Autonomie Alimentaire à Cahors : Initiatives Locales pour un Futur Durable

Dans le domaine de l'écologie et de la durabilité, peu de défis sont aussi cruciaux que celui de la souveraineté alimentaire, l’alimentation étant la base même de notre capacité à vivre et à vivre ensemble. Engagée dans une démarche en faveur du retour de la nature en ville et de la biodiversité et au bénéfice d’actions de sensibilisation à l’autonomie alimentaire, la Ville de Cahors encourage et soutient l’initiative citoyenne allant dans ce sens.

Plusieurs projets ont vu le jour, portés par des associations locales et soutenus par la municipalité, visant à sensibiliser la population à l'importance de cultiver ses propres aliments et à favoriser une alimentation plus durable et locale. Découvrons ensemble ces initiatives inspirantes.

Jardinières Partagées : Un Élan de Verdure et de Solidarité

Après l'aménagement de l'Agora d'agriculture urbaine sur les allées Fénelon, six jardinières partagées ont été installées à Cahors, dont trois dans le quartier Saint-Georges, place de la Résistance. Les membres de l’association Bouge ton Georges, créée pendant le confinement par les commerçants du quartier dans le but de générer une nouvelle dynamique de quartier, y ont planté et entretiennent les tomates, courgettes, poivrons, aubergines, des capucines et des œillets fournis par le service des Espaces verts de la ville.

Pour Patrice Delcayre, l'initiative menée en faveur du retour de la nature en ville est "une excellente idée qui permettra de créer de l'activité pour les commerçants du quartier". La mairie de Cahors assure le partenariat en fournissant les bacs et les plantes, et l'association s'occupe de l'entretien. La municipalité assure de son côté "encourager et soutenir ces initiatives citoyennes (...) qui bénéficient du soutien financier de l'Etat à hauteur de 50%".

Dans le même esprit qu’à Saint-Georges, les trois autres jardinières et les plants comestibles ont été livrés place des Républicains Espagnols dans le quartier Libération- Daurade. Deux associations, Quartier Libération-Daurade et C.E.I.I.S (Comité d’Etudes et d’Informations pour l’Insertion Sociale) ainsi que la Maison de retraite Orpéa - Les Rives de Cabessut ont conjointement pris en main la gestion de ces jardinières dans lesquelles elles ont ajouté aux plantes des serres municipales des plants de maïs.

Le partenariat tissé avec les acteurs locaux autour de ces installations d’agriculture urbaine a pour but de renforcer les liens dans les quartiers et de promouvoir l’autoproduction alimentaire par la pratique collective du jardinage et les échanges de pratiques qui en découleront.

Au sein des huit parterres installés à proximité de l'espace Valentré, différentes variétés de légumes ont été semées à l'initiative du service des Espaces verts comme le chou palmier tricolore dont le feuillage est comestible, des poires de terre, du rutabaga ou encore des blettes.

Chou palmier tricolore

L'Agora d'Agriculture Urbaine : Un Espace d'Apprentissage et de Partage

L'Agora d'agriculture urbaine de Cahors, dans le Lot, enseigne à cultiver autrement avec Autonomie Alimentaire Cahors et va se lancer dans la création d'un jardin-forêt en ville. L’agora d’agriculture urbaine occupe une surface de 400m² en centre-ville de Cahors, sur les allées Fénelon.

« Nous sommes dans une démarche partagée. L’initiative est venue de l’association Autonomie Alimentaire Cahors. Nous avons décidé de les accompagner. Cet espace vit, produit des légumes, et des fruits. C’est un laboratoire. Dans ce projet, il faut également saluer l’engagement des citoyens qui ont décidé de s’engager » a déclaré Jean-Marc Vayssouze, maire de Cahors, lors l’inauguration de l’agora d’agriculture urbaine sur les allées Fénelon le 22 septembre.

Depuis 3 ans que l’agora d’agriculture urbaine est sur pied, les impacts positifs sont nombreux : amélioration du cadre de vie en centre ville, participation assidue des bénévoles sur l’entretien et la mise en place d’animation, accueil des scolaires.

