#BalanceTonPorc: La Libération de la Parole et ses Conséquences en France

Le 13 octobre 2017, la journaliste Sandra Muller a lancé un appel retentissant sur Twitter : "#balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails d'un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends." Ce tweet a marqué un tournant dans l'histoire des réseaux sociaux et dans la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes en France.

Le succès de cette invitation à libérer la parole des victimes de harcèlement sexuel a dépassé les attentes de Sandra Muller. Le 6 mars, près de 845 000 messages avaient été postés sur les réseaux sociaux par 261 759 internautes, accompagnés de 7 862 articles de presse en ligne, selon un décompte de Visibrain pour franceinfo. Le hashtag #balancetonporc est même devenu une marque très prisée.

Sur le site de l'Inpi, "Balance ton porc !" apparaît comme une "marque verbale" déposée le 3 novembre 2017 par Héloïse Nahmani. Elle explique avoir voulu éviter "que ça tombe entre de mauvaises mains". Cependant, elle a finalement renoncé après avoir été "harcelée" par Sandra Muller et son avocat.

La journaliste est aussi en pourparlers avec les personnes qui ont déposé les noms de domaine www.balancetonporc.fr et www.balancetonporc.com, deux sites qui publient des témoignages anonymes sur le thème du harcèlement et des agressions sexuelles.

Plus d'un an après #balancetonporc, quel impact a eu le mouvement?

#MeToo et #BalanceTonPorc: Un Tsunami de Témoignages

Le hashtag #metoo a traversé l’Atlantique et même le ­Pacifique. En France, les témoignages sur une forme d’omerta à laquelle se heurtent les victimes affluent. Le verrou a sauté. La vanne s’est ouverte et un flot immense, brutal et dérangeant, continue de se déverser.

Parti de l’« affaire Weinstein », du nom du puissant producteur d’Hollywood accusé de harcèlement sexuel puis de viol par plusieurs actrices, le mouvement déclenché par l’enquête du New York Times, publiée le 5 octobre, et par celle du magazine The New Yorker, cinq jours plus tard, n’en finit pas de s’étendre.

Très vite, la vague a pris des allures de tsunami, traversé l’Atlantique - et même le ­Pacifique. Dans ses différentes versions, le hashtag #metoo (moi aussi) est devenu planétaire sur les réseaux sociaux.

Le choix par les Françaises d’un hashtag plus radical, #balancetonporc, est peut-être la manifestation d’un problème non pas nécessairement plus vaste mais plus enfoui, d’un silence encore plus pesant. Les témoignages sur une forme d’omerta à laquelle se heurtent dans le monde du travail les victimes de harcèlement qui tentent de dénoncer leurs agresseurs sont si nombreux et si détaillés qu’ils accréditent l’idée d’un véritable mur du silence, en contradiction avec la législation en vigueur.

#metoo ou #balancetonporc, le flot ne s’arrêtera pas. Spontané, sans organisation ni leaders, il finira sans doute un jour par lasser, se heurtera à la puissance des intérêts de l’omerta, qui, tôt ou tard, chercheront à reprendre le dessus, comme ils l’ont fait après l’affaire Strauss-Kahn, il y a six ans.

Mais ce qui se passe depuis quelques semaines est un profond bouleversement, qu’il faut d’abord chercher à comprendre, puis sur lequel hommes et femmes doivent bâtir. Bâtir, sans attendre, mais durablement et solidement.

Les Conséquences pour les Victimes et les Accusés

Après la multiplication de témoignages sous le hashtag #balancetonporc sur les réseaux sociaux, beaucoup de femmes ont été invitées, de façon plus ou moins sympathique, à aller plus loin, en dénonçant les faits et gestes de leurs agresseurs dans un commissariat. Dans les faits, pour celles qui franchissent le pas, c'est un véritable parcours du combattant qui s'annonce. Quant à celles qui ont dénoncé le comportement d'hommes politiques, leur vie peut devenir un calvaire.

