique et locale, à destination de leur famille et du marché de proximité.
Dès 1981, sous l’administration Reagan, l’USAID fait pression sur le gouvernement haïtien pour substituer des produits d’exportation (cacao, coton, huiles essentielles) aux cultures vivrières. L’opération sera facilitée par l’octroi d’une aide alimentaire américaine équivalente à 11 millions de dollars.
Autosuffisante dans les années 1980, la production nationale haïtienne alimentaire satisfaisait moins de 40 % de la demande alimentaire locale à la veille du séisme. Le reste provenait des importations et de l’aide internationale (5). Une situation qui n’a fait qu’aggraver les conséquences de la catastrophe. Le nombre de personnes vivant en situation d’insécurité alimentaire sévère est passé de 500 000 avant le séisme à plus de 2 millions aujourd’hui.
Ainsi M. Clinton, aujourd’hui envoyé spécial pour Haïti à l’ONU, a-t-il présenté ses excuses au peuple haïtien pour les dommages causés par son administration (7). Plusieurs spécialistes, et même certains membres du Congrès américain, ont proposé que les Etats-Unis achètent les productions locales pour les distribuer aux populations plutôt que d’envoyer leurs propres produits agricoles.
Selon M. Gérald Maturin, ancien ministre de l’agriculture aujourd’hui à la tête de la Coordination régionale des organisations du Sud-Est (CROSE), la reconstruction dépend « de l’inclusion de la paysannerie dans l’économie nationale et dans la vie de la nation » (8).
Dans le contexte d’urgence alimentaire, et à l’approche de la saison cyclonique, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) promet l’envoi de 345 000 tonnes de semences d’ici la fin de l’année.
Haïti, première république noire indépendante, offre un cas d’étude révélateur des limites des approches institutionnelles en ce qui a trait aux enjeux de justice alimentaire (Dubois, 2012).
Le diagnostic établi par le Profil des systèmes alimentaires - Haïti (ci-après, le Profil) résulte d’une démarche méthodologique qui combine analyse quantitative et approche participative impliquant acteurs publics, privés et société civile (FAO, UE et CIRAD, 2022 : 7-8). Cette méthodologie vise à appréhender la complexité des systèmes alimentaires haïtiens à travers leurs multiples dimensions et interactions. Le rapport identifie des vulnérabilités systémiques majeures : une insécurité alimentaire touchant près de la moitié de la population, une dépendance structurelle aux importations, et une production agricole nationale fragilisée (FAO, UE et CIRAD, 2022 : 14-16).
Le rapport souligne également l’interdépendance entre vulnérabilités environnementales, sociales et économiques (FAO, UE et CIRAD, 2022 : 22).
Dans ce contexte de fragilités multiples, le Profil propose une typologie des systèmes alimentaires territoriaux (SAT)3 pour mieux comprendre les dynamiques différenciées à travers le pays (FAO, UE et CIRAD, 2022 : 32-35). Ces systèmes territoriaux sont marqués par des jeux d’acteurs spécifiques et des rapports de force inégaux. Par exemple, dans le système métropolitain (SAT4), les importateurs dominent les chaînes de valeur, laissant peu de marge aux producteurs locaux et aux intermédiaires.
Agriculture en Haïti
Pour les zones sèches (SAT1), il est recommandé de prioriser la gestion de l’eau et le développement de l’élevage.
Si le rapport identifie des pistes techniques pertinentes, il reste silencieux sur la place des dynamiques locales, des savoirs et des acteurs dans les solutions proposées. De plus, ces propositions peinent à examiner les déséquilibres de pouvoir structurels en ce qui concerne la position d’Haïti dans les relations sociohistoriques extractives qui lui ont été imposées et dont elle n’a pas su se libérer. Après s’être affranchie du joug de l’esclavage, Haïti a été contrainte en 1824 de payer une rançon à la France, imposée sous menace de destruction et financée par des emprunts auprès de banques françaises.
À partir de 1914, les États-Unis interviennent en Haïti, saisissant la réserve nationale et imposant une occupation qui a duré jusqu’en 1935, entraînant des dégâts économiques et sociaux profonds. Enfin, les années 1980 marquent une autre étape critique avec l’imposition des programmes d’ajustement structurel (PAS) par les organisations internationales, qui ont fragilisé davantage le tissu économique et social haïtien.
Le Profil s’inscrit dans une généalogie d’expertises internationales qui, depuis l’indépendance haïtienne, prétendent diagnostiquer et résoudre les « problèmes » du pays. Ce rapport, produit conjointement par la FAO, l’Union européenne et le CIRAD, perpétue une tradition de production de savoir qui, tout en se présentant comme technique et neutre, participe à la reproduction des rapports de domination Nord-Sud.
