Nutrition Entérale et Parentérale : Guide Complet et Recommandations Alimentaires

Un apport alimentaire inapproprié ou insuffisant, l’augmentation des besoins métaboliques liée à une maladie et/ou l’augmentation des pertes énergétiques en association avec des pathologies du tube digestif font partie des nombreux mécanismes de déséquilibre qui conduisent à la dénutrition. Il est donc important de la diagnostiquer le plus précocement possible, de l’évaluer et de déterminer la stratégie nutritionnelle la plus adaptée afin d’éviter l’apparition d’une dénutrition chez le patient à risque, ou bien d’éviter son aggravation et de la corriger. Pour chaque patient, l’adéquation de l’apport nutritionnel doit être évaluée en fonction des objectifs poursuivis.

Les conséquences de la dénutrition sont nombreuses et variées :

  • baisse des capacités fonctionnelles
  • baisse de la qualité de vie des malades
  • augmentation de la morbidité (retard de cicatrisation, augmentation des infections secondaires)
  • augmentation de la mortalité

Dans la stratégie thérapeutique nutritionnelle, le support nutritionnel par voie entérale doit être privilégié à la nutrition parentérale.

Nutrition Entérale (NE)

L'usage de la sonde nasogastrique pour une nutrition entérale

La nutrition entérale (NE) est une technique d’alimentation artificielle destinée à délivrer des nutriments en abordant le tube digestif soit par une sonde nasogastrique (SNG) ou sonde naso jéjunale (SNJ), soit par gastrostomie (sonde gastrique dans le ventre) ou jéjunostomie permettant de les amener directement dans l’estomac ou plus rarement le jéjunum.

La nutrition entérale est utilisée lorsque le patient n’est plus en capacité de s’alimenter par voie orale ou de manière suffisante afin d’assurer au moins deux tiers de ses besoins nutritionnels par ses apports spontanés. Les indications de la nutrition entérale sont très variées mais peuvent être regroupées selon 3 situations. La nutrition entérale peut être exclusive ou partielle et s’administre à l’aide d’une sonde de nutrition, raccordée à une poche, contenant une préparation nutritionnelle parfaitement équilibrée et permettant aux patients de recevoir tous les nutriments indispensables.

L’utilisation d’un régulateur de débit est fortement recommandée pour obtenir un débit lent et constant à des vitesses inférieures à 300mL/h. L’administration de la nutrition entérale nécessite de suspendre la poche renfermant le mélange nutritif à un pied à perfusion ou de la placer dans un sac à dos dédié et spécifique avec une pompe de nutrition entérale pour faciliter les déplacements, puis de la connecter à la sonde du patient à l’aide d’une tubulure.

Il est également possible d’administrer des médicaments via ce dispositif (en utilisant préférentiellement les formes liquides et en dehors des périodes d’administration de la nutrition) ou d’hydrater le patient en utilisant un réservoir ou poche à eau à la place du soluté de nutrition.

Choix de l'Abord Digestif

La multiplicité des abords digestifs pour nutrition entérale participe à la complexité apparente de cette technique et fait en conséquence partie des arguments utilisés par les professionnels qui choisissent la nutrition parentérale dans des indications où l’entérale devrait être retenue. Mais alors, quel abord digestif choisir ? Le choix est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît : il dépend de la durée de la nutrition entérale et du risque d’inhalation.

Sonde Nasale

L’abord par sonde nasale est la méthode la plus couramment utilisée pour délivrer la NE. En général, la sonde entérale est utilisée pour des nutritions entérales courtes (<1 mois) ou de moyenne durée (4-6 semaines) chez des patients hospitalisés, mais elle peut dans certains cas être utilisée de manière plus prolongée chez des patients en nutrition entérale à domicile (NED).

La pose d’une SNG est un acte infirmier effectué sur prescription médicale. Cette dernière doit préciser le matériau choisi, le calibre et la longueur de la sonde. La pose de la sonde d’alimentation doit être réalisée en position assise. Après un lavage soigneux des mains, la sonde préalablement lubrifiée est introduite par l’orifice nasale et ensuite poussée jusqu’en région antrale pré-pylorique. Pour davantage de confort une anesthésie locale avec un spray anesthésiant peut être proposée.

