De nombreuses personnes se tournent vers la production de leur propre nourriture. Il est vrai qu’avec les scandales à répétition de l’industrie agroalimentaire et les temps de crise que nous traversons, la question de l’autosuffisance alimentaire est au cœur de nos préoccupations. Mais est-ce que c’est vraiment une bonne idée ?
L’autosuffisance alimentaire est un art de vivre de plus en plus recherché par les amateurs de jardinage qui souhaitent se détacher du mode de consommation actuel. Avant de se lancer dans le vif du sujet, définissons déjà ce grand concept d’autosuffisance. Produire soi-même la totalité des ressources alimentaires de son foyer, jusqu’à être parfaitement indépendant, c’est ça qu’on appelle l’autosuffisance. On appelle donc un potager autosuffisant un potager qui produit 100% de la consommation de légumes du foyer.
On parle souvent d’autosuffisance mais finalement est-ce qu’on sait bien ce que c’est ? D’après le Larousse, la définition d’autosuffisant est la suivante : « Dont les ressources propres sont suffisantes pour assurer les besoins essentiels.« . Avant d’aborder l’autosuffisance à proprement parler, il faut donc définir ce que sont les besoins essentiels. A la base de la pyramide, on retrouve donc les besoins physiologiques dont notamment : la faim = le besoin d’une nourriture adaptée à notre santé.
Alors certes, pointer du doigt cet objectif témoigne d’une prise de conscience individuelle et d’une réelle volonté de mise en action. Car l’état d’esprit qui pousse à viser l’autarcie n’est pas le même que celui qui encourage à plus d’autonomie. Cela implique de ne plus avoir besoin des autres pour subvenir à ses besoins alimentaires.
Ce courant, dans lequel s’inscrivent certaines communautés (je pense en particulier à certains survivalistes) pousse à la rupture avec le monde qui nous entoure, en prônant l’autoproduction maximale. À l’inverse, la recherche d’autonomie renvoie à l’idée d’être l’auteur de ses propres choix, d’être acteur dans la manière de s’alimenter, avec pour objectif de tendre vers des modes de production qui soient les plus justes possible.
En nous lançant, nous étions déjà conscients des besoins de notre corps à une alimentation de qualité. Nous avions déjà déserté les grandes surfaces pour consommer local et bio. Car penser autonomie alimentaire amène forcément un tas de questions sur ce qu’on mange et c’est ça le plus important : se questionner sur ce qu’on met dans notre assiette. Est-ce que les aliments qu’on mange sont sains ? Mais la réflexion tourne aussi autour de la saisonnalité des produits. Est-ce que manger des tomates, même bio, au mois de mai est logique ? Soutenable pour l’environnement ? Et est-ce qu’un légume moins joli doit être jeté ? Au jardin on mange tout le monde, même les moins bien calibrés car ils ne sont pas moins bons pour notre santé.
De nombreuses personnes que je rencontre au jardin ou en dehors se tournent vers la production de leur nourriture. Il est vrai qu’avec les scandales à répétition de l’industrie agro alimentaire et les temps de crise que nous traversons, la question de l’autosuffisance alimentaire est au cœur de nos préoccupations. Mais est-ce que c’est vraiment une bonne idée ?
Le mouvement d’un retour à la terre pour cultiver sa nourriture est un mouvement de fond qui s’ancre dans une réalité de société : le système agroalimentaire « classique » n’est plus apte à nous fournir une alimentation de qualité mais seulement une alimentation en quantité, ce qui est bien différent. Donc au-delà de la quantité, nous voulons la qualité. Comme le système n’est pas apte à nous la fournir (ou de manière limitée grâce à des producteurs conscients de ces enjeux), nous prenons le relais pour auto-produire cette nourriture. Alors oui nous nous mettons en chemin mais est-ce que finalement l’objectif final est atteignable ? Pour une grande majorité de la population la réponse est clairement non. Est-ce que vous êtes en capacité de produire légumes, fruits, miel, céréales, produits laitiers et viande (si vous en consommez) ? Avez-vous le temps de produire tout ça tout en tirant un revenu décent pour couvrir vos autres besoins ?
