L'Alimentation au Vieux-Port de Marseille : Un Voyage à Travers l'Histoire

Le Vieux-Port de Marseille, connu en provençal sous le nom de "lo Pòrt Vielh", est le plus ancien port de la ville, riche d'une histoire millénaire. C'est en 600 avant Jésus-Christ que les Phocéens s'y installèrent sur la rive Nord, y construisant des temples, un théâtre, une agora et des remparts. Au fil des siècles, le Vieux-Port a évolué, devenant un centre névralgique pour le commerce et l'alimentation. Cet article explore l'histoire de l'alimentation dans ce quartier emblématique, des temps anciens à nos jours.

Vue panoramique du Vieux-Port de Marseille

Les Origines et le Développement du Port

Au Moyen Âge, la ville s'étend vers le sud, où est construite l'Abbaye Saint-Victor. Au Xe siècle, des entrepôts, des chantiers de charpente et un chantier communal de constructions navales sont installés sur la rive Est du Port. Ce n'est qu'au XVe siècle que les quais furent construits. Au XVIIe siècle, le Vieux-Port de Marseille devient l'un des plus grands ports marchands d'Europe, attirant une importante immigration.

La Peste de 1720 : Un Impact sur l'Alimentation

Malheureusement, toutes les précautions ne suffirent pas à empêcher la peste d'entrer dans Marseille. L'épidémie, causée par le navire "Grand-Saint-Antoine" en provenance du Levant, fit jusqu'à 120 000 victimes dans toute la Provence. L'alimentation de la population et l'évacuation des cadavres posèrent de graves problèmes, mobilisant les échevins. L’enlèvement des cadavres du quartier de la Tourette par les galériens de l’Arsenal des galères mobilisés à cet effet et placés sous le commandement du chevalier Roze constitua un fait majeur de ce tragique événement.

Les Domaines et les Marchés : Centres de l'Alimentation

Après la peste, les activités portuaires de commerce furent déplacées vers d'autres sites plus au nord. Les « domaines » étaient d'immenses entrepôts où les grands commerçants stockaient leurs marchandises. Les divers produits rejoignaient les domaines à l'arrivée des bateaux puis étaient écoulés chez les détaillants. Le domaine Ventre était spécialisé dans le bois et le travail du bois, tandis que d'autres ateliers s'installèrent dans les anciens entrepôts, formant un véritable village d'artisans. La place des Capucins et ses alentours formaient un grand marché de la viande, avec plusieurs boucheries, des charcuteries et des triperies. Durant la période de Noël, des oiseaux attachés en guirlandes décoraient les vitrines, certaines devantures étaient tapissées d'une multitude de gibiers et volailles.

Marché aux poissons du Vieux-Port

Non loin de là, la Halle Delacroix, construite en 1803, devint un centre important pour la vente de poisson. Le poisson était dispensé de toute taxe, mais sa vente était le monopole des « cacanas » (les mareyeuses). Ces cacanes étaient approvisionnées par les pêcheurs du Vieux-Port et des environs. La vieille halle a été reconstruite et modernisée en 1936, puis a disparu en 1981, après que la clientèle l'ait délaissée pour les supermarchés. Dans les rues avoisinantes, on trouvait plusieurs poissonneries, des magasins de fromages, d'épices, ainsi que des merceries et des marchands de vêtements de travail.

Commerces Emblématiques et Longévité

Parmi ces commerces, un certain nombre est toujours en activité, témoignant d'une longévité étonnante. La quincaillerie Empereur, installée rue des Récollettes en 1898, et l'Herboristerie Blaize, fondée en 1815 à la rue Méolan, sont des exemples emblématiques de cette tradition commerciale.

Les Produits de la Provence : Une Richesse Alimentaire

La Provence est réputée pour ses cultures fruitières, son climat favorable et son savoir-faire ancestral. La chasse et la pêche fournissaient un complément de nourriture non négligeable. Les oiseaux étaient des mets appréciés, tout comme les poissons tels que le rouget, le loup, la sardine et la dorade. La tomate, la pomme de terre, les haricots, l'artichaut et l'aubergine ont été importés et intégrés dans la cuisine locale.

