La question de la sécurité alimentaire en Inde est un sujet complexe, marqué par des enjeux économiques, socio-politiques et environnementaux significatifs. L'Association France-Union Indienne, en collaboration avec la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, l’Université Paris Ouest-Nanterre (LAVUE) et le Centre d’Etudes de l’Inde et de l’Asie du Sud (CNRS-EHESS), a organisé un colloque dédié à cette thématique, réunissant des experts indiens et français.
Au moment de son indépendance en 1947, la situation alimentaire de l’Inde était très mauvaise, et beaucoup d'observateurs prévoyaient une évolution catastrophique du pays. Nehru, le nouveau Premier Ministre de l'Inde, déclarait en 1948 « everything else can wait but not agriculture ». Le pays a cependant déjoué ces sombres pronostics, parvenant à mettre en œuvre une révolution verte qui, par une agriculture à haut rendement, a pu apporter en quelques années l'autosuffisance alimentaire au pays.
La « machinerie alimentaire » de l’Inde, la plus importante au monde dans ce domaine, répond au premier des Objectifs du Millénaire définis par l’ONU : « Eliminer l’extrême pauvreté et la faim ». Ce programme consacre environ 4 milliards de dollars par an pour fournir à une large part de la population des grains alimentaires à prix réduits. Il s’inscrit dans une longue pratique de « système de distribution publique », appuyée sur quelque 500 000 boutiques spécialisées, qui a connu des hauts et des bas depuis la politique de réformes lancées en 1991 par Manmohan Singh, alors ministre des Finances, et Premier Ministre depuis 2004.
Depuis 1985, la croissance de la production agricole est supérieure à la croissance de la population. Le pays est donc en situation "d'autosuffisance alimentaire", cependant il était encore dans une situation catastrophique en 1947 à cause de la famine. On s'aperçoit que malgré la diversité et l'abondance de nourriture en Inde "l'autosuffisance alimentaire" à des limites puisqu'un Indien sur 3 est encore mal nourrit. Le défit n'est donc pas totalement relevé. En comparant le régime alimentaire indien et français on met en évidence les déséquilibre de l'alimentation en Inde et on retrouve l'idée de malnutrition.
Une autosuffisance acquise grâce à la révolution verte. Qu'est ce que la "révolution verte" ? Agriculture moderne qui vise à augmenter les rendements. C'est donc une intensification de la production. Cela à été obtenue par l'adaptation de techniques occidentales: l'irrigation, engrais artificiels, sélection des semances, pesticides pour tuer les parasytes, mécanisation.
Qu'elles sont les limites de cette "révolution verte" ?
L'effort en matière de production agricole est surtout porté sur les céréales qui forment la base du régime alimentaire indien. Les moussons rendent tout le territoire indien cultivable et les régions se spécialisent en fonction des conditions naturelles (ex: riz demande beaucoup d'eau + chaleur ; le millet est cultivable sur tous les sols même les plus mauvais.)
Depuis les années 1960, les subventions agricoles sont un outil politique essentiel en Inde pour soutenir la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance, ainsi que pour promouvoir la production et la productivité agricoles. Ces subventions continuent d’attirer l’attention en raison de leur taille et de leur composition. La pauvreté rurale avoisinant les 12,9 % en 2021 et 16,3 % de la population étant sous-alimentée en 2019-21, l’Inde utilise les subventions pour soutenir la production agricole et les revenus des agriculteurs ainsi que pour renforcer la sécurité alimentaire des consommateurs.
C’est en 1965 que l’Inde a introduit le soutien des prix. Après l’achat, le stock est distribué à un prix subventionné. Des organismes gouvernementaux ou semi-gouvernementaux achètent des graines oléagineuses, des légumineuses, du coton et d’autres produits afin de stabiliser les prix du marché lorsqu’ils sont inférieurs au prix minimum de soutien. La politique d’approvisionnement a été la plus efficace pour atteindre les producteurs de riz et de blé, dont environ 37 % et 17 % respectivement de la production ont été achetés au prix minimum de soutien au cours des saisons de commercialisation 2021/22. Une analyse récente a montré que ce prix minimum de soutien bénéficie à 13 % des producteurs de riz et à 16 % des producteurs de blé, bien que cette part varie d’un État à l’autre. Cette politique a également profité aux petits agriculteurs.
