Si on vous parle d’addiction, à quoi pensez-vous? Peut-être à des substances comme l’alcool, le tabac, les drogues ou bien au jeu. Mais auriez-vous songé que l’activité sportive pouvait aussi être le sujet d’un comportement addictif? C’est une réalité, qui mérite d’être mise en lumière, car elle touche une part non négligeable de sportifs, professionnels comme amateurs. La bigorexie, souvent appelée "sportoolism" ou anorexie athlétique, correspond à une dépendance au sport, à la pratique sportive ou à l'effort.
La pratique du sport et de l’exercice physique est bien entendu fortement recommandée pour la santé et l’épanouissement personnel et collectif, mais que se passe-t-il quand elle devient excessive, incontrôlable et même nécessaire pour le maintien de son bien-être émotionnel, corporel? Que se passe-t-il quand cette pratique se fait dévorante, qu’elle crée de tels déséquilibres que les autres pans de la vie passent au second plan? Quand la recherche constante de performance, de fréquence supplante le plaisir?
La bigorexie est une addiction, liée à la pratique excessive de l’exercice physique, qui peut toucher autant les sportifs dits amateurs, que les sportifs de haut niveau et professionnels des métiers du sport. Depuis 2011, elle est reconnue comme maladie par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) et par le CIO (Comité olympique international). Elle fait partie des addictions comportementales. Il s’agit d’une pathologie, souvent peu identifiée, parfois confondue, ou encore inconnue, qui peut pourtant entraîner d’autres troubles (alimentaires, autres addictions…) et qui n’est pas sans conséquences pour la santé mentale comme physique.
Avant de revenir sur les effets et les conséquences d’une pratique excessive de sport ou d’exercice physique, intéressons-nous quelques instants à la définition même de la bigorexie. Voici un terme qui est passé dans le langage courant, mais qui initialement et dans la sémantique traduisait une addiction à la prise de masse musculaire, d’ailleurs souvent associée à des troubles du comportement alimentaire. La bigorexie peut être définie comme la préoccupation pathologique de la minceur et de la musculature. Les individus qui en souffrent cherchent à avoir la masse grasse la plus petite possible par une pratique sportive toujours plus importante.
La "bigorexie" est souvent caractérisée par la dépendance à l'activité physique et sportive. Or, "il s'agit d'une définition réductrice et qui peut paraître un peu confuse pour la plupart des gens", rétablit d'emblée Bertrand Guérineau, psychologue à l'Antenne Médicale de prévention et de prise en charge des Conduites Dopantes (AMCD). En réalité, derrière ce terme peuvent se cacher plusieurs troubles.
Tout se passe dans le cerveau : l’activité physique intense stimule la production d’endorphines, que sont la dopamine et l’adrénaline, offrant une sensation de bien-être. Lors de la pratique sportive, de l’endorphine est produite, créant un sentiment de bien-être et de plaisir. C’est cette hormone qui est à l’origine de l’addiction. Le rôle des endorphines a souvent été mis en avant pour expliquer la bigorexie. En effet, les endorphines sont de véritables opiacés produits par le cerveau lui-même lors d’un exercice musculaire. Les endorphines sont à l’origine d’un « bien-être » qui se traduit par une diminution des douleurs, un effet anxiolytique et euphorisant.
Lorsque l’activité physique est pratiquée régulièrement, qu’importe la raison, le corps a besoin de plus en plus d’endorphines pour ressentir le plaisir initial, car il y a un phénomène de tolérance.
D’un individu à l’autre, les raisons qui mènent à l’addiction au sport peuvent être très différentes. Et parfois, il est même difficile de ne déterminer qu’une seule et unique cause.
L’addiction au sport est souvent difficile à identifier, car l’exercice physique est perçu comme bénéfique pour la santé. Les symptômes de la bigorexie sont souvent similaires à ceux de la dépression et de l’anxiété. Les personnes qui souffrent de cette addiction peuvent avoir des problèmes de concentration et d’endurance, une faible estime de soi, des troubles du sommeil et se sentir coupables et honteuses de leur apparence physique. Le symptôme principal et très caractéristique de la bigorexie est le désir très intense voire compulsif, d’effectuer une activité sportive.
