Notre connaissance de la collection Muret, à travers les sources variées et imprécises que nous avons passées en revue, est certainement imparfaite et lacunaire. Cependant, les recherches ont permis de redécouvrir une véritable collection allant bien au-delà du simple rassemblement de quelques pièces, attestant d’une vraie activité de collectionneur, et méritant une étude à part entière.
Les principales sources permettant de reconstituer partiellement les objets de la collection archéologique de Jean-Baptiste Muret sont les registres d’entrée des institutions qui les ont reçus en don ou achetés. Cela correspond au moment où ces objets quittaient la collection de Muret ou de son fils qui en a hérité à sa mort.
Cette antiquité est encore classique, en ce qu’elle est principalement formée d’œuvres grecques, romaines et étrusques, avec seulement quelques artefacts de la préhistoire, de la protohistoire, ou de la période médiévale (sans doute provenant de France et donc relevant des « antiquités nationales » dont l’importance s’accroit au fil des décennies, concrétisées sous le règne de Napoléon III par l’ouverture du musée gallo-romain peu après la mort du dessinateur en 1867).
La collection de Jean-Baptiste Muret n’est, dans tous les écrits que nous avons consultés, que rarement évoquée par ses collègues de la Bibiothèque nationale ou par les spécialistes parisiens. Ce sont, paradoxalement, les archéologues allemands qui en parlent le plus longuement.
L’ensemble le plus important est celui des figurines en terre cuite (plus de la moitié des œuvres). Elles sont le plus souvent entières, parfois restaurées, et on trouve quelques fragments, surtout des têtes féminines ou grotesques. Elles sont alors présentées sur des piédouches noirs en bois, ce qui semble commun à l’époque ; c’est la présentation que l’on trouve au Cabinet des médailles ou au musée du Louvre.
Elles datent de l’époque archaïque grecque à l’époque romaine. On notera des ex-voto archaïques et classiques, notamment des femmes avec offrande, des masques et un ensemble conséquent d’animaux de toutes espèces, parfois portant un personnage. Quelques tanagréennes sont notables, et des figurines liées à la musique et la danse où à la petite enfance ; à part Éros, dont les représentations forment un ensemble conséquent, on ne trouve que de rares figurines de divinités (Artémis à Lausanne, Hélios au Cabinet des médailles …).
Les provenances sont, comme on l’a déjà vu, surtout la Cyrénaïque, Tarse et l’Italie à partir de l’époque hellénistique (voir l'article précédent). Il existe aussi une petite série de figurines de Chypre.
Les statuettes en bronze sont relativement rares, surtout si on compare leur place dans le Recueil ; elles restaient plus onéreuses que les figurines de terre cuite. Plusieurs semblent provenir d’Italie. On trouve encore deux fragments de sculpture en ivoire (dont un petit relief étrusque intéressant), une tête en plâtre et une statuette en bois polychrome.
On trouve aussi quelques fragments de sculpture en marbre, parmi lesquels un torse, une tête de pilier hermaïque ; une sirène de 44 cm de hauteur, inscrite à l'inventaire, n’a pas été retrouvée dans les collections du musée de Lausanne. Quelques stèles d’époque romaine de petite taille sont encore à signaler.
Les vases sont pour la plupart de petite taille et sans décor ; quelques exemplaires figurés sortent du lot, notamment le support géométrique, les deux vases attiques à figures rouges, l’épichysis apulien et l’olpé paestane. On trouve également quelques vases à parfum corinthiens, un lécythe campanien, une coupe et un plat en bucchero, une oenochoé étrusque à figures rouges, une coupe chypriote. Les vases plastiques forment un ensemble conséquent, avec notamment le lièvre et le singe rhodiens ; on trouve aussi des exemplaires romains.
A côté de tous petits fragments de mosaïques et de peintures, un morceau de fresque mérite d’être mentionné.
Les antiquités nationales sont presque toutes au musée d’archéologie nationale, de la préhistoire à l’époque médiévale, à l’exception de quelques figurines de terre cuite (une Vénus et une colombe, 3799), une lampe trouvée au Mans, et trois manches de couteau en bronze ou ivoire trouvés à Mantes, Autun et en Bourgogne, tous vendus à Lausanne.
Figurines en terre cuite de Tanagra
On trouve beaucoup de correspondances entre les œuvres collectionnées par Muret et des œuvres du Cabinet des médailles, dont il était notamment chargé de faire l’inventaire, que ce soit des œuvres de l’ancien fonds ou bien des acquisitions contemporaines. Ainsi, une extrémité de gouttière en forme de tête de chien (Lausanne 3809) évoque celle de la collection Caylus.
