Confiture et cancer : ce que disent les études scientifiques

Les campagnes de santé publique nous encouragent depuis des années à réduire notre consommation de sucre. Mais consomme-t-on réellement trop de sucre ? Le sucre est-il un facteur de risque dans le développement de certains cancers ? Cet article explore ces questions en s'appuyant sur des études scientifiques.

La consommation excessive de sucre : un problème de santé publique

Dr Lise Dufaitre : Tout à fait ! C’est un sérieux problème. Nous consommons trop de sucre, trop d’aliments puisque la population mondiale voit une épidémie d’obésité, de diabète de type 2 qui ne cesse de s’aggraver. Donc les pouvoirs publics sonnent l’alerte.

L’origine de cette surconsommation remonte à l'après-Seconde Guerre mondiale, où l'agroalimentaire a cherché à donner rapidement de l'énergie à une population carencée. En ajoutant du sucre, du gras et du sel, on augmentait l'appétence et donc la prise alimentaire. Le sucre est aujourd'hui diabolisé à juste titre, car nous en consommons trop.

Les sucres simples créent une dépendance. La population est confrontée à des messages qui ne sont plus très clairs. Le sucre n’est pas dangereux quand on prend les glucides puisque c’est indispensable pour la vie. C’est notre carburant. Sans sucre, on ne peut pas vivre.

Différents sucres sont intéressants : l’amidon, les céréales, tous les sucres nécessitant une transformation dans la digestion sont intéressants. Les sucres rapides - comme le sucre blanc qu’on trouve dans les sodas, dans tout ce qui peut être aliment ultra transformé où on rajoute des sucres -, ceux-là ne sont pas bons.

Le lien entre le sucre et le cancer

Des études scientifiques pointent l’impact d’une alimentation riche en sucre dans le développement de certains cancers, parce qu’il favorise le surpoids, l’obésité. Ce sont des facteurs de risques connus pour les cancers de l’œsophage, du pancréas, du foie, du rein, du côlon, parce qu’il induit une production d’insuline importante.

L’obésité est clairement un facteur de risque pour faire des cancers notamment colorectaux et autres. L’insuline est une hormone anabolisante, elle stimule la production des cellules donc elle peut tout stimuler.

Depuis quelques années, la recherche a montré que le sucre a tendance à nourrir les cellules cancéreuses, et à faire progresser la maladie. Plusieurs facteurs contribuent à expliquer ce phénomène.

L'enzyme phosphoinositide-3-kinase, qui joue un rôle dans la régulation de la glycémie, est codée par un gène, qui mute chez environ 80 % des patients atteints de cancer. Or cette mutation dérègle l'absorption du sucre par les cellules. Cela entraîne des pics d'insuline, et la libération d’une molécule appelée "Insulin-like growth factor-1" (IGF), qui stimulent la croissance des tumeurs.

De nombreuses études ont montré un lien entre la consommation de sucre et la survenue des cancers. Ainsi, une étude publiée en 2006 a démontré qu’une consommation élevée de sucres (sirops, sodas, confitures…) augmente le risque de cancer du pancréas. Les chercheurs avaient suivi 77 797 hommes et femmes pendant environ 7 ans.

Une autre, menée auprès de 5 000 femmes, a permis d’observer une augmentation de 12 % du risque de cancer du sein chez les participantes qui consommaient régulièrement des aliments sucrés (glaces, miel, chocolat).

David Servan-Schreiber - Le sucre et le cancer

Le sirop de glucose-fructose : un sucre particulièrement néfaste

Pour le Dr Béatrice de Reynal, nutritionniste, « le sucre n’a jamais provoqué de cancer ». Selon la spécialiste, la faute porterait surtout sur le sirop de glucose-fructose. « Utilisé à la place du sucre dans de nombreux produits, allant du hamburger aux barres chocolatées, biscuits, viennoiseries industrielles, et autres boissons sucrées, ces sirops sont très perturbants pour le pancréas et le foie ».

La spécialiste explique que « leur consommation quotidienne favorise le diabète, les maladies cardiovasculaires et la constitution de stocks de graisses, notamment de triglycérides ». Des facteurs aggravant le risque de cancer.

Mieux vaut donc éviter ces aliments, estime la nutritionniste. « Privilégiez les biscuits à la « cuillère » et les marques qui utilisent du sucre de canne, des œufs frais, du beurre frais... ». Optez plutôt pour du sucre complet ou intégral plutôt que du sucre blanc, et, d’une manière générale, n’en abusez pas.

