L'alimentation et le comportement humain sont intimement liés. Durant toute notre vie, notre rapport à la nourriture reflète notre état de santé physique ou mentale. Notre appétit est en effet fréquemment modifié par des bouleversements passagers tels que les infections, le stress ou la déprime passagère.
Cet article explore la relation complexe entre l'alimentation et le comportement humain, en mettant l'accent sur l'alimentation émotionnelle, ses causes, ses conséquences et les stratégies pour la gérer.
L'alimentation émotionnelle désigne le fait de manger non pas pour répondre à un besoin physiologique, mais pour apaiser une émotion désagréable. La nourriture devient alors un moyen de se réconforter, de se distraire ou d'« anesthésier » un malaise intérieur.
Il est important de rappeler qu'il est normal de manger occasionnellement pour se faire du bien, sans que cela pose problème. Le souci apparaît lorsque ce mécanisme devient automatique et répétitif.
Dès l'enfance, beaucoup de personnes ont appris à associer nourriture et réconfort (goûter pour consoler, dessert pour récompenser). Avec le temps, le cerveau enregistre ces associations positives. À l'âge adulte, face à une émotion pénible, il est donc logique que la nourriture apparaisse comme une solution rapide et accessible.
Le stress, l'anxiété, la colère, la tristesse ou l'ennui sont des déclencheurs fréquents de l'alimentation émotionnelle. Ces émotions génèrent une tension intérieure que l'on cherche naturellement à apaiser.
Le stress active la libération de cortisol, une hormone qui tend à augmenter l'appétit et à renforcer les envies d'aliments riches en sucre et en gras. Ce mécanisme, utile à l'origine pour faire face à un danger, devient problématique lorsqu'il est activé de façon chronique.
Manger stimule le circuit de la récompense dans le cerveau, ce qui procure un soulagement rapide face à une émotion désagréable. Cette sensation d'apaisement est toutefois transitoire. Une fois l'épisode terminé, les émotions initiales réapparaissent fréquemment, souvent accompagnées de culpabilité ou de déception.
Ce mélange de soulagement bref et de malaise secondaire alimente le cercle vicieux de l'alimentation émotionnelle, en renforçant le stress qui pourra déclencher de nouvelles envies de manger.
Les épisodes répétés de grignotage émotionnel apportent des calories supplémentaires qui peuvent annuler le déficit calorique nécessaire à la perte de poids. Ces apports sont souvent issus d'aliments très caloriques et peu rassasiants.
Lorsqu'on mange pour apaiser une émotion, le soulagement ressenti est généralement de courte durée. Rapidement, des sentiments de honte, de déception ou de perte de contrôle peuvent apparaître. Ce mal-être supplémentaire entretient le stress et augmente le risque de rechercher à nouveau du réconfort dans la nourriture. Progressivement, un cercle auto-entretenu s'installe et devient difficile à rompre.
Lorsqu'il s'installe dans le temps, le stress favorise le stockage des graisses et peut ralentir les progrès. À cela s'ajoute le découragement : ne pas comprendre pourquoi « le régime ne fonctionne pas » pousse parfois à abandonner complètement.
Manger ses émotions n'est pas un problème de discipline. Il s'agit d'un comportement conditionné, souvent inconscient, qui ne se règle pas par la simple restriction. Lorsque manger ses émotions devient une réponse automatique, la volonté seule ne suffit pas à soutenir une perte de poids durable.
Les régimes stricts augmentent la frustration et l'obsession alimentaire. Ils rendent plus vulnérable aux craquages émotionnels et favorisent l'effet yo-yo.
Une lutte permanente contre soi-même est mentalement épuisante. À long terme, cette pression augmente le risque de compulsions.
Reconnaître une faim émotionnelle est une étape clé pour apprendre à faire autrement que répondre automatiquement par la nourriture. La faim émotionnelle apparaît souvent soudainement, avec une envie précise (sucré, gras), et persiste même après avoir mangé.
La faim physique s'installe progressivement, peut attendre et disparaît avec la satiété. Elle ne génère pas de culpabilité.
Avant de grignoter, se demander : « Ai-je faim dans le corps ou dans la tête ?
Qui dit changement de régime alimentaire, dit changement d’habitudes, donc réadaptation, rééducation, remise en question de croyances au sens de ce à quoi je crois profondément et qui est constitutif de ma façon d’être.
