Compléments alimentaires et cancer : que disent les études scientifiques ?

Aujourd'hui, les compléments alimentaires sont omniprésents, promettant de nombreux bienfaits pour la santé. Cependant, il est crucial de ne pas les considérer à la légère, car s'ils peuvent être inefficaces, ils peuvent aussi causer des dommages significatifs.

Définition des compléments alimentaires

Selon la directive européenne 2002/46/CE, les compléments alimentaires sont définis comme « les denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d'autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés… ».

Le rôle des micro-nutriments

Les micro-nutriments sont essentiels au métabolisme des macro-nutriments (glucides, lipides, protides). Ils auraient un rôle d'antioxydant et de stimulant de l'immunité. De plus, ils seraient impliqués dans la différenciation et la croissance cellulaire.

Alcool et cancer

L'alcool est un carcinogène de classe I (IARC).

Antioxydants et vitamines : quel impact sur le risque de cancer ?

La supplémentation, en antioxydants ou en vitamines n'a aucun impact sur les risques de cancer. Quelques études seraient plus positives vis-à-vis de la supplémentation en sélénium.

En 2017, le Haut Conseil de la Santé publique a conseillé d’éviter la prise de compléments alimentaires en dehors de prescriptions médicales. L’INCa rappelle que la consommation de compléments alimentaires peut, dans certains cas, exposer le consommateur à des risques sanitaires (vis-à-vis du cancer ou d’autres pathologies). Ainsi, sauf cas particuliers et sous contrôle médical, elle n’est pas recommandée.

Pour se protéger des cancers, il est préférable de chercher à satisfaire ses besoins nutritionnels uniquement par l’alimentation. En effet, les preuves scientifiques montrent que les compléments alimentaires peuvent aussi bien prévenir que favoriser certains cancers, selon les dosages ou l’état de santé de la personne qui les prend. Le Fonds mondial de recherche contre le cancer déconseille donc formellement l’usage des compléments alimentaires dans le but de prévenir les cancers. Dans le doute, mieux vaut adopter une alimentation équilibrée que de prendre des compléments alimentaires aux effets indésirables à long terme encore mal définis.

Études et méta-analyses : des résultats préoccupants

Une méta-analyse publiée dans The Lancet (2004;364(9441):1219-28), portant sur 14 essais ayant enrôlé plus de 170 525 patients, comparant la prise d'antioxydants à la prise de placebo en prévention des cancers digestifs, a montré qu'il existe une augmentation significative du risque relatif de mortalité.

Cette analyse a montré qu'il existe une augmentation significative du risque relatif de la mortalité de l'association β-carotène et la vitamine A est de 1,3 (intervalle de confiance 95 % de 1,14 à 1,45) et de l'association β-carotène et de vitamine E est de 1,1 (de 1,01 à 1,20). Cent soixante quatorze cancers (7 %) ont été détectés pendant la durée du suivi de 5 qui concernaient 145 hommes et 29 femmes.

Plusieurs rapports d’expertise scientifique français et internationaux, ont établi un lien entre la consommation à forte dose de compléments alimentaires à base de bêta-carotène et le risque de cancer. Dès 1997, le World Cancer Research Fund (WCRF) et l’American Institute for Cancer Research (AICR) ont évalué les niveaux de preuve des associations entre consommation de compléments alimentaires à base de bêta-carotène et risque de cancer. Le dernier rapport, publié en 2018, conclut que la consommation de compléments alimentaires à base de bêta-carotène à fortes doses (>20 mg/jour) chez les fumeurs et les ex-fumeurs est associée à une augmentation du risque de cancer des poumons avec un niveau de preuve convaincant.

À forte dose (>20 mg/jour*), et en cas d’exposition à la fumée de tabac, le bêta-carotène, peut exercer un effet co-cancérogène impliquant divers mécanismes, notamment :

  • une activation des pro-cancérogènes du tabac en molécules cancérogènes,
  • un effet pro-oxydant avec la production de radicaux libres pouvant altérer l’ADN.

*En France, chez les adultes de 18 à 79 ans, l’apport moyen journalier de bêta-carotène via l’alimentation (fruits, légumes…) est de 2,69 mg.

L’étude SU.VI.MAX s’est déroulée entre 1994 et 2002 et a porté sur plus de 12 000 Français de 35 à 60 ans. Cette étude d’intervention randomisée, en double aveugle contre placebo, avait montré une réduction significative de l’incidence du cancer et de la mortalité totale chez les hommes supplémentés à dose nutritionnelle (vitamines C et E, béta-carotène, zinc, sélénium) vs le groupe placebo. Mais l’effet dure-t-il après l’arrêt de la supplémentation ? Cinq ans après la fin de l’intervention, les effets de la supplémentation en antioxydants ont disparu : la réduction du risque de cancer et de la mortalité n’est plus évidente. Les auteurs restent réservés car les études d’intervention qui portent sur la supplémentation en antioxydants montrent également une augmentation du risque de certains cancers, y compris SU.VI.MAX chez les femmes. Même pris à dose nutritionnelle, les compléments alimentaires pourraient avoir des effets négatifs chez les sujets à risque ou en début de phase de cancérisation.

