De la culture des aliments jusqu’à l’assiette, l’alimentation utilise des ressources, produit des déchets et émet des gaz à effet de serre. Ce chapitre présente les principales conclusions concernant la consommation, la production, les échanges et les prix des principaux produits agricoles, halieutiques et aquacoles couverts par les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO, ainsi que l’évolution attendue des principaux indicateurs du secteur au cours de la période 2025‑2034.
Les Perspectives agricoles sont le fruit de la collaboration entre l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Elles présentent cette année un scénario de référence cohérent de l’évolution des marchés des produits agricoles, halieutiques et aquacoles aux niveaux national, régional et mondial au cours de la période allant de 2025 à 2034.
Les projections de référence reposent sur un ensemble d’éléments communiqués par des experts. Elles reflètent les conditions actuelles des marchés (section 1.1), ainsi que les hypothèses concernant l’évolution de la conjoncture macroéconomique, de la situation démographique et des politiques publiques (section 1.2).
La consommation mondiale de produits agricoles devrait progresser à un rythme moins soutenu au cours des dix prochaines années en raison d’un ralentissement de l’accroissement démographique et de la hausse des revenus, qui s’ajoute à la saturation de la demande alimentaire dans les économies avancées.
L’essentiel de la consommation supplémentaire est attendu dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire, où une population plus urbaine avec un revenu par habitant plus confortable sera relativement plus encline à manger des produits de l’élevage et de la pêche.
L’évolution des préférences alimentaires encouragera probablement l’investissement dans l’élevage et l’aquaculture, qui fera croître la production. Par conséquent, la production agricole, aquacole et halieutique mondiale, et en particulier celle de produits d’origine animale, va tirer avec elle les émissions de gaz à effet de serre imputables au secteur.
Ce chapitre présente aussi un scénario indiquant comment la combinaison des gains de productivité et l’adoption généralisée de technologies de réduction des émissions pourrait réduire les émissions directes de GES imputables à l’agriculture et mettre un terme à la faim d’ici 2034.
Les Perspectives nous montrent combien la coopération multilatérale et le bon fonctionnement des marchés internationaux des produits agricoles sont essentiels à la sécurité alimentaire mondiale et à la subsistance des populations rurales.
Les consommateurs privilégient de plus en plus les produits locaux et traditionnels, tout en recherchant des expériences gustatives uniques. La santé et la transparence sont au cœur de leurs choix, avec une demande croissante pour des aliments plus sains et moins transformés. L’impact environnemental est aussi une priorité, poussant à des choix alimentaires plus responsables.
Dans un contexte de crises, l’alimentation devient une source essentielle de réconfort. Le plaisir de manger a gagné en importance, passant de 70 % en 2022 à 75 % en 2023, particulièrement chez les populations fragiles. L’alimentation dépasse le simple plaisir gustatif pour devenir une véritable expérience sensorielle. Les consommateurs recherchent des recettes sophistiquées, des ingrédients rares et des textures inédites. Les « mood foods », des aliments pour l’humeur, viennent enrichir cette expérience sensorielle.
Dans une société en quête de connexions, l’alimentation joue un rôle essentiel en recréant du lien et en favorisant la convivialité. Cette redécouverte passe aussi par les ingrédients et savoir-faire d’autrefois, réinterprétés pour répondre aux enjeux actuels. La cuisine coréenne s’installe durablement, tandis que les gastronomies africaines et méditerranéennes gagnent du terrain.
Le e-commerce représente 15 % de la croissance mondiale des produits de grande consommation, avec une hausse de +11 % en France. Boostée par le télétravail, la commande en ligne s’impose durablement. La transparence alimentaire est une priorité : 6 Français sur 10 recherchent des informations en ligne avant d’acheter, influencés par le Nutri-Score et les QR codes.
Face à la raréfaction des ressources, l’Internet des Objets (IoT), les drones et l’agriculture verticale optimisent la production en analysant en temps réel les conditions climatiques et les besoins des cultures.
Générations Z, milléniales, X et baby-boomers se démarquent dans leurs habitudes alimentaires. L’analyse rapporte que près des deux tiers des Français consomment régulièrement des produits laitiers mais que cette tendance est à la baisse chez les plus jeunes. Moins de la moitié (48 %) des jeunes de la génération Z (né entre 1994 et 2012) déclarent consommer du lait, du yaourt ou du fromage de façon régulière, contre 60 % des milléniaux (nés entre 1980 et 1994), 69 % de la génération X (nés entre 1965 et 1979) et 81 % des baby-boomers (nés entre 1946 et 1964).
Cette évolution des habitudes alimentaires est également visible pour d’autres produits. Seuls 19 % de la génération Z consomment régulièrement du vin contre 47 % des baby-boomers, et 40 % de la génération Z consomme régulièrement du café contre 84 % des baby-boomers. Au contraire, les boissons énergisantes sont très consommées par la génération Z (22 %) et les milléniaux (18 %) par rapport à la génération X (8 %) et les baby-boomers (3 %).
