Alimentation et DMLA : Prévention et ralentissement de la progression

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est la première cause de handicap visuel chez les plus de 50 ans. La maladie touche près d’une personne sur 5 chez les plus de 80 ans. Associée à des lésions de la zone centrale de la rétine (la macula), elle entraîne une perte progressive de la vision fine, sollicitée par exemple pour la lecture ou la reconnaissance des visages. En Europe, on estime qu’environ 2,5 millions de personnes sont atteintes de DMLA.

L’âge et la prédisposition génétique sont des déterminants essentiels dans la survenue de cette pathologie. Mais la DMLA est également sensible à des facteurs de risque plus accessibles à la prévention, comme le tabagisme ou l’alimentation. Modifiables, les facteurs liés au mode de vie comme à la nutrition représentent les seuls leviers de prévention de la DMLA, et notamment de ses formes avancées.

Dans cet article, nous explorerons le rôle de l'alimentation dans la prévention et le ralentissement de la progression de la DMLA, en mettant en lumière les nutriments clés et les habitudes alimentaires bénéfiques.

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Le rôle de l'alimentation dans la prévention de la DMLA

Les mauvaises habitudes alimentaires semblent multiplier les risques de survenue de la DMLA. Certains nutriments majoritairement apportés par l’alimentation, tels les acides gras omega 3 (EPA et DHA), sont en effet présents en grande quantité au niveau de la rétine. C’est également le cas d’antioxydants parmi lesquels la lutéine et la zéaxanthine. Ces deux substances concentrées dans la rétine filtrent la lumière bleue toxique pour l’œil.

« Beaucoup d’études montrent que ces nutriments réduisent le risque de développer une DMLA, souligne Bénédicte Merle, co-auteur de ce travail. Nous avons voulu aller plus loin en nous intéressant à l’alimentation globale plutôt qu’à des nutriments isolés. Peut-on retrouver cet effet protecteur selon que l’alimentation adoptée est plus ou moins proche du régime méditerranéen, riche en nutriments préservant la macula ? »

Une nouvelle étude publiée par des chercheurs de l’Inserm et de l’université de Bordeaux au Centre de recherche Bordeaux Population Health met en évidence de façon inédite une association entre les caroténoïdes circulants - des pigments végétaux protecteurs pour la rétine - et une réduction du risque de développer une forme avancée de DMLA.

Depuis vingt ans, les chercheurs s’intéressent au lien entre nutrition et DMLA. Nous savons aujourd’hui que de nombreux aliments permettent de ralentir la dégénérescence : acide gras (oméga 3), antioxydants (vitamines C, zinc…). Ils protègent en effet la macula, la zone de l’œil affectée par la DMLA qui se situe au centre de la rétine.

Les nutriments clés pour la santé de la rétine

Plusieurs études ont mis en évidence des effets bénéfiques d’une consommation élevée de fruits et légumes, d’un apport important en vitamine B9 (acide folique) ou en vitamine D et de la supplémentation en antioxydants, zinc et cuivre.

Concernant les vitamines et les minéraux, il est recommandé de privilégier les aliments riches en :

  • Vitamine C (agrumes, kiwi, fraise, poivron, pomme de terre, chou)
  • Vitamine E (importance de varier les huiles et de consommer des graines)
  • Zinc (viande, poisson, foie, fruits de mer, œuf)
  • Sélénium (champignons, céréales complètes)

La chercheuse cite une méta-analyse qui indique que les forts consommateurs de pigments maculaires présentent une diminution de 26 % du risque de développer une DMLA avancée, comparativement aux faibles consommateurs.

Concernant la lutéine et la zéaxanthine, on trouve ces pigments dans les végétaux à feuilles vert foncé (épinard, chou kale, choux, blettes, persil) ainsi que dans les autres végétaux de couleur verte et ceux de couleur jaune orangée. A noter que l’œuf peut aussi être une source intéressante de pigments maculaires.

Enfin, il est conseillé de consommer quotidiennement une cuillère à soupe d’une huile riche en oméga-3. Une cuillère à soupe d’huile de noix apporte par exemple un tiers des recommandations en acide α-linolénique (ALA) et une demi-cuillère à soupe d’huile de lin en fournit plus que l’apport conseillé. Varier les huiles permet aussi de favoriser un bon équilibre oméga-6 / oméga-3.