La conception de l’agora et sa mise en place sont issus d’un processus entièrement participatif. Le zonage de l’agora et le choix des plantes ont été réalisés en fonction des objectifs posés au démarrage. Sur 400m², on retrouve une grande diversité végétale propice aux découvertes culinaires mais aussi à la production de biodiversité.

La ville de Cahors a mis à disposition du collectif citoyen le foncier gratuitement via une convention d’utilisation, ainsi qu’un budget de 10 000€ pour financer la réalisation de l’agora. Celui-ci a permis de financer les plantes et les matériaux. La pergola métallique avec ses bancs incrustés a été construite à la main, et les cheminements dallés à partir de la pierre donnée par une entreprise de taille de pierres de la région.

En effet, depuis sa création, cette agora, véritable « fermentation citoyenne » selon Claire Mauquié, initiatrice du projet, a permis de mettre en place des ateliers pédagogiques et des chantiers participatifs pour apprendre et partager les connaissances autour des techniques écologiques du jardinage (permaculture, compostage…) où chacun peut apporter ses savoirs.

Une pergola, un cheminement en dalles d’Occitanie Pierres, des buttes, des jardinières surélevées accessibles aux personnes à mobilité réduite, un collecteur d’eau de pluie, une treille de plantes grimpantes et une petite mare ont ainsi vu le jour. L’activité du jardin est bel et bien lancée.

« Je veux remercier tous ceux qui ont participé : bénévoles, volontaires, Johann Vacandare, le service des espaces verts, Cahors Juin Jardins, Occitanie Pierres. Il y a eu une sorte de fermentation sociale » a lancé Claire Mauquié d’Autonomie Alimentaire Cahors.

Pour les auteurs François Rouillay et Sabine Becker, qui ont importé en France ce concept d’autonomie alimentaire avec « Les Incroyables comestibles » en 2012, cette Agora urbaine est une véritable réussite. « Ce projet à Cahors est fabuleux, expliquent-ils. Ça démontre que ça marche et Cahors ouvre la possibilité de faire un véritable laboratoire de culture urbaine pour apprendre les gestes nécessaires au retour à l’autonomie alimentaire ».

Permaculture

Vers un Jardin-Forêt Comestible : Un Écosystème Urbain Nourricier

Aujourd’hui, l’Agora urbaine essaime. L’association Autonomie Alimentaire Cahors est en train de monter un projet de jardin-forêt comestible, toujours en partenariat avec la mairie de Cahors. Cette dernière mettra à disposition de l’association un terrain de près d’un hectare à Cabessut, sur un terrain agricole.

C’est là sur une parcelle de 8000m², rue du Mas de Mansou, que va pousser ce jardin-forêt d’un nouveau genre. Canopées, arbres de toutes les essences (certaines méconnues du grand public), lianes, vergers gourmands et généreux, buissons et plantes composeront ce parc, tel un laboratoire à ciel ouvert, pour accompagner l’autonomie alimentaire et redonner à la biodiversité toute sa place dans l’univers urbain.

Les bénévoles d'Autonomie alimentaire Cahors ont mis en terre cette forêt comestible, en plantant sur cet espace les tout premiers arbres, parmi lesquels de beaux abricotiers. Car Claire Mauquié, coordinatrice du projet auprès de l’association, le dit sans hésiter « ce sera une forêt comestible qui imitera le processus naturel d’un jeune boisement, avec des arbres nourriciers et des cultures potagères.

L’objectif est de faire une conception participative durant l’automne afin de pouvoir planter les essences d’arbres durant l’hiver prochain. « Nous allons cultiver comme un jeune boisement, avec la même diversité, où il n’y a pas besoin d’arroser ni de fertiliser » explique Claire Mauquié.

Des essences d’arbres nourricières formeront un couvert et dessous pourront pousser d’autres plants comestibles en symbiose. Jardin ou forêt ? Pourquoi choisir quand on peut planter les deux pour constituer un biotope remarquable en ville.