Deux lampes sont si similaires qu’on peut poser l’hypothèse d’une origine commune, peut-être d’une acquisition en parallèle par le Cabinet et par Muret : celle avec une femme sur un bouc, dessinée en I pl. 117, et celle de la collection du Cabinet, publiée dans le catalogue de M. Chr. Hellmann, Lampes antiques de la Bibliothèque nationale, vol.II, fonds général : lampes pré-romaines et romaines, Paris, n°57 p. 19 (sans numéro).
Dans les acquisitions contemporaines de Muret, une figurine d’Éros adolescent (Lausanne 4030) est très proche d’une autre acquise par le Cabinet à la vente Durand de 1836 ; notons toutefois qu’il est en moins bon état, avec les membres refaits. Le Cabinet des médailles a acquis de nombreuses autres œuvres à la même vente, dont une figurine de sphinx ; une similaire a été vendue à Beugnot, est passée dans la vente de sa collection en 1840, achetée par Antoine Vivenel, puis entrée dans la collection du dessinateur. Toutes deux ont été dessinées par lui sur la même planche à côté d'une petite figurine lui appartenant.
La collection Muret présente aussi, de manière aussi logique, de nombreuses affinités avec la collection de son ami Auguste Oppermann, et on a déjà noté un certain nombre d’objets passés de la collection de l’un à l’autre (voir l'article) - même si ce dernier avait plus de moyens, et collectionné bien plus de statuettes de bronze et de vases figurés. Muret avait ainsi donné ou vendu une figurine de femme diadumène à Oppermann (oppermann.tc.146), qu’il dessine et légende « Praefica », c’est-à-dire une pleureuse professionnelle, qui accompagnait les morts. La planche suivante représente une figurine au geste similaire et à la même légende : elle provient de Cyrénaïque et elle est restée, elle, dans sa collection.
Dans les terres cuites, on trouve des ensembles provenant de Tarse très proches, acquis auprès de Victor Langlois (collection oppermann.tc.47, 49, 56, 57, 160, 168, 236).
On peut encore comparer la collection Muret avec celle de son collègue employé au Cabinet des médailles, Théodore-Edme Mionnet, vendue aux enchère en 1842. Dans le catalogue, on ne trouve que quelques antiques : quelques statuettes égyptiennes ou étrusques, deux figurines en terre cuite, trois lampes, plusieurs vases, des épingles et une lampe en bronze dits provenant de Pompéi, des petits objets en bronze (agrafes, tintinnabulum, clefs), et une bague en argent.
La plupart de la collection était formée de copies d’antiques en bronze, terre cuite, plâtre ou souffre, divers objets modernes, des monnaies et médailles et des estampes et dessins.
Mentionnons aussi la collection de Léon-Jean-Joseph Dubois, dessinateur devenu conservateur au département des antiquités égyptiennes du Louvre, vendue de manière posthume en 1847, qui était de taille réduite, avec des œuvres relevant plus des beaux-arts que de l’archéologie : vingt-cinq vases grecs à figures noires et figures rouges, quelques rares figurines et statuettes, un verre, une toile égyptienne, cinquante camées et intailles, la plupart montés en bague, divers objets d’époques variées, et des dessins et estampes (101 numéros au total).
On peut enfin évoquer la collection de Jean-Auguste-Dominique Ingres, que l’on connait bien. M. Shedd soulignait dès 1992 le caractère très archéologique de ce fonds, qui témoigne de la connaissance par l’artiste de la littérature scientifique de son temps, et de son intérêt pour des pièces de petites dimensions qui sortaient de la grande sculpture en marbre généralement prisée des artistes pour leur inspiration. S’ils ont eu des vies et des carrières bien sûr très différentes, Ingres est le contemporain de Muret, né en 1780 et mort la même année en 1866 ; leur activité de collectionneur est donc contemporaine, même si Ingres a constitué en partie sa collection en Italie quand il était à l'Académie de France à Rome.
Il lègua au musée de Montauban ses nombreux plâtres, et sa "collection de vases grecs, coupes, figurines, terres cuites, fragments antiques de marbre et de bronze (...)" (Picard-Cajan 2006, p. 24). Cela correspond à une cinquantaine de figurines et reliefs en terre cuite. On trouve en effet plusieurs urnes décorées en relief, dont une avec Scylla a été dessinée par Muret. Ce dernier a collectionné une urne avec une ménade sur une panthère proche d’un exemplaire de la collection Ingres (Shedd 1992, fig. 15, Picard-Cajan 2006, n°107). On trouve chez les deux hommes une plaque Campana à décor bacchique (une dessinée par Muret, et l'autre dans Shedd 1992, fig. 16). Et tous deux se sont intéressé à un manche de patère sculpté tarentin de la collection Denon, dessiné par Muret, et dont Ingres possédait une copie en plâtre (Shedd 1992, fig. 37, Picard-Cajan 2006, n°164).
