Chanson de Porc: Origine et Traditions

La chanson de porc, ou chanson enfantine, est un élément important de la culture et des traditions familiales dans de nombreuses régions. Cet article explore l'origine de ces chansons, leur évolution et les débats contemporains sur leur contenu.

L'Importance des Chansons dans la Culture Alpine

Je suis née dans le Tyrol du Sud ou Haut-Adige, une région italienne encastrée entre l'Autriche et la Suisse. L'Adige est le fleuve qui traverse la région. Du point de vue italien, on dit « Haut-Adige » et du point de vue du Nord, on dit « Tyrol du Sud » sachant que cette région était autrichienne jusqu'à la première guerre mondiale. De ce fait, la culture de ma région est profondément alpine et très influencée par l'Autriche.

Au niveau du répertoire musical, il y a très peu d'influence italienne : nos danses sont des polkas, des valses, on est très loin de la tarentelle. Dans la famille, on chantait toujours beaucoup. D'ailleurs, mon père ne supportait pas la musique moderne. Quand un groupe à la mode passait à la radio, il disait : « Donnez à manger à ces malheureux qu'ils arrêtent de pleurer ! ». Ce n'était pas une musique qui pouvait passer en cuisine.

On avait un petit tourne-disque sur lequel on écoutait des disques de musiques traditionnelles, aussi un peu de Mozart et de Beethoven. Ma mère est née dans le village où j'ai grandi, à « Monguelfo » (du « mont de Guelfe »), qu'on appelle « Welsberg » en allemand. Chez nous, tout est bilingue. Ma mère s'appelait Adelinde mais tout le monde l'appelait Linde. Mon père s'appelait Josef mais tout le monde l'appelait Pepe.

Mon père est né dans un village à vingt kilomètres de là : son père était originaire du village et sa mère venait de Carinthie, une région d'Autriche du Sud, frontalière avec la Slovénie. Je n'ai jamais connu ma grand-mère, elle est morte une année avant ma naissance, mais elle a eu une influence énorme sur mon père. Elle était très présente dans la famille et dans la transmission de la culture.

Quand mon père était petit, la maison familiale a brûlé : à l'âge de six ans, il a été envoyé dans la famille de sa mère. Il n'était pas vraiment bienvenu dans cette grande ferme : pour la maisonnée, c'était une bouche à nourrir supplémentaire, il devait travailler. Mais il y avait quelques personnes gentilles. Dans la vie, tu peux être dans la galère totale mais quand une lumière t'éclaire, tu vas t'attacher énormément à elle.

Et cette lumière, c'était sa marraine, la bru de la patronne de la ferme, qui était entrée dans l'exploitation familiale par son mariage. De ce fait, mon père est très attachée à cette région, la Carinthie. Et c'est pour ça qu'il nous a toujours demandé d'apprendre les chansons de là-bas. En famille, on chantait tout le temps. Par exemple, à Noël, on se retrouvait sous l'arbre et, avant d'ouvrir les cadeaux, c'était une heure et demi de chansons. Toute la famille ensemble !

Etant donné que tout le monde avait plus ou moins appris à jouer des instruments, il y avait toujours de la musique pour accompagner les voix. Mon frère ainé jouait de la batterie dans la fanfare du village et avait aussi appris la guitare ; ma soeur jouait de la flûte traversière et m'a appris la flûte à bec. Ensemble, on a travaillé des morceaux de Bach, Telemann. On proposait des petits intermezzo de musique classique entre les chants traditionnels. Mon autre frère a fait de la clarinette mais il n'en a jamais joué en famille, il détestait cet instrument.

Mes parents ont poussé les grands à faire de la musique mais avec moi, ils ont lâché prise. J'ai quand même voulu apprendre la guitare. J'ai pris des cours au village mais ce n'était pas l'école de musique, c'était quelque chose de bricolé. On chantait des chansons populaires allemandes, issues de la période romantique, des années mille huit cent..., une époque pendant laquelle les poètes ont repris les chansons populaires en les traduisant en « vrai » allemand.

C'est une chanson allemande, la préférée de ma mère. Ma mère s'appelle Adelinde et la Linde, c'est le tilleul.On l'a chantée à son enterrement en son honneur, tous ensemble. Elle dit : « Quand le tilleul se met en fleurs, le printemps arrive avec les chants des oiseaux, les bruits des petits ruisseaux et c'est le bonheur ». Ça finit par dire : « Si tu chantes une chanson, Linde (le tilleul) va refleurir. Donc si tu chantes une chanson pour ma mère, même si elle est morte, elle va refleurir...