Par exemple : » je suis habitué à prendre une entrée, un plat de résistance, un dessert et quand je fais autrement, ça ne me paraît pas être un vrai repas » ou encore » j’ai l’habitude que la cuisine soit une affaire de femmes et si cela change, je ne m’y retrouve plus ; soit en tant que femme responsable de la cuisine, je me sens aliénée par une obligation culturelle, soit, en tant qu’homme chargé de la cuisine, je ne me sens pas reconnu dans mon identité « , ou encore » J’aime ce qui est sucré ou salé ; les légumes, ça n’a pas beaucoup de goût.
Cela passe aussi par un autre type de rapport à son corps : sentir et être à l’écoute de ce qui lui convient et de ce qui ne lui convient pas ; une personne dit à ce propos : » toutes les méthodes proposées sont extrémistes ; je suis ce que dit mon corps. Certains aliments dits sains me font souffrir.
Il est important de prendre le temps de trouver ou retrouver le goût de l’aliment et des sensations qu’il procure. De même, il faut savoir dés le départ qu’un contexte d’habitudes prises depuis longtemps ne va pas pouvoir changer du jour au lendemain, qu’il faudra se montrer patient et tolérant avec soi-même, que si l’on attend des résultats de suite, on risque d’être fort déçu, car s’il faut du temps à l’organisme pour se désintoxiquer, il lui en faut également pour se déshabituer.
D’autre part, il est dit que » l’appétit sert à l’éducation du désir et que les réponses données à l’un déterminent les formes de l’autre « . » Dans toutes les sociétés, le plaisir de manger n’est pas seulement individuel mais collectif, lié à l’échange et à la communauté « . P.( Bernard BRUSSET » L’assiette et le miroir « ). Manger est un fait social.
Cela signifie qu’il ne s’agit pas de s’abstraire d’un acte social tel que le partage de la nourriture, parce que l’on suit un régime alimentaire différent. Cependant, si certains produits sont réellement déconseillés, il s’agira aussi de ne pas se les laisser imposer et donc à certains moments de pouvoir s’affirmer dans cette différence là.
Un des moyens de lutter contre la dépression à l’annonce du diagnostic, est de trouver quoi faire de bon pour soi, pour aller à l’encontre du processus de destruction de la maladie. Le plus souvent, c’est dans une collaboration médecin-malade que s’établit une manière de prise en charge.
Le concept d’éducation thérapeutique est très utilisé dans la culture anglo-saxonne ; il a également été décrit en 1998 par l’Organisation mondiale de la santé qui la définit comme suit : » Former le malade pour qu’il puisse acquérir un savoir-faire adéquat afin d’arriver à un équilibre entre sa vie et le contrôle optimal de sa maladie.
Dans une maladie comme la SEP, le discours médical est insuffisamment producteur de savoir : on ne sait d’où vient la maladie, on ne sait pas comment elle évolue ni comment la soigner. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille se passer totalement d’accompagnement médical spécialisé dans ce domaine !
Dans la pratique pourtant, les personnes atteintes de SEP parlent rarement de leur changement de régime alimentaire à leur médecin ou elles n’en parlent qu’une première fois et jamais une deuxième au vu de leur réaction. Le changement de régime alimentaire n’est pas qu’une question de volonté, mais aussi de plaisir.
Cependant elle demande d’accepter de se faire proche de son corps, de ses sensations, donc quelque part de l’avoir accepté tel qu’il est et aussi de s’interroger sur » de quoi je me nourris ? - Ce qui concerne l’hygiène de vie et donc l’alimentation est lié à un contexte d’habitudes. - A travers la pratique alimentaire, on révèle ce que l’on est. - Changer ses habitudes, c’est bouleverser l’équilibre de vie acquis jusqu’à présent, en particulier dans ses relations avec l’entourage, mais aussi avec la société.
Un trouble du comportement alimentaire (TCA) se caractérise par une perturbation du comportement en lien avec l’alimentaire, le poids et/ou l’apparence physique de la personne. Le trouble va affecter durablement la santé de la personne, son quotidien et ses relations personnelles et sociales.
Les origines et facteurs de risque des TCA sont nombreux, on parle d’un trouble aux origines psycho-bio-sociales. Il y aurait plusieurs facteurs de vulnérabilité ou de prédispositions de nature génétique ou biologique et des facteurs déclenchants ou précipitants dans le trouble tels que des pressions familiales, sociales ou culturelles, voir émotionnels ou des troubles de la personnalité.