Muret collectionneur a pu enfin être influencé par les importantes collections de deux de ses « maîtres », Vivant Denon (vente en 1827, 582 monuments d’antiquités et de monnaies antiques, avec beaucoup d’antiquités égyptiennes mais aussi un lot important de petite statuaire et de reliefs en terre cuite) et Désiré Raoul-Rochette (vente 1855, 343 numéros antiques).
Le premier est Eduard Gerhard dans l'Archäologische Zeitung en 1857, dans un article qui décrit plusieurs collections parisiennes (“Paris und Süddeutschland”, p. M. Muret qui, en tant que dessinateur expérimenté, travaille depuis plusieurs années au cabinet des monnaies de la bibliothèque impériale, possède une collection choisie d'antiquités, principalement des figurines en argile, mais s'efforce aussi, avec un vif zèle pour l'art et l'antiquité, de conserver sous forme de dessins de nombreux autres monuments, en grande partie dispersés dans des propriétés privées et dans le commerce de l'art.
Deux ans plus tard, dans la même revue, Friedrich Wieseler décrit à son tour longuement des collections d’antiquités parisiennes (« Pariser Privatsammlungen », p. Après avoir passé en revue ces collections privées les plus importantes, j'insisterai d'abord sur quelques pièces de la 'collection fouillée des antiquailles, principalement des figures d'argile' de M. Muret, un homme dont je vous rappelle l'éloge mérité, p. 43°.
Parmi les figures en argile, plusieurs sont des terres de pipe, originaires de Gaule. Quelques-unes portent des inscriptions. Ainsi, la figure d'une femme nue porte l'inscription : 'Pestika', celle d'un singe encapuchonné l'inscription : 'Lubricus'. Parmi les autres terres cuites, dont quelques-unes sont vernissées (ce qui, comme on le sait, a rarement été le cas), nous mentionnons par exemple le masque d'une femme qui a un anneau dans le nez (une esclave). Plusieurs vases représentent aussi des personnages. Ainsi, une Aphrodite et une colombe de l'ancien style constituent un vase [peut-être ce vase plastique, sans légende]. Un autre, provenant de Cyrénaïque, a la forme d'une femme accroupie de style ancien ; un troisième, celle d'une vieille femme qui tient entre ses pieds un récipient à boire [Lausanne 4022]. Parmi les autres vases, j'ai remarqué celui de la collection Durand, en terre cuite brune, sur lequel est représenté en relief Dionysos et, au dos, un jeune garçon ailé tenant une torche et jouant de la syrinx [De Ridder.898, non dessiné ; il ne provient pas de Durand]. Parmi les vases en terre cuite peints, qui ne sont ni nombreux ni excellents, j'en cite deux pour leur représentation : un Prochus avec Persée à cheval, derrière un hibou et un cygne, et un Prochus de Cyrénaïque avec un satyre hermaphrodite (en face une bacchante) [sans doute Lausanne 4317 - provenance fiable ?].
M. Muret possède aussi quelques-uns de ces petits morceaux d'argile percés qui 'passent pour des appendices du bétail, des poids sur le bord des vêtements, ou bien des poids de métier à tisser, mais qui, trouvés à l'intérieur de grands tonneaux, pourraient plutôt être liés au remplissage du vin ou à un autre trafic de marchandises', comme le dit Birch dans Arch. Anz. 1857, p. 75*, dont je ne me suis pas souvenu lorsque j'ai mentionné récemment quelques monuments lui appartenant dans le rapport sur les collections de notre institut archéologique et numismatique (n. 30), et dont l'opinion est en tout cas digne d'attention, mais trop exclusive malgré la marge qu'elle laisse. D'après Stephani (Parerg. arch. XXII, p. 25), des briques de la forme d'une sphère largement emboutie, percée d'un trou pour y faire passer une corde, étaient attachées par les pêcheurs à leurs filets pour les faire couler jusqu'au fond de la mer. Parmi les pièces de M. Muret, deux sont rondes et portent la marque d'un dauphin ou d'un A, tandis que la troisième a la forme d'un cône pointu et est sans marque*).
En outre, j'ai vu chez M. Muret deux fragments de marbre remarquables : une sirène, les mains sur la poitrine, et une tête de Méduse, tenue par le bras de Persée. Dans cette œuvre, qui fait partie d'une statue, les cheveux de Méduse sont en fait des serpents [confusion avec les fragments de figurines en terre cuite dessinés sur cette planche ?]. Enfin, vous serez particulièrement intéressé d'apprendre que M. Muret possède, comme il me l'a dit, un miroir de fer représentant Thésée et le Minotaure, avec une inscription d'artiste grecque, que M. de Witte se propose d'éditer dans votre revue.