Pour optimiser les apports en DHA et en EPA, la consommation de poisson deux fois par semaine, dont une portion de poisson gras est recommandée.

Voici une liste d'aliments recommandés pour leur richesse en nutriments bénéfiques pour la rétine :

  • Des poissons gras deux à trois fois par semaine, comme le saumon, la truite, le thon, le maquereau, l’anchois, le hareng, la sardine, mais aussi des fruits de mer et quelques variétés d’algues, sans oublier les huîtres. Ils sont en effet concentrés en oméga-3, des acides gras polyinsaturés dits essentiels.
  • Des légumes aux feuilles vert foncé comme le chou frisé, les épinards, le chou vert, la courgette, les petits pois, les brocolis, la laitue mais aussi l’avocat, le maïs, les oeufs (surtout le jaune).

L'importance des antioxydants

La DMLA est l'une des quelques maladies où la supplémentation en antioxydants (bêta-carotène, vitamines C et E, zinc), en plus de l’alimentation habituelle, a un effet largement prouvé. Cette supplémentation a prouvé son efficacité pour ralentir la progression des symptômes de la DMLA avérée.

Les micro-nutriments anti-oxydants empêchent les réactions d’oxydation qui conduisent à l’altération des cellules de la rétine.

Dans le cadre de ces travaux, 609 participants âgés de 73 ans en moyenne ont été recrutés entre 2006 et 2008. Les participants ont réalisé dès leur intégration un dosage sanguin pour mesurer leur concentration plasmatique en lutéine et en zéaxanthine. Ils ont ensuite effectué une consultation ophtalmologique afin de diagnostiquer la DMLA. Parmi eux, 54 ont développé une DMLA sur la période de suivi, qui a duré 8 ans.

Ces travaux révèlent qu’une concentration plus importante de caroténoïdes dans le plasma, en particulier de lutéine et de zéaxanthine, réduit de 37 % le risque de développer une forme avancée de DMLA.

La lutéine et la zéaxanthine apportent en effet une vraie protection à la rétine : d’une part elles absorbent la lumière bleue, qui est connue pour endommager la rétine sur le long terme. D’autre part, elles jouent le rôle d’antioxydant afin de protéger la rétine du stress oxydatif, qui est justement un facteur de la DMLA.

Le régime méditerranéen : un allié de la santé oculaire

L’adoption d’une alimentation de type méditerranéen ‑riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, huile d’olive et poissons gras- réduit de 41% le risque de développer une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Ce résultat, publié par une équipe Inserm* de Bordeaux, permet d’envisager une démarche préventive particulièrement intéressante pour les formes sèches de la maladie qui ne bénéficient à l’heure actuelle d’aucun traitement.

Pour tester cette hypothèse, , les chercheurs se sont appuyés sur les données de deux études conduites dans le cadre du projet européen Eye-Risk. Les études Rotterdam (Pays-Bas) et Alienor (France) ont ainsi permis d’étudier près de 5 000 personnes âgées de plus de 55 ans dont il était possible de mesurer le degré d’adhésion (faible, moyen ou fort) à la diète méditerranéenne. En comparant l’incidence de la DMLA dans chaque groupe, ils ont mis en évidence un risque de développer une DMLA plus faible de 41% chez les personnes dont l’alimentation est très fortement méditerranéenne, par rapport à celles moins adhérentes à ce type d’alimentation. Ce résultat est particulièrement intéressant pour la forme sèche de la DMLA qui ne dispose d’aucun traitement à l’heure actuelle.

« Si on veut aller un peu plus loin, l’alimentation la plus bénéfique pour prévenir la DMLA serait un régime de type méditerranéen, riche en fruits et légumes et qui apporte assez d’oméga 3 grâce aux poissons gras », souligne Bénédicte Merle, auteure de l’étude.

Les dangers de la "malbouffe"

Récemment, des dégénérescences visuelles ont été observées chez des personnes plus jeunes, ou chez des animaux, tous soumis à un régime alimentaire déséquilibré. Le cas d’un Britannique de 17 ans, se nourrissant exclusivement de fast-food, a remis en perspective une étude de l’université de Buffalo sur l’implication de l’alimentation dans l’apparition et l’évolution de la DMLA. Que peut-on comprendre de ces observations sur le rôle de la nourriture dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge ?

