L'interprétation féministe des chasses aux sorcières est un sujet complexe et souvent controversé. Des figures comme Mona Chollet ont popularisé cette perspective, mais il est essentiel d'examiner de près les arguments avancés et les sources utilisées.
Dans son ouvrage "Sorcières", Mona Chollet établit un parallèle entre le vieillissement des femmes dans les pays riches contemporains, les "féminicides" (un terme contesté) et les bûchers d'il y a 400 ans.
Cependant, cette vision est critiquée pour plusieurs raisons :
Il est important de noter que la quasi-totalité des sources d'époque (notamment les actes des procès) ont été brûlées au XVIIe siècle, ce qui rend toujours très difficile d'expliquer (et de chiffrer) dans son intégralité le phénomène des bûchers. Les féministes s’engouffrent donc facilement dans ces lacunes de la documentation pour imposer leur logique victimaire, leurs extrapolations chiffrées et leurs explications misandres écrites à l’avance.
De plus, l'idée que "traiter une femme de sorcière, c'est la condamner à mort" est un raccourci grossier. Toutes les femmes accusées de sorcellerie n'ont pas fini sur un bûcher.
Carte des procès de sorcières en Europe
La vision fantasmatique de la sorcière comme "icône féministe ultime" remonte à Jules Michelet, l'historien falsificateur de la fin du XIXe siècle. Dans "La Sorcière" (1862), il présente toute femme comme essentiellement bonne et victime, faisant arbitrairement de la sorcière une révoltée et une victime. Cependant, Michelet était viscéralement anti-catholique et attribuait les chasses aux sorcières à l'Église catholique, alors que celles-ci étaient menées par des tribunaux laïcs.
La première féministe à exhumer l’histoire des sorcières et à revendiquer elle-même ce titre a été l’Américaine Matilda Joslyn Gage (1826-1898). Dans Femme, Église, État (1893) elle propose une lecture féministe de la chasse aux sorcières en suggérant de remplacer le mot « sorcière » par le mot « femme » pour mieux se rendre compte de l’étendue du phénomène : « Quand, au lieu de « sorcières », on choisit de lire « femmes », on gagne une meilleure compréhension des cruautés infligées par l’Église à cette portion de l’humanité », écrit-elle.
On sait parfaitement aujourd’hui que les affaires de sorcellerie ne concernent pas tant le Moyen Âge que l’époque moderne - principalement entre 1560 et 1630, après une première vague moins mortelle de 1480 à 1520. Combien de morts exactement? Nul ne le sait. On n’a que des estimations, qui plus est fort variables d’un auteur à l’autre. Différentes sources proposent des chiffres variés concernant le nombre d'exécutions pour sorcellerie. Le tableau ci-dessous illustre ces estimations :
| Auteur | Année | Estimation du nombre d'exécutions |
|---|---|---|
| Ronald Hutton | 1999 | 40 000 |
| Anne Barstow | 1995 | 50 000 |
| Brian Levack | 1993 | 60 000 |
Il est essentiel de nuancer les généralisations sur le sexe et l'âge des victimes. M. Ostorero souligne la forte proportion d'hommes parmi les accusés et les condamnés en pays de Vaud, contrairement à Lucerne. Alison Rowlands note également des variations régionales considérables en ce qui concerne le sexe des individus persécutés.
De fait, il saute aux yeux que le « patriarcat » n'est pas responsable! Pourquoi la « misogynie systémique et patriarcale » décimerait-elle les femmes au nord de l'Europe mais pas au sud? Ou alors, le sud ne serait pas patriarcalo-misogyne? Pourquoi ne pas plutôt relever ce qui semble l'évidence, à savoir que plus on se rapproche de la Rome papale et plus les bûchers s'éteignent?
La bonne question à se poser serait donc : pourquoi les pays catholiques avec une Église forte et un pouvoir central puissant sont-ils épargnés par ces massacres? Pourquoi sera-ce le roi Louis XIV et son ministre Colbert (des catholiques centralisateurs) qui, dans les années 1680, mettront en France un terme définitif à ces exactions en se montrant inflexibles?
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