Alors que le monde est confronté à une crise alimentaire qui ne cesse de s’aggraver, il est crucial de comprendre les causes profondes et les conséquences de cette situation alarmante. La crise alimentaire de 2007, comme celles qui ont suivi, n’est pas un événement isolé mais le résultat d’une combinaison complexe de facteurs structurels, économiques et environnementaux.
Les prix des denrées alimentaires ont augmenté partout dans le monde en même temps que les coûts de l’énergie, et en partie à cause d’eux. Ce sont les pauvres et les personnes vulnérables qui souffrent le plus de ces hausses de prix. Mais il n’y a pas pénurie alimentaire. Certains pays, comme la Chine ou l’Inde, disposent d’importantes réserves alimentaires dans le cadre d’une stratégie de sécurité alimentaire. Nos systèmes alimentaires de plus en plus industrialisés ont un impact global, entraînant surproduction, spécialisation et un énorme gaspillage. Environ 60 % du blé produit en Europe est destiné à l’alimentation animale, tandis que 40 % du maïs cultivé aux États-Unis est transformé en carburant pour les voitures. Au niveau mondial, 80 % de la récolte mondiale de soja sert chaque année à l’alimentation animale tandis que 23 % de l’huile de palme mondiale est transformée en diesel.
Des pays comme le Vietnam, le Pérou, la Côte d’Ivoire et le Kenya consacrent une quantité considérable de ressources à la culture et à l’exportation de produits agricoles qui ne sont pas essentiels, comme le café, les asperges, le cacao et les fleurs. Pendant ce temps, un nombre incalculable d’hectares dans le monde sont utilisés pour des cultures destinées à la production d’une malbouffe transformée totalement dépourvue de nutriments. Globalement, la production est suffisante. Mais nous sommes effectivement confrontés à des prix élevés, ainsi qu’à des problèmes de main-d’œuvre et de distribution.
Malheureusement, des groupes de pression ont instrumentalisé la crise pour tenter de faire reculer les réformes des politiques agricoles et les objectifs climatiques en prétendant que nous devons produire davantage. La nouvelle stratégie « De la ferme à la table » de l’Union européenne, qui vise à mieux aligner les pratiques agricoles sur les impératifs de durabilité, a été remise en question en raison de ces pressions. Des débats ont également éclaté dans de nombreux pays sur la question de savoir s’il faut ou non lever les obligations d’incorporation de biocarburants qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, afin de permettre aux cultures d’être plutôt utilisées pour l’alimentation. (Dans le même temps, les prix élevés à la pompe poussent les investisseurs à réactiver la production de biocarburants dans des pays comme le Brésil.)
Les données montrent que la crise actuelle des prix des denrées alimentaires n’a pas commencé avec la guerre en Ukraine, mais qu’elle résulte de tout un ensemble de problèmes, dont la pandémie de Covid-19, la crise climatique et la spéculation sur les marchés financiers.
La hausse des prix alimentaires est déconnectée de la production et de l’offre, qui sont stables. Les investisseurs achètent des actions de fonds qui leur permettent de parier sur les futurs prix des produits de base, avec des effets réels sur le prix actuel de ces produits. Cette situation est bien documentée et connue des gouvernements. En fait, elle est similaire à ce qui s’est produit lors de la crise alimentaire et financière de 2007-2008. Le problème est que les efforts visant à réglementer ces fonds ont été sabotés par le secteur financier lui-même sur des marchés influents comme les États-Unis et l’Europe. Ce type de spéculation sur les produits de base est même détecté aujourd’hui sur les bourses chinoises.
Des partis politiques et des coalitions de la société civile appellent à imposer des limites sur le nombre de contrats sur produits de base que peuvent détenir les investisseurs financiers. Actuellement, les investisseurs qui fuient le Bitcoin, une importante cryptomonnaie qui a perdu plus de la moitié de sa valeur au cours des derniers mois, se tourneraient vers les produits de base agricoles pour gagner de l’argent. D’autres disent que nous pourrions taxer ces transactions financières ou exiger que le retrait volontaire des marchés de produits de base soit un critère pour respecter de bonnes références en matière d’investissement. Mais le manque fondamental de transparence sur lequel reposent ces marchés est un énorme problème.
Dans le monde entier, les agriculteurs sont confrontés à un doublement, voire un triplement, des prix des intrants, notamment des engrais chimiques. Cette situation est aggravée par la hausse des taux d’intérêt sur les crédits que les agriculteurs utilisent généralement pour acheter des intrants, ainsi que par les coûts élevés du carburant, un autre intrant majeur pour les agriculteurs. De nombreux agriculteurs n’ont d’autre choix que de réduire les intrants, ce qui signifie que les récoltes vont diminuer. Les consommateurs ne peuvent pas non plus supporter les hausses constantes des coûts de la production alimentaire. Le résultat pourrait être un effondrement catastrophique aux deux extrémités du système alimentaire.
Outre les intrants, les conditions météorologiques perturbées, changeantes et extrêmes résultant du changement climatique rendent déjà la production alimentaire plus complexe et difficile. En Inde, les vagues de chaleur font baisser les rendements céréaliers et font grimper les prix des denrées alimentaires. Au Kenya et aux États- Unis, le bétail meurt en raison de la détresse liée au changement climatique tandis que, au niveau mondial, les sols sont détruits, ce qui augmente considérablement les risques pour l’approvisionnement alimentaire. Ainsi, parallèlement à la lutte immédiate pour les subventions, des mesures devraient également être prises pour permettre à la production agricole de s’affranchir le plus rapidement possible de sa dépendance aux intrants chimiques. C’est quelque chose qui est de toute façon nécessaire de toute urgence pour faire face à la crise climatique.
