Campagne Anti-Gaspillage Alimentaire: Exemples et Solutions

Chaque année, près d’un tiers de la nourriture produite dans le monde n’arrive jamais dans nos assiettes, elle est perdue ou gaspillée tout au long de la chaîne alimentaire. Instaurée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2019, elle répond aux préoccupations croissantes face à l’ampleur du gaspillage alimentaire et à ses conséquences. Afin d’attirer l’attention du grand public sur l’ampleur du gaspillage alimentaire et d’encourager des actions concrètes pour y remédier, le 29 septembre a ainsi été proclamé Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture par les Nations Unies.

Dans cet article, nous allons explorer les raisons de la création de cette journée mondiale, les chiffres-clés du gaspillage alimentaire, ses impacts environnementaux, économiques et sociaux, et les solutions, du citoyen aux collectivités, pour agir au quotidien.

Comment bien conserver les aliments pour réduire le gaspillage alimentaire ?

Pourquoi lutter contre le gaspillage alimentaire ?

Au-delà du gâchis de nourriture, les pertes et gaspillages alimentaires entraînent un fardeau écologique considérable. Produire des aliments qui ne seront jamais consommés mobilise des ressources naturelles énormes pour rien : des terres agricoles (environ 30 % des terres cultivables serviraient à cultiver de la nourriture qui sera gaspillée), de l’eau douce en quantités astronomiques, de l’énergie, des engrais et des heures de travail… Tout cela pour finir à la poubelle. Enfin, ce gaspillage de nourriture aggrave la dégradation de la biodiversité : pour rien, on aura épuisé les sols, pêché les océans ou abattu des forêts afin de produire ces aliments finalement non consommés.

Infographie sur le gaspillage alimentaire.

Impact environnemental

Le gaspillage alimentaire contribue aussi fortement au changement climatique : on estime que les pertes et déchets de nourriture génèrent 8 à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait ainsi l’un des trois plus gros émetteurs de CO₂, derrière la Chine et les États-Unis. En décharge, les aliments qui pourrissent émettent du méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant. À titre de comparaison, la pollution due au gaspillage représente près de cinq fois les émissions de tout le trafic aérien mondial.

Impact économique

Jeter de la nourriture, c’est aussi jeter de l’argent. L’impact économique du gaspillage alimentaire se chiffre en centaines de milliards de dollars perdus chaque année. Selon les estimations de l’ONU, la valeur de la nourriture qu’on gaspille représenterait environ 750 milliards de dollars par an (sans même compter les impacts environnementaux qui, eux, sont plus difficiles à monétiser). Pour les producteurs, ce sont des récoltes perdues ; pour les entreprises agroalimentaires et les distributeurs, ce sont des investissements, du temps et de l’énergie gaspillés ; pour les consommateurs, c’est de l’argent dépensé dans des aliments qui finiront à la poubelle.

À l’échelle des nations, un tel gâchis alimentaire pèse sur l’économie et la sécurité alimentaire. Les pertes réduisent l’offre de nourriture disponible sur le marché, ce qui peut contribuer à faire monter les prix. Par ricochet, cela affecte le pouvoir d’achat des ménages et l’accès des plus pauvres à une alimentation suffisante. Réduire de moitié le gaspillage alimentaire mondial d’ici 2030 est d’ailleurs l’une des cibles des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies (cible 12.3 de l’Agenda 2030).

Impact social et humanitaire

Sur le plan social et humanitaire, le gaspillage alimentaire est un scandale moral. Chaque portion de nourriture jetée à la poubelle représente un repas qui aurait pu nourrir quelqu’un dans le besoin. Par exemple, il a été calculé qu’en économisant seulement un quart de toute la nourriture gaspillée dans le monde, on pourrait nourrir environ 870 millions de personnes, soit largement de quoi éliminer la faim actuelle. Réduire le gaspillage ne suffirait certes pas à éradiquer à lui seul la faim, qui est un problème complexe, mais cela pourrait y contribuer fortement en rendant plus de nourriture disponible là où elle fait défaut.

