Le vendredi 13 octobre 2017, en pleine affaire Weinstein, Sandra Muller, journaliste française, lâche le #balancetonporc. Elle dénonce un patron de chaîne de télévision française qui l'a humiliée et agressée verbalement lors d'un congrès professionnel. Deux jours avant #metoo, #balancetonporc est une véritable onde de choc. Il trouve un écho auprès de milliers de femmes qui trouvent enfin la possibilité de parler.
Fin juillet 2018, c'est près de neuf cent mille messages qui ont été envoyés via le hashtag (source Visibrain). Dépassée par le tsunami qu'elle a provoqué, sa créatrice revient sur ce phénomène.
Si aujourd'hui la parole se libère, celles et ceux qui osent dénoncer subissent encore la «loi du bâillon» et doivent affronter menaces, pressions, chantage.
A l’origine de ce hashtag, Sandra Muller, journaliste, tweete alors :
« Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit » Eric Brion ex-patron de Equidia #balancetonporc.
Journaliste depuis plus de vingt ans, Sandra Muller dirige depuis 2001 La Lettre de l'audiovisuel, un quotidien sur les médias et les nouvelles technologies lu par les professionnels de la presse, de la télévision, de la radio et les institutionnels.
Trois ans après, c’est ce même Eric Brion qui sort un livre : Balance ton père, Lettre à mes filles, Du premier accusé de #Balancetonporc. Son livre revient d’après le résumé de la Fnac sur ce qu’il nomme « son calvaire ». Le résumé parle du « 13 octobre 2017, [où] la vie d’Éric Brion bascule. »
Sur Europe 1 où il était invité pour parler de son livre, le journaliste l’interroge en ces termes : « Pourquoi publiez- vous ? Pour raconter une descente aux enfers, pour montrer les conséquences de ce genre de délation ? »
Si Eric Brion assure aujourd’hui ne pas vouloir utiliser le terme de « victime » pour ne pas se placer sur le même plan que les victimes de viol, l’hypocrisie est palpable. Car à quoi bon ce livre sur ’son expérience’ si ce n’est pour s’en plaindre.
Et c’est comme cela que trois ans après, on peut entendre dans une interview : « J’ai attendu avant d’écrire ce livre, que la justice passe, qu’elle soit condamnée, c’est très important un vrai procès. », non pas de la bouche d’une des victimes qui aurait participé à briser l’omerta, mais bien de celle d’Eric Brion, ancien patron d’Equidia.
En effet celui-ci profite de la sortie de son livre et de la portée médiatique qui lui est donnée pour revendiquer le procès qu’il lui a intenté pour diffamation et la condamnation qui s’en est suivie.
Voilà en effet le post-metoo : une justice patriarcale prompte à museler les femmes et des médias dominants qui ouvrent leurs portes à Eric Brion pour le peindre en victime de lutte contre les violences sexuelles, donnant libre cours à ses discours sexistes où il minimise des actes - qu’il ne nie pas totalement .
« Ce que dit Sandra Muller ne correspond pas exactement à la réalité. Entendre ces mots là à 7h50 quand on prend son petit-déjeuner, ce n’est pas tout à fait comme quand on les prononce à 1h du matin dans une fête. » a-t-il ainsi déclaré au micro de France Inter, en tentant de minimiser le caractère profondément sexiste de sa déclaration.
Dans Balance ton père, un récit sous forme de lettre adressée à ses deux filles, il raconte sa « descente aux enfers ». Même s’il se prétend aujourd’hui serein, la colère surgit çà et là au détour du texte. Il écrit avoir beaucoup souffert. Sa compagne d’alors prend le large, des amis de toujours le fuient, ses contrats tombent les uns après les autres. Personne ne veut associer son nom à celui d’un « porc ». Il se sent impuissant, démuni.
« Je sais précisément ce que j’ai dit et fait. J’ai envie de le raconter, mais à quoi bon ? Toute défense est inaudible. Je suis coupable et mon procès se déroule sous mes yeux. (…) Impossible de me défendre. »
Deux livres récents témoignent de la notion de « cancel culture » qui fleurit dans les conversations, un phénomène dont les contours sont encore flous. Ce sont les livres d’Eric Brion, Balance Ton Père (JC Lattès), et de David Doucet, La Haine en ligne (Albin Michel).
Balance Ton Père raconte comment son auteur, accusé de harcèlement sexuel par Sandra Muller sous le hashtag #BalanceTonPorc, a vu ses amis, ses employeurs, sa compagne, lui tourner le dos.
