Hommes et singes appartiennent à l'ordre des primates. Les singes sont biologiquement très proches de l'homme. L'espèce la plus proche, le chimpanzé, est un grand singe qui partage entre 96 % et 98 % de leur ADN avec nous. Mais il faut distinguer les grands singes des singes, tout court, différents en termes de taille, de comportement et de capacités cognitives. Dans cet article, nous nous intéressons au régime alimentaire des singes en général, et définir s’il existe une différence entre les singes et les grands singes.
Il est clair que l'alimentation des singes et des grands singes est bien plus complexe et variée que le cliché de la banane souvent associé à ces animaux dans l'imaginaire collectif. Les grands singes et les singes sont tous deux omnivores et peuvent avoir des régimes alimentaires similaires. Évidemment, dans le détail, la nourriture varie selon l’espèce et l’environnement. Le régime alimentaire exact varie notamment en fonction de l'espèce de singe, de son âge et de son état de santé.
Une image qui nous vient à l’esprit chaque fois que l’on pense aux singes est celle d’eux avec une banane à la main. Pourtant, c’est l’un des aliments qu’ils consomment le moins et beaucoup moins dans leur habitat naturel.
Les chimpanzés peuvent parcourir de grandes distances en fonction de la disponibilité en nourriture.
Dans presque toutes les familles de Primates, on observe la consommation occasionnelle de petits vertébrés. Des catarhiniens tels que les babouins capturent et consomment des mammifères de la taille d’une jeune antilope. Mais c’est surtout chez les chimpanzés que le comportement de chasse est le plus fréquemment observé et le plus complexe dans sa mise en œuvre. Comme les hommes, ces grands singes montrent une attirance certaine pour la viande, même si elle n’est pas indispensable à leur physiologie.
Cette attirance est d’autant plus remarquable que le comportement de prédation présente un certain coût en termes énergétiques et en termes de risque (échec de la chasse, blessure, mortalité). La présence ancienne de comportements de prédation dès avant la divergence homme-chimpanzé est donc probable. Il n’en reste pas moins que les grands singes non humains ont une alimentation essentiellement végétale à laquelle ils adjoignent la consommation d’insectes et de larves.
Chez les chimpanzés, on observe une grande variété de comportements d’une région à l’autre et d’un groupe à l’autre. C’est notamment vrai en ce qui concerne la chasse aux petits mammifères, et particulièrement celle des singes tels que les colobes rouges. Elle est beaucoup plus développée dans certaines populations que dans d’autres et a été particulièrement étudiée à Gombe (Tanzanie). C’est une activité collective qui est surtout le fait des mâles, les meilleurs chasseurs étant aussi les principaux consommateurs de viande.
La plupart des singes, en particulier les singes arboricoles, comme les orangs-outans et les capucins, mangent une grande variété de fruits qui leur apportent des sucres naturels, source d’énergie. Les feuilles sont une autre source de nourriture importante, surtout pour les espèces comme les gorilles et les gibbons. Les singes ont des dents fortes grâce auxquelles ils peuvent ouvrir des noix et des graines. Elles constituent une bonne source de protéines et de matières grasses. Insectes, œufs d'oiseaux, lézards, et même petits mammifères peuvent faire partie du régime alimentaire des singes et des grands singes.
Les chimpanzés consomment principalement des végétaux avec une préférence pour les fruits et, en plus faible part, de la matière animale. Le plus étonnant est probablement la diversité des types d'aliments consommés : fruits, tiges, feuilles, écorces, racines, résine, bourgeons, insectes (fourmis, termites, coléoptères...) ou leurs produits (miel, miellat, larves) et quelques éventuelles proies vertébrées sont ingérés, portant le menu d'un même groupe à plus de 350 aliments différents !
Cette variété diffère bien sûr en fonction de la région et des conditions climatiques (altitude, précipitations et températures), de la disponibilité saisonnière mais également de l'âge, du sexe, de l'état physiologique et sanitaire... et probablement des gouts de l'individu !
Les chimpanzés connaissent les espèces d'arbres qui fructifient de façon synchrone et leur répartition sur le territoire. Lorsque des aliments énergétiques sont disponibles, les chimpanzés à leur arrivée expriment très bruyamment leur satisfaction par des vocalisations portant sur de longues distances, permettant de transmettre l'information aux membres de la communauté et de se rassembler. Les meilleurs « repas » sont donc pris collectivement. Un véritable partage est même observé lorsqu’une proie est capturée : les chasseurs acceptent de donner une partie de leur butin à des individus n'ayant pas toujours activement participé à la capture.
