Dans le paysage foisonnant de la bande dessinée, certaines œuvres se distinguent par leur capacité à capturer l'essence d'un lieu et d'une époque. "Barbecue marseillais", fruit de la collaboration entre Eric Corbeyran et Manuel Garcia, est de celles-là. Ce polar à l'ancienne, ancré dans le milieu de la cité phocéenne, offre une plongée saisissante dans le banditisme marseillais, où se croisent anciens malfrats et jeunes de cité.
Le terme "barbecue marseillais" désigne une technique criminelle atroce, consistant à brûler le corps des victimes dans l'habitacle de leur voiture, effaçant ainsi les preuves. C'est ce procédé macabre qui sert de point de départ à l'intrigue de la BD.
François Manzoni, dit « Naple », est un ancien malfrat, retiré des affaires depuis dix ans. Ce « voyou du XXe siècle », comme il se décrit lui-même, coule désormais des jours de célibataire tranquille dans sa villa des environs de Marseille. Il est malheureusement tiré de sa retraite le soir où l’un de ses anciens complices est retrouvé assassiné, son cadavre brûlé dans sa voiture, à deux pas de chez lui : un « barbecue marseillais », comme disent les flics.
La même nuit, il retrouve Zinedine, un jeune de la cité, planqué dans son jardin. Les deux hommes que tout oppose a priori se retrouvent alliés de circonstances. Pour Zinedine, il s’agit de tirer sa cousine du pétrin où elle s’est fourrée. L’histoire pourrait s’arrêter là si Manzoni, alias Milan, n’était pas un ancien malfrat retiré des voitures.
C’est d’ailleurs ainsi que Milan se définit, “un voyou du siècle dernier”, encore en vie parce qu’il a su faire profil bas et se retirer quand c’était encore possible. Une pièce de musée qui se frotte à la nouvelle criminalité. C’est cet anachronisme qui fait l’intérêt de “Barbecue”, confrontation entre deux générations du grand banditisme, illustrée de manière hyper efficace par le dessinateur espagnol Manuel Garcia, très investi par ailleurs dans le comics, chez Marvel ou Valiant.
La force de "Barbecue marseillais" réside dans ses personnages, en particulier le duo formé par Manzoni et Zinedine. Manzoni, l'ancien truand qui a connu le grand banditisme d'une époque révolue, est un personnage complexe et attachant. Zinedine, le jeune de cité, apporte une touche de modernité et de réalisme à l'histoire. Leur alliance improbable est le moteur de l'intrigue.
François Manzoni : Un ancien malfrat, retiré des affaires depuis dix ans, qui voit son passé le rattraper.Zinedine : Un jeune de la cité, pris dans un engrenage criminel malgré lui, qui cherche à sauver sa cousine.
Le scénario de Corbeyran est bien ficelé et nous entraîne dans une intrigue haletante de la première à la dernière page. Même si l'histoire bute sur des coïncidences peu crédibles, elle est bien menée dans l'ensemble. Le découpage est efficace, le dessin sans fautes.
L’idée d’utiliser comme point de départ la médiatique spécialité du crime marseillais de ces dernières années est plutôt bonne. Malheureusement, même si Éric Corbeyran, le scénariste, a plutôt bien travaillé son affaire, il ne faut pas ici s’attendre à une plongée de type polar réaliste dans la violence urbaine de la deuxième ville de France. On ne la reconnaît guère, d’ailleurs, bien que certains dessins représentent des lieux réels.
Manuel Garcia, connu pour son travail dans le monde des comics, apporte un style graphique dynamique et percutant à "Barbecue marseillais". Sa mise en scène et son trait encré brillent particulièrement lors des scènes d'action, avec des postures, des partis-pris de cadrages et des trombines patibulaires ad-hoc.
| Personnage | Description |
|---|---|
| François Manzoni | Ancien malfrat rangé des affaires, mais rattrapé par son passé. |
| Zinedine | Jeune homme des cités, allié de circonstance de Manzoni. |
Contrairement à ce qu’indique le titre, à part une unique vue d’ambiance sur le port, nous ne verrons pas grand-chose de la cité phocéenne (le métro, le parking d’un supermarché, une usine désaffectée). Le gros de l’intrigue se déroule dans la forêt alentour ou dans les calanques. Cela n’empêche pas de savourer des répliques bien senties, des développements prenants, des psychologies de personnages solides et un dénouement cohérent.
“Barbecue marseillais” de Corbeyran et Garcia .éd. Robinson. 72 p. 17,95 €
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