Au Québec, les banques alimentaires jouent un rôle essentiel face à l'insécurité alimentaire, un problème social et de santé publique croissant. Cet article explore le fonctionnement de ces organisations, leurs initiatives, et les défis qu'elles rencontrent.
L’insécurité alimentaire est définie comme « l’accès restreint, inadéquat ou incertain des personnes et des ménages à des aliments sains, nutritifs et personnellement acceptables, tant sur le plan de la quantité que sur celui de la qualité pour leur permettre de combler leurs besoins énergétiques et de mener une vie saine et productive ». Cette problématique est aujourd’hui reconnue comme un grave problème de santé publique et social, car elle peut affecter le bien-être et la santé des personnes.
La région métropolitaine de Montréal est particulièrement concernée par cette problématique. En 2013 et 2014, 13 % de ses ménages avaient été confrontés à de l’insécurité alimentaire, ce qui est légèrement au-dessus de la moyenne canadienne et québécoise de 12 %. Plus inquiétant encore, l’insécurité alimentaire grave, qui implique chez la majorité des ménages touchés d’avoir dû réduire leurs portions ou sauter des repas parce qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour acheter de la nourriture, n’a pas diminué depuis 2007.
Les consommateurs se retrouvent contraints de modifier leurs habitudes. Le prix du blé a augmenté de 30% durant cette période, alors que celui du sucre est en hausse de 40%. Les consommateurs voient que leur facture d'épicerie grimpe petit à petit : 1$ par-ci, 50¢ par-là. Les viandes, les fruits, les légumes, les céréales, tout augmente.
Les premières données d'une étude démontrent que presque la moitié des gens qui se tournent vers l'aide alimentaire attendent essentiellement d'avoir le dos au mur, au point de devoir se priver de nourriture pendant une journée entière, avant de demander de l'aide. Malgré la reprise des activités commerciales des derniers mois, la proportion des ménages en situation d'insécurité alimentaire demeure élevée au Québec. Son niveau de sévérité a même augmenté depuis un an, ce qui montre que la situation financière de nombreux ménages ne s'améliore pas.
Alors que les réponses au problème de l’insécurité alimentaire se font communément par le biais d’approches individuelles et assistancielles, un mode d’intervention met plutôt de l’avant une approche collective : l’organisation communautaire. Au Québec, l’organisation communautaire se définit comme une intervention de soutien professionnel et d’influence dans une communauté permettant d’agir sur les facteurs collectifs qui ont une incidence sur la santé et le bien-être. Elle s’adresse prioritairement aux populations précarisées dans une perspective de justice sociale.
Dans un récent bilan de l’organisme Moisson Montréal pour l’année 2019, 567 317 demandes d’aides alimentaires ont été comblées chaque mois par des organismes accrédités sur le territoire de la ville de Montréal et 122 811 dépannages alimentaires distribués. Parmi les bénéficiaires du dépannage alimentaire, environ 35 % étaient des enfants et près de 40 %, des personnes vivant seules. Les prestataires d’aide sociale représentent quant à eux 53 % des bénéficiaires des programmes de dépannage alimentaire des Banques alimentaires du Québec et on constate, ces dernières années, une hausse des personnes en emploi, ayant une pension d’invalidité ou de vieillesse.
Historiquement, les communautés religieuses et les paroisses ont joué un rôle concernant l’aide alimentaire dans une optique de charité. Cependant, ce n’est qu’à partir des années 1980 que l’insécurité alimentaire est reconnue comme un problème social au regard de l’ampleur du phénomène, de sa réponse et du nombre grandissant de personnes ayant recours aux banques alimentaires.
Les institutions publiques, en particulier les Centres locaux de services communautaires (CLSC) où exercent les OC et les Centres de santé dans certaines régions, s’intéressent de plus en plus à cette problématique et des recherches sociales et en santé sur le phénomène se multiplient. Le problème de l’insécurité alimentaire est graduellement inclus dans divers plans d’action (national, régionaux et locaux) et se retrouve à l’agenda politique québécois : la sécurité alimentaire est incluse en 2002 dans la loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Historiquement, les OC proviennent de l’action sociale ou syndicale et des mouvements communautaires issus de la Révolution tranquille (années 1960-1970) durant laquelle se construit le socle de l’État social québécois. Présente depuis plus de quarante ans dans le Réseau de la santé et des services sociaux (RSSS), l’organisation communautaire est un service professionnel qui a fortement évolué, notamment sous l’influence de la santé publique et de la Nouvelle gestion publique. Par exemple, au cours des années 1980, alors qu’émerge l’insécurité alimentaire comme problème social, l’organisation communautaire est active dans la mise en place de projets de dépannage alimentaire et des premières banques alimentaires.