On faisait beaucoup de randonnées avec les gens du club alpin, ça chantait tout le temps, mais plutôt des chansons montagnardes en allemand. Ensuite, on a cultivé le chant avec ma soeur, on allait faire des stages de chants issus de la région où mon père a grandi, la Carinthie. Là bas, je crois qu'ils ont davantage maintenu la vraie tradition du patois. C'était la chanson préférée de mon père. On l'a chantait à chaque Noël. Elle parle du Mölltal (tal, la vallée et la Möll, la rivière). C'est de là que vient ma grand-mère.

Cette chanson dit que dans cette vallée, sur le versant exposé au sud, tu vas trouver les plus jolies fleurs pour faire un beau bouquet, tu vas trouver les plus belles filles et si que si tu veux tomber amoureux, c'est là bas qu'il faut aller. Je le chante dans un patois qui mélange celui de mon village et celui de là-bas. D'une vallée à l'autre, on se comprend complètement mais il y a des petites variations. Cette chanson est en patois autrichien de la région de mon père.

Je l'ai appris avec ma soeur à un stage musique, j'avais 12 ans. Cette chanson est plus ou moins une chanson de Noël. Elle dit : « Quand cette année, on aura du pain d'épice, les enfants du voisin vont être jaloux. Moi, j'aime bien le pain d'épice, mais un morceau de pain, c'est bien aussi. A vrai dire, je ne me souviens pas que quelqu’un se soit assis pour m'apprendre des chansons.

On chantait à l'occasion de Noël, des fêtes familiales et même aux enterrements. C'est quelque chose de très organisé où tout le village participe. J'ai vécu les enterrements de mes deux parents. La cérémonie commence à midi, on va à l'église, ensuite on va à la brasserie parce que tous les gens qui ont aidé ont droit à une assiette de charcuterie, une soupe et là, tu te réunis et tu tchatches. Vers 20h, tu commences à chanter jusqu’à minuit. C'est un vrai bonheur.

C'est comme dans la tradition russe : honorer un mort en chantant. Ce ne sont pas des chants religieux, moi je n'en connais pas. J'ai été baptisée, j'ai fait la première communion, celle où le Saint-Esprit vient sur ta tête, je chantais même dans la chorale de l'église mais le dimanche, on allait pas automatiquement à la messe parce que la randonnée était plus importante. Dans la famille ou le village en général, il y a un mélange de bigotisme et de religion ancestrale. Quand je n'arrivais pas à dormir, ma mère ne me disait pas de prier pour le petit Jesus mais pour la grand-mère ou les ancêtres.

Quand j'avais 10 ans, j'ai attrapé une espèce d'inflammation, une maladie bactérienne. J'ai été malade pratiquement toute une année, j'avais de la fièvre, j'ai adoré. Je pouvais rester à la maison, lire des livres, écouter des disques sur la platine. Un jour, j'ai mis un disque de chants de Ladins. Le ladin est une langue rhéto-romane : les Rhétiens étaient une peuplade indo-germanique ; ils s'étaient installée tout autour de l'arc alpin pour se mélanger ensuite avec les Romains.

Suite aux conflits avec les peuples voisins dans les années 300, les Ladins se sont réfugiés dans les vallées les plus hautes des Alpes et ont pu garder leur culture. Il y a encore des ilots ladins aujourd’hui en Suisse, dans les Dolomites et jusqu'au Frioul, vers Trieste. J'ai donc découvert ce chant lorsque j'étais malade et je l'ai appris par cœur. J'ai commencé à le chanter à ma famille qui était hyper fan. Ma soeur adorait, je lui ai appris et lors des de fêtes, on chantait ces chansons ladines.

Que faisaient tes parents ? Ils étaient instituteurs tous les deux puis ils ont suivi des formations permanentes : mon père est devenu proviseur de collège et ma mère directrice d'école primaire. Après l'épisode de la maison brûlée, mon père a été envoyé en Carinthie. Il devait y rester un été, il est resté six ans. Il est né en 1929, juste avant le début de la période hitlérienne. Il m'a raconté que lorsqu' il était en Autriche dans cette famille d'accueil, il était enfant de choeur.

Un jour, juste avant l'Anschluss (quand l'Autriche est devenue allemande), il est allé faire les commissions dans une ferme voisine. Il est entré en disant bonjour et les gens lui ont dit : « Maintenant, tu sors ! Tu vas rentrer à nouveau en disant « Heil Hitler ! » ». Il a grandi durant cette période, ce n'était pas facile. Entre temps, en Italie, Mussolini a pris les rennes du pays. Notre région était germanophone et d'un coup, elle devenait italophone.

Quand mon père est revenu rejoindre ses parents en Italie, il n'était pas apte pour l'école italienne car il ne parlait pas la langue. Il a dû l'apprendre pour pouvoir aller à l'école. Ala fin de la guerre, il avait 15 ans : tous les petits jeunes comme lui ont été envoyés au front sur les derniers combats. Ensuite, il a effectué son service militaire classique et il est entré en formation de maître d'école. Ma mère était plus jeune, elle est née en 1935. Elle vivait dans son petit village où elle était première de sa classe.