Le gaspillage alimentaire révèle aussi des inégalités : dans les pays riches, on jette parce qu’on produit et on consomme au-delà de nos besoins, alors que dans d’autres régions, des communautés entières manquent du nécessaire. C’est un enjeu d’équité et de justice sociale que de mieux redistribuer les ressources alimentaires. Enfin, même à l’échelle locale, le gaspillage a des conséquences sociales : par exemple, les invendus alimentaires pourraient profiter aux associations d’aide aux plus démunis.

Solutions et initiatives contre le gaspillage alimentaire

Bonne nouvelle : chacun d’entre nous peut contribuer à la lutte contre le gaspillage alimentaire, et des solutions émergent à toutes les étapes de la chaîne. En France, ces pertes représentent 10 millions de tonnes de produits par an. Mais, c’est évidemment toute l’année qu’il faut réduire les pertes de denrées alimentaires. Depuis 2020, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire s’attache à transformer en profondeur notre système pour agir efficacement contre toutes les formes de gaspillage. Le gaspillage alimentaire touche les différentes étapes de la chaîne alimentaire : production, transformation, distribution puis consommation.

Actions individuelles (à la maison)

Nous pouvons tous adopter de simples réflexes anti-gaspi au quotidien. Par exemple, mieux planifier ses achats et ses repas pour n’acheter que le nécessaire, apprendre à cuisiner les restes et accommoder les « fonds de frigo », comprendre les dates de péremption (« à consommer de préférence avant » ne signifie pas que l’aliment n’est plus bon après cette date !), conserver correctement les aliments (réfrigération, congélation) pour prolonger leur fraîcheur, ou encore accepter de consommer des fruits et légumes « moches » mais tout aussi bons.

Chaque geste compte : servir de plus petites portions pour éviter de jeter ce qui n’est pas mangé, faire du compost avec les épluchures et déchets organiques, ou donner les produits qu’on ne consommera pas (à des voisins, des amis ou via des applications de dons alimentaires) sont autant de moyens simples de réduire le gaspillage à l’échelle d’un foyer.

Actions des entreprises (production, distribution et restauration)

Les professionnels ont un rôle clé à jouer pour réduire les pertes tout au long de la chaîne. Dans l’agriculture, cela passe par de meilleures techniques de récolte et de stockage pour éviter que les produits ne se perdent avant d’arriver sur le marché. Dans l’industrie agroalimentaire et la grande distribution, optimiser la gestion des stocks et de la logistique permet de minimiser les invendus ; plusieurs enseignes mettent en place des rayons ou paniers de produits à prix réduits en fin de journée pour écouler les denrées proches de la date limite. Les supermarchés, quant à eux, peuvent nouer des partenariats avec des banques alimentaires pour faire don de leurs invendus chaque jour plutôt que de les jeter (comme l’impose la loi en France ).

Dans la restauration (restaurants, cantines, hôtels…), de nombreuses initiatives voient le jour : ajuster la taille des portions servies, proposer aux clients d’emporter les restes (doggy bag), ou encore mesurer et analyser les déchets alimentaires pour identifier où agir. Les nouvelles technologies apportent un coup de pouce bienvenu : applications mobiles de mise en relation pour récupérer à petit prix les invendus du jour (telles que TooGoodToGo, Phenix, etc.), ou équipements connectés en cuisine pour suivre en temps réel ce qui part à la poubelle et ainsi adapter les commandes et les menus.

Actions des collectivités et pouvoirs publics

Les collectivités locales (mairies, régions) et les États peuvent créer un environnement favorable à la réduction du gaspillage. Cela passe par des campagnes de sensibilisation à grande échelle (par exemple dans les écoles, les collèges, via des programmes éducatifs sur l’alimentation durable) pour ancrer de bonnes pratiques dès le plus jeune âge. Les municipalités peuvent encourager ou organiser des événements anti-gaspi : ateliers de cuisine des restes, banquets solidaires utilisant des invendus, concours anti-gaspillage dans les cantines scolaires, etc.

Les pouvoirs publics ont également la capacité d’inciter ou d’imposer certaines mesures : par exemple, instaurer le tri et la collecte séparée des biodéchets (déchets de cuisine) pour qu’ils soient valorisés en compost ou en biogaz plutôt qu’envoyés en décharge, ou encore mettre en place des subventions et récompenses pour les commerçants et restaurateurs exemplaires en matière de lutte anti-gaspi. Des lois comme celle adoptée en France en 2016 peuvent être répliquées ailleurs pour obliger les grandes surfaces à redistribuer les invendus aux associations. À l’échelle internationale, les gouvernements sont encouragés à fixer des objectifs de réduction du gaspillage alignés sur les ODD et à partager les bonnes pratiques.