Les plus jeunes sont aussi plus souvent adeptes de régimes sans viande. La part des personnes suivant un régime vegan, végétarien, pesco-végétarien atteint 17 % dans la génération Z et 13 % chez les milléniaux et descend à 7 % dans la génération X et 3 % chez les baby-boomers.
En 2014, les ménages ont dépensé 59 milliards d'euros pour leur alimentation hors domicile, soit 26 % de leur budget alimentaire.
En 2025, l’alimentation se réinvente autour du bien-être, du plaisir et de la responsabilité.
Alors que la pandémie de Covid-19 était perçue comme une occasion d’ancrer de nouvelles habitudes alimentaires, la succession et l’enchevêtrement des crises - sanitaire, énergétique, géopolitique, climatique et inflationniste - ont rebattu les cartes. Si les aspirations à une consommation plus soutenable, socialement et écologiquement, se sont renforcées pendant les confinements, la situation est aujourd’hui plus contrastée.
L’année 2020 a signé le début d’une période complexe, où s’entremêlent différentes crises qui touchent les systèmes alimentaires à toutes les échelles. La pandémie de Covid-19 et les confinements successifs ont impacté l’ensemble des acteurs de l’alimentation, des producteurs aux consommateurs, en passant par la transformation, la logistique et la distribution. Le commerce alimentaire mondial a également été secoué par le conflit ukrainien, qui a joué un rôle prégnant dans la hausse des cours du blé et de l’énergie.
Plusieurs tendances émergentes avant la crise Covid, axées sur l’environnement et la santé (circuits courts, bio, végétalisation…) ou le e-commerce alimentaire ont connu une forte croissance pendant les confinements, et l’on aurait pu penser qu’ils poursuivraient leur ascension. Mais le « monde d’après » n’est pas tout à fait celui qui semblait se dessiner alors.
Si l’ensemble des crises actuelles accélère la nécessité de garantir à tous un accès quantitatif et qualitatif à une alimentation saine et variée, l’écart se creuse parfois entre aspirations et contraintes face à l’inflation. L’arrêt des confinements a aussi sonné la fin de cette période hors norme où les Français s’étaient (re)mis à consacrer du temps à leur alimentation. Aujourd’hui, 61 % des Français disent avoir repris leurs pratiques de consommation d’avant confinement.
Malgré tout, les ventes de produits locaux ou issus de circuits courts résistent plutôt bien pour le moment, notamment en grande distribution, où ils continuent de faire figure de produits d’appel, concurrençant désormais le bio, en perte de vitesse. Ces évolutions ont un impact sur la production, comme en atteste l’augmentation du nombre de producteurs franciliens pratiquant des circuits courts : il est passé de 804 (14 %) en 2010 à 985 en 2020 (22 %), bien supérieur à celui observé en France (14 %).
L’alimentation biologique a connu en France un fort essor entre 2010 et 2020, et un boom pendant la période Covid. Elle reste toutefois un marché de niche : selon l’Agence Bio, seulement 6 % de la consommation alimentaire des ménages français est biologique en 2022, et la vente de produits bio tend à diminuer à partir de 2021. Les plus touchés sont les secteurs de la viande, des fruits et des produits « traiteur, mer et surgelés ».
Une partie des pertes du bio se reporte vers d’autres labels de qualité et environnementaux. L’inflation joue un rôle indéniable : les produits bio sont souvent perçus comme très coûteux, même s’ils ont factuellement été moins touchés par la hausse des prix : +4 % entre 2021 et 2022 (+6,8 % en moyenne). 59 % des Français les considèrent même anormalement chers. Cela traduit aussi une baisse du niveau de confiance dans le label, même s’il reste élevé, à 85 % (-6 points par rapport à 2021).
Le contexte multi-crises a entraîné une augmentation de la précarité alimentaire. En France, environ 9 millions de personnes sont considérées en situation d’insécurité alimentaire. Un signal fort de cette augmentation a été le recours accru à l’aide alimentaire pendant et après la crise Covid. Les difficultés financières sont le plus souvent à l’origine de la précarité alimentaire, mais les situations sont diverses, comme en attestent les enquêtes réalisées pendant la pandémie.
En Île-de-France, le diagnostic de la précarité alimentaire, réalisé en 2022 par l’Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa) et le CRÉDOC, à la demande de la Région et de l’État dans le cadre du plan France Relance, relève également une augmentation de la précarité alimentaire et une prévalence marquée pour la région. Ainsi, 14,5 % des ménages franciliens (11 % des ménages français) sont considérés en insécurité alimentaire par l’étude INCA 3.
Ce diagnostic insiste aussi sur l’aspect multidimensionnel de la précarité alimentaire, « conjonction d’une pauvreté économique et d’une série d’empêchements socioculturels et politiques dans l’accès à une alimentation durable : obligation d’avoir recours à l’assistance avec passage obligé par des structures de contrôle, pouvoir d’agir contraint, assignation à la distribution de produits alimentaires, assignation à la consommation de produits alimentaires non durables », selon Dominique Paturel, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).
Le rapport annuel, publié cette année dans le cadre de la réunion ministérielle du groupe de travail du G20 chargé de l’Alliance Mondiale contre la Faim et la Pauvreté qui se déroule au Brésil, avertit que le monde est loin d’atteindre l’objectif de développement durable (ODD) n° 2, Faim « zéro », d’ici 2030.