Cette production de savoir « par le haut » illustre la persistance d’une colonialité du savoir qui se manifeste de plusieurs manières (Hirt, 2022 ; Mignolo, 2013). Tout d’abord, dans le cadre institutionnel qui détermine la légitimité des producteurs de savoir : les experts issus ou mandatés par des institutions internationales (par exemple, FAO, UE, CIRAD) sont considérés comme des voix autorisées pour établir un diagnostic et proposer des solutions.
Ensuite, dans la marginalisation systématique des perspectives critiques historicisées, comme l’illustrent par exemple les travaux fondamentaux de Jean Casimir (2001, 2018) sur la « culture opprimée » et les dynamiques de résistance populaire, l’analyse de Gérard Barthélémy (1990) sur le « pays en dehors » et les logiques d’autonomie paysanne, ou encore la récente étude de Jake Johnston (2024) sur l’économie politique de l’aide internationale en Haïti.
Cette hiérarchisation des savoirs n’est pas anodine : elle s’inscrit dans la continuité des relations de dépendance qui depuis la dette de l’indépendance jusqu’aux PAS ont permis aux institutions internationales de maintenir leur influence sur les politiques haïtiennes.
La méthodologie adoptée, bien qu’affichant une démarche participative, témoigne d’une technicisation typique des approches institutionnelles internationales. Les problématiques complexes telles que la souveraineté alimentaire, les inégalités structurelles et la justice sociale y sont traduites en indicateurs techniques et en solutions standardisées, notamment à travers les questions clés de durabilité (FAO, UE et CIRAD, 2022 : 22-28). Cette approche tend à réduire les enjeux politiques et sociaux à des considérations techniques, déshistoricisant ainsi les contextes dans lesquels ces questions s’inscrivent.
En outre, le regard externe porté sur les réalités locales invisibilise les formes de résistance, documentée par de nombreux travaux (par exemple Casimir, 2001, 2018 ; Barthélémy, 1990), développées par les communautés haïtiennes. Il contribue également à dissimuler les politiques extractives, imposées non seulement par les puissances coloniales, les institutions financières internationales et les agences de développement, mais aussi par l’État haïtien et la bourgeoisie locale, souvent complices de la perpétuation de ces dynamiques d’exploitation.
Les jaden lakou, décrits dans le rapport comme des pratiques agroforestières intégrant arbres, cultures vivrières et élevage, ne sont pas de simples vestiges culturels : ils incarnent des stratégies dynamiques de résistance à la marchandisation de l’agriculture et aux politiques extractives qui ont historiquement fragilisé les systèmes alimentaires locaux (FAO, UE et CIRAD, 2022 : 19). De même, les innovations agroécologiques promues par des organisations paysannes et les analyses critiques des intellectuels haïtiens offrent des solutions de rechange significatives. Ces savoirs et pratiques remettent en question la vision techniciste et dépolitisée véhiculée par le rapport, qui privilégie l’expertise externe tout en reléguant les dynamiques locales à un rôle secondaire (FAO, UE et CIRAD, 2022 : 36-37).
L’analyse néglige la profondeur historique des rapports de pouvoir qui structurent les inégalités actuelles. Comme le montrent les travaux de Mats Lundahl (1979, 1983, 1992), les vulnérabilités agraires et alimentaires contemporaines s’enracinent dans une histoire agraire façonnée par des dynamiques coloniales et néocoloniales.
Le rapport relègue au second plan les savoirs et pratiques traditionnels qui constituent pourtant le cœur des systèmes alimentaires haïtiens. Les jaden lakou et autres formes de résistance paysanne sont traités comme des éléments folkloriques plutôt que comme des stratégies vivantes de résistance et résilience (Casimir, 2001).
Le rapport évite de remettre en question la nature servile de l’État haïtien dans la gouvernance alimentaire. Les analyses de Michel-Rolph Trouillot (1990), de Gérard Pierre-Charles (1991), de Sauveur-Pierre Étienne (2007), de Leslie François Manigat (2009) et de Johnston (2024) montrent pourtant comment, dans un contexte de capitalisme périphérique, les politiques alimentaires servent davantage les intérêts des importateurs et des bailleurs internationaux que ceux des producteurs locaux.
L’indépendance haïtienne de 1804, bien qu’emblématique en tant que première révolution d’esclaves victorieuse, n’a pas permis une rupture économique avec l’ordre colonial. La rançon imposée par la France en 1825 - 150 millions de francs en échange d’une reconnaissance diplomatique - a instauré une nouvelle forme de domination financière. Cette dette massive, équivalant à six fois les revenus annuels du pays, a obligé Haïti à contracter des emprunts usuraires auprès de banques françaises, plongeant l’économie dans un cycle d’endettement structurel.