Enfin, les collectivités peuvent soutenir l’innovation et les projets locaux : aide à la création de plateformes de don alimentaire, appui aux épiceries solidaires, ou financement d’études pour comprendre le gaspillage sur leur territoire.

Exemples d'initiatives mondiales

  • L'Objectif de Développement Durable 12.3 des Nations Unies: Vise à réduire de moitié le gaspillage alimentaire mondial par habitant au niveau des ventes au détail et des consommateurs d'ici 2030.
  • La campagne SAVE FOOD de la FAO: Initiative visant à sensibiliser le public et à encourager les actions visant à réduire les pertes et gaspillages alimentaires.
  • La plateforme de l'UE sur les pertes et le gaspillage alimentaire: Rassemble des experts pour échanger des bonnes pratiques et des innovations.
  • Le Pacte de Milan sur la politique alimentaire urbaine: Engage les villes à développer des systèmes alimentaires durables et à réduire le gaspillage alimentaire.

Le rôle de la sensibilisation

On le voit, les solutions techniques et les bonnes pratiques existent ; toutefois, rien ne changera en profondeur sans une évolution des mentalités. C’est là qu’intervient la sensibilisation. En parlant ouvertement du gaspillage alimentaire et de ses conséquences, on brise le tabou du « jetable » et on fait réaliser à chacun la valeur de la nourriture. La Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture, chaque 29 septembre, joue un rôle crucial de ce point de vue. Les médias s’en font l’écho, les écoles organisent des activités spéciales, les entreprises communiquent sur leurs engagements, les citoyens partagent astuces et recettes anti-gaspi… Ce focus annuel permet de mettre en lumière les initiatives positives et de célébrer les progrès accomplis, tout en rappelant le chemin qu’il reste à parcourir.

Surtout, la sensibilisation constante, pas seulement le 29 septembre, mais tout au long de l’année, est essentielle pour ancrer de nouvelles habitudes. Changer nos comportements vis-à-vis de la nourriture demande du temps et des efforts d’information. Il s’agit par exemple d’apprendre aux consommateurs à faire la différence entre date limite de consommation (au-delà de laquelle un aliment peut présenter un danger) et date de durabilité minimale (après laquelle un produit reste consommable même s’il peut perdre un peu en qualité) : cette éducation permettrait d’éviter une énorme part du gaspillage domestique dû à des produits jetés à tort.

De même, valoriser socialement les comportements anti-gaspi - féliciter le convive qui finit son assiette, promouvoir l’image du chef cuisinier qui utilise toutes les parties d’un ingrédient, etc., contribue à changer la norme sociale. En bref, sensibiliser, c’est donner envie d’agir.

Campagne de sensibilisation au gaspillage alimentaire.

Conclusion

La lutte contre le gaspillage alimentaire est un défi de société, mais c’est aussi une formidable opportunité de construire un système alimentaire plus durable, solidaire et efficace. En réduisant nos pertes, nous pourrions nourrir mieux la population mondiale, atténuer la pression sur les écosystèmes et le climat, et réaliser d’importantes économies. La dynamique est enclenchée un peu partout : des citoyens inventent de nouvelles recettes anti-gaspi et partagent leurs astuces, des start-ups développent des technologies pour optimiser la gestion des denrées, des agriculteurs et des distributeurs repensent leurs pratiques, et des gouvernements fixent des feuilles de route ambitieuses pour en finir avec le gâchis.

Il reste certes beaucoup à faire pour atteindre l’objectif fixé par l’ONU de réduire de 50 % le gaspillage alimentaire d’ici 2030 (ODD 12.3), mais les progrès sont tangibles. Surtout, on constate une prise de conscience grandissante : gaspiller moins devient une valeur partagée, une sorte de « nouvelle politesse » envers la planète et l’humanité. En changeant notre regard sur la nourriture, en la respectant à sa juste valeur, nous changeons aussi notre modèle de société vers plus de durabilité.

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