Aussitôt, les réactions se déchaînent sur lui. « Espèce de gros porc, tu devrais être en prison », lui dit l’un. « Les violeurs comme toi, on va s’en occuper », lui balance une autre personne, selon les témoignages relatés dans le livre. Un tsunami, explique-t-il, qui oblige sa fille à effacer toutes les photos de son père sur ses réseaux sociaux. Qui lui fait craindre pour sa famille : « On sait où sont vos filles, on va s’en occuper ! », lui lance un twitto.
Eric Brion parle aussi d’« ostracisation professionnelle ». Son téléphone ne sonne plus, ses rares rendez-vous se font à distance, plus personne ne veut être vu en sa compagnie. Sa compagne prend la porte au bout d’un mois, certains de ses amis coupent les ponts. Le monde s’écroule autour de lui et Eric Brion dit penser au suicide.
Un an et demi plus tard, la justice estimera au cours d'un procès en diffamation qu’il ne s’est pas rendu coupable de harcèlement sexuel. La défense de Sandra Muller, qui arguait qu’une source, pour un journaliste, est une relation de travail, n’a pas convaincu les juges.
La Haine en ligne n’est pas un témoignage, ou seulement dans son préambule, de ce qu’a vécu David Doucet. Les langues se délient et les révélations sur ce sujet sont saluées comme le #MeToo des médias.
David Doucet, qui a appartenu pendant moins de deux ans à ce groupe, est particulièrement visé quand l’un des canulars qu’il opéra sur la youtubeuse Florence Porcel ressurgit.
En 2010, David Doucet avait appelé Florence Porcel, alors tout juste diplômée d’une école de journalisme, en se faisant passer pour le rédacteur en chef d’une émission de télévision souhaitant la recruter. L’enregistrement du canular diffusé sur les réseaux sociaux a été « dévastateur » pour elle, raconte Florence Porcel, qui revit le traumatisme lorsqu’elle reçoit neuf ans plus tard des excuses de l’intéressé : mains qui tremblent, respiration et rythme cardiaque accélérés…
David Doucet a été mis à pied puis licencié à la suite notamment d’enquêtes du journal Le Monde et de Mediapart dans la foulée de ces révélations, cette dernière affirmant, avec de nombreux témoignages à l’appui, que « certaines méthodes de la Ligue du LOL semblent avoir contaminé la rédaction », en décrivant un management malveillant et une ambiance de « flicage » (plus tard, une enquête du journaliste Jean-Marc Manach a essayé d'en donner une autre image). Ses débuts dans l’émission Touche pas à mon poste sont aussitôt bloqués par une nouvelle vague de critiques.
Pour tourner la page (et peut-être aussi dans la perspective de son procès aux Prud’hommes), David Doucet a choisi de raconter non pas seulement son témoignage, mais celui de dizaines d’autres personnes « annulées » pendant un temps : les gérants d’un Super U, contraints de quitter leur travail après que des photos d’eux posant en safari près de dépouilles d’animaux sauvages ont été déterrées. L’écrivain et blogueur Mehdi Meklat, lâché par sa maison après la découverte de son double homophobe, raciste et sexiste, sur les réseaux sociaux. La chroniqueuse Julie Graziani, qui subit des menaces de viol et de meurtre après des déclarations très peu empathiques au sujet d’une mère au smic.
Et aussi Jade et Elyse, victimes de revenge porn ; l’acteur Philippe Caubère, accusé de viol puis blanchi par la justice ; ou encore Mennel, l’adolescente candidate au télécrochet de The Voice dont la vie a été bouleversée après que des militants du Printemps républicain ont exhumé certains de ses messages complotistes rédigés quand elle avait 14 ans.
David Doucet conclut son livre en laissant la parole à Jameela Jamil, actrice de la série The Good Place : « Ce que nous recherchons parfois dans notre société, c’est la pureté morale et nous ne la trouverons jamais. Tout ce que vous pouvez trouver, c’est le progrès et non la perfection et c’est ce que nous devrions tous viser. Il y a dix ans, ma pensée était problématique et il y avait beaucoup de choses que je ne savais pas et que je ne comprenais pas.
Depuis Metoo, d’autres mouvements similaires se sont lancés, dénonçant le sexisme profond qui traverse tous les milieux. Après Adèle Haenel et le désormais célèbre « maintenant on lève et on se casse » c’est l’industrie musicale qui a été secouée par les terribles révélations sur Moha LaSquale.
Si aujourd'hui la parole se libère, celles et ceux qui osent dénoncer subissent encore la « loi du bâillon » et doivent affronter menaces, pressions, chantage.
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