Quand la guerre a pris fin, elle avait 11 ans. La région était germanophone et le patois avait été interdit par les fascistes. Les accords de Paix ont rendu aux gens le droit d'exercer leur langue maternelle. Les gens pouvaient donc reprendre l'école en allemand. Sauf qu'il n'y avait plus de maitres d'école parce qu'ils étaient morts pendant la guerre, ils avaient été chassés ou s'étaient enfuis. Ils ont donc sélectionné les plus jeunes pour les envoyer en formation.

Ma mère, à l'âge de 12 ans, a été envoyée en internat dans une ville à 100 km de son village. C'était le seul établissement qui proposait une formation pour devenir maitresse d'école. Elle m'a raconté qu'elle pleurait tout le temps, elle avait le mal du pays ; en plus, l'hygiène n'était pas terrible, elle a attrapé la fièvre typhoïde et toutes les maladies possibles. Elle a souffert d'être arrachée à ses parents à l'âge de 12 ans. Elle a donc suivi ses études et a obtenu le diplôme d'institutrice à 17 ans.

Elle est allée travailler à l'école en face de chez elle : pour se défendre - elle était toute jeune - elle donnait des gifles. C'est là qu'elle a rencontré mon père parce qu'il travaillait dans le même établissement. A ce moment là, mon grand-père maternel était charpentier. Son entreprise marchait bien. Avec l'aide de ses ouvriers, il a construit la maison dans laquelle mon père et ma mère se sont installés après leur mariage. C'est là que j'ai grandi avec mes frères et sœurs ; j'ai gardé un très fort attachement à cette maison.

De par l'histoire qu'ils ont traversés, mes parents ont gardé un grand attachement aux traditions. Ils ont beaucoup oeuvré dans la culture locale, surtout mon père. Il était la référence sur l'histoire de la vallée ou du village. Tous les deux ont mis en place des bals folkloriques dans la région. Ils étaient d'ailleurs d'excellents danseurs. Ils faisaient venir des groupes folkloriques avec les costumes lors des fêtes populaires. C'était aussi les « intellectuels » du village.

A l'époque, très peu de gens faisaient des études. Ils faisaient partie de toute une génération qui avait vécu sous le fascisme : leur culture locale, leur prénom, chanter des chansons de leur enfance, tout leur était interdit. Un vrai mouvement s'est mis en place pour sauvegarder l’identité ; ils baignaient à fond là-dedans. Ils étaient attachés aux traditions, mais aussi à la nature. Dans les années 70, mon père a mis en place la première formation permanente de découverte nature pour les enseignants. Ils partaient une semaine dans un refuge apprendre le nom des plantes, des serpents, des animaux... Il était également l'un des membres fondateurs du parti écologiste de la vallée.

Puis il n'aimait pas trop les Italiens. Faire la paix avec cette période fasciste n'était pas évident... En même temps, mes parents avaient beaucoup d'amis italiens. Par contre, quand j'ai eu mon premier amour déclaré à la famille, Eugenio, un Napolitain, c'était un peu critique. Mon père a fait la tête. Il a fallu que je le menace : « Soit tu acceptes mon compagnon, soit tu perds ta fille ».

De quelle identité se revendiquait-il ? Tyrolien. Et ma mère, pareil. Pour te dire, je m'appelle Gerlind, et mes frères et sœurs : Gerold, Gudrun, Gislar. Ce sont vraiment des noms qui viennent de la saga de Nibelungen, le grand mythe fondateur de la culture allemande. Ce ne sont pas des prénoms anodins. Mes parents étaient militants pour défendre le droit d'exercer leur langue natale, leur danse, leurs traditions, leurs chants mais bien sûr, dans tout ça, pas de place pour les Beatles et cie ! Et du côté de ta mère ?

Elle est née d'un père charpentier, immigré d'une autre vallée. Il venait d'une famille très pauvre, de onze enfants, dont le père est mort très jeune. C'est un peu un self-made-man. Tous ses frères et soeurs se sont relevés de la misère en apprenant de bons métiers. Lui est venu à Monguelfo pour faire une formation de charpentier. Il a rejoint son frère qui avait trouvé un poste d'apprenti forgeron. J'avais un amour infini envers ce grand-père.

Il est arrivé au village, il a rencontré cette femme qui avait huit ans de plus que lui. Elle était d'un milieu très modeste et probablement, elle devait être une très belle fille mais très hautaine, avec un caractère plutôt méchant. Au lieu d'épouser un jeune du village, elle préférait fricoter avec les officiers autrichiens pendant la première guerre mondiale. A 36 ans, elle s'est trouvée son compagnon : mon grand-père est tombé amoureux d'elle, ils se sont mariés. Elle le traitait très méchamment et faisait tout pour lui rendre la vie misérable.

