La Côte d'Ivoire, un vaste pays d'Afrique de l'Ouest, est le premier producteur mondial de cacao, fournissant 40 % du cacao sur le marché international. Chocolats du Monde revient d'un voyage en Côte d'Ivoire où Sacha Malka a pu explorer la filière de ce géant du cacao.
En traversant ce pays d'est en ouest, vous rencontrerez d'innombrables petits arbres aux grandes feuilles vert tendre. La dénommée "ceinture du cacao" est une zone géographique située autour de l'équateur (20° Nord et Sud) qui traverse la Côte d'Ivoire. A cet endroit, les terres d'est en ouest sont propices à accueillir la production de cacao. Cette particularité climatique en fait le lieu parfait pour sa culture.
La Ceinture de Cacao
L’histoire du cacao en Côte d’Ivoire est profondément liée à l’époque coloniale, marquée par l’arrivée des Français à la fin du XIXe siècle. Lorsque la Côte d’Ivoire est devenue une colonie en 1893, l’économie était principalement basée sur la production de caoutchouc, d’huile de palme, et de quelques cultures vivrières. Cependant, dès le début du XXe siècle, les colons ont identifié le potentiel du cacao comme culture d’exportation rentable, à l’instar de ce qui s’était fait au Ghana, pays voisin d’où viennent la plupart des cultivars.
La culture du cacao a véritablement pris son essor au début des années 1900. À l’époque, le développement du cacao était encouragé par le gouvernement colonial, qui voyait dans cette culture un moyen de générer des revenus significatifs grâce à l’exportation. Pour promouvoir la culture du cacao, l’administration coloniale a mis en place des politiques agricoles favorables, comme la distribution gratuite de plants de cacao et l’assistance technique aux petits planteurs locaux, contrairement aux colonies portugaises qui construisaient de grandes plantations “roça” fonctionnant au détriment d’esclaves. Cependant, l’engouement pour cette culture était encore limité, car les producteurs ivoiriens n’étaient pas encore familiarisés avec le cacao et préféraient se consacrer aux cultures traditionnelles et vivrières.
« Le français Arthur Verdier fut le premier à vraiment apporter de la valeur à la région d’Assinie (premier comptoir français en Côte d’Ivoire) à partir de 1870. Dans les années 1930, le gouvernement colonial a intensifié ses efforts pour accroître la production de cacao. Une grande partie de cette expansion a été réalisée grâce à la mise en œuvre de politiques coercitives, notamment l’imposition de quotas de production et la mobilisation de la main-d’œuvre. Les populations locales, principalement les Baoulés et les Bétés, ont été encouragées, voire contraintes, à cultiver le cacao.
Les autorités coloniales utilisaient des pratiques comme le travail forcé pour créer de grandes plantations et atteindre les objectifs de production. Pendant cette période, de nombreux travailleurs venus d’autres régions de la Côte d’Ivoire ou des colonies voisines ont été recrutés pour travailler dans les plantations de cacao.
Après la Seconde Guerre mondiale, la demande mondiale de cacao a explosé, ce qui a accru davantage la production en Côte d’Ivoire. Les Français ont continué d’investir dans l’infrastructure agricole, construisant des routes et des chemins de fer pour faciliter le transport du cacao vers les ports, notamment Abidjan et San Pedro. Le cacao est devenu un produit clé de l’économie coloniale ivoirienne, représentant une part importante des exportations du pays. Dans les années 1950, la Côte d’Ivoire est devenue le troisième producteur de cacao au monde, après le Ghana et le Brésil. Cependant, la richesse générée par cette culture profitait principalement aux colons et aux grandes sociétés commerciales françaises.
Lorsque la Côte d’Ivoire a obtenu son indépendance en 1960 sous la direction de Félix Houphouët-Boigny, la culture du cacao était déjà bien établie dans le pays. Le cacao a continué de jouer un rôle central dans l’économie ivoirienne, et Houphouët-Boigny, lui-même issu d’une famille de planteurs, a encouragé son développement.
Désormais, le cacao ivoirien dépend d’un système régulé par le Conseil Café-Cacao, qui définit les prix d’achat de la filière à chaque étape et les modifie pour chaque saison. Ce prix a d'abord cherché à protéger les producteurs et l’économie ivoirienne de la volatilité du marché. Cependant, ce système a été très critiqué car la flambée des prix mondiaux n’a pas bénéficié aux producteurs de cacao, qui ont vu le prix à la ferme augmenter seulement jusqu’à environ 2 USD le kilo, alors que d'autres pays pouvaient vendre à un prix cinq fois plus élevé.
Aujourd’hui, les questions de rémunération s’ajoutent aux pertes brutales de production causées par un système de monoculture de cacao standardisé, qui a entraîné une déforestation accrue, réduisant le couvert forestier à moins de 7 % de sa couverture initiale. Dans ces conditions, le changement climatique, avec ses sécheresses et ses fortes pluies, a perturbé la production et rendu le cacaoyer plus vulnérable aux ravageurs et aux maladies.
Production cacao Côte d'Ivoire
Pour se renouveler, la filière ivoirienne explore de nouvelles pratiques comme l’agroforesterie pour tenter de donner un second souffle à ses producteurs, avec plusieurs grandes initiatives menées par le gouvernement pour augmenter la présence d’arbres d’ombrage sur les plantations. Cependant, les bénéfices de ces politiques ne pourront être observés que dans une dizaine d’années.
Le cacao de Côte d’Ivoire est souvent mal vu par les chocolatiers. Pourtant, c’est le plus répandu : celui que tout le monde a goûté au moins une fois. Il est à la base de vos barres Mars ou de vos tablettes Lindt. Hérité des agronomes coloniaux, le cultivar présent est essentiellement le Forastero, appelé localement "le tout venant" ou "la Mercedes". Il a été essentiellement choisi pour sa productivité et non pour son goût.
Aujourd'hui, le producteur ivoirien vit souvent au seuil de pauvreté, ce qui limite ses capacités à améliorer la qualité de sa production. Un autre facteur limitant est la licence nécessaire pour acheter le cacao, délivrée par le Conseil Café-Cacao, qui restreint les acheteurs à quelques grands traders ou aux grands noms du cacao comme Barry Callebaut, Semoir ou Olam.
La Côte d'Ivoire, en tant que premier producteur mondial de cacao, fait face à des défis majeurs liés à la durabilité de sa production et aux conditions de vie des producteurs. La déforestation, le travail des enfants et la faible rémunération des agriculteurs sont des problèmes critiques qui nécessitent des solutions innovantes et des engagements forts de la part de tous les acteurs de la filière.
Enjeux Clés:
Perspectives et Solutions:
En adoptant des pratiques agricoles durables et en garantissant une rémunération équitable aux producteurs, la Côte d'Ivoire peut assurer un avenir prospère pour sa filière cacao et contribuer à la protection de l'environnement.
Tableau: Production Mondiale de Cacao (estimations 2023)
| Pays | Production (tonnes) |
|---|---|
| Côte d'Ivoire | 2,200,000 |
| Ghana | 850,000 |
| Équateur | 430,000 |
| Indonésie | 350,000 |
| Nigéria | 340,000 |
Source: Organisation Internationale du Cacao (ICCO)
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