Équilibre et modération : les clés d'une alimentation saine

Vous avez expliqué que le sucre est essentiel, vital au fonctionnement de notre organisme, et que sans sucre on ne pourrait pas vivre. Comme pour toute chose, il faut un équilibre. Il n’y a pas à bannir le sucre blanc ! On peut aimer un bonbon, une bonne pâtisserie. On peut boire avec plaisir un jus de fruits.

Le problème actuellement, c’est la quantité et l’équilibre. Evidemment, il faut associer des légumes complets, des céréales, des légumineuses principalement, qui sont assez riches en protéines aussi pour éviter l’excès protéique.

Non ! Mais par contre méfiez-vous de l’agroalimentaire et des produits qui sont soit-disant allégés. Si on allège d’un côté, on surcharge d’un autre. Faire une bonne confiture avec du vrai sucre blanc, c’est tout à fait agréable et ce n’est pas mauvais si on n’en consomme pas un kilo par jour. 2 tartines avec du beurre et de la confiture, c’est français, c’est très bien.

Si on veut améliorer ce qu’on appelle l’index glycémique, donc la quantité de sucre qui va arriver dans le sang, on va privilégier du pain complet, du vrai pain. Le pain de mie étant un aliment transformé. Donc on prend le pain chez le boulanger. On ajoute du beurre parce que c’est meilleur pour la digestion et on associe un fromage blanc ou un yaourt pour avoir un petit peu de lipides et de protéines.

Il faut du gras. Il faut du beurre. Comme toujours, ce sont les quantités qui sont problématiques. Si on prend les sucres rapides et blancs, on peut mettre un sucre dans son café s’il est associé à une alimentation. Si on prend un sucre dans la matinée dans son café, là c’est c’est dommage puisqu’on va le digérer tout de suite. Préférez prendre votre sucre dans le café le matin, quand vous associez votre pain, votre fromage blanc et votre fruit.

Les substituts au sucre : une alternative intéressante ?

Que pensez-vous des substituts au sucre comme les édulcorants ? Ils sont très utiles à petite dose puisqu’ils permettent justement d’avoir un apport de sensation sucrée et notamment pour le café en dehors du repas, si vous n’aimez pas le café sans sucre. Mettre une sucrette, ça n’a jamais fait de mal à personne.

Des études ont montré que si vous buviez plus de 3 à 4 litres de boissons avec édulcorant, ça finissait par donner mal au ventre. Après, il faut arrêter de tout diaboliser.

Les aliments à surveiller

Parmi les aliments que nous mangeons tous les jours, certains majorent le risque de cancer du sein, de la prostate, du pancréas ou du côlon. Grâce aux avancées de la recherche, plusieurs facteurs alimentaires susceptibles d'intervenir dans le développement de cancers ont été identifiés, explique l'Institut National du Cancer sur son site.

Si les aliments "anticancer" n'existent pas, certains peuvent néanmoins diminuer vos risques. D'autres, à l'inverse, augmentent les chances de développer la maladie. C'est sur ces derniers que nous avons portés notre attention dans cet article.

Viande rouge et charcuterie : des aliments cancérogènes

Depuis 2015, la viande transformée - dont fait partie la charcuterie - est classée comme cancérogène pour l'homme, par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). La viande rouge, quant à elle, est classée comme probablement cancérogène.

Les viandes rouges et transformées sont tout particulièrement associées au risque de cancer du côlon et du rectum. Rien qu'en 2015, près de 5 600 nouveaux cas de cancers colorectaux leur aurait été attribuées. Mais ce risque avait déjà été mis en évidence bien des années plus tôt, comme en atteste une étude américaine de 2005.

Les auteurs ont suivi 148 610 adultes âgés de 63 ans en moyenne, pendant presque vingt ans. Leur forte teneur en graisses animales saturées serait en partie responsable.

Elles conseillent néanmoins de privilégier la volaille, et d'alterner avec le poisson, les œufs et les légumes secs.

L'effet cancérogène de la charcuterie serait dû aux nitrites et aux nitrates (précédemment cités). Ces composés sont présents dans le saucisson, mais aussi dans la plupart des charcuteries industrielles comme le jambon blanc, cru, le bacon, le lard ou encore le foie gras.

« Les nitrates et les nitrites sont utilisés comme conservateur (sel nitrité pour prévenir le développement de certaines bactéries), mais aussi comme colorant du jambon cuit ou des saucisses pour les rendre plus roses et plus appétissantes. Mieux vaut donc limiter la consommation de charcuterie à moins de 150 g par semaine, conseillent Delphine Lichte et le Dr Hanene Boudabous.

Attention : les produits de saurisserie (poisson séché ou fumé) qui sont très salés, fumés et souvent nitrités, peuvent présenter un risque similaire.