Il n’existe actuellement pas de preuve montrant l’effet bénéfique du thé vert pendant le traitement du cancer. De même, il est recommandé d’éviter la consommation de thé vert le jour du traitement ainsi que les deux jours qui le précèdent et qui le suivent. En effet, le thé vert peut augmenter la toxicité des traitements de chimiothérapie et réduire l’efficacité de la chimiothérapie ou de la radiothérapie (Réseau NACRe, 2019).

Compléments alimentaires et traitements contre le cancer

Aucun complément alimentaire n’a d’effet bénéfique prouvé pour traiter le cancer. Les experts estiment que dans l’état actuel des connaissances scientifiques, il n’est pas possible d’affirmer qu’un complément alimentaire peut lutter contre la maladie cancéreuse ou améliorer l’effet des traitements.

L’analyse d’études scientifiques robustes montre que la consommation de certains compléments alimentaires peut être dangereuse dans le cadre des soins du cancer. Par exemple, ceux à base de soja peuvent interférer dans le traitement de certains cancers du sein et les antioxydants pourraient avoir un effet protecteur des cellules cancéreuses ou réduire l’efficacité des traitements. D’autres effets nocifs ont également été détectés avec la vitamine E ainsi que le fer, l’acide folique et le sélénium à doses élevées.

Il n’est pas recommandé aux personnes atteintes de cancer de prendre des compléments alimentaires sans en discuter au préalable avec l’équipe médicale en charge du traitement. Les apports nécessaires doivent être prioritairement assurés par l’alimentation. La prise de compléments alimentaires pendant un cancer peut s’avérer dangereuse et réduire l’efficacité des traitements anticancéreux.

Compléments alimentaires : sont-ils dangereux pour la santé ? - La Quotidienne

Recommandations nutritionnelles

En 2019, Santé publique France a publié les nouvelles recommandations nutritionnelles destinées à la population adulte française. Elles ont pour objectif d’aider les adultes à faire de meilleurs choix alimentaires et à adopter un mode de vie plus actif. Plusieurs outils déployés par Santé publique France sont disponibles, facilitant la mise en pratique des recommandations nutritionnelles :

  • Le site mangerbouger.fr, avec notamment « La fabrique à menus », propose des idées de menus de saison variés pour manger équilibré toute la semaine en accord avec les repères nutritionnels.
  • Le Nutri-Score, logo à 5 couleurs apposé sur la face avant des emballages, informe les consommateurs sur la qualité nutritionnelle des produits. De « A » pour les produits les plus favorables sur le plan nutritionnel à « E » pour les produits les moins favorables.

Consommation de compléments alimentaires en France

D’après l’enquête représentative de la population française INCA3 de 2017, 29 % des adultes français ont consommé au moins un complément alimentaire au cours de l’année précédant l’enquête. Le taux de consommateurs a progressé de 50 % depuis 2006-2007. Chez les adultes de 18 à 44 ans, la fréquence de consommation est de 32 %. Les femmes sont presque deux fois plus nombreuses que les hommes à consommer des compléments alimentaires. La consommation augmente avec le niveau d’étude et ce plus nettement chez les femmes.

Pour les compléments alimentaires à base de bêta-carotène, les données de consommation sont limitées. Seule une étude publiée en 2013 sur près de 80 000 adultes français participant à la cohorte NutriNet-Santé (75 % de femmes) rapporte que 1,7 % consommaient des compléments alimentaires à base de bêta-carotène. Cette proportion n’était pas plus faible chez les fumeurs (par rapport aux non-fumeurs ou ex-fumeurs).

L'importance d'une alimentation équilibrée

Le rôle protecteur des légumes et des fruits est retrouvé dans presque toutes les études cas-témoins réalisées dans différentes régions du monde (Amérique du Nord et du Sud, Europe, Chine, Singapour, Inde ou Iran). Les polyphénols de l’huile d’olive, le revastrol du vin rouge et les lycopènes de la tomate sont des anti-oxydants contenus dans le régime méditerranéen. Celui-ci est basé sur une alimentation riche en fruits, légumes, légumineuses, poisson et faible en viande rouge.

En Afrique, le cancer du côlon est relativement rare. Les cas recensés affectent plutôt le côlon droit, ce qui est plus inhabituel en Europe. Une des explications avancées serait que les fibres dilueraient les carcinogènes.

Bien que les légumes et les fruits soient bénéfiques, les études manquent encore pour établir des recommandations précises. L'enquête européenne (EPIC), menée dans 10 pays européens depuis 1993 et portant sur 520 000 adultes âgés de 25 à 70 ans, a été publiée par la revue britannique The Lancet (2003;361:1496-1501).

Recommandations Clés pour une Alimentation Saine
Aliment ou Habitude Recommandation
Fruits et Légumes Consommer une grande variété quotidiennement
Fibres Privilégier les sources naturelles comme les légumes et les céréales complètes
Viande Rouge Limiter la consommation
Alcool Consommer avec modération ou éviter
Compléments Alimentaires Consulter un professionnel de santé avant de consommer

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