Le chocolat en France est bien plus qu’une simple gourmandise : il représente un patrimoine culinaire et un véritable symbole de raffinement. Depuis son introduction au XVIIe siècle jusqu’à son essor au XIXe siècle avec les grandes chocolateries françaises, l’histoire du chocolat en France est marquée par des évolutions fascinantes. Autrefois réservé à l’aristocratie, il s’est progressivement démocratisé, devenant aujourd’hui un incontournable de la gastronomie et de l’artisanat.
Mais d’où vient cette passion française pour le chocolat ? Son histoire commence bien avant son arrivée sur le territoire, chez les civilisations précolombiennes, qui consommaient le cacao sous forme de boisson. Importé en Europe par les conquistadors espagnols, le chocolat gagne peu à peu ses lettres de noblesse en France, devenant un produit convoité à la cour royale avant de se répandre dans la société.
Dans cet article, nous allons explorer l’évolution du chocolat en France, de ses origines exotiques à son rôle dans la gastronomie moderne.
Bien avant son arrivée en Europe, le chocolat était déjà une denrée précieuse en Amérique du Sud. Les Mayas et les Aztèques cultivaient le cacaoyer, dont les fèves servaient à préparer une boisson amère et épicée, appelée « xocoatl« . Cette boisson, considérée comme une source de force et d’énergie, était réservée aux nobles, aux prêtres et aux guerriers.
Les fèves de cacao avaient une telle valeur qu’elles étaient utilisées comme monnaie d’échange. Par exemple, 100 fèves permettaient d’acheter un esclave et 10 fèves suffisaient pour une dinde ! En plus de son usage alimentaire, le cacao était perçu comme un cadeau des dieux, notamment par les Aztèques, qui l’associaient à Quetzalcoatl, le dieu de la sagesse.
L’histoire du chocolat en France commence avec Christophe Colomb, qui découvre le cacao lors de son quatrième voyage en 1502. Toutefois, il ne perçoit pas tout de suite son importance. C’est finalement Hernán Cortés, lors de la conquête de l’empire aztèque en 1528, qui comprend le rôle central du cacao et décide d’en rapporter en Espagne.
En Espagne, la boisson est adoucie avec du sucre et de la vanille, la rendant plus agréable au palais européen. Le cacao devient alors une denrée rare et luxueuse, soigneusement gardée secrète par la cour espagnole pendant près d’un siècle.
Le chocolat arrive en France en 1615, lors du mariage d’Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne, avec Louis XIII. Elle apporte avec elle cette boisson encore méconnue et commence à la populariser à la cour française. Cependant, c’est sous Louis XIV, le Roi-Soleil, que le chocolat devient un véritable symbole de raffinement et de pouvoir.
À cette époque, seuls les nobles et la bourgeoisie aisée peuvent se permettre d’en consommer. On lui attribue d’ailleurs des vertus médicinales : il est réputé pour revigorer l’esprit, faciliter la digestion et même agir comme aphrodisiaque.
Au XVIIIe siècle, le chocolat en France reste encore un produit de luxe, consommé principalement sous forme de boisson chaude. Il est réservé aux nobles et aux bourgeois aisés, qui en raffolent pour ses prétendues vertus médicinales et son effet énergisant.
Dans les salons parisiens, il est courant d’associer le chocolat à d’autres mets raffinés, et certaines personnalités, comme Madame de Pompadour, en font même un aliment de séduction, convaincues de ses propriétés aphrodisiaques.
Cependant, le chocolat demeure hors de portée du peuple, son prix étant trop élevé à cause de la difficulté d’importation des fèves de cacao. Ce n’est qu’avec la Révolution industrielle au XIXe siècle que les choses vont véritablement changer.
Le XIXᵉ siècle marque une période de transformation majeure pour le chocolat, grâce à plusieurs innovations techniques qui rendent sa production plus efficace et son prix plus abordable :
Avec l’essor de l’industrialisation au début du XXe siècle, le chocolat devient un produit de grande consommation en France. L’amélioration des procédés de fabrication, la réduction des coûts de production et l’essor de la publicité permettent d’élargir considérablement son public.
Les grandes marques comme Menier, Poulain et Suchard rivalisent d’innovation pour proposer des produits accessibles à tous. Plusieurs évolutions marquent cette période :
Dans les années 1930, Poulain innove en ajoutant des images de collection dans ses tablettes, une stratégie qui séduit particulièrement les enfants.
Les deux guerres mondiales bouleversent l’industrie chocolatière. Le rationnement du sucre et du cacao force les chocolatiers à modifier leurs recettes et à chercher des alternatives locales.
Dès les années 1950, la France connaît un boom économique, accompagné d’une hausse spectaculaire de la consommation de chocolat. La production devient plus diversifiée, et l’apparition de nouvelles techniques comme le conchage (perfectionné par Lindt) améliore encore la qualité des chocolats.
À la même période, les grands chocolatiers artisanaux commencent à se démarquer.