Quelque part, dans la famille de ma mère, il y avait cette idée d'émancipation : ma grand-mère, c'est clair et net, voulait s'émanciper de tous ces campagnards, ces paysans. De quelque façon, elle a transmis cette idée à ma mère, même si cette dernière est devenue institutrice et adhérait aux valeurs traditionnelles. Chez mon père, c'était le contraire. Son rêve était de travailler dans une étable, caresser les vaches, avoir une vie de fermier. Il avait vraiment cet idéal d'appartenir à la culture paysanne, fermière.

En tant qu'enfants, vous avez été éduqués dans cette culture paysanne, autrichienne ; Tu as la nationalité italienne : comment gère-tu ces appartenances multiples ? Oui mais ça a pris du temps. Au départ, les seuls Italiens que je fréquentais, c'était les touristes ou les fils de militaires. Ensuite, je suis partie à la fac. Je préférais aller en Italie même si beaucoup de gens de ma région partaient en Autriche parce que c'est plus facile. C'est un peu notre pays protecteur, il y a beaucoup de favoritisme économique et aussi la proximité de la langue. Chez nous, il y a trois langues reconnues : l'allemand, l'italien et le ladin. On suivait tous l'école dans notre propre langue. Jusqu'à mes 18 ans, je suis allée à l'école allemande avec 8 heures d'itali...

Réécriture des Comptines: Un Débat Contemporain

Faut-il réécrire les comptines pour les enfants pour qu’elles soient plus respectueuses des animaux ? L’association animaliste américaine Peta veut en finir avec des chansonnettes archaïques, dans lesquelles on maltraite des petites bêtes. Vous avez chanté Une souris verte à vos enfants ? C’est complètement inconscient. Vous les avez sans doute encouragés à la maltraitance animale ! C’est en substance le contenu de la nouvelle campagne des animalistes de Peta, qui veulent « véganiser » les comptines.

« De la même manière que des contes de fées ont été remaniés pour remplacer les propos racistes et sexistes, nous devrions veiller à ce qu’elles soient adaptées aux enfants d’aujourd’hui et n’encouragent pas le spécisme, ni la cruauté envers les animaux ». Et donc, Peta suggère de nouvelles paroles « empreintes de compassion » à plusieurs comptines.

« Un petit cochon pendu au plafond », ça ne va pas du tout ! Le nouveau petit cochon est sur un paillasson... « Un petit cochon sur un paillasson. Gratouillez son nez, il sera enchanté, chatouillez son dos il fera des sauts, chatouillez encore, il sautera plus fort ». Que dire ? La version initiale de la chanson était bébête et elle n’a jamais incité aucun gosse à pendre un cochon, même un cochon d’Inde au plafond du salon. La nouvelle version est moins cruelle avec les animaux, certes... Mais si on part du principe qu’il faut se méfier de la puissance d'évocation contenue dans une comptine, qui a envie de créer pour ses enfants l'évocation d’une scène où l’on caresse des cochons pour les faire sauter plus fort ? L’ambiance était marrante, elle devient glauque, façon « balance ton porc ».

Peta réécrit aussi la chanson Alouette, je te plumerai. Qui devient : « Alouette, je te caresserai, le bec, la tête. » Et là, je dis non, Peta. Car les amis de la faune sauvage le savent. On ne touche pas les oiseaux, on ne caresse pas les petits animaux abandonnés. Ils sont rejetés par leurs congénères. Inciter les enfants à le faire est une très mauvaise idée quand on dit aimer les animaux.

Et enfin, la fameuse souris verte. On ne la trempe pas dans l’huile pour en faire un escargot tout chaud ! On l’invite à manger des glaces à l’eau. Peta est aussi bête qu’inculte. Historiquement, cette chanson raconte non pas les misères d’une souris, mais les tortures infligées aux soldats vendéens, en uniforme vert, par les soldats républicains au XVIIIe siècle. Message : on peut torturer des humains autant qu’on veut dans les chansons, les animalistes s’en fichent, tant qu’on ne touche pas à des animaux qui n’existent pas. D’ailleurs, vos gamins savent très bien faire la différence entre la réalité et une souris verte transformée en escargot. C’est assez hypocrite, cette lutte contre la cruauté.

Peta aurait pu s’attaquer à la chanson Il était un petit navire et à sa honteuse promotion du thon en boîte. Mais elle ne l’a pas fait, parce que ce qu’elle raconte ne pose pas de problème pour les animalistes. Il ne s’agit que d’un acte de cannibalisme sur un moussaillon qui a perdu à la courte paille.

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