Les grillades au barbecue : un mode de cuisson à risque

Outre le produit en lui-même, le mode de cuisson des viandes pourrait influer sur leur effet cancérogène. Ainsi, les viandes (et les poissons) cuits au barbecue sont très toxiques et suspectés d'augmenter les risques de cancers du pancréas, de la prostate, voire de la bouche.

« Les aliments cuits à forte température et en contact avec les flammes libèrent des composés hautement cancérogènes (hydrocarbures aromatiques polycycliques...) », détaille le Dr Béatrice de Reynal.

L'alcool : une consommation à limiter

Classé cancérigène pour l’Homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 1988, l'alcool représente la deuxième cause évitable de mortalité par cancer - derrière le tabac - et responsable de 28 000 nouveaux cas par an dans l'Hexagone.

Œsophage, larynx, bouche, pharynx, sein, rectum, côlon, foie... « Il agresse aussi directement la muqueuse et provoque des tumeurs localisées ».

Sa consommation doit donc être limitée à 10 verres par semaine maximum, avec deux jours d'abstinence totale, selon les nouvelles recommandations.

Les aliments frits : une cuisson à éviter

La consommation d'aliments frits augmente le risque de nombreux cancers, comme celui du rein, de l'estomac... Le 12 février 2014, l'Académie Nationale de Pharmacie a mis en garde contre la glycation des protéines, une réaction chimique qui se produit dans les aliments lorsqu'ils sont cuits à haute température.

Parmi les produits de glycation avancée, on peut citer l'acrylamide. Cette molécule potentiellement cancérigène "se forme lorsque divers produits et denrées alimentaires, notamment les pommes de terre, les céréales et le café sont frits, rôtis ou cuits au four, et généralement lorsque la température de cuisson dépasse 120°C, indique l'OMS dans une note d'information du 1er mars 2005.

D'après l'Organisation, les frites, les frites au four, les chips de pomme de terre, les céréales, le pain grillé, les biscuits, le pain blanc et le café sont à l'origine de 80 % de nos apports en acrylamide. « Les chips sont de loin les plus toxiques », estime le Dr Béatrice de Reynal.

Les fromages affinés et les produits laitiers : une consommation à modérer

Les fromages affinés (camembert, roquefort, cantal...) consommés en trop grandes quantités, peuvent devenir néfastes pour les personnes de plus de 50 ans, en augmentant les risques de cancer de la prostate. La forte teneur en graisses animales saturées, présentes dans les fromages gras, serait en partie responsable, estime le Dr de Reynal.

"Consommer deux produits laitiers par jour protégerait du cancer colorectal, aurait un effet neutre sur celui du sein, mais favoriserait celui de la prostate", précise le Dr Boudabous. En cause : l'industrialisation et le traitement de ces produits, de même que les intolérances grandissanets aux lactoses, qui sont source d'inflammation chronique et peuvent donc activer des NF kappa B et IGF1.

Pour arriver à cette conclusion, des chercheurs de la Mayo Clinic ont passé en revue 47 études publiées entre 2006 et 2017, auprès de plus d'un million de participants. Ces derniers ont constaté que les produits laitiers sont la principale source de calcium dans les pays occidentaux, où les taux de cancer de la prostate sont élevés.

À l'inverse, les taux de cancer de la prostate sont plus faibles dans les pays asiatiques, où la consommation de produits laitiers est réduite. En outre, ils ont aussi observé une diminution du risque de cancer de la prostate chez les végétariens.

Par convention et sécurité, la consommation recommandée est fixée à 2 portions par jour", indique l'oncologue. "Et attention pour ce qui est du fromage : plus il est dur, plus il est gras". La nutritionniste Béatrice de Reynal conseille, quant à elle, de consommer une portion de 40 g de fromage par jour, pas plus.

Saumon d'élevage : il serait propice aux cancer du sein et de la prostate

Certes, le saumon est recommandé pour la santé, comme l'ensemble des poissons gras. Bourré d'antioxydants et d'oméga 3, il est bénéfique pour le coeur, pour le cerveau mais aussi pour les articulation. Or, certains chercheurs voient une ombre au tableau : selon eux, la consommation de saumon d'élevage constituerait un risque important pour la santé en raison du taux élevé de polluants cancérigènes.

Une étude révélée en 2004 a prouvé que les POP (polluants cancérigènes) dans le saumon d'élevage étaient environ huit fois plus élevés que dans le saumon sauvage.

Des scientifiques ont donc fait le lien entre ces polluants et certains cas de cancer. Ils ont averti que la consommation régulière de saumon d'élevage pourrait augmenter le risque de développer un cancer. Les résultats, publiés dans la revue Science, suggèrent que le saumon d'élevage vendu dans les supermarchés peut faire plus de mal que de bien à l'organisme (s'il est consommé trop régulièrement).