Le prix minimum de soutien et le système public de distribution jouent un rôle essentiel. D’une part, ils assurent aux agriculteurs un prix garanti qui s’est avéré vital face à l’augmentation du coût des intrants et à l’effondrement des prix des denrées alimentaires. Cela a stimulé la demande rurale régionale en garantissant les revenus et en augmentant le pouvoir d’achat des agriculteurs. Ils ont également permis à de nombreux agriculteurs de produire davantage de denrées alimentaires tout en investissant dans des actifs productifs, tels que des machines agricoles et des équipements d’irrigation et de transport, dans des ressources, telles que l’achat et l’amélioration des terres, ou dans des technologies liées aux variétés de semences, aux méthodes de récolte et à l’utilisation accrue d’engrais et de pesticides. Ces politiques ont également aidé les agriculteurs à maintenir leurs moyens de subsistance et à assurer leur propre sécurité alimentaire.
Le prix minimum de soutien et le système de distribution publique ont également joué un rôle clé dans la stabilisation des prix, en particulier des céréales, et ont souvent empêché l’effondrement des prix grâce à l’achat et à la vente de stocks tampons en Inde. Des outils similaires ont été ou sont utilisés dans le monde entier au niveau national ou régional, avec ou sans soutien des prix, notamment aux États-Unis, dans l’Union européenne, en Grande-Bretagne, en Norvège, au Brésil, en Égypte, en Chine, en Indonésie, en Zambie, au Mali, aux Philippines et au Bangladesh.
L’autre subvention clé concerne les intrants agricoles, tels que les engrais, l’irrigation et l’électricité, ainsi que certaines subventions au crédit et à l’assurance récolte. Les subventions aux intrants ont été introduites pour permettre aux agriculteurs d’obtenir les intrants essentiels à la production, car les coûts des intrants étaient prohibitifs et n’ont cessé d’augmenter depuis les années 1990, surtout par rapport aux prix des produits.
Les notifications de l’Inde à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) indiquent que les subventions aux intrants pour les engrais, l’irrigation et l’électricité s’élevaient à 25 milliards USD en 2011, ont été portées à 32 milliards USD en 2021-2022, puis ont grimpé à 48 milliards USD en 2022-2023. La recherche suggère que les subventions aux intrants ont bénéficié à la production et aux revenus dans le secteur agricole, parfois plus que l’investissement public, et que la subvention à l’électricité est la composante la plus efficace des subventions aux intrants, suivie par la subvention aux engrais.
Cependant, les subventions aux intrants ont été plus utiles lorsqu’elles ciblaient des besoins et des zones spécifiques. Par exemple, les subventions aux engrais ont été plus efficaces dans les régions sous-développées où l’utilisation des intrants, la productivité et les revenus agricoles sont faibles et où la proportion de petits exploitants et d’agriculteurs pauvres est élevée.
La politique de subventions agricoles de l’Inde a fait l’objet de nombreuses critiques, tant en Inde qu’à l’étranger. Une autre critique porte sur le fait que les prix minimums de soutien en Inde sont inférieurs aux prix du marché.
Sur le plan de la durabilité, les critiques soulignent l’augmentation de la monoculture du riz et du blé, l’impact négatif du soutien des prix et des subventions aux intrants sur la biodiversité et les ressources naturelles, ainsi que le blocage des innovations dans les technologies vertes. Toutefois, la durabilité est un équilibre entre les dimensions économiques, sociales et environnementales. Pour un pays présentant les conditions socio-économiques de l’Inde, la dimension de la durabilité environnementale doit être mise en balance avec la nécessité d’augmenter les revenus.
L’agriculture indienne est confrontée à de multiples défis depuis des décennies, en partie à cause d’un décalage entre les prix des denrées alimentaires et des produits agricoles et les coûts de production. Les besoins alimentaires de la population indienne, qui compte plus d’un milliard d’habitants, ont obligé les pouvoirs publics à mettre l’accent sur les cultures vivrières.
Le pari non gagné de l'Inde, développer une agriculture durable. L'Inde doit faire face à un nouveau défit alimentaire et mettre en place une 2ème "révolution verte". Il faut continuer à augmenter la production puisque la population augmente, sans détruire l'environnement: agriculture durable.
Plusieurs voix complémentaires sont possibles à l'avenir pour mettre en place une agriculture durable:
De nombreux experts préconisent les transferts directs de revenus comme une alternative plus efficace et plus durable au soutien des prix et aux subventions aux intrants. Si le régime de subventions de l’Inde présente de nombreuses faiblesses et nécessite sans aucun doute une rationalisation, un suivi et une mise en œuvre accrus, le retrait ou la refonte des subventions agricoles et leur réorientation vers d’autres outils politiques tels que la recherche et l’innovation, y compris l’innovation verte, en particulier à court et moyen terme, représentent un énorme défi.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Pauvreté rurale (2021) | 12,9 % |
| Population sous-alimentée (2019-21) | 16,3 % |
| Subventions aux intrants (2022-2023) | 48 milliards USD |
tags: #autosuffisance #alimentaire #inde
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