On le voit, la description est longue, cite de nombreuses typologies et des exemplaires précis, que l'on a pas toujours été capables d'identifier dans les collections actuelles.
Jean-Baptiste Muret, pendant qu’il était employé par le Cabinet des médailles entre 1830 et 1866, a fait quelques dons, mais aucun ne concernait d’objet antique. On trouve aussi la trace de quelques ventes. Ce sont donc en tout huit objets antiques qui ont été soit vendus par Jean-Baptiste Muret en 1842 et 1855, soit donnés par son fils après sa mort en 1866. On soulignera tout de même le nombre plus important de dons et de vente de monnaies et médailles, anciennes ou contemporaines, ainsi que quelques ouvrages intéressant l’archéologie.
Les conservateurs du Cabinet comme les employés sont souvent consignés à plusieurs reprises parmi les donateurs et plus souvent les vendeurs de médailles et d’antiques. Le don ou la vente au prix coutant d’objets intéressants pour les collections est alors une pratique courante. Ce peut être un moyen de se faire valoir et aussi une façon de suppléer l’insuffisance momentanée des crédits par une avance comme le faisaient Boze et l’abbé Barthélémy.
Le lot le plus important d’objets de la collection Muret est mentionné dans les registres d’entrée du musée archéologique de Lausanne. Les circonstances de cette entrée ne sont pas connues dans le détail. En effet, un dossier d’archives sur la collection Muret, « acquise f 4 000 par M. A. Morel Fatio et donnée au musée archéologique, 1867 », est mentionné dans le répertoire des dossiers d’archives du musée au n°139 ; il a malheureusement disparu, et nous n’avons donc aucune précision sur la date et les modalités de la transaction.
Le banquier et numismate Arnold Morel-Fatio était un familier du Cabinet des médailles, où il a très certainement connu à la fois le père et le fils Muret. Il semble donc que dans les mois suivant la mort de Jean-Baptiste Muret, son fils lui a vendu cet important lot d’antiquités, pour la somme conséquente de 4 000 Frs (les francs français et suisses étaient à parité à l’époque). Cette somme est toutefois à mettre en rapport avec le 10 000 Frs que le Cabinet des médailles déboursa, en cinq annuités, pour les vingt portefeuilles de dessin de son père en mars 1867 (reg.E.
A ce jour, 434 objets ont été identifiés comme provenant de la collection Muret ; ce nombre reste incertain, car comme nous l’avons dit il nous manque un inventaire séparé de la collection. Il semble que les indications existant dans le registre d’entrée aient été reportées à partir de l’inventaire établi lors de la transaction (et aujourd’hui perdu) et sans doute des étiquettes sur les objets (aujourd’hui le plus souvent retirées).
Cette lampe, représentation unique de ce sujet, a appartenu à Mr Edmond Le Blant. Cédée à Mr. Muret, je la lui ai achetée et l’ai donnée au Musée. Voy. Rev. archéologique 1875, pag. 4. Quelques objets arrivés dans le lot de 1867 sont dessinés dans le recueil, mais la mention Muret n’apparait pas dans l’inventaire : un torque en bronze, ayant fait partie de la collection de Badeigts de Laborde, un fragment de cratère à calice à fond blanc et une figurine rapporté de Mégare par François Lenormant.
Un ensemble de 84 objets fut donné par Ernest Muret, bien après la mort de son père, en 1877. C’est la dernière mention que nous connaissions de la collection. Don de M. Muret, arrivé par l’intermédiaire de M. Anat. de Barthélémy, 28 février 1977. Sans localité, acheté par son père à des brocanteurs. Pris chez M. de Barthélémy par le brigadier des gardiens. (registre d’inventaire, 1877, n°23760-23800, p. Mardi 6 avril 1877.
L’inventaire sépare trois « objets en pierre » (des haches néolithiques), 71 objets en bronze et dix en fer ; ceux-ci, principalement des parures, armes, ou petits instruments sont datés de l’âge du bronze à la période médiévale, avec une majorité de la période romaine.
Les collections sont des entités mouvantes qui croissent ou se resserrent en fonction des intérêts, des besoins, ou des contraintes des collectionneurs. Il arrive fréquemment qu’un amateur se défasse d’un objet de sa collection, par don, vente ou échange. Il est difficile de suivre ces passages d’une collection à l’autre ; nous avons dans le cas de la collection Muret trouvé quelques indices de ces transferts vers plusieurs autres collectionneurs.
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