Si les tendances actuelles se confirment, environ 582 millions de personnes seront sous-alimentées de manière chronique en 2030, parmi lesquelles la moitié vivront en Afrique, avertissent le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Programme alimentaire mondial (PAM).
Le rapport souligne que l’accès à une alimentation suffisante reste difficile pour des milliards de personnes. En 2023, environ 2,33 milliards de personnes dans le monde étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère, un nombre qui n’a guère évolué depuis la forte hausse de 2020, au milieu de la pandémie de COVID-19. Plus de 864 millions d’entre elles ont connu une insécurité alimentaire grave, se privant parfois de nourriture pendant une journée entière ou plus.
Les difficultés d’accès à une alimentation saine sur le plan économique continuent également de poser un problème majeur, qui touche plus d’un tiers de la population mondiale. Grâce à de nouvelles données sur les prix des denrées alimentaires et à des améliorations méthodologiques, le rapport révèle que plus de 2,8 milliards de personnes n’a pas eu les moyens de s’offrir un régime alimentaire sain en 2022.
Bien que des progrès aient été accomplis pour porter à 48 % le taux d’allaitement maternel chez les nourrissons, il sera difficile d’atteindre les objectifs mondiaux en matière de nutrition. La proportion d’enfants présentant une insuffisance pondérale à la naissance stagne autour de 15 % et le retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans, bien qu’il ait diminué pour atteindre 22,3 %, n’est toujours pas suffisant pour atteindre les objectifs fixés.
Parallèlement, de nouvelles données sur l’obésité chez les adultes révèlent une hausse constante au cours de la dernière décennie, passant de 12,1 % (2012) à 15,8 % (2022). Les projections indiquent que d’ici 2030, le monde comptera plus de 1,2 milliard d’adultes obèses.
L’insécurité alimentaire et la malnutrition s’aggravent en raison d’une combinaison de facteurs, notamment l’inflation persistante des prix des denrées alimentaires qui continue de réduire les perspectives économiques de nombreuses personnes dans de nombreux pays.
Le thème du rapport de cette année, « Des financements pour éliminer la faim, l’insécurité alimentaire et toutes les formes de malnutrition », attire l’attention sur le fait que la réalisation de l’ODD 2, à savoir l’élimination de la faim, exige une approche multidimensionnelle, et notamment de transformer et renforcer les systèmes agroalimentaires, de s’attaquer aux inégalités et de garantir une alimentation saine pour tous, abordable et accessible.
| Indicateur | 2012 | 2022 | Tendance |
|---|---|---|---|
| Obésité chez les adultes | 12,1 % | 15,8 % | En hausse |
| Retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans | - | 22,3 % | En baisse |
| Insuffisance pondérale à la naissance | - | 15 % | Stagne |
| Allaitement maternel exclusif chez les nourrissons | - | 48 % | En progrès |
L’impact environnemental des aliments varie fortement selon leur origine et leur mode de production. La plus grande part de cette empreinte (61 %) provient de la production des aliments, en particulier des produits d’origine animale. Contrairement à une idée reçue, le transport des aliments ne représente qu’une faible part de cette empreinte : entre 6 % et 14 % selon les produits, contre plus de la moitié pour la production agricole elle-même.
On observe aussi que 46 % des émissions liées à notre alimentation proviennent de produits importés. Cela concerne notamment des matières premières comme le soja, utilisé pour nourrir les animaux d’élevage, ou des produits comme l’huile de palme et certains fruits exotiques. Ces produits peuvent avoir un impact important sur l’environnement en raison de la déforestation associée dans les pays où ils sont cultivés, ou parce qu’ils doivent parcourir de longues distances avant d’être consommés en France.
Les étapes ayant le plus d'impact sur l'environnement sont :
Diminuer la consommation de viande rouge est l’un des moyens les plus efficaces pour alléger l’impact climatique de l’alimentation. Les repas à base de bœuf émettent près de 19 fois plus de gaz à effet de serre qu’un repas végétalien.
L’usage d’engrais et de pesticides peut entraîner une pollution des rivières, des lacs et des nappes souterraines. L’élevage contribue également à la pollution de l’air. Il génère des émissions d’ammoniac issues des déjections animales et de particules fines. Par ailleurs, certaines constructions agricoles comme les bâtiments, serres, routes d’accès, rendent des sols artificiels.
Lorsque les aliments parcourent de longues distances avant d’arriver chez le consommateur, il faut plus de transport et de stockage. Enfin, certains aliments importés comme le soja ou l’huile de palme peuvent être liés à la déforestation dans les pays producteurs.
Une partie de ces déchets est des aliments encore consommables. Plus de la moitié de ces pertes comestibles ont lieu au moment de la consommation : 39 % à domicile et 13 % en restauration à la cantine ou au restaurant.
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Vrac zéro déchet et Primeurs de saison au plus proche de chez vous à Thorigné-Fouillard près de rennes en Ille et Vilaine 32
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