Ce fardeau financier a profondément façonné le système agraire haïtien, limitant drastiquement les investissements nécessaires pour soutenir la souveraineté alimentaire. Le café du paysan était devenu la principale ressource de l’État, comparable à « la laine du mouton pour le berger » (Blancpain, 2001 : 17). La domination économique s’est institutionnalisée en 1880 avec l’établissement de la Banque Nationale d’Haïti, filiale du Crédit Industriel et Commercial français, qui a obtenu le monopole de l’émission monétaire et le contrôle de la trésorerie nationale (Blancpain, 2001). Cette banque limitait ses opérations presque exclusivement à la gestion de la trésorerie publique, négligeant le développement du crédit destiné à l’agriculture et à l’industrie. En effet, le budget consacré à l’agriculture ne représentait que 1,4 % des dépenses publiques entre 1908 et 1914, tandis que le service de la dette absorbait jusqu’à 67,7 % du budget (Blancpain, 2001 : 23). Ce contrôle externe a ainsi empêché le développement d’infrastructures rurales essentielles et maintenu une orientation agricole principalement tournée vers l’exportation, au détriment des besoins nationaux.
Les politiques foncières postcoloniales, marquées par l’absence de réformes agraires, ont aggravé cette inégalité.
L’héritage colonial et postcolonial a jeté les bases d’un système agraire marqué par des inégalités structurelles et une dépendance aux cultures d’exportation.
L’occupation américaine (1915-1934) a profondément remodelé les structures économiques et politiques d’Haïti. En facilitant l’accaparement des terres par des compagnies étrangères, cette intervention a renforcé les inégalités agraires et affaibli l’autonomie des petits agriculteurs, provoquant un exode massif de la paysannerie - plus de 300 000 Haïtiens quittèrent le pays durant l’occupation (Castor, 1988).
Carte d'Haïti avec les départements numérotés
Les PAS, imposés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ont traversé plusieurs phases critiques en Haïti, avec des tentatives avortées sous Duvalier en 1982-1983 et une expérience inachevée sous Aristide en 1991 (Gaspard, 2008). La période post-1994 a marqué une conversion définitive au néolibéralisme, à la suite d’une réunion informelle à Paris où le gouvernement a présenté sa « Stratégie de reconstruction sociale et économique », plaçant la privatisation au cœur des réformes (Gaspard, 2008).
La mise en œuvre de ces politiques néolibérales a entraîné de profondes perturbations sociopolitiques, forçant même le président Aristide à geler temporairement le processus jusqu’à l’investiture de son successeur René Préval. Cette situation a provoqué le gel des aides internationales et exercé de nombreuses pressions externes sur le gouvernement (Gaspard, 2008).
Handicap International mène des actions pour répondre à la flambée de choléra dans le pays, à travers la décontamination de maisons ou la distribution de seaux et de produits chlorés. L’association intervient également via une assistance alimentaire, en ciblant en particulier les personnes handicapées qui vivent dans les camps de déplacés et sont souvent celles dont la situation est la plus précaire. Handicap International fournit également des services logistiques pour l’ensemble des organisations nationales et internationales, ainsi que les agences onusiennes, afin d’acheminer du matériel humanitaire de la capitale vers les provinces.
Les choses peuvent changer, mais pour cela il faudra du temps. L’enjeu est de ne pas répondre uniquement aux crises et aux urgences, mais bien d’accompagner à la restructuration du pays. Il est avant tout nécessaire que la sécurité puisse être rétablie.
La population paie aujourd’hui le prix de ces négligences. Pour y remédier, il faut donc un accompagnement financier international plus important et au-delà du soutien ponctuel. C’est dans cette logique que Handicap International intervient auprès des Haïtiens, en soutenant les organisations locales. Nos équipes travaillent au quotidien avec 24 organisations partenaires. Car c’est en structurant la société civile et les ONG haïtiennes que le pays pourra s’en sortir. C’est pourquoi nous continuons à soutenir trois hôpitaux.
« Pour moi, la solution pour Haïti ne passera que par les Haïtiens eux-mêmes. Ce pays est fantastique, mais c’est un petit peu les montagnes russes. En Haïti, on a du mal à faire dans la demi-mesure : on vit de grands bonheurs et de grands malheurs au quotidien. Ma femme et mes enfants sont haïtiens, donc je garderai espoir toute ma vie. Je veux qu'ils puissent rentrer dans leur pays et profiter de ses nombreuses richesses.
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