Avec cette chair, les chimpanzés ajoutent systématiquement des feuilles. La bouchée est longuement mastiquée avec des feuilles au goût prononcé, amères ou aromatiques, suggérant une fonction proche de celle des épices en alimentation humaine, modifiant le goût mais également réduisant les risques de contamination bactérienne ou parasitaire.
À Gombe, en Tanzanie, les chimpanzés excellent dans la pêche aux fourmis. Pour atteindre ces petites créatures à la morsure douloureuse, ils fabriquent, en effeuillant une brindille d'une taille choisie, une sonde cane à pêche, introduite dans la fourmilière. Agacés et menacés par cet objet intrus, les insectes le mordent de toutes leurs mandibules et sont ensuite délicatement cueillis par le chimpanzé à l'appétit robuste.
Chimpanzé pêchant des termites à l'aide d'un bâton.
La géophagie désigne la consommation de terre. Ce type de comportement alimentaire est répandu à travers l’ensemble du règne animal, et n’épargne pas l’être humain. Le sol ingéré est toujours riche en kaolin (ou en substances similaires), composé très proche du Kaopectate et du Pepto-Bismol utilisés en pharmacie pour contrer les problèmes gastro-intestinaux des humains.
Deux hypothèses majeures sont avancées pour expliquer la géophagie chez les singes : la supplémentation et la protection. Dans le premier cas, cela signifie que la terre procure des éléments essentiels que l’individu ne trouve pas dans d’autres ressources.
Certains grands singes, comme les chimpanzés et les orangs-outans, sont connus pour utiliser des outils pour obtenir de la nourriture, comme des bâtons pour extraire des termites de leurs monticules ou des pierres pour casser des noix. Toutefois, l’usage d’outils n’est pas non plus complètement absent chez les singes.
Ainsi, les actions de déforestation pour permettre le développement de l'agriculture, l'exploitation forestière et le développement urbain conduisent à réduire l'espace disponible pour les singes, ce qui peut à son tour réduire la quantité de nourriture disponible. Le dérèglement des climats locaux peut affecter les populations de singes en modifiant la disponibilité des ressources alimentaires.
Les soigneurs travaillent souvent en étroite collaboration avec des vétérinaires et des nutritionnistes pour s'assurer que la nourriture distribuée est adaptée, puisqu’elle doit avant tout répondre à leurs besoins nutritionnels. Une grande partie de l'alimentation des singes maintenus en captivité est donc composée de fruits et de légumes frais. De nombreux zoos fournissent des aliments spécialisés pour primates, formulés pour fournir tous les nutriments nécessaires aux singes.
Même si la nutrition des animaux vivant en parc zoologique a considérablement évolué ces dernières décennies, l’apport d’aliments nutritionnellement et structurellement adaptés à chaque espèce et favorisant l’expression de comportements naturels reste un vrai défi. Ce régime était basé sur l'alimentation humaine sans s'intéresser à l'alimentation qu'ils avaient dans la nature ni à leurs besoins nutritionnels, abusant notamment des fruits. Connaissez par exemple leur système digestif, celui d’un orang-outan est très différent de celui d’un chimpanzé. Sachez ce qu’ils mangent dans leur habitat, et trouvez ainsi une alimentation la plus proche et équilibrée de leurs besoins « ex situ ».
Chaque individu est également différent et ses besoins nutritionnels peuvent changer selon qu'il est enceinte, allaitant, âgé ou atteint d'une maladie. L’un des meilleurs exemples est celui du sucre, car les régimes riches en sucre provoquent des problèmes de comportement.
Au Zoo de La Palmyre, les grands singes bénéficient désormais d’un régime alimentaire composé principalement de légumes. La raison ? Après les orangs-outans et les gorilles, ce sont donc nos deux groupes de chimpanzés qui ont vu leur ration alimentaire évoluer au cours des derniers mois. Les fruits cultivés pour la consommation humaine sont très éloignés des fruits sauvages consommés par les primates en milieu naturel qui contiennent plus de fibres, peu ou pas de sucre et s’apparentent donc davantage à des légumes. Dans la nature, les apports en fibres sont donc largement supérieurs à ceux en sucre.
Les recommandations scientifiques actuelles encouragent donc une alimentation « collant » davantage au régime des primates évoluant en milieu naturel : varié, riche en fibres et à la teneur en sucres minime.