« Nos services municipaux se sont contentés d’accompagner l’association, d’abord avec la création de l’Agora urbaine sur les allées Fénelon ; puis, ici, à Cabessut, avec ce jardin-forêt sur une parcelle municipale mise à disposition par le Ville. Jouer collectif, inviter à la participation de tous, c’est tout l’enjeu de ce jardin. Un défi que Johann Vacandare suit avec beaucoup d’intérêt. Le concept s’inspire de techniques agronomes résilientes, notamment pour l’entretien et l’alimentation en eau du site.

Préau, serre, récupération des eaux de pluie ou creusement d’une mare, sont en projet. D’ores et déjà 500 plants vont être installés, ainsi qu’une centaine de semis directs déposés en terre.

Durant la première année, une journée mensuelle de chantier sera proposée pour implanter le jardin-forêt. Puis, l’année suivante viendra le temps des premières récoltes, avec des ateliers, des transformations de la production, mais aussi des visites commentées ou encore des activités pédagogiques. Ce dimanche 20 février de 14h à 17h, se déroulera une session de plantation.

Imaginez un jardin où presque tout ce qui pousse se mange. Un véritable paradis pour les amateurs de jardinage et de gastronomie. C’est exactement ce que l’association Autonomie Alimentaire Cahors a créé sur un hectare de terrain. Ce qui rend ce jardin si particulier, c’est sa diversité impressionnante. On y trouve des espèces parfois exotiques et méconnues, mais parfaitement acclimatées à la région.

Même à l’approche de l’hiver, le jardin-forêt de Cahors regorge de surprises gustatives. L’amarante trompe d’éléphant, avec ses longues tiges rougeâtres, attire l’œil et chatouille les papilles. Les cardons, cousins méconnus de l’artichaut, offrent une saveur délicate.

L’aspect le plus remarquable de ce projet est sans doute son caractère participatif. Chaque dimanche après-midi, les habitants sont conviés à participer à l’entretien écologique du jardin. L’impact de ce jardin extraordinaire ne s’arrête pas à ses frontières. Un partenariat innovant a été mis en place avec un restaurant associatif local.

Ce jardin-forêt comestible est bien plus qu’un simple potager. C’est un lieu de partage, de découverte et d’apprentissage pour tous ceux qui s’intéressent à l’autonomie alimentaire et à la biodiversité.

Jardin Forêt comestible

Claire Mauquié et l'Association "Autonomie Alimentaire Cahors"

Répondre à ce défi est un véritable moteur pour Claire Mauquié, qui œuvre depuis une dizaines d’années sur ces questions, à la fois sur une échelle individuelle mais aussi sur une échelle territoriale. Ce travail important commence par un constat alarmant : la diversité de l’alimentation française s'est considérablement appauvrie au fil des siècles. De 300 à 500 espèces utilisées historiquement, nous sommes désormais limités à une soixantaine. Elle met en place de nombreuses actions de sensibilisation pour retrouver un spectre alimentaire plus large et s’ouvrir l’esprit, car 7000 espèces alimentaires peuvent être cultivées et consommées en climat tempéré.

Avant de s'établir à Elne, une commune proactive en matière de transition écologique, Claire a accumulé des expériences enrichissantes à travers le monde. À Taïwan, elle a collaboré avec une ONG pour développer des forêts comestibles urbaines, impliquant directement les communautés locales dans la création d'espaces verts comestibles. En revenant en France, Claire a rapidement pris part au développement de "La Forêt Gourmande", une association bourguignonne qui se démarque par son jardin-forêt riche de mille espèces alimentaires.

Poursuivant sur sa lancée, Claire a co-fondé l'association “Autonomie Alimentaire Cahors”, et a rapidement mis en place l'Agora d'agriculture urbaine. Sollicitée par la ville d'Elne pour partager son expertise, Claire a eu l’opportunité de s’installer dans ce village des pyrénée orientales, et rejoindre l'association Slow Food Pays Catalan, où elle œuvre à développer des marchés de producteurs locaux et des initiatives de sensibilisation à la consommation éthique et locale.