Le dépistage est effectué par le psychiatre et doit être exhaustif pour les comorbidités psychologiques et psychiques afin d’apporter une offre de soins pluridisciplinaires et adaptés. Il faut une alliance thérapeutique avec le patient pour qu’il prenne conscience des comportements nuisibles liés à la nourriture, au poids et à son corps.
La prise en charge passe par une psychopédagogie de l’alimentation (se nourrir est vital) et des psychothérapies (augmenter l’estime de soi, réduire la rigidité et la persévérance des comportements néfastes pour la santé du patient). Il y a un contrat de reprise de poids qui peut passer par une hospitalisation.
Les pistes de la recherche sont axées d’une part pour mieux caractériser les facteurs de vulnérabilité et d’autre part pour comprendre la physiopathologie. Ainsi, les études épidémiologiques et de biologie moléculaire démontrent l’importance des facteurs génétiques et des gènes candidats sont maintenant identifiés mais il reste à comprendre leurs rôles dans chaque trouble des comportements alimentaires.
Pour l’anorexie mentale, les gènes associés supportent le modèle d’un trouble à la fois métabolique et psychiatrique. L’utilisation de l’imagerie cérébrale fonctionnelle montre, par exemple, des altérations de l’activité cérébrale dans les régions impliquées dans la motivation et la récompense.
Les troubles des conduites alimentaires (TCA), comme l’anorexie mentale ou la boulimie, pourraient toucher près de 10 % de la population. Les facteurs de risque sont nombreux, aussi bien génétiques que socioculturels. Les graves conséquences associées à ces maladies du comportement alimentaire nécessitent de les détecter au plus tôt pour mettre en place une prise en charge multidisciplinaire adaptée, en particulier psychothérapeutique.
Les troubles des conduites alimentaires (TCA) sont des pathologies fréquentes en France. L’anorexie mentale touche entre 0,9 et 1,5 % des femmes et 0,2 à 0,3 % des hommes selon Ameli. Dans plus de 80 % des cas, les personnes atteintes sont des femmes, avec un pic de fréquence chez les 13-14 ans et les 16-17 ans.
D’après l’Inserm, plus de 65 % des patients sont guéris après 5 ans d’évolution. La boulimie concerne quant à elle 1,5 % des 11-20 ans et touche en majorité les femmes d’après la Haute autorité de santé (HAS). Le pic de fréquence se situe vers 19-20 ans selon Ameli. Enfin, l’hyperphagie boulimique touche autant les hommes que les femmes, et apparaît plutôt à l’âge adulte.
Les TCA les plus fréquents sont l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique. Ces pathologies ne doivent pas être confondues avec des habitudes de grignotage, de suralimentation ou des restrictions alimentaires liées à un régime.
Pour l’anorexie mentale, les conséquences découlent de la malnutrition voire de la dénutrition qui s’ensuivent : troubles digestifs, arrêt des cycles menstruels, léthargie, déficits cognitifs, dysfonctionnement rénal, ostéoporose… Une atteinte cardiovasculaire peut aussi toucher les patients pendant la phase aiguë de l’anorexie. L’Inserm souligne que 5 à 6 % des patients décèdent en cas d’anorexie mentale « chronique », c’est-à-dire lorsque les troubles durent depuis plus de 5 ans.
Pour la boulimie, les risques sont liés aux vomissements répétés. Ces derniers peuvent induire à court terme une baisse du taux de potassium dans le sang ainsi qu’un arrêt cardiaque, et à long terme, des troubles digestifs et des problèmes dentaires.
Une détection précoce des TCA est importante pour prévenir les risques d’aggravation et l’évolution vers des formes chroniques. L’installation d’une anorexie mentale, comme la plupart des troubles du comportement alimentaire, est souvent insidieuse chez les personnes concernées. Elle est généralement masquée par un régime alimentaire à visée amaigrissante ou un trouble digestif.
Les signes évocateurs ont tendance à varier entre les filles et les garçons. Chez ces derniers, on retrouve plus souvent de la boulimie associée ainsi qu’une hyperactivité plutôt qu’un investissement intellectuel vis-à-vis de la nourriture.
Comme pour les autres TCA, l’installation de la boulimie se fait progressivement et elle est difficile à repérer. La boulimie et l’hyperphagie boulimique se manifestent toutes les deux par des comportements compulsifs incontrôlables autour d’un besoin de consommer de la nourriture. Ils se déroulent presque tout le temps hors des repas et sont cachés à l’environnement familial.