L'importance de l'alimentation biologique

Une étude épidémiologique menée par une équipe de l’Inra, Inserm, Université Paris 13, CNAM, grâce à l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants de la cohorte NutriNet-Santé, révèle qu'une plus grande fréquence de consommation d’aliments biologiques était associée à une réduction du risque de cancer.

Bien que le lien de cause à effet ne puisse être établi sur la base de cette seule étude, les résultats suggèrent qu’une alimentation riche en aliments bio pourrait limiter l’incidence des cancers. Des travaux complémentaires sont toutefois nécessaires pour la mise en place des mesures de santé publique adaptées et ciblées.

Au cours des 7 années de suivi (2009-2016), 1 340 nouveaux cas de cancers ont été enregistrés et validés sur la base des dossiers médicaux. Une diminution de 25% du risque de cancer (tous types confondus) a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio comparés aux consommateurs plus occasionnels.

Cette association était particulièrement marquée pour les cancers du sein chez les femmes ménopausées (-34 % de risque, score bio élevé versus bas) et les lymphomes (-76 % de risque).

Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces données : la présence de résidus de pesticides synthétiques beaucoup plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus d’une agriculture conventionnelle, comparés aux aliments bio.

Autre explication possible : des teneurs potentiellement plus élevées en certains micronutriments (antioxydants caroténoïdes, polyphénols, vitamine C ou profils d’acides gras plus bénéfiques) dans les aliments bio.

Les conclusions de cette étude doivent être confirmées par d’autres investigations conduites sur d’autres populations d’étude, dans différents contextes. Néanmoins, ces résultats soutiennent les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) émises en 2017 pour les futurs repères alimentaires du Programme National Nutrition Santé (PNNS) visant à privilégier les aliments cultivés selon des modes de production diminuant l’exposition aux pesticides pour les fruits et légumes, les légumineuses et les produits céréaliers complets.

Les émulsifiants : des additifs à surveiller

Dans une étude réalisée sur plus de 90 000 participants, des chercheurs français démontrent que la consommation de certains émulsifiants, des additifs couramment utilisés dans l’industrie agroalimentaire, est associée à un risque plus élevé de cancer.

Ce suivi réalisé sur une si large cohorte a permis d’isoler un à un les additifs consommés et en quelles quantités, en se fondant sur les produits achetés par les participants. D’autres facteurs de risque, tels que l’alcool ou le tabac, ont également pu être pris en compte pour compenser d’éventuels biais.

Parmi la soixantaine d’émulsifiants étudiés, plusieurs ont été identifiés comme problématiques. Par exemple, les chercheurs ont découvert qu’un apport plus élevé en E471 - des mono- et diglycérides d’acides gras - augmente le risque de cancers de 15 %, et plus particulièrement celui du sein (24 %) et de la prostate (46 %).

Certains additifs ou groupes d’additifs (E407 et E407a, E450, E440 et E500) ont été associés à un risque accru de cancer du sein - en particulier chez les femmes préménopausées pour les trois derniers.

On retrouve ces émulsifiants dans de nombreux produits industriels - plus de huit participants sur dix consommaient par exemple des produits contenant de l’E471 de façon quotidienne. On peut notamment en retrouver dans des desserts, des viennoiseries ou des crèmes glacées, mais aussi dans « des aliments qui ne sont pas forcément estampillés “malbouffe” », souligne la nutritionniste et directrice de recherche à l’Inserm Mathilde Touvier, qui a mené cette étude avec son équipe.

Tableau récapitulatif des recommandations alimentaires

Le tableau ci-dessous récapitule les principales recommandations alimentaires basées sur les études scientifiques mentionnées dans cet article :

Aliment/Habitude Recommandation
Sucre Consommer avec modération, privilégier les sucres naturels et limiter les sucres ajoutés et le sirop de glucose-fructose.
Viande rouge Limiter la consommation à moins de 500g par semaine.
Charcuterie Éviter ou limiter la consommation à moins de 150g par semaine, privilégier les produits sans nitrites ni nitrates.
Alcool Limiter la consommation à 10 verres par semaine maximum, avec deux jours d'abstinence totale.
Aliments frits Limiter la consommation en raison de la formation d'acrylamide.
Fromages affinés Modérer la consommation, surtout après 50 ans.
Saumon d'élevage Modérer la consommation en raison des polluants potentiels.
Aliments biologiques Privilégier les aliments issus de l'agriculture biologique pour limiter l'exposition aux pesticides.
Émulsifiants Être attentif à la présence d'émulsifiants dans les produits industriels et limiter la consommation de ceux associés à un risque accru de cancer (E471, E407, E407a, E450, E440, E500).

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