En voyant l’ampleur de la tâche, beaucoup se recentrent sur l’autosuffisance en fruits et légumes (c’est ce que nous avons fait aussi). Nous avons avancé étape par étape et, après plusieurs années d’aménagement (et de formation au design de permaculture) et de récoltes, nous avons atteint notre limite : nous ne sommes pas capables d’atteindre une autosuffisance alimentaire à 100% rien qu’en fruits et légumes ! C’est sans appel et finalement assez logique car en plus de cultiver il faut récolter et transformer nos récoltes pour pouvoir en consommer toute l’année. Alors certes, nous nous approchons de l’autonomie en légumes (entre 70 et 90% selon les années) mais ça nous demande une vraie organisation et de nombreuses heures au jardin et en cuisine.
Pour replacer les choses dans leur contexte, commençons par évoquer le potentiel productif d’un potager familial, même s’il est fort compliqué d’avancer des données précises sur le sujet tant les contextes individuels sont différents. Je citerai pour commencer une étude menée par l’université de Caen et visant à estimer le potentiel productif de nos potagers. Menée simultanément dans trois villes du nord de la France (Rennes, Caen et Alençon), celle-ci annonce des productions variables suivant les jardiniers, allant de 0,5 kg à 3,9 kg de légumes par m2 et par an, avec une moyenne qui s’établit à 1,8 kg/m2/an.
À l’inverse, la production qu’il est possible d’atteindre dans des projets de microagriculture bio-intensive - système agricole durable visant à produire une alimentation sur de petites parcelles, tout en augmentant simultanément la biodiversité et en soutenant la fertilité du sol - est 5 à 7 fois supérieure. Pour un jardinier moyen visant une montée en compétences, il me semble tout à fait envisageable d’atteindre en quelques années une productivité de l’ordre de 5 kg de légumes par m2 et par an. Sachant qu’environ 200 kg de légumes sont nécessaires aux besoins annuels d’une personne, il faudrait alors être en mesure de cultiver avec soin 40 m2 de potager par personne, soit 160 m2 pour une famille de 4 personnes.
J’ai par ailleurs calculé ce que les 400 kg de légumes que nous produisons annuellement - qui nous permettent l’autonomie totale en légumes - nous offrent en terme “d’autonomie calorique”. Nos légumes nous apportent donc de la diversité, des nutriments, des vitamines, de la couleur dans nos assiettes et du plaisir gustatif… mais finalement que très peu de calories !
| Élément | Quantité/Surface |
|---|---|
| Besoins annuels en légumes par personne | 200 kg |
| Surface de potager nécessaire par personne (à 5 kg/m²/an) | 40 m² |
| Production moyenne en potager familial (étude de Caen) | 1,8 kg/m²/an |
| Production potentielle en microagriculture bio-intensive | 5-7 fois supérieure à la moyenne |
L’autosuffisance au potager ne s’atteint pas du jour au lendemain. Elle demande du temps, de la préparation, du travail et quelques connaissances. Mais y mettre un pied n’est pas si compliqué. Il vous faudra y aller étapes par étapes, réajuster vos pratiques.
Grâce à ces quelques conseils, n’ayez plus peur de vous lancer ! La première année sera expérimentale et vous permettra d’apprendre de vos erreurs pour réajuster le tir. Voyez ce qui vous correspond le mieux, n’hésitez pas à faire des essais, vous tromper, réadapter, et surtout faites-vous plaisir !
tags: #autosuffisance #alimentaire #permaculture
Vrac zéro déchet et Primeurs de saison au plus proche de chez vous à Thorigné-Fouillard près de rennes en Ille et Vilaine 32
© 2021 - Du bocal à l'assiette - Tous droits réservés / création web : 6cyic