Une fois la sonde mise en place, un contrôle radiologique doit être systématiquement effectué afin d’en vérifier le bon positionnement. Après avoir effectué une marque placée sur la sonde à 2 ou 3 cm de l’aile du nez pour surveiller une éventuelle migration de la sonde, cette dernière est fixée en 2 ou 3 endroits : derrière l’oreille, sur l’aile du nez ou la joue. La vérification de la bonne position du repère doit être réalisée quotidiennement.

Plusieurs types de sondes (polyuréthane ou en silicone), de dureté et de diamètres variables, lestées ou non, avec ou sans mandrin peuvent être employées en fonction des besoins du patient. L’administration intraduodénale des nutriments ne semble pas présenter d’intérêt particulier. Elle est utilisée en alternative à la voie nasogastrique chez les malades à très haut risque d’inhalation notamment dans les situations de vomissements abondants, malformation gastrique ou troubles majeurs de la vidange gastrique.

Gastrostomie Percutanée

La sonde de gastrostomie percutanée s'abouche à l'abdomen, au niveau de la région ombilicale ou de l'épigastre et débouche directement dans l'estomac. Elle est recommandée en cas d’assistance nutritionnelle entérale prolongée au-delà de 1 mois. Initialement proposés chez l’enfant, « les boutons » sont conseillés dans les nutritions entérales de très longue durée du fait de leur avantage pratique et esthétique, particulièrement chez le malade ambulatoire.

Jéjunostomie

La jéjunostomie peut être directe ou bien passée par l’orifice de la gastrostomie, c’est alors une gastro-jéjunostomie. Le site jéjunal est indiqué en alternative au site gastrique si la nutrition entérale est impossible, à haut risque d’inhalation ou mal tolérée.

Nutrition Parentérale (NP)

La nutrition parentérale (NP) doit être réservée aux cas d’échec de la nutrition entérale (NE), en remplacement mais aussi en association avec une NE insuffisante, notamment en réanimation. La NP sera aussi choisie d’emblée en cas de contre-indications ou de limites à la NE, c’est-à-dire en cas de malabsorption sévère d’origine anatomique ou fonctionnelle, d’occlusion aiguë ou chronique, de diarrhée sévère, ou d’hémorragie digestive active.

L’alimentation parentérale, lorsqu’elle est indiquée et correctement prescrite, permet d’optimiser la qualité des soins des patients en évitant ou en limitant l’apparition d’une dénutrition. Elle s’administre soit par voie veineuse périphérique pour une assistance nutritionnelle avec des besoins énergétiques modérés et une durée de dix jours maximum, soit par voie centrale. La voie veineuse centrale (VVC) doit être privilégiée et est indispensable pour réaliser une assistance nutritionnelle avec des besoins énergétiques élevés ou d’une durée supérieure à dix jours.

Le coût de la nutrition parentérale est supérieur à celui de la nutrition entérale et les bonnes pratiques d’asepsie, rigoureuses et spécifiques à la NP, sont à appliquer de manière incontournable pour limiter les risques de complications qui peuvent compromettre le pronostic vital.

Complications de la Nutrition Parentérale

Les complications de la nutrition parentérale peuvent être classées en deux grandes catégories : techniques et métaboliques. Les premières peuvent être mécaniques (secondaires aux cathéters, pompes, lignes, connecteurs) et/ou infectieuses (secondaires au risque septique lié à la présence du cathéter veineux). Les secondes sont nutritionnelles liées aux apports intraveineux (hyponatrémie, hyperkaliémies), osseuses, ou métaboliques.

Les complications métaboliques liées à l’apport nutritionnel (glucidique, lipidique, azoté et hydroélectrolytiques) peuvent entraîner des complications hépatobiliaires (stéatoses, cholestases) pouvant évoluer vers la cirrhose ou la fibrose hépatique sont fréquentes et redoutables notamment en nutrition parentérale de longue durée. Les complications infectieuses constituent la première complication liée à la nutrition parentérale à domicile (NPAD).

Tableau Comparatif : Nutrition Entérale vs. Nutrition Parentérale

Caractéristique Nutrition Entérale Nutrition Parentérale
Voie d'administration Tube digestif (sonde nasogastrique, gastrostomie, jéjunostomie) Voie veineuse (périphérique ou centrale)
Indications Incapacité de s'alimenter par voie orale, risque d'inhalation Échec de la nutrition entérale, malabsorption sévère, occlusion
Complications Déplacement de la sonde, infections locales Infections liées au cathéter, complications métaboliques
Coût Inférieur Supérieur

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