L'une des contributions les plus notables de Claire est sans doute sa promotion de la consommation de glands, une ressource nutritive largement négligée. L'action de Claire Mauquié n'est pas seulement un exemple de passion et de dévouement, mais aussi un modèle pour l'avenir de l'alimentation et de l’agroécologie.

Les Jardins de Cocagne : Un Modèle d'Agriculture Solidaire

Les Jardins de Cocagne sont un modèle d’agriculture solidaire qui combine la production de légumes bio avec un objectif d’insertion professionnelle pour des personnes éloignées de l’emploi. Les Jardins de Cocagne sont des exploitations agricoles sociales et solidaires qui produisent des légumes biologiques, principalement en circuits courts. Le concept repose sur un modèle associatif, où les légumes sont récoltés et distribués sous forme de panier aux adhérents, souvent les bénéficiaires de ce modèle social.

Les Jardins de Cocagne ont été créés en 1992 sous l’impulsion de l’association « Les Jardins de Cocagne », une initiative qui s’inscrit dans une logique d’insertion sociale par le travail. Les Jardins de Cocagne sont principalement destinés à des personnes éloignées de l’emploi.

Les activités des Jardins de Cocagne sont multiples et vont bien au-delà de la simple production de légumes:

  • Production de légumes bio: Les Jardins cultivent principalement des légumes de saison (carottes, pommes de terre, courges, salades, etc.) selon les principes de l’agriculture biologique.
  • Formation et insertion professionnelle: Les personnes accueillies dans ces jardins reçoivent une formation en maraîchage bio.
  • Distribution des paniers: Les légumes produits sont distribués sous forme de paniers à des abonnés, souvent des habitants du quartier ou des adhérents de l’association.
  • Sensibilisation à l’agriculture durable et à la consommation responsable: Au-delà de la production, les Jardins de Cocagne sensibilisent la communauté locale à l’importance de l’agriculture durable et des circuits courts, en organisant des événements éducatifs, des visites de fermes et des ateliers de jardinage.

Les Jardins de Cocagne contribuent largement à l’autonomie alimentaire des territoires en favorisant une agriculture locale, durable et bio. L’avenir des Jardins de Cocagne semble prometteur, avec un nombre croissant de projets qui voient le jour chaque année, notamment dans les zones urbaines où l’accès à une alimentation saine est souvent plus complexe. Il y a actuellement 108 Jardins de Cocagne en France employant 7320 salariés.

En résumé, les Jardins de Cocagne sont un modèle unique qui allie solidarité, agriculture biologique et réinsertion professionnelle. Ils jouent un rôle clé dans l’autonomie alimentaire des territoires en produisant des aliments locaux, sains et accessibles. Leur développement continu permet de renforcer l’autosuffisance alimentaire tout en créant des emplois et en favorisant l’intégration des personnes en difficulté.

Comment faire son jardin-forêt ? (épisode 1) Le rôle des arbres.

Conclusion

Les initiatives d'autonomie alimentaire à Cahors, qu'il s'agisse des jardins partagés, de l'Agora d'agriculture urbaine ou du futur jardin-forêt comestible, témoignent d'un engagement fort en faveur d'une alimentation plus durable, locale et accessible à tous. Ces projets participatifs contribuent non seulement à renforcer les liens sociaux et à sensibiliser la population aux enjeux de l'autonomie alimentaire, mais aussi à créer des espaces de verdure et de biodiversité en milieu urbain.

En clin d’œil et en cohérence avec cet élan autour du jardinage de comestibles en milieu urbain et cette sensibilisation à l’autonomie alimentaire, le service des Espaces verts a intégré dans les huit parterres longeant l’allée des Soupirs différentes variétés de légumes au milieu des plantes ornementales. On y trouve notamment des variétés anciennes ou oubliées comme le chou palmier tricolore dont le feuillage est comestible ou l’helianti de la même famille que les topinambours, des poires de terre, du rutabaga, une nouvelle variété de tomates cerises, la perlino, des blettes, mais aussi des variétés plus exotiques comme la canne à sucre ou le taro, un tubercule tropical comestible.

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