Au Québec en décembre, une tradition est inscrite au calendrier des québécois et des médias; La Grande Guignolée des Médias. Cette initiative se déroule partout au Qc, mais en 2002. Après une pause l'an dernier, la collecte de rue a eu lieu le jeudi 2 décembre dans la plupart des régions du Québec. Dans la grande région montréalaise, le déploiement de cette journée de solidarité s'étendra sur près de 70 points de collecte (île de Montréal, Laurentides, Laval et Longueuil).
En ce qui attrait à La Grande Guignolée des médias de la Rive-Sud, les dons et les denrées non périssables seront récoltés jusqu’au 30 décembre. Au nom des six Caisses Desjardins participantes, la présidente de la Caisse Desjardins Charles-LeMoyne, Madame Lisa Baillargeon, a annoncé une contribution de 10, 000 $. S’ajoutent la ville de Longueuil avec une somme de 8 000 $, le député de Vachon et ministre des Affaires autochtones, Monsieur Yan Lafrenière pour une somme de 5 000 $. Un don de 2 000 $ provient du ministre délégué à la Sané et aux Services sociaux, Monsieur Lionel Carmant et député de Taillon, la députée de Laporte, Madame Nicole Ménard a remis également 2000 $.
Depuis sa naissance en 2001, La guignolée des médias a récolté au-delà de 49 millions $ et des milliers de kilos de denrées au bénéfice de plusieurs dizaines d'organismes et de comptoirs d'aide alimentaire d'ici.
Plusieurs tendances marquent l’évolution de la pratique. Par exemple, au cours des années 1980, alors qu’émerge l’insécurité alimentaire comme problème social, l’organisation communautaire est active dans la mise en place de projets de dépannage alimentaire et des premières banques alimentaires. Dans les années 1990, les OC montréalais s’impliquent plus particulièrement dans le développement d’instance de gouvernance locale avec le programme Vivre Montréal en santé, conçu dans l’esprit du mouvement des Healthy Cities et pour lequel la ville reconnaît et soutient financièrement les Tables locales de concertation, ainsi que le programme d’Initiative montréalaise de soutien au développement social local.
Pour le RQIIAC, certains dossiers sectoriels portant sur les déterminants sociaux de la santé, notamment le revenu, l’alimentation et le logement, exigent des actions dites transversales dans la mesure où elles impliquent plusieurs acteurs des collectivités locales et qu’elles ont des retombées dans plusieurs programmes et services des CSSS. L’alimentation est donc ici présentée, parmi d’autres dossiers, comme un dossier sectoriel portant sur les déterminants sociaux de la santé. Ces actions transversales ont pour finalité d’affirmer l’amélioration de la qualité de vie d’une communauté par des projets répondant aux besoins de base considérés comme des déterminants de la santé.
Afin de mieux comprendre l’influence de ce mode d’intervention singulier, nous nous sommes questionnés sur l’impact des pratiques des OC, et ce, sous l’angle des inégalités sociales. Alors qu’au niveau de la recherche ou des dispositifs, l’insécurité alimentaire est généralement associée à la pauvreté, l’équipe de recherche souhaitait apporter un regard décalé en termes d’inégalités sociales pour deux raisons. D’une part, nous pensons que la pauvreté s’inscrit dans des rapports sociaux foncièrement inégaux et qu’il en va de même pour l’insécurité alimentaire.
S’il existe un aspect « objectif » des inégalités - l’accès inégal et socialement hiérarchisé entre groupes sociaux à des ressources - la composante « subjective » est à prendre en compte : ces inégalités n’existent que si elles sont socialement perçues comme telles. Pour notre part, cette composante subjective renvoie à la manière dont les OC conçoivent leur capacité d’agir sur les inégalités sociales. Ce cadre d’analyse s’inscrit dans la veine d’une sociologie compréhensive puisque nous nous intéressons au sens que ces intervenants donnent à leurs pratiques. Il inclut différentes dimensions des inégalités sociales : matérielles, sociales et subjectives.
Le Dépôt alimentaire NDG (pour Notre-Dame-de-Grâce) a été fondé en 1986 pour offrir une aide alimentaire d’urgence face à la crise économique. En juin 2018, suite à un appel à projets, le Dépôt rejoint le réseau des centres communautaires d’alimentation du Canada, avec lequel il partage des valeurs et des objectifs communs. Le Dépôt est situé dans l’arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, premier arrondissement de la ville de Montréal en termes de population, et qui compte plus de 45 000 résidents (soit 27 % de la population) vivant avec un faible revenu.
