Alimentation et environnement : Impacts et solutions

L'alimentation ne concerne pas seulement notre santé et notre bien-être. Nos choix alimentaires ont également des répercussions profondes sur l'environnement. Érosion de la biodiversité, destruction des sols, pollution des eaux, déclin des pollinisateurs, dérèglements climatiques, insécurité alimentaire, mal-être des agriculteurs ou encore maladies des consommateurs : il faut revoir d’urgence nos modes de production.

De la culture des aliments jusqu’à l’assiette, l’alimentation utilise des ressources, produit des déchets et émet des gaz à effet de serre. L’empreinte carbone de notre alimentation fait référence aux émissions de gaz à effet de serre (GES) associées à la production, au transport, à la transformation et à la distribution des aliments.

Les émissions de gaz à effet de serre liées à l’alimentation des ménages français représentent un quart de leur empreinte carbone. Mais toutes les étapes de la chaîne alimentaire n’ont pas le même impact. La plus grande part de cette empreinte (61 %) provient de la production des aliments, en particulier des produits d’origine animale.

Répartition des émissions de gaz à effet de serre de l’alimentation des Français (Source : ADEME)

Les grands enjeux du secteur alimentaire

L’alimentation constitue un secteur-clé de la transition écologique mais elle comporte également des enjeux stratégiques en matière économique, sociologique, culturel et sanitaire. À tous les échelons de la chaîne alimentaire - du producteur au consommateur, via différentes étapes de transformation, de distribution, de transport et de restauration - se posent les questions déterminantes de compétitivité, de juste rémunération, d’accessibilité ou d’emplois.

Sur le plan sanitaire, l’alimentation joue un rôle fondamental pour une population en bonne santé. Pourtant, dans les pays industrialisés, le développement de maladies en lien direct avec nos comportements alimentaires est aujourd’hui avéré. Cancer, maladies cardio-vasculaires, obésité, diabète… La nutrition représente le premier facteur de risque de perte d’années de vie en bonne santé (31 %), devant le tabac et l’alcool (IHME, 2017). En parallèle, la précarité alimentaire s’intensifie : une fréquentation en hausse des organismes d’aide alimentaire (entre 2 et 4 millions de bénéficiaires en 2021 en croisant les différentes sources disponibles1) en atteste.

Impacts environnementaux de l'alimentation

Les aliments d’origine animale, en particulier la viande rouge et les produits laitiers, ont une empreinte carbone beaucoup plus élevée que les aliments d’origine végétale. La production de bœuf, par exemple, génère environ 60 kg de CO2 par kilogramme de viande, alors que les légumes produisent en moyenne moins de 2 kg de CO2 par kilogramme. L’agriculture est également un grand consommateur de ressources naturelles telles que l’eau et les terres.

La production alimentaire utilise environ 70 % de l’eau douce disponible dans le monde. Les cultures destinées à l’alimentation animale nécessitent davantage d’eau que celles destinées à la consommation humaine directe. La perte de biodiversité est l’une des conséquences les plus graves de nos pratiques agricoles actuelles.

Les monocultures, qui dominent l’agriculture industrielle, réduisent la diversité des espèces végétales et animales. Cette simplification des écosystèmes rend les cultures plus vulnérables aux maladies et aux parasites, nécessitant l’utilisation accrue de pesticides et d’herbicides, qui peuvent contaminer les sols et les eaux. L’usage d’engrais et de pesticides peut entraîner une pollution des rivières, des lacs et des nappes souterraines. L’élevage contribue également à la pollution de l’air.

Il génère des émissions d’ammoniac issues des déjections animales et de particules fines. Par ailleurs, certaines constructions agricoles comme les bâtiments, serres, routes d’accès, rendent des sols artificiels. La déforestation, principalement pour l’expansion des terres agricoles, est un autre problème majeur. Les forêts tropicales, en particulier, sont défrichées pour faire place à des plantations de soja et à des pâturages pour le bétail.

Bien que la production alimentaire mondiale soit suffisante pour satisfaire aux besoins alimentaires des 7 milliards d’êtres humains (elle permet d’y répondre 1,5 fois), 1 personne sur 3 ne mange pas à sa faim et 30% de la nourriture est perdue ou gaspillée dans le monde. Une partie de ces déchets est des aliments encore consommables. Plus de la moitié de ces pertes comestibles ont lieu au moment de la consommation : 39 % à domicile et 13 % en restauration à la cantine ou au restaurant.

Contrairement à une idée reçue, le transport des aliments ne représente qu’une faible part de cette empreinte : entre 6 % et 14 % selon les produits, contre plus de la moitié pour la production agricole elle-même. On observe aussi que 46 % des émissions liées à notre alimentation proviennent de produits importés. Cela concerne notamment des matières premières comme le soja, utilisé pour nourrir les animaux d’élevage, ou des produits comme l’huile de palme et certains fruits exotiques.