Une étudiante en éthologie, présente pendant toute la période de transition, a été chargée de collecter des données sur la prise alimentaire (pesée des rations et des restes, observations des comportements au moment des repas, mise en évidence des préférences alimentaires), les vétérinaires assurant de leur côté le suivi nutritionnel (élaboration des rations) et sanitaire des individus.
L’évaluation réalisée environ 2 mois après la fin de la transition alimentaire a montré que nos gorilles et nos orangs-outans se sont plutôt bien adaptés à leur nouveau régime, tant d’un point de vue comportemental que physiologique. Leur poids s’est stabilisé et certains nouveaux aliments sont particulièrement appréciés, comme les artichauts, les asperges et les avocats, désormais très prisés par la quasi-totalité des individus chez ces deux espèces.
Nos deux groupes de chimpanzés bénéficieront du même protocole de transition en 2025. Celui-ci sera étalé sur davantage de semaines, la proportion de fruits dans leur ration étant plus importante que celle des gorilles et des orangs-outans avant la transition opérée chez ces deux espèces.
Les grands singes ne sont pas les seuls concernés puisque les macaques à queue de cochon, les gibbons à favoris roux et les cercopithèques ont eux aussi démarré leur transition alimentaire. D’ici la fin de l’année prochaine, plus aucun primate ne mangera donc de banane ni d’autres fruits au Zoo de La Palmyre !
La transition alimentaire s’est étalée sur 4 mois avec huit phases de 2 semaines comprenant chacune une dizaine de jours d’observations permettant d’évaluer chaque étape de la transition. Les fruits ont été retirés progressivement afin de laisser le temps aux chimpanzés de s’adapter. Les observations des chercheurs ont notamment permis de calculer le temps passé à s’alimenter, de déterminer les préférences alimentaires et les restes laissés par les animaux ou encore de suivre l’évolution des interactions sociales (jeux, toilettage, conflits…).
Les premières conclusions font état d’une transition bien tolérée par les deux groupes, avec un temps d’alimentation augmenté de manière assez significative, notamment lors du repas de fin de journée. Tous les légumes ne rencontrent toutefois pas le même succès : les légumes racines comme les carottes et les betteraves sont très appréciés, alors que les légumes feuilles sont moins bien consommés. Les légumineuses sont quant à elles très populaires chez l’un des deux groupes et… beaucoup moins chez l’autre !
Dans l’un des groupes, les interactions sociales globales ont diminué, en particulier le toilettage, un comportement parfois très présent chez certains individus qui pouvait entraîner une dépilation.
L’étude a montré qu’une réduction progressive puis la suppression des fruits au profit d’aliments riches en fibres sont possibles sans impact négatif sur la santé ou le comportement des animaux. Elle souligne aussi l’importance d’un suivi rigoureux et multidimensionnel : alimentation, santé, interactions sociales et comportements doivent être étudiés ensemble pour évaluer objectivement le bien-être animal.
La transition alimentaire ne concerne pas que nos grands singes. Elle est aujourd’hui complète chez nos lémuriens, nos cercopithèques, nos mandrills, nos macaques et nos gibbons.
Le processus s’est étalé sur environ 3 mois, la ration étant modifiée toutes les deux semaines afin de changer progressivement les proportions de chaque aliment. Petit à petit, les fruits ont été diminués et remplacés par une part plus importante de légumes classés en 3 catégories alimentaires : les légumes racines (navet, radis noir, patate douce, panais, céleri rave…), les légumes tiges (brocoli, avocat, artichaut, aubergine, céleri branche, courgette...) et les légumes feuilles (chou, salade, blettes, endive…). Parallèlement, de la luzerne distribuée soit en journée soit le soir a également été intégrée à la ration.
| Aliment | Type | Exemples | Appréciation |
|---|---|---|---|
| Légumes Racines | Racines | Carottes, Betteraves | Très Appréciés |
| Légumes Feuilles | Feuilles | Chou, Salade | Moins Bien Consommés |
| Légumineuses | Légumes | Haricots, Lentilles | Variable selon les groupes |
| Fruits | Sucres naturels | Bananes, Pommes | Retirés progressivement |
Diversité d'un régime alimentaire composé d'aliments végétaux, fibreux, peu sucrés et peu gras, crus, longuement mastiqués et consommés frais uniquement (pas de stockage et de conservation), et d'une une faible part de protéines animales, associée à une activité physique et une vie sociale riche... finalement, le régime alimentaire chimpanzé peut paraître inspirant pour les humains.
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