« Nous sommes convaincus au Dépôt que l’insécurité alimentaire est un symptôme de la pauvreté, et la façon la plus efficace de combattre la pauvreté c’est d’augmenter les revenus des individus. Tous nos programmes sont basés sur la santé ainsi que la dignité et le respect. L’idée c’est de bâtir une confiance avec nos participants pour les accompagner à accomplir leurs objectifs de vie » présente Daniel Rotman, le directeur du Dépôt.
Au contraire de l’aide alimentaire classique vue seulement comme une consommation d’aliments, le Dépôt voit l’alimentation non seulement comme une réponse à la faim, mais surtout comme une occasion d’aider des personnes à faible revenu face aux diverses difficultés qu’elles rencontrent. En entrant au Dépôt par telle ou telle activité, les participants rejoignent un véritable écosystème, qui permet d’agir sur les enjeux systémiques liés à la pauvreté : insécurité alimentaire bien sûr, mais aussi isolement social, santé, développement personnel, engagement citoyen, insertion professionnelle, etc.
La politique d’alimentation saine instituée au Dépôt est le socle de tous les programmes. Elle s’assure que les aliments fournis par le centre sont frais, sains et nutritifs, et ce aussi bien pour la santé des participants que pour la sensibilisation du plus grand nombre aux sujets relatifs à la nutrition et à la pauvreté. Les aliments frais et non transformés d’origine locale et/ou biologique sont privilégiés autant que possible, permettant ainsi également de soutenir une transition vers une agriculture plus durable.
Plusieurs programmes sont clairement destinés aux personnes à faible revenu, afin qu’elles aient accès à une alimentation saine de manière digne et respectueuse. En parallèle, réduire l’isolement social ou encore partager les valeurs et les objectifs du Dépôt requièrent que celui-ci soit un espace de mixité sociale, où chacun peut découvrir, apprendre et participer, que ce soit aux ateliers ou en tant que bénévole, quelle que soit sa classe sociale.
« L’idée, c’est vraiment de continuer ce changement pour pouvoir être un espace pour accompagner les participants et les aider à accomplir ce qu’ils veulent dans la vie. Donc on essaie de créer des programmes de réinsertion d’emploi ou pré-insertion d’emploi. On a plusieurs programmes pour soutenir différents groupes de la population sur certains enjeux spécifiques. C’est vraiment une approche d’empowerment, de respect et de dignité mais aussi une approche d’écoute » explique Daniel Rotman.
Donner à chacun les moyens de devenir un citoyen à part entière permet à chacun de se réaliser. Les personnes à faible revenu ont un rôle essentiel à jouer pour la défense de leurs propres intérêts et des personnes qui vivent les mêmes situations, en partageant leurs témoignages. Aidées, soutenues, épaulées, elles peuvent ainsi avoir les moyens de s’exprimer pour témoigner, mais aussi pour demander et même revendiquer des changements.
Il y a plus de huit mille personnes qui passent par le Dépôt chaque année. Au club de justice sociale, les participants, les membres de l’équipe du Dépôt et des personnes extérieures discutent, invitent des militants, des représentants du monde académique, des personnes qui vivent dans des situations de pauvreté, pour témoigner, échanger et débattre.
Un soutien individuel est offert à chaque participant, par exemple au moyen de ressources juridiques mais aussi pour les aider à trouver ou retrouver un emploi. Chaque année, c’est plus de sept cents demandes de référence et d’assistance qui sont satisfaites. Soixante-trois pourcents des participants qui se sont engagés en tant que bénévoles ont acquis de nouvelles compétences grâce au Dépôt, des compétences qui permettent de (re)trouver un emploi plus facilement.
Depuis le rapprochement des trois organismes pour former le Dépôt centre communautaire d’alimentation, un nouveau modèle d’évaluation a été mis en place, appelé « modèle logique ». Cet outil permet une planification et une évaluation permanente grâce à une explicitation des chemins d’impact des actions.
Tout d’abord, le fait d’intégrer plusieurs activités sous un seul chapeau permet aux participants d’avoir plusieurs portes d’entrée : une fois entrés par un atelier de jardinage ou par un panier d’aide alimentaire, ils sont davantage en confiance pour participer à d’autres activités au sein du même organisme, ils n’ont pas à refaire la démarche et à redonner leur confiance, surtout lorsque l’on parle de personnes isolées qui n’ont pas confiance en elles.
Un second facteur clé est de construire une relation de confiance avec chaque partie prenante, une relation qui se construit autour de valeurs et d’objectifs communs. Un dispositif d’évaluation permanente des impacts est également essentiel pour la réussite d’un tel projet.
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