Les conséquences de la crise alimentaire sont multiples et touchent principalement les populations les plus vulnérables. La hausse des prix alimentaires a des effets dévastateurs sur les pays en développement, où une part importante du revenu des ménages est consacrée à l’alimentation.
Entre fin 2007 et début 2008, une trentaine de villes ont connu des manifestations, parfois violentes, jusqu’à des chutes de gouvernements, en Haïti en 2008, puis dans les pays du sud de la Méditerranée et au moyen Orient fin 2010 et début 2011 : le printemps arabe. La première vague, un peu rapidement nommée « émeutes de la faim », a surpris par son caractère inattendu et par son ampleur, et a fait craindre une déstabilisation mondiale.
La crise a également provoqué une remise en cause des politiques nationales de sécurisation alimentaire par le recours au marché international. Le secteur agricole, délaissé des politiques de développement depuis des années, s’est saisi de la crise pour légitimer sa relance. Alors que le consensus international reconnaissait, depuis les travaux du Prix Nobel Amartya Sen, que la sécurité alimentaire était plus une question d’accès et donc d’inégalités que de disponibilités, le nouveau mot d’ordre mobilisateur est venu de l’horizon 2050.
La dernière crise alimentaire, qui s’est étalée du début de l’année 2007 au milieu de l’année 2008, s’est traduite par une flambée des prix agricoles mondiaux (notamment du riz, du blé et du maïs). Il existe des conséquences de court terme à la crise alimentaire : le nombre annuel de « pauvres absolus » (moins de un dollar apar jour de revenu réel) s’est accru du fait de l’augmentation du prix mondial des biens agricoles de première nécessité, en particulier dans les grands centres urbains ; le nombre annuel de personnes souffrant ou succombant de malnutrition a lui aussi augmenté.
En 2021, 828 millions de personnes souffraient de la faim à travers le monde dont la moitié de faim aigüe. 345 millions de personnes souffrent actuellement de faim aigüe, c’est-à-dire qu’elles ont besoin d’urgence d’une aide alimentaire.
Au début de l’année 2022, les enfants admis pour malnutrition dans les centres de santé soutenus par CARE dans le monde ont augmenté de 60% comparé à l’année précédente.
Face à cette crise, des mesures radicales et fondamentales sont nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire mondiale et protéger les populations les plus vulnérables.
La vulnérabilité de nos systèmes alimentaires à la spéculation financière doit être une priorité. De nombreuses mesures pourraient être débattues non seulement pour éliminer certaines échappatoires, mais aussi pour interdire à certains acteurs et instruments d’intervenir dans le secteur alimentaire - et de spéculer sur les prix des denrées alimentaires. Ces actions devraient aller de pair avec les mesures demandées depuis longtemps pour appliquer la législation antitrust, éliminer la corruption, y compris les prix abusifs, et permettre un contrôle public sur les prix des denrées alimentaires.
La prochaine tâche cruciale consiste à construire la souveraineté alimentaire. Pas dans le sens du nationalisme, des frontières, des stocks jalousement gardés et de l’isolement. Les fissures dans nos systèmes alimentaires proviennent du segment industrialisé, qui se concentre sur quelques produits de base, la production à grande échelle, l’uniformité et la spoliation des travailleurs et des communautés locales afin de fabriquer et de conserver des aliments soi-disant bon marché. C’est ce système de production qui ne peut pas résister aux chocs climatiques et qui continue de générer d’énormes dégâts sociaux et écologiques. La souveraineté alimentaire, qui repose sur des modes de production durables et des pratiques solidaires, est la meilleure défense contre la spéculation financière et le contrôle des grandes entreprises dans nos systèmes alimentaires.
Des mouvements sociaux comme La Via Campesina et des réseaux de femmes comme le Forum Asie-Pacifique sur les femmes, le droit et le développement élaborent également des propositions innovantes sur la façon de repenser les règles et les institutions du commerce international afin qu’elles servent réellement des systèmes alimentaires qui peuvent nous nourrir - en soutenant les petits producteurs et vendeurs de denrées alimentaires - plutôt que l’inverse. Cela nécessite de s’éloigner du régime actuel des accords de libre-échange et des traités d’investissement. Mais repenser la façon dont nous organisons le commerce, en le mettant au service des besoins des systèmes alimentaires locaux, signifie également mettre en place des mesures urgentes pour garantir l’accès à la terre, en particulier pour les jeunes et les femmes.
Compte tenu des débats sur les crises actuelles, pas seulement alimentaires, il est tout à fait clair que des objectifs sociaux et le bien commun doivent être prioritaires. Cela signifie que nous devons nous détourner du rôle actuellement dominant joué par les grandes entreprises. Malgré tous les discours sur la responsabilité et la redevabilité des entreprises, nous n’obtenons que de fausses solutions, de l’écoblanchiment et la poursuite des destructions alors que leurs profits ne cessent d’augmenter. Comme ce sont les entreprises qui promeuvent les intrants chimiques et la dépendance aux combustibles fossiles, il est vraiment temps de changer de stratégie.
Des tas de bonnes idées sont sur la table sur la façon de remodeler nos systèmes alimentaires - et d’innombrables mouvements sociaux désireux de prendre les rênes et de les mettre en pratique.
| Mesure | Objectif | Acteurs Impliqués |
|---|---|---|
| Limiter la spéculation financière | Stabiliser les prix alimentaires | Gouvernements, régulateurs financiers |
| Construire la souveraineté alimentaire | Renforcer les systèmes alimentaires locaux et durables | Petits producteurs, communautés locales |
| Repenser le commerce international | Soutenir les petits producteurs et les systèmes alimentaires locaux | Organisations internationales, mouvements sociaux |
| Prioriser les objectifs sociaux | Éloigner les grandes entreprises du rôle dominant | Gouvernements, société civile |
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