Ces produits peuvent avoir un impact important sur l’environnement en raison de la déforestation associée dans les pays où ils sont cultivés, ou parce qu’ils doivent parcourir de longues distances avant d’être consommés en France. Lorsque les aliments parcourent de longues distances avant d’arriver chez le consommateur, il faut plus de transport et de stockage. Enfin, certains aliments importés comme le soja ou l’huile de palme peuvent être liés à la déforestation dans les pays producteurs.

Les étapes de la chaîne alimentaire les plus impactantes

  • Production agricole : la majorité des gaz à effet de serre liés à un aliment sont émis lors de sa production. Cela inclut les cultures, l’usage d’engrais et de machines agricoles, ainsi que l’élevage, qui représente plus de la moitié des émissions agricoles.
  • Transformation : elle nécessite de l’énergie pour faire fonctionner les machines, chauffer, refroidir ou conserver les aliments, et elle produit aussi des déchets, comme les déchets alimentaires ou les emballages.
  • Distribution : le transport des aliments, parfois sur de longues distances, et les besoins en réfrigération contribuent à augmenter les émissions de gaz à effet de serre.
  • Consommation : la cuisson des aliments et leur conservation au réfrigérateur ou au congélateur consomment de l’énergie et contribuent à l’empreinte environnementale de l’alimentation.
  • Gaspillage : une partie des aliments encore consommables est jetée. Cela peut se produire à différents moments : pendant la production, lors de la vente, dans les restaurants ou à la maison.

Stratégies pour atténuer l’impact environnemental de notre alimentation

Pour atténuer l’impact environnemental de notre alimentation, plusieurs stratégies peuvent être mises en place :

  • Adopter un régime à base de plantes : Réduire la consommation de viande et de produits laitiers et augmenter celle des légumes, des fruits, des céréales complètes et des légumineuses peut considérablement réduire notre empreinte carbone et l’utilisation des ressources naturelles.
  • Favoriser les circuits courts et l’agriculture locale : Acheter des produits locaux et de saison réduit la nécessité de transporter les aliments sur de longues distances, diminuant ainsi les émissions de GES associées au transport.
  • Réduire le gaspillage alimentaire : Environ un tiers des aliments produits dans le monde est perdu ou gaspillé.

Diminuer la consommation de viande rouge est l’un des moyens les plus efficaces pour alléger l’impact climatique de l’alimentation. Cette infographie compare les émissions moyennes en kg équivalent CO2 générées par différents types de repas. Les repas à base de bœuf émettent près de 19 fois plus de gaz à effet de serre qu’un repas végétalien.

Comparaison des émissions de gaz à effet de serre par type de repas

Il est possible de réduire significativement l’impact de nos besoins alimentaires sur l’environnement tout en produisant une nourriture saine et accessible à tous.

Trois leviers pour une alimentation durable :

  • Produire des aliments à faible impact environnemental et promouvoir leur consommation.
  • Faire évoluer les pratiques alimentaires pour réduire l’impact environnemental de notre assiette.
  • Réduire drastiquement les pertes et le gaspillage sur toute la chaîne alimentaire.

Nutrition animale & ACV : Comment réduire l’impact environnemental ?

Le contexte politique et stratégique

À l’échelle internationale

L’Organisation des Nations unies (ONU), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de nombreux scientifiques (comme ceux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) produisent régulièrement des rapports portant sur les enjeux de sécurité alimentaire et de nutrition, sur les impacts environnementaux et socio-économiques de l’alimentation et sur le gaspillage alimentaire.

Le concept One Health (« une seule santé » ou « santé globale ») apparu en 2004 et porté à la fois par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la FAO et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) a vocation à renforcer les liens entre les santés humaine, animale et environnementale.

Au niveau européen

La stratégie « De la ferme à la table » (Farm to fork, 2020) établie dans le cadre du Pacte vert fixe des objectifs pour favoriser une transition vers une alimentation plus saine et soutenable, notamment en réduisant de moitié l’utilisation des pesticides et engrais, en augmentant les surfaces en agriculture biologique, en promouvant des régimes alimentaires plus sains et en réduisant le gaspillage. La Politique agricole commune (PAC) structure les grandes orientations agricoles, avec quelques évolutions favorables à l’agroécologie.

À l’échelle française

Les enjeux alimentaires sont intégrés dans de nombreux textes réglementaires et stratégies. La stratégie nationale bas carbone propose de diviser par 2 les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole d’ici à 2050. Voici quelques textes structurants :

Agriculture et alimentation : lois EGAlim 1 (2018), 2 (2021) et 3 (2023), Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC, 2024). Écologie, énergie et biodiversité : loi de Transition énergétique pour une croissance verte (2015) et Climat et Résilience (2021). Agriculture : pacte et loi d’orientation et d'avenir agricoles (2024). Alimentation, santé et précarité : programmes nationaux pour l’alimentation (PNA) et la nutrition santé (PNNS), plan d’action pour la transformation de l’aide alimentaire et la lutte contre la précarité alimentaire (2021). Gaspillage alimentaire : lois Garot (2016), EGALlIMim (2018) et AGEC (2020).

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