L’une des conséquences les plus directes de l’addiction au sport est l’augmentation du risque de blessures. Les risques de la bigorexie sont multiples, incluant des blessures physiques dues à l’impossibilité pour le corps de se reposer correctement. Le corps, soumis à des efforts intenses et répétés sans repos suffisant, ne parvient plus à récupérer correctement. Cela peut entraîner des problèmes chroniques comme des tendinites, des fractures de stress, et même des complications cardiaques liées à l’exercice excessif.
Une personne bigorexique privilégie généralement l’entraînement et les compétitions au détriment des interactions sociales, des loisirs ou des obligations professionnelles. L’addiction au sport peut être associée à d’autres troubles, comme l’anorexie athlétique ou la dysmorphophobie musculaire. La personne s’impose des régimes drastiques ou consomme des substances (stéroïdes, stimulants) pour améliorer ses performances ou maintenir un corps idéalisé. Comme toute dépendance, l’arrêt ou la réduction forcée du sport entraîne des symptômes de sevrage. L’individu peut ressentir de l’irritabilité, de l’anxiété, voire de la dépression.
Le diagnostic de l’addiction au sport est établi sur des critères spécifiques déterminés par des instances internationales de santé mentale. Si le patient présente 2 à 3 critères, l’addiction est considérée comme faible. Entre 4 et 5, on parle de dépendance modérée. La bigorexie est une addiction, elle se traite donc comme telle en suivant une thérapie adaptée auprès de médecins addictologues et des psychologues. Le type de prise en charge dépend des conséquences à la fois physiques, sociales et relationnelles de l’addiction. Le suivi du patient doit être assuré sur le long terme, et l’atteinte des objectifs progressive.
La première étape, c’est la prise de conscience. Si vous faites beaucoup d’activité physique, posez-vous les bonnes questions : que pense mon entourage de la fréquence et de l’intensité de ma pratique ? Ai-je mis de côté certaines activités qui me plaisaient pour faire du sport ? Si votre pratique du sport devient une souffrance et que vous pensez être bigorexique, il faut alors consulter des spécialistes. Tournez-vous d’abord vers votre médecin généraliste, puis vers une psychologue, un psychiatre, un diététicien et/ou un addictologue. Cela vous permettra de déceler les causes de l’addiction et de traiter la pathologie dans son ensemble, de réduire progressivement la pratique, de retrouver du plaisir à la place d’un comportement compulsif, de traiter un éventuel dysfonctionnement alimentaire, etc.
« L’abstinence n’est évidemment pas le bon traitement ! Il ne s’agit pas d’arrêter l’activité physique, qui encore une fois est une pratique saine et un levier de bonne santé physique et mentale. Devenir sédentaire n’est donc pas la solution, car cela peut générer d’autres risques pour la santé. L’équilibre et la mesure dans la pratique de l’activité physique sont donc deux essentiels à privilégier. D’une façon générale, il semble intéressant de se questionner sur son propre lien avec sa pratique : est-ce une une priorité pour moi ? Me reste-t-il suffisamment de temps pour faire d’autres choses que j’aimerais faire en dehors de mon sport ? Est-ce que ma pratique sportive a des répercussions négatives sur ma santé physique, mentale ?
Pour Camille Gallinari, qui est médecin du travail et coach sportive, le repérage précoce et l’intervention brève ne devraient pas se limiter uniquement aux produits (tabac, alcool, cannabis…) qui ont certes un impact psychoactif qui n’est évidemment pas présent avec les addictions comportementales. Pour autant, selon elle, les répercussions de la bigorexie pour les personnes et leurs entreprises sont bien réelles, et devraient être davantage questionnées lors de la visite médicale du travail. A-t-il déjà eu des remarques de ses proches par rapport à sa pratique ?
Il est important que les professionnels de la santé, les entraîneurs et les personnes travaillant dans les milieux sportifs soient sensibilisés à cette pathologie, afin de pouvoir diriger rapidement les personnes dépendantes vers des spécialistes adaptés.
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