Plusieurs femmes ont partagé leurs expériences, révélant les difficultés rencontrées après avoir dénoncé des faits de harcèlement :

  • Lucile Mignon-Blindauer, qui a porté plainte contre Georges Tron, vit avec la peur et subit des difficultés financières et psychologiques.
  • Isabelle Attard, ex-élue Europe Ecologie-Les Verts, déplore l'apathie du milieu politique et a reconsidéré son engagement après l'affaire Denis Baupin.
  • Aline Rigaud, enseignante, a vu sa reconversion professionnelle compromise après avoir dénoncé une agression sexuelle.
  • Annie Lahmer, conseillère régionale d'Île-de-France EELV, doit côtoyer des proches de son agresseur présumé dans le cadre de son travail et fait toujours l'objet de remarques.

À l’époque, c’est la journaliste Sandra Muller qui dénonce le comportement qu’il a eu avec elle quelques années plus tôt sur la chaîne Equidia. "Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit". Ce sont les propos que Sandra Muller attribue à Eric Brion, ex-patron de la chaîne Equidia.

Quelques semaines plus tard, Eric Brion reconnaîtra, dans une tribune du Monde, avoir tenu ces propos - qu’il qualifie de "déplacés" - et présentera ses excuses à la journaliste… avant de l’attaquer en diffamation. Suite à cette dénonciation, la compagne d’Eric Brion le quitte et il perd les principaux clients de sa société de conseil. Un an plus tard, il s'exprime pour la première fois à la télévision et raconte comment "Balance ton porc a ruiné [sa] vie".

Tableau Récapitulatif des Conséquences

Personne Accusation Conséquences
Lucile Mignon-Blindauer Harcèlement moral contre Georges Tron Peur constante, difficultés financières et psychologiques
Isabelle Attard Harcèlement et agression sexuelle contre Denis Baupin Reconsidération de son engagement politique, impact sur sa perception dans sa circonscription
Aline Rigaud Agression sexuelle par Gérard Ducray Reconversion professionnelle compromise, difficultés à retrouver du travail
Eric Brion Accusé de harcèlement sexuel par Sandra Muller Perte de sa compagne et de clients, dépression
Annie Lahmer Harcèlement sexuel contre Denis Baupin Obligée de côtoyer des soutiens de son agresseur, remarques constantes

Le Silence Persistant dans le Cinéma Français

Cinq mois après l'éclatement de l'affaire Weinstein, l'omerta semble encore régner sur le cinéma français. Selon les chiffres officiels, 1 Française sur 5 est confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle. Pourtant, contrairement à une foule d'anonymes, aucune actrice n'a "balancé", sauf Florence Darel. Elles soutiennent mais ne témoignent pas. À les entendre, comme le souligne très bien le journal Libération, on dirait bien que le 7ème art n'est pas gangrené par ce phénomène qui frappe le monde entier. Il n'y aurait donc pas de "porcs à balancer" en France?

"Les rangs sont demeurés serrés en France [...]. Soit le cinéma français est véritablement le secteur le plus vertueux, égalitaire et clean de la galaxie (rires enregistrés), soit la presse ne fait pas son travail (comment osez-vous!), soit l'industrie d'ici, en biotope autarcique et limite aristo, rétive à faire preuve de transparence sur ses rouages les moins honorables, s'auto-régule dans le sens d'une omerta bien tempérée, laissant aux journalistes le soin de fouiller dans le panier à linge sale", déplorent Julien Gester et Didier Péron, les journalistes de Libération.

Le mutisme du cinéma français est attribué à plusieurs facteurs :

  • La peur des victimes de perdre leur emploi et de ne pas être entendues.
  • Le fantasme français du "mec salaud mais génial" qui glorifie certains comportements.
  • La difficulté de différencier l'homme de l'artiste, conduisant à excuser les comportements répréhensibles.

En France, nous concevons tout acte d'un point de vue de l'auteur, analysent Arnaud Alessandrin et Johanna Dagorn, docteurs en sociologie à l'université de Bordeaux. La France connaît un certain 'embarras' depuis cette dénonciation massive et fait preuve davantage d'empathie envers les auteurs qu'envers les victimes. Là où Emma Watson dénonce les violences ordinaires subies, une partie des Français pense 'au droit d'importuner des auteurs'."

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