Recette de la Bouillabaisse par le restaurant marseillais Chez Fonfon

Plats Typiques de la Cuisine Provençale

La cuisine provençale est riche en saveurs et en traditions. Voici quelques plats typiques :

  • Tapenade : Purée d'olives broyées, d'anchois et de câpres, dégustée sur canapés ou avec des bâtonnets de légumes.
  • Aïoli : Sauce à l'ail émulsionnée avec de l'huile d'olive, servie avec de la morue, des bulots et des légumes bouillis.
  • Anchoïade : Sauce à base d'anchois, de câpres, d'huile d'olive et d'ail écrasés, servie avec des crudités ou tartinée sur du pain.
  • Bouillabaisse : Soupe de poissons des pêcheurs, améliorée au fil du temps avec des poissons plus nobles et un fumet savoureux.
  • Soupe au pistou : Soupe estivale à base de haricots verts, haricots coco, pommes de terre, cébettes, tomates et pistou (basilic, ail, huile d'olive).
  • Gardianne : Plat de viande de taureau cuite dans du vin rouge avec des aromates, oignons et carottes, typique de Camargue.
  • Pieds-paquets : Plat marseillais composé de panse de mouton farcie et de pieds de mouton, mijotés dans une sauce au vin blanc et à la tomate.
  • Petits farcis : Légumes (tomates, courgettes, poivrons, aubergines) évidés et fourrés d'une farce à base de viande, de mie de pain et d'aromates.
  • Ratatouille : Ragoût de légumes d'été (aubergines, oignons, courgettes, poivrons, tomates, ail).
  • Crespeou : Gâteau d'omelettes d'herbes et de légumes empilés par couches superposées, souvent consommé froid.

Bouillabaisse marseillaise

Élevage et Produits de la Terre

L'élevage ovin et bovin est également important en Provence. Le taureau de Camargue, élevé en plein air, offre une viande maigre et riche en protéines, protégée par une AOC. L'agneau de Crau-Alpilles, de Sisteron et du Luberon sont des produits de très haute qualité. Les rizières de Camargue, cultivées depuis le XIXe siècle, produisent 99% du riz français.

La Préhistoire et l'Alimentation

Des fouilles archéologiques ont révélé des traces de présence humaine à Marseille remontant au Mésolithique. Au Néolithique, le site de la rue Bernard-Dubois était occupé, et les habitants consommaient des mollusques marins. L'amas coquillier découvert sur la rive nord du Vieux-Port date de l'âge du Bronze, témoignant de l'importance des ressources marines dans l'alimentation des populations anciennes.

La Rafle du Vieux-Port en 1943 : Un Événement Tragique

Entre le 22 et le 24 janvier 1943, la police française et les soldats allemands ont raflé 20 000 personnes du côté du Vieux-Port à Marseille. Une semaine plus tard, 14 hectares d'un quartier populaire étaient rasés. Cet événement tragique a marqué l'histoire du Vieux-Port et de ses habitants.

Destruction du quartier du Vieux-Port en 1943

Anecdotes et Culture Marseillaise

L'expression « C’est la sardine qui a bouché le port de Marseille » est une anecdote populaire qui remonte au XVIIIe siècle. Elle illustre l'exagération et l'humour typiques des Marseillais. L'histoire est basée sur un événement réel, le naufrage du navire "Sartine" à l'entrée du port en 1780.

Témoignages et Souvenirs d'Enfance

Les témoignages des habitants du Vieux-Port, comme Nana et Michel, ainsi que les souvenirs d'enfance liés à la nourriture, montrent l'importance de la convivialité, du partage et des traditions dans la culture marseillaise. Les odeurs, les sons, les mots et les rituels liés à l'alimentation ont marqué les esprits et façonné les identités.

L'Alimentation de Nuit : Un Phare dans la Ville

Les alimentations de nuit sont des commerces essentiels à Marseille, offrant un service précieux aux noctambules. Mehdi, gérant d'une de ces alimentations, témoigne des défis et des réalités de ce métier, où l'alcool joue un rôle central.

Conclusion

L'alimentation au Vieux-Port de Marseille est un reflet de son histoire riche et complexe. Des traditions culinaires aux événements marquants, en passant par les produits locaux et les plats typiques, la gastronomie locale est un élément essentiel de l'identité marseillaise.

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