Le dépistage de l’anorexie mentale doit être systématique en cas de perturbation de l’image du corps. Il s’appuie sur la recherche d’une restriction alimentaire (anorexie), d’une perte de poids et de la présence de stratégie de contrôle de poids telle que l’hyperactivité physique, les vomissements provoqués ou la prise de laxatifs.
Pour établir le diagnostic de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique, plusieurs éléments sont analysés, en particulier la répétition et la récurrence des accès boulimiques, et la présence ou l’absence de comportements compensatoires inappropriés visant à prévenir la prise de poids.
Les troubles des conduites alimentaires dépendent de facteurs individuels et socioculturels. Ils sont très souvent associés à un problème d’image du corps, appelé « dysmorphophobie ». L’anorexie mentale est notamment aggravée par un contexte social et médiatique où la minceur est survalorisée. Elle est très souvent associée à une mauvaise estime de soi.
Il y aurait également une part de génétique dans ces pathologies. Pour l’anorexie mentale, les gènes pourraient représenter 50 à 60 % des divers facteurs de risque. Une étude a notamment permis d’identifier huit régions génétiques fortement associées à l’anorexie mentale.
Pour les troubles des conduites alimentaires, les spécialistes recommandent une prise en charge multidisciplinaire et la plus précoce possible. La mise en route du traitement doit donc associer le médecin traitant, les médecins spécialisés par exemple sur le plan digestif et cardiovasculaire, le médecin psychiatre ou le psychologue, et le médecin nutritionniste ou diététicien.
L’objectif est de limiter les conséquences somatiques des troubles, d’éviter les complications à long terme, et de comprendre les mécanismes psychologiques pour enrayer une évolution vers la chronicité et guérir.
Pour le moment, aucun médicament n’a apporté la preuve d’un intérêt thérapeutique spécifique, sauf pour traiter les conséquences psychologiques ou somatiques des TCA. Dans le traitement de l’anorexie mentale, les thérapies familiales se sont déjà montrées efficaces. Les thérapies cognitives et comportementales sont plutôt indiquées dans le cadre de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique.
Les chercheurs s’attachent en premier lieu à identifier les gènes pouvant intervenir dans l’émergence des TCA. Cela pourrait apporter des informations sur les phénomènes moléculaires en jeu dans ces maladies et ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques. L’étude de mécanismes partagés avec les addictions est un domaine de recherche particulièrement actif. Elle concerne par exemple les neurones sensibles à la dopamine appartenant au circuit de la récompense, dont l’activité peut être modifiée dans certaines situations.
Comme dans d’autres perturbations de la nutrition, l’étude de l’axe cerveau-intestin et du rôle du microbiote apparaît aussi comme un champ d’investigation de plus en plus prometteur pour élucider le fonctionnement des troubles du comportement alimentaires et identifier de nouvelles pistes thérapeutiques pour les patients. Enfin, la composante psychologique est une voie de recherche essentielle sur les TCA.
La neuromodulation est un autre axe exploré par la recherche. Des équipes ont par exemple évalué l’intérêt de la stimulation cérébrale profonde, où des électrodes sont implantées définitivement dans le cerveau pour stimuler des zones bien précises chez les patients souffrant d’anorexie mentale sévère et résistante aux thérapies habituelles.
La stimulation magnétique transcrânienne aurait également un intérêt potentiel. Cette technique a l’avantage de ne pas être invasive et d’être totalement réversible : les zones cérébrales sont stimulées durant plusieurs séances de quelques minutes par l’intermédiaire de puissants aimants placés de chaque côté du crâne. Les résultats sont pour le moment mitigés. Il reste à identifier les patients, anorexiques ou boulimiques, qui répondent le mieux à ces traitements.
En conclusion, comprendre l'alimentation émotionnelle et les troubles des conduites alimentaires est essentiel pour adopter une approche saine et équilibrée de l'alimentation et du bien-être mental.
| Trouble | Prévalence | Population principalement touchée |
|---|---|---|
| Anorexie Mentale | 0.9-1.5% (Femmes)0.2-0.3% (Hommes) | Adolescentes (13-14 ans et 16-17 ans) |
| Boulimie | 1.5% (11-20 ans) | Jeunes femmes (pic vers 19-20 ans) |
| Hyperphagie Boulimique | Variable | Hommes et femmes adultes |
tags: #alimentation #et #comportement #humain
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