De 1987 à 1995, l’étude scientifique Atherosclerosis Risk in Communities a suivi les habitudes alimentaires de deux groupes de participants, afin d’évaluer l’impact d’un régime « occidental » sur leur santé. En se basant sur cette étude, les chercheurs de l’université de Buffalo ont pu constater que l’apparition de la DMLA n’était pas en lien avec l’alimentation. Toutefois, son évolution, quant à elle, en était grandement aggravée.

La Mayo Clinic, hôpital universitaire de Rochester aux États-Unis, a aussi contribué à établir un lien entre la santé de la rétine et l’alimentation, grâce à une expérience sur des animaux suivant deux régimes différents. Les membres du groupe nourri avec des aliments gras et sucrés présentaient, au bout de 9 mois, des rétines aux altérations semblables à celles de la DMLA, contrairement au second groupe suivant un régime équilibré.

Parfois qualifiés d’« occidentaux », les régimes alimentaires qui engendrent des troubles du métabolisme et de la vision comportent des consommations importantes :

  • de viande (notamment transformée et marinée)
  • de fritures
  • de céréales raffinées
  • de produits laitiers gras

Le régime occidental est dangereux pour la santé, car il ne contient pas assez (voire pas du tout) de vitamines et de minéraux comme la vitamine B12, le cuivre, le sélénium, les oméga-3… Ces carences sont responsables d’un trouble appelé « syndrome métabolique », ou syndrome X, facteur de risques de maladies telles que le diabète, l’hyper-cholestérolémie, certains cancers et la DMLA !

Compléments alimentaires et DMLA

Même si une mauvaise alimentation ne provoque pas la DMLA, elle en amplifie l’aggravation. Peut-on inverser cette évolution avec de meilleures habitudes alimentaires ou une supplémentation en vitamines ? C’est ce que l’étude Age Related Eye Disease Study (AREDS) a tenté de démontrer de 2006 à 2012. Il en ressort que, s’il n’est pas possible de retrouver les compétences visuelles perdues, des compléments alimentaires médicalement prescrits peuvent aider à ralentir les dégénérescences visuelles.

En conclusion, si une alimentation équilibrée peut permettre de couvrir les besoins en ces nutriments protecteurs des pathologies rétiniennes, il est par ailleurs recommandé aux personnes suivant des régimes restrictifs de prendre des complémentations alimentaires.

Il est important de noter certaines précautions concernant la supplémentation :

  • Chez les fumeurs ou ceux qui ont arrêté de fumer depuis moins d’un an, le bêta-carotène n’est pas administré à cause du risque augmenté de cancer du poumon. Les personnes qui fument ne devraient pas dépasser la dose quotidienne de 20 mg de bêta-carotène (aliments inclus).
  • La prise de doses de zinc supérieures à 40 mg par jour expose les hommes à une hypertrophie de la prostate et à une baisse des fonctions immunitaires.

Développer des biomarqueurs pour évaluer le risque lié à l’alimentation

Des chercheurs d'INRAE de l’équipe Œil & Nutrition du CSGA, de l’Inserm, de l’Université Jean-Monnet Saint-Etienne, de l’Université de Bordeaux, d’ITERG et des CHU de Dijon-Bourgogne et de Bordeaux, ont identifié un biomarqueur sanguin permettant de prédire le contenu rétinien en acides gras oméga-3.

En mars 2025 la start-up RetiNov issue d’une collaboration avec le CSGA, a lancé la commercialisation du dosage du biomarqueur du contenu en AGPI de la rétine aux Etats-Unis et au Canada. L’estimation biologique du risque de DMLA est couplée à une évaluation précise des paramètres liés au mode de vie, permettant ainsi l’émission de recommandations personnalisées à travers l’interface web Tina®.

L’équipe Œil & Nutrition du CSGA s’intéresse aux liens entre les métabolismes lipidiques et la santé rétinienne. Affiliée au Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation (CSGA, UMR1324 INRAE, 6265 CNRS, Université Bourgogne Europe, Institut Agro Dijon) à Dijon, elle est dirigée par Niyazi Acar (DR2 INRAE), en collaboration avec Catherine Creuzot-Garcher (PU-PH), cheffe du Service d’Ophtalmologie du CHU de Dijon. L’équipe a pour objectif d’étudier le rôle des lipides dans la physiologie de la rétine et dans ses dysfonctionnements en lien avec le développement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), du glaucome ou encore de la rétinopathie du prématuré.

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