Depuis plusieurs décennies, le chocolat en France connaît un renouveau artisanal. De nombreux chocolatiers indépendants se détachent des grandes marques industrielles pour proposer un chocolat plus authentique, souvent fabriqué avec des fèves de cacao sélectionnées avec soin.
Le mouvement « bean-to-bar » (de la fève à la tablette) prend de l’ampleur. Il s’agit d’une approche où le chocolatier contrôle tout le processus de fabrication, de la torréfaction des fèves jusqu’à la tablette finale. Des artisans comme François Pralus, Patrick Roger ou Jean-Paul Hévin se distinguent par leur savoir-faire et leur exigence sur la qualité des matières premières.
La France est aujourd’hui un acteur incontournable du chocolat haut de gamme. Ses chocolatiers sont régulièrement primés dans des concours internationaux, et les maisons prestigieuses comme Valrhona, La Maison du Chocolat ou Michel Cluizel exportent leur savoir-faire à travers le monde.
Les créations françaises se distinguent par :
Le chocolat évolue constamment pour s’adapter aux attentes des consommateurs. Aujourd’hui, plusieurs tendances marquent le marché français :
Voilà précisément 174 ans que Poulain nous régale. Du petit déjeuner, à la pause gourmande du soir, sans manquer au goûter, il nous fait constamment osciller entre douceur et nostalgie. Cette marque de chocolat français qui nous rappelle tant de doux effluves n’est autre que l’œuvre de Monsieur Poulain. C’est au retour de son apprentissage à l’épicerie parisienne du mortier d’argent que le très jeune Victor-Auguste Poulain ouvre sa chocolaterie.
À cette époque, on considère encore le chocolat comme un produit de santé. Ce produit étant jusqu’alors une denrée artisanale conditionnée sous forme de boudins et vendue comme un produit dit de santé. Fort de sa vision, sa chocolaterie deviendra un haut lieu de création et d’invention. Laquelle va permettre de mettre au point de recettes de chocolat en mesure de traverser les générations.
Toujours fort en innovation, le chocolat Poulain est aussi célèbre pour ses images éducatives, dites « images Poulain ». Concernant son approche marketing, Poulain n’était pas mal non plus ! En effet, alors en 1914 la marque se porte acquéreuse de 110 salles de cinéma, dont en Égypte et en Angleterre. La marque offrait des « billets de faveurs » dans ses tablettes, permettant d’obtenir une entrée à moitié prix.
Fort heureusement pour nous, son bon goût inimitable se décline en une myriade de produits. À vous les pâtes à tartiner, poudres cacaotées et autres tablettes de chocolat à n’en plus finir ! Avec des recettes rivalisant de gourmandise et d’audace, la marque a su aussi s’adapter aux nouveaux besoins et aux attentes des consommateurs de son époque. Et ce notamment, à travers le développement de ses gammes allégées en sucre, végétales, bio ou aux bons produits de nos régions. Dans cette même démarche, Poulain propose des produits exemptés d’huile de palme.
Le 7 juin dernier, La Nouvelle République révélait que l’usine Poulain, situé à Villebarou à proximité de Blois (Loire-et-Cher), allait fermer à la fin de l’année 2024. La baisse de la consommation du chocolat et la hausse du coût des matières premières sont avancées comme causes de cette fermeture.
Un véritable séisme dans la région puisque la chocolaterie avait été créée en 1848 par le fondateur Victor-Auguste Poulain et avait donc ouvert ses portes il y a plus 170 ans, à Blois. Son propriétaire actuel, le groupe français agro-alimentaire Carambar & co, devrait officialiser l’information auprès de ses employés mercre13 juin.
Un tremblement de terre et un coup de massue pour les salariés comme l’expliquait l’un d’eux à nos confrères de TF1. "Tout le monde est encore un peu abasourdi de l’annonce qui a été faite. Et il ne doit pas être le seul. En effet, cette fermeture va toucher plus d’une centaine de personnes. 109 exactement, qui ne savent pas de quoi leur avenir va être fait. La rencontre de ce 13 juin, entre les syndicats et la direction doit statuer de cela.
Dans un communiqué, les dirigeants assurent qu’ils sont déterminés "à accompagner chacun des 109 salariés concernés vers un nouvel emploi". Malgré la baisse de la consommation et la hausse du coût des matières premières, les employés sont sous le choc. "Cela fait un an que les volumes sont en baisse, mais pas de là à mettre en péril la société", assurait Tony Anjoran, délégué syndical de la CGT au sein de Poulain
Déjà, en 2022, l’entreprise avait bénéficié d’une aide de l’État de 200 000 euros, selon nos confrères. Un an plus tard, le site avait arrêté la production de poudres chocolatées pour l’étranger. Ce qui représentait près de 18 % de sa production. Cette usine historique, qui fabriquait de la poudre chocolatée et des tablettes, était une véritable institution dans la région.
Pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Victor-Auguste Poulain (1825-2025), le génial inventeur du chocolat Poulain, plusieurs associations s’associent pour proposer un ensemble de manifestations. Poulain, c’est un peu la madeleine de Proust blésoise.
La ville de Blois, les Blésois et au-delà l’industrie locale doivent beaucoup au fondateur de la chocolaterie Poulain. À ses plus belles heures, celle-ci employait plus de 1 200 salariés sur son site emblématique près de la gare et l’odeur de chocolat, qui flottait sur la ville, reste un souvenir unique.
Fer de lance du combat pour préserver l’outil industriel au printemps dernier quand le groupe Carambar & Co propriétaire de Poulain voulait le fermer, l’agglomération a souhaité s’associer à ce bicentenaire. « L’attachement affectif pour Poulain est très fort, nous l’avons constaté au printemps dernier. En septembre prochain, nous ouvrirons sur le site historique un tiers-lieu d’innovation technologique.
Pour fêter dignement le fils de métayer originaire de Pontlevoy, plusieurs acteurs culturels ont souhaité travailler ensemble pour bâtir un programme de haut niveau. La Maison de la BD va ainsi proposer une grande exposition « Poulain en images ».
« Le chocolatier fait figure de pionnier ayant su accorder une large place aux affiches mais aussi aux images Poulain à collectionner imprimées grâce au procédé de chromolithographie. Dépositaire d’un riche fond d’archives, objets et d’images (1), l’association Pontlevoy Patrimoine - Art et Culture va pour sa part organiser une exposition scénographiée au sein du foyer rural qui sera complétée par plusieurs ateliers (fabrication de chocolat, lithogravure, graphisme et lettres).
L’association des Amis du vieux Blois n’est pas en reste avec un projet phare : la remise en place du buste de Victor-Auguste Poulain au fronton du château de la Villette, la demeure familiale au cœur de l’ancienne chocolaterie (qui accueille aujourd’hui notamment l’INSA CVL). Du côté des Amis de Victor-Auguste Poulain - Cercle Gervaisien, le programme sera dense avec notamment une nouvelle exposition espace Jean-Claude Deret, la projection de plusieurs films (« La belle histoire du chocolat Poulain » d’Éric Bitoun, « Courjumelles » …), des conférences (« Boissons chaudes aux 18e et 19e » par Guillaume Gadiffert, « les ouvriers Poulain au 19e » par Gilles Chassier), des animations autour du chocolat (avec Luna et Max Vauché).
Poulain fut précurseur du marketing et de la publicité. « Derrière le chocolat et son emblème le petit Poulain, on a oublié l’homme qui a inventé le délicieux chocolat et dont le fils Albert a créé la CCI 41 en 1985 », indique le journaliste Pascal Audoux, auteur d’un livre sur l’entreprise (1) et l’un des plus grands connaisseurs français de cette saga industrielle et familiale.
Dernier de 10 enfants, né le 11 février 1825 à Pontlevoy dans une famille d’agriculteurs métayers installée près du château des Bordes, Auguste Poulain est placé comme commis épicier à 9 ans à Bléré. En 1836, il monte à Paris pour travailler au « Mortier d’argent ». L’adolescent y découvre le cacao, qu’il apprend alors à travailler. L’année 1848 marque la création de la célèbre recette de chocolat en poudre (le 1848) qui aujourd’hui encore fait autorité.
D’emblée, c’est le succès au point qu’en 1862, il achète 8 ares de terrain autour de la gare de Blois pour construire la première usine Poulain. Symbole de réussite, Victor-Auguste se fait construire un château face à la Loire (la Villette). En 1880, son fils Albert prend le relais et donnera une dimension industrielle à l’entreprise. La production passa ainsi de 37 tonnes en 1864 à 1510 tonnes en 1884.
Poulain se lance aussi dans la publicité à grande échelle avec ses chromolithographies. En 1893, l’entreprise devient une société anonyme avec l’entrée de Léon Renard, Georges Besnard et Georges Doliveux comme actionnaires. Le 24 juin 1896, Albert Poulain se désengage mais celle-ci va perdurer jusqu’à aujourd’hui. En 1990, la chocolaterie quitte le site de la gare pour une usine flambant neuve à Villebarou.
Le site est depuis le 11 décembre 2024 la propriété du groupe Andros et ne compte plus que 109 salariés. Victor-Auguste Poulain fut aussi maire intérimaire de Blois pendant la guerre franco-prussienne de 1870.
Le chocolat Poulain est la seule marque à pouvoir s'enorgueillir de plus de cent cinquante ans de présence sur le marché français. La force de sa marque réside dans la valeur affective acquise au fil du temps mais aussi de la force visionnaire de son fondateur Auguste Poulain qui eut l'idée, dès les débuts de la marque, de quelques techniques marketing qui font aujourd'hui encore leurs preuves.
L'histoire commence en Sologne en 1825. A travers le fabuleux d'Auguste Poulain, l'histoire de la marque dessine également l'